Marêva Mae publie son 3e roman, *Best Case Scenario*, chez Hugo Roman. Elle est aussi traductrice (Rebecca Yarros, entre autres). Et pourtant, à chaque sortie, elle traverse un petit épisode dépressif d'une ou deux semaines.
Le jour où ton livre part en librairie, tu lâches le contrôle. Tu coupes ce lien viscéral avec ton manuscrit. Tu acceptes qu'il vive sa vie sans toi, qu'il soit mal traité, mal compris, ou simplement ignoré. Tes proches ne comprennent pas pourquoi tu pleures alors que tu viens "d'accomplir ton rêve". Et eux, ils ont raison à leur manière. Toi aussi, tu as raison.
Dans cet échange, Marêva partage avec une honnêteté désarmante ce que c'est, concrètement, de sortir un livre quand tu écris pour être lue. Les attentes qui se heurtent au marché. Le besoin de s'accrocher à un autre projet d'écriture pour traverser la tempête. Et surtout : l'importance vitale d'être entourée d'autres autrices qui le comprennent intimement. Pas pour avoir des solutions. Pour être prise au sérieux.
Si tu publies, si tu rêves de publier, ou si tu connais quelqu'un qui le fait : écoute cet épisode. Tu vas te sentir un peu moins seul·e dans ce que tu traverses.
🎙️ Épisode 117 — *De la fanfic Star Wars à la librairie - Discussion avec Marêva Mae*.
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LE CAROUSEL DE L'ÉPISODE — CLIQUE UN SLIDE POUR L'AGRANDIR
Face B — le transcript
L'ÉPISODE MOT À MOT · LES TIMECODES LANCENT L'ÉCOUTE
Évidemment, tu te doutes bien que ce n'est pas moi qui ai tapé tout ce transcript à la main… Alors oui, il y a parfois des incohérences et des erreurs. Et sur les discussions, il arrive même que les voix se mélangent. Comme quoi, rien de mieux que d'écouter l'épisode plutôt que de le lire !
Tu cherches un passage précis ? La table d'écoute passe les transcripts de tous les épisodes au peigne fin.
Introduction
Ybelion — Coucou, c'est Ybelion. Aujourd'hui j'accueille Marêva. On parle de son parcours d'autrice, de traductrice, de ses réflexions sur l'écriture, la publication, la représentation ou encore la découverte de soi. Je vous laisse avec cet échange passionnant et je vous dis à très vite. Moi c'est Sam, Ybelion de mon nom de plume. Je suis écrivain, coach ICF et j'ai créé Ose Écrire, un accompagnement pour celles et ceux qui veulent enfin accomplir leur rêve d'écrire un livre. Ce podcast a la même intention. C'est ton rendez-vous inspiration, discipline et passage à l'action. Et si ça te parle, abonne-toi, mets 5 étoiles et partage autour de toi. Parce que plus il y a de gens qui osent, plus d'autres oseront à leur tour. Allez, c'est parti et bonne écoute. Et ta couverture m'a vraiment fait penser à ça, et elle est vraiment très jolie. Je trouve qu'elle a mis vraiment une bonne vibe, je trouve.
Marêva Mae — Ça me fait plaisir, parce que je me suis un peu battue pour caler cette tronche-là, donc je suis contente. En fait, tu m'avais fait des propositions et il y avait plein de trucs, et moi je trouvais que ça ne collait vraiment pas avec la vibe du roman. Et j'avais demandé plusieurs essais, et en fait je leur avais dit : mais ça ne sert à rien de s'obstiner à mettre des personnages si on n'a pas d'illustrateur. Et tu sais, c'est des graphistes qui bossent dessus et qui du coup font des... Enfin, on cherchait des illustrations sur Shutterstock, des trucs comme ça. Et je trouvais que ça ne marchait pas, et du coup je leur avais dit : mais limite, on ne met que le paysage. Et on a essayé avec que le paysage, et j'étais là, bah c'est mieux. Voilà, c'est mieux. Donc j'avais bien participé. Ouais, bah moi je suis un peu chiante, mais quand j'aime pas... Enfin tu sais, je suis pas le genre d'autrice timorée qui va faire semblant d'aimer un truc. Si j'aime pas, je le dis, parce que bah après, ton roman il va avoir cette tronche-là toute sa vie, donc... Pour moi c'est important de dire quand on n'est pas d'accord, quoi.
La bataille pour la couverture de Best Case Scenario
Ybelion — Ouais, puis après c'est... Enfin, t'en parles et tu le défends, et c'est sûr que si t'es pas quelque part 100% convaincu de ce qu'il porte, c'est pas forcément toujours évident.
Marêva Mae — Bah des fois t'es obligé de faire des compromis et d'avoir une solution qui satisfait tout le monde, mais je considère qu'il faut qu'on soit quand même un peu moins satisfait, parce qu'avoir un livre que tu trouves laid, c'est dur à défendre quoi. Ouais, c'est clair.
Ybelion — C'est clair. Et tu sais ce qui m'a fait sourire quand j'ai lu le pitch de Best Case Scenario ? Je me suis demandé si dans l'histoire de l'héroïne Valentine... Valentina...
Marêva Mae — Valentina. Valentina ouais.
Ybelion — Valentina, voilà, j'avais un doute sur la dernière voyelle. Est-ce qu'il y avait un peu de vrai de toi quand t'as eu tes romans publiés, ou pas ?
« Sortir un livre m'a déprimée »
Valentina, l'héroïne autrice qui ressemble à Marêva
Marêva Mae — Bah oui, mais de toute façon c'est vrai pour tous mes personnages, tu vois. Le fait qu'elle soit autrice, c'est plus visible parce que du coup on partage la même profession et que c'est des émotions que j'ai traversées, etc. Mais il y a des thématiques que moi j'ai vécues qui se retrouvent aussi chez Aiden, mais ce sera forcément moins visible, déjà parce que c'est un homme je pense, et que bah bêtement, quand tu vois un auteur ou une autrice, t'imagines beaucoup plus de lui ou d'elle dans les personnages du même genre que l'auteur, alors que bah pas forcément. Mais oui, c'était un peu un roman-pansement là-dessus, parce que pour moi sortir des livres, c'est dur. Franchement, c'est de la joie et c'est de la fierté, mais c'est aussi très dur. C'est des moments où je me remets beaucoup en question, où, comment dire, tes espoirs ils se confrontent un peu à la réalité du marché du livre, qui est assez difficile pour je pense 95% des gens qui publient des livres. Donc ouais, non, j'aime écrire et j'aime publier, et j'écris pour être lu donc publié. Mais à chaque fois c'est pas, comment dire, ça se passe pas toujours en douceur et dans la joie, même s'il y a de la joie quand je sors des livres. C'est aussi dur quoi. Donc ouais, c'est pas autobiographique mais c'est cathartique. C'est un peu la différence que je ferais.
Ybelion — Ok, ouais, je comprends. C'est cool de t'entendre, parce que je trouve que parfois les gens ils font un peu... Les gens vont penser que je radote parce que je dis ça à chaque fois, mais pour moi c'est vraiment un truc assez essentiel chez les auteurs, tu vois. C'est de vraiment savoir pour quelle raison on écrit, tu vois. Est-ce que c'est avant tout pour être lu, ou alors vraiment parce qu'on a besoin de déposer quelque chose dans un livre et c'est avant tout pour nous, tu vois. Et c'est pas forcément évident quand tu commences, je trouve, de savoir à quel niveau tu mets les choses, sans dire qu'elles sont incompatibles, mais simplement parce que dans la finalité, en fait, tu peux très bien avoir les deux, mais dans le démarrage, si tu dois explorer deux chemins, c'est super dur je trouve. Et du coup c'est trop cool de t'entendre, que toi t'as... En tout cas là quand tu le dis, que t'es ok, moi j'ai envie d'être lu et donc je m'adapte aussi. Enfin, je joue avec ces règles-là quoi.
Écrire pour soi vs écrire pour être lue
Marêva Mae — Ouais, bah puis tu vois, pour moi c'est pas incompatible, le fait d'avoir besoin de sortir quelque chose de sa poitrine ou de son cerveau et de se dire : bah toutes ces émotions-là, j'ai besoin d'en faire un truc. C'est pas incompatible d'avoir cette envie d'écriture initiale et après de se dire : bah c'est un roman qui à mon sens doit être lu et j'ai envie qu'il soit lu et tout. Parce qu'une fois qu'on a fait ce travail, bah ouais, la question du devenir du livre se pose. Mais pour moi c'est intimement lié, ça se pose pas, parce que si j'écris, si je vais au bout d'un projet, c'est que je considère que c'est un objet littéraire dont je suis fière. Et même si ça vient d'une envie viscérale, bah ça reste quand même un roman qui raconte quelque chose avec des personnages et que j'ai envie de voir exister sur le marché. Surtout que je pense que moi comme tous les gens qui écrivent, on a des trucs à dire, on a une vision du monde, on a des valeurs qu'on défend, et sans dire que les miennes sont supérieures à celles des autres, genre absolument pas, c'est pas le propos, mais c'est des sujets auxquels je tiens, des valeurs auxquelles je tiens, et même si ça part de quelque chose de personnel, bah je me dis que c'est des livres qui méritent d'exister et qui du coup méritent d'être publiés. Mais j'avais pas cette vision-là au début, ça c'est aussi venu avec la confiance en soi, de pas juste, d'être fière de ce que je fais et de me rendre compte que moi j'écris des livres qui me manquaient en tant que public, et du coup ça me motive à les publier aussi. Mais c'est deux envies que j'ai dû réconcilier. C'est vrai qu'en effet, ce que tu décris, le côté viscéral et le côté publication, c'est deux trucs que j'ai réconciliés, qui pour moi sont maintenant assez indissociables. Mais ouais, il a quand même fallu faire un travail pour que dès que je finisse un livre, je me dise : j'ai envie de l'envoyer en maison d'édition.
Ybelion — Ouais bah c'est, tu vois, c'est toujours un peu le, la difficulté quand on commence. J'ai l'impression qu'effectivement, plus il y a de livres qu'on écrit et quelque part plus on devient à l'aise avec tout ce processus. Mais au début parfois t'as des attentes très fortes sur quelque chose que tu portes, qui est très personnel, mais des attentes très fortes vis-à-vis des autres, tu vois. Et parfois quand t'as pas le résultat escompté, ça peut, tu peux avoir une espèce de dissonance qui te fait vraiment vibrer pas forcément de la bonne fréquence, tu vois. Je sais pas pourquoi j'ai cette image qui me vient là. Ah non mais je vois ce que tu veux dire.
La vulnérabilité de lâcher son manuscrit dans la nature
Marêva Mae — Pour moi l'écriture, ça vient toucher à de la vulnérabilité. Enfin, on parle de choses à travers des personnages, à travers une histoire qui est pas la nôtre, et moi je fais pas ce qu'on appelle du self insert, où je m'insère moi-même dans un personnage ou un personnage c'est juste une copie de papier de moi. Pas du tout. Je leur invente des, enfin, une vraie histoire, un passé. Je leur donne pas forcément tous mes traits de caractère, ils en prennent chacun parce que j'ai besoin d'avoir une petite attache avec eux au moins sur un élément, mais c'est des personnages de part entière. Mais ça me permet aussi de parler de trucs que j'ai vécu, ressenti, d'avis que j'ai, de choses que j'ai besoin d'explorer aussi. Des fois l'aspect cathartique, ça peut être de parler de quelque chose dont on a peur, enfin, ce genre de choses. Donc ça reste personnel. Et après oui, en effet, quand tu lâches tes romans dans la nature, ben tu peux être déçu vis-à-vis du retour des gens, vis-à-vis du traitement que ta maison d'édition en fait, vis-à-vis de la manière dont le livre est diffusé, distribué, chroniqué. Enfin, du moment qu'on lâche le contrôle dessus, c'est hyper dur, et je pense que pour moi c'est ça qui est difficile dans les sorties : c'est qu'il faut couper un peu le cordon ombilical avec son livre et voir qu'il sera peut-être pas bien traité une fois qu'il nous appartient plus. Et ça c'est hyper dur, et moi ça fait partie des raisons pour lesquelles à chaque sortie j'ai un petit épisode dépressif d'une ou deux semaines quoi. Enfin voilà, moi c'est à chaque fois, donc...
Ybelion — Et alors je me permets de te poser la question du coup, comme t'as sorti plusieurs livres : comment tu le gères du coup, cet épisode un peu... Je me reconnais assez dans ce que tu dis. Je trouve qu'il y a un espèce de, comme un espèce de, je sais pas comment appeler ça, un truc, ouais, t'as atteint un objectif et puis t'as un espèce de vide quoi. Comment tu fais toi pour le gérer, cet épisode ?
Comment Marêva gère ses épisodes dépressifs post-sortie
Marêva Mae — Après les sorties, bah franchement ça dépend pour chaque projet je pense. Tu vois, là sur mon projet actuel j'ai eu un, enfin, qui vient de sortir, donc sur Best Case Scenario, les deux trois jours après la sortie j'étais vraiment très mal. Mais je m'accroche au roman que je suis en train d'écrire à côté, parce que là j'ai réussi à enclencher un projet et c'est un bouquin qui sort un peu tout seul, qui me fait beaucoup de bien, auquel je tiens beaucoup, donc j'arrive à m'accrocher à ça. Et c'est pas forcément toujours le cas. Pour La Sorcière et le Protecteur, c'était un moment où j'arrivais pas à écrire, parce que bah c'était ma première publication, j'étais bloquée, j'avais peur de me dire : ça se trouve j'arriverais plus jamais à écrire un roman digne d'être publié. Donc pour le coup, avec La Sorcière et le Protecteur, ma duologie de romantésie, j'avais dû me détacher complètement de l'écriture le plus possible pendant un ou deux mois, le temps que ça revienne, que ma jauge d'énergie de créativité elle se remplisse. Alors que là bah j'ai plutôt tendance à m'accrocher à ma créativité pour surmonter la tempête, on va dire. Donc ça dépend. Mais après, pour être transparente, moi j'ai des, j'ai des troubles psy enfin à côté, j'ai toujours connu des épisodes où ça allait très mal et que, grâce à la thérapie et à des traitements, bah j'arrive à mieux gérer. C'est juste plus fort avec l'écriture puisque c'est très intime et très personnel, mais ça m'arrive d'avoir des gros moments de down dans ma vie, enfin, que j'ai appris à gérer. Et du coup bah c'est bête, mais aussi bah en s'entourant, en faisant appel à mes proches, même si demander de l'aide pour moi c'est pas hyper simple. Mais rien que mon conjoint, j'ai dit : bah là ça va pas. Il me dit : oui je le vois, t'as besoin de pleurer. Je dis : ouais, j'arrive pas. Il me dit : ok, tu vas pleurer dans 48 heures et ça va être horrible, mais let's go, on y va. Enfin, ce genre de choses. Et puis en tout cas en parlant aussi avec des amies autrices, parce que mine de rien c'est un métier solitaire mais pas tant que ça quand on est bien entouré. Et je sais que, tu vois, si j'en parle à mes parents ou à des amis qui sont pas publiés, qui sont pas artistes, ils vont pas comprendre exactement ce que c'est, alors que mes copines autrices le comprennent intimement. Parce que bah même si c'est à divers degrés, sortir un livre c'est toujours un peu difficile, ça vient toujours titiller notre égo, nous rendre vulnérables, enfin, appuyer sur des zones de faiblesse qu'on peut avoir. Donc je sais que quand j'en parle avec elles, au moins je suis prise au sérieux, ou même si elles ont pas de solutions à m'apporter, je sais que je suis comprise, et que, et qu'elles reçoivent pas ça comme quelque chose d'étrange dont elles savent pas trop quoi faire, parce qu'elles l'ont vécu aussi quoi.
L'importance des amies autrices qui comprennent intimement
Ybelion — Merci beaucoup pour ton partage, parce que c'est déjà, c'est touchant que tu le partages, et puis c'est tellement vrai. C'est un métier qui est, qui est tellement particulier dans ce qui vient remuer, et c'est très compliqué d'expliquer à quelqu'un ce que ça peut venir toucher, l'écriture, pour quelqu'un qui le connait pas, et même pour quelqu'un qui l'a pas encore vécu en entier, tu vois. Et pourtant c'est tellement transformatoire, et il en sort toujours des trucs assez exceptionnels, que ça devient presque, le processus d'écriture devient presque addictif je trouve. Et ouais donc, si, c'est ça que je voulais dire au début, et désolé après je me laisse emporter, mais t'as raison : s'entourer et puis en parler, en fait ça, parfois ça solutionne tout. Et effectivement, de temps en temps on a pas forcément besoin de solution, mais simplement de dire : t'inquiète, je suis là pour toi, puis si t'as besoin de quelque chose, voilà. Ouais.
Marêva Mae — Ouais, puis je pense que c'est déjà pas forcément propre qu'à l'écriture, ça marche dans tous les autres domaines. Et surtout c'est un truc dont on se rend pas forcément compte de l'extérieur, mais je pense que tous les artistes, et là dans le cas de l'écriture tous les auteurs et autrices, quel que soit leur niveau de reconnaissance, c'est pareil. Je pense que même un Guillaume Musso ou une Amélie Nothomb, quand ils sortent des livres, ça doit les mettre mal aussi je pense. Et il y a le côté, dans l'écriture aussi et dans l'art en général, qui fait qu'on peut en vouloir toujours plus. Donc par exemple moi j'ai la chance d'être publiée en maisons d'édition qui sont diffusées et distribuées en librairie, bah j'essaye de m'en satisfaire sincèrement, mais c'est dur de pas dire : ah ouais mais je pourrais avoir un contrat audio, je pourrais avoir un contrat poche, ah puis il y a des gens qui signent des contrats de traduction, il y a des gens qui ont des sorties en grand format, après enfin, en relié. Et du coup il y a toujours ce côté de bah, même si on est sur un palier entre guillemets plus haut que quelqu'un d'autre qui pourrait se dire : bah de quoi elle se plaint, elle a de la chance, elle est en maison d'édition, en librairie, bah il y a toujours des gens sur des paliers plus haut. Et moi c'est un vrai travail que je fais sur moi-même d'essayer de me dire : mais ça se trouve, les gens plus haut que toi, ils sont pas plus heureux que toi en termes de rapport à l'écriture. Et c'est hyper dur, et enfin franchement je pense que même des artistes très connus, qui des fois montrent des moments de vulnérabilité... Je suis très fan de Taylor Swift, mais dans son documentaire Miss Americana, il y a un moment où tu la vois chialer parce que son album Reputation est complètement ignoré de tous les prix, les Grammy Awards, tout ça. Et ça lui fait mal. Même Taylor Swift, ça lui fait mal quand son album est pas reçu comme elle l'espère. Donc on est un peu tous dans la même galère, même si on vit pas tous de notre art et même si on n'en a pas tous envie. Ça vient remuer des trucs comme tu dis, quel que soit le niveau de célébrité ou de reconnaissance qu'on peut avoir.
Même Taylor Swift pleure quand son album est ignoré
Ybelion — Tout à fait. Et ça, tu vois, de manière très pratico-pratique, dans le métier d'accompagnement des auteurs, que ça soit des primo-auteurs ou des auteurs qui ont déjà publié, en fait c'est marrant mais les thématiques de sujets sont à peu près toutes les mêmes, et après juste ils se déclinent évidemment de manière extrêmement personnelle et extrêmement unique pour chacun. Mais effectivement, on est tous, à la fin on est tous humains, donc on prend le processus tous de la même manière. Non, mais en tout cas avec les mêmes sujets, oui.
Marêva Mae — Puis tu vois, tous les auteurs on va se donner le conseil : ne regarde pas les sites de chroniques, ne va pas sur Babelio, ne va pas sur Goodreads. On dit tous aux autres, mais nous on le fait, on le fait tous. Donc voilà.
Les conseils qu'on donne aux autres et qu'on ne suit pas
Ybelion — Exactement. Ça c'est, ça c'est un truc, t'es vraiment, tu le sais. Et puis tu vois d'ailleurs, ça c'est un truc parfois qui peut aider, c'est quand t'as une situation qui est parfois un petit peu dure à gérer, tu vois, sur le coup, se dire : ok, qu'est-ce que je dirais à ma meilleure amie ? Tu vois, parce qu'on est toujours de vachement meilleurs conseils quand on conseille nos meilleurs amis ou notre soeur ou notre frère, mais on est souvent les cordonniers mal chaussés. Donc parfois juste prendre le recul, tu vois, avec cette question, ça permet de dire : ah ok, il me dirait de pas y aller regarder tout de suite, tu vois, de prendre un peu l'air. Mais parfois ça aide un petit peu, ça.
Best Case Scenario : hommage aux comédies romantiques
Marêva Mae — Ouais, c'est sûr.
Ybelion — Et du coup, Best Case Scenario, tout à l'heure tu disais que l'écriture te permettait d'aussi véhiculer ta vision du monde et tes valeurs, etc. Qu'est-ce que, qu'est-ce que tu véhicules principalement dans Best Case Scenario ?
Marêva Mae — Bah dans ce projet-là, déjà j'avais envie de faire une vraie comédie romantique, comme dans les films que moi j'adorais regarder quand j'étais ado. Donc déjà il y a une envie créative de rendre un peu hommage aux films comme Coup de foudre à Notting Hill, Pretty Woman, ce genre de films. Enfin, il y avait déjà un côté un peu amour du cinéma et un peu exercice, pas exercice de style mais un peu, parce qu'il faut savoir que je lis beaucoup, déjà parce que je suis autrice et traductrice et je considère que ça fait partie de mon métier de lire pour tenir ma plume à jour, me rendre compte aussi de qu'est-ce qui fonctionne ou pas à mes yeux. Mais j'aime pas grand chose de ce que je lis, je suis très exigeante comme lectrice du coup. Et c'est vrai qu'en romance, je crois que j'aime pas trop la new romance, j'aime pas l'aspect over drama, enfin ça peut me plaire mais c'est très rare, et je me suis rendu compte que la plupart des romances que j'aimais, elles se rapprochaient plutôt de la comédie romantique. Donc déjà il y avait l'envie d'écrire une romance qui me plairait à moi, sachant que je suis un peu difficile, qui reprend les codes du cinéma, qui est assez douce et tendre dans le ton, et qui aussi en termes de thématique va aborder le fait d'être artiste et d'avoir des moments difficiles vis-à-vis de son art. Parce que Valentina, elle, elle va sortir un roman en France et elle panique et elle prend la fuite à Los Angeles, où elle va rencontrer un acteur qui lui, en perte totale de vitesse dans sa carrière... Et même si je suis pas actrice et même si je suis autrice, ça m'a permis de parler d'art et de difficultés avec son métier dans les deux cas, avec les deux personnages. Il y avait aussi la volonté de, moi j'aime bien offrir des visions un peu alternatives de la masculinité et de la féminité en termes de construction de genre, d'un point de vue sociologique. J'aime bien avoir des hommes très tendres, très doux, qui sont sensibles, qui peuvent pleurer, qui font face à des difficultés qu'on évoque frontalement. Donc avec Aiden je continue un travail que j'avais déjà fait dans ma duologie de Romantésie. Et avec Valentina, c'est une héroïne assez impulsive qui a vraiment une grande gueule, qui hésite pas à dire des trucs, parfois être un peu agressive, un peu cash, qui démarre au quart de tour, et c'est une représentation de la féminité qui moi me manque dans le paysage culturel, on va dire. Et j'avais, en tout cas j'aime bien questionner un peu les normes de genre. Il y avait aussi le fait de parler de l'orientation sexuelle de Valentina, mon héroïne, avec qui je partage du coup la même orientation. Donc déjà elle est bisexuelle, et c'est vrai que moi je suis bi et en couple avec un homme depuis 10 ans, et j'aime bien participer à la représentation, de dire que le fait d'être en couple avec quelqu'un du genre opposé n'efface pas la queerness de quelqu'un. Parce que moi c'est vrai que je me suis rendu compte que j'étais bi assez tard dans ma vie, et j'ai un peu l'impression, pendant longtemps, de pas avoir le droit de dire que je le suis parce que je suis en couple avec un homme. Donc pour l'instant c'est vrai que j'écris majoritairement des couples hétéronormés, mais où les personnages à l'intérieur sont queer, parce que ça correspond tout simplement à ma réalité. Et elle est aussi démisexuelle, donc ça c'est une orientation qui est sur le spectre de la sexualité. Faut savoir que le fait d'être bi, ça définit qui nous attire, donc les hommes et les femmes et aussi les personnes non-binaires, et le fait d'être démisexuelle, c'est comment on est attiré par quelqu'un. Donc moi, tout bêtement, pour ressentir du désir j'ai besoin d'avoir un fort attachement émotionnel avec quelqu'un. Et du coup j'avais envie d'en parler à travers Valentina, parce que c'est une orientation que j'ai découvert en écumant des forums sur internet, en essayant de comprendre : est-ce que j'étais cassée, est-ce que j'avais des problèmes, est-ce que du coup j'étais ace ou pas, sachant, donc ace c'est asexuel en anglais, est-ce que j'étais asexuel ou pas, parce que des fois j'avais du désir mais très rarement. Et en fait ça a été une telle libération quand j'ai découvert qu'il y avait un mot pour décrire ce que j'étais, que je considère que bah ouais, j'ai envie, vu que je suis concernée, c'est hyper important pour moi d'en parler, surtout en contemporain, pour participer à la représentation. Et c'est aussi un roman qui parle de découvrir sur le tard, puisque Aiden lui, il a été en couple pendant très longtemps, dans un couple où à la fin il n'y avait plus d'amour, et qu'il se rend compte qu'il peut retomber amoureux à bientôt 40 ans, vivre d'autres choses, expérimenter de nouvelles émotions et de nouveaux sentiments. Et je suis très attachée au fait de dire : c'est pas parce qu'on n'a pas 18-20 ans qu'on peut pas se découvrir et qu'on peut pas, comment dire, trouver de nouvelles vérités sur nous-même quoi. Donc gros, j'ai parlé longtemps, mais c'est pas facile de parler en deux mots des valeurs dans un roman.
Représentation queer, bisexualité et démisexualité
Ybelion — T'inquiète, au contraire, c'est passionnant. Alors je t'avoue que du coup j'ai une liste de questions qui s'est mise dans ma tête au fur et à mesure. Déjà je trouve ça super cool, toute la réflexion que t'as autour du genre. Et alors tu vois, encore une fois, moi j'ai encore un peu de mal à parler de ça parce que c'est un sujet que je ne maîtrise pas très bien, et du coup je suis content aussi de recevoir des auteurs qui adressent ces sujets-là, parce que ça me permet aussi de mieux comprendre. Et je trouve ça cool de, je t'avoue que ça m'a plongé dans une réflexion personnelle d'adolescent, où moi-même je me posais beaucoup de questions, notamment sur ce que t'as amené là, de pas le, l'intensité, désolé j'ai utilisé le mauvais terme, mais l'intensité du désir ou le... Ouais bah la sexualité c'est un spectre. Ouais voilà, faut se dire que la sexualité...
Late blooming, se découvrir tard
Marêva Mae — C'est un spectre, et on peut être, c'est-à-dire ne ressentir aucun désir ou ressentir du désir de temps en temps, et dans les deux cas ça fait partie du spectre de la sexualité quoi. C'est-à-dire qu'il y a ce côté un peu, souvent dans les communautés queer c'est dur de trouver sa place parce qu'on se dit qu'on a le droit d'utiliser un terme pour se décrire si c'est un peu plus nuancé. Et oui, il y en a, il y a plein de termes, il y a plein de termes un peu parapluie qui se regroupent pour décrire ce qu'on peut être. Il y a des gens qui n'ont pas besoin de mots pour ça, il y a des gens qui sont hyper à l'aise avec la manière dont ils expérimentent l'amour et le désir. Puis moi je suis autrice, donc c'est vrai qu'avoir des mots c'est hyper important quoi.
Ybelion — Bah tu vois, je trouve ça vraiment, tu, je trouve ça trop bien, parce qu'en fait je suis d'accord avec toi, moi j'ai pas forcément besoin de mettre un mot sur ça, par contre savoir que, tu vois, justement c'est pas binaire, bah tu vois ça m'amène un niveau de compréhension que j'avais pas. Et je pense que, tu vois, ça paraît tout bête, mais c'est pour ça que c'est important d'écrire ce genre de sujet-là. Mais si tu tombes sur un livre comme ça quand t'es gamin, bah en fait ça peut t'amener un truc qui te dit : mais en fait tout ce qui m'arrive c'est normal. Et c'est tout bête à dire, mais ça fait, ça fait tellement du bien en fait quand tu comprends ça. Ouais, trop bien, passionnant en vrai, ça. Et alors attends, là c'est le moment où j'essaie de pas me perdre dans mes questions. Oui, le deuxième, le deuxième sujet que t'as amené, qui est le fait de se trouver. Je crois que sur Insta t'appelais ça le late blooming, non, c'est ça ?
Marêva Mae — Exactement.
Ybelion — Ouais, j'aime beaucoup. On parlera, je parlerais peut-être un petit peu de ton métier, traductrice, après, parce que moi j'aime bien aussi tous les anglicismes qu'on peut utiliser parfois. Et du coup, cette notion du late blooming, ou en tout cas de se découvrir un peu tardivement, comment toi t'as pu peut-être l'expérimenter ou l'observer de ton côté ?
Le double diagnostic autisme/TDAH à 30 ans
Marêva Mae — Bah déjà avec le cas de mon conjoint et moi, tu vois. On a respectivement, j'ai 32 ans et lui il a 37 ans cette année, et en fait on a cheminé ensemble sur ces questions-là. On s'est rencontré en étant assez jeune, avant nos 30 ans, et on était un peu perdu sur plein de sujets, mais on s'est beaucoup épaulé mutuellement et soutenu mutuellement, et je pense qu'on serait pas devenu les personnes qu'on est aujourd'hui l'un sans l'autre. Mais notre processus de découverte de nous, il est passé par un questionnement sur notre queerness respectif, parce qu'on est tous les deux bisexuels et on en parle beaucoup, et ça nous, on s'est aidé mutuellement à se sentir légitime. Il y a aussi le côté de la neuro-atypie : on a tous les deux été diagnostiqués, alors on a le même diag, on a tous les deux été diagnostiqués autistes et avec un TDAH, donc un trouble de l'attention et de l'hyperactivité. On a tous les deux été diagnostiqués au même âge, et surtout ce qui est intéressant, c'est que lui c'est un homme, donc il a été très facile à diagnostiquer, c'est-à-dire que son psychologue a direct vu les signes, il l'a direct envoyé en clinique, et moi j'ai été diagnostiquée 3-4 ans plus tard parce que ça a été très difficile de me faire reconnaître en tant que femme. Et c'est bête, mais le fait que Quentin et moi on avait exactement les mêmes marqueurs, des trucs qui me disaient : mais tout ce qu'on me dit moi chez le psychiatre, ça colle à ce que tu fais. Et du coup c'est grâce, comment dire, pas à l'expertise de mon conjoint mais au fait qu'il légitime des ressentis que j'avais, par rapport à ce qu'il me disait, qui a fait que j'ai poussé pour avoir mon diag. Et honnêtement, quand j'ai eu ces deux diagnostics-là, ça a remis toute ma vie en perspective, parce que j'ai compris beaucoup de choses, beaucoup de difficultés que j'avais eues, beaucoup de moments où je me sentais pas légitime, où je me sentais nulle ou incapable ou moins bien que les autres. Tout ça venait pas tout entièrement de ce double diagnostic, mais ça trouvait beaucoup source là-dedans. Et en fait, du moment que j'ai eu cette clé de vision pour mieux me comprendre, je me suis pardonné plein de trucs. C'est bête, mais quand on sait qu'on a des difficultés qui sont liées au développement de notre cerveau, on se pardonne vachement plus d'avoir des jours où on n'est pas au top, d'avoir des jours où on n'arrive pas à sortir de chez soi, d'avoir des jours où travailler c'est difficile voire même impossible, sachant que j'ai aussi des maladies gynéco à côté qui font que le tout combiné, il y a vraiment des jours où c'est pas facile. Ça m'a permis de beaucoup me pardonner et d'être beaucoup plus douce avec moi-même. Et c'est un travail qui est encore en cours, parce qu'après 30 ans, tu vois, à assimiler des fausses vérités sur soi, ça met du temps à les déconstruire. Mais c'est des trucs que j'ai découvert entre guillemets sur le tard, parce qu'un diagnostic autiste TDAH qui va être donné à 14-15 ans, il a pas du tout le même impact sur une vie qu'un diag qui est donné à 30 piges, où il y a beaucoup de choses qui se sont construites, beaucoup de choses à défaire, et beaucoup, comment dire, de trucs très ancrés quoi. Mais en tout cas moi c'est comme ça que je l'ai vécu, à travers mes identités queer et à travers mes diagnostics physique et psy. C'est deux choses où maintenant j'ai l'impression que je me redécouvre. Et tu sais, le mythe de dire à 30 ans la vie elle est différente, là pour moi ça a vraiment été le cas, parce que j'ai eu tout ça à l'aube de ma trentaine, et je suis beaucoup plus libérée, je suis beaucoup moins, comment dire, consciente et attachée au regard des autres. J'ai beaucoup plus de facilité à me défendre aussi, je sais que maintenant moi j'ai pas de problème à me mettre en colère, à taper du poing sur la table. Et c'est des choses qui découlent pas que de tout ça et des diagnostics, mais qui sont quand même un peu liées je pense.
Ybelion — J'entends dans ton, dans aussi dans la compréhension que t'as pu développer de toi-même, que ça t'a permis aussi de te donner beaucoup d'autorisation, ne serait-ce que par exemple tu disais exprimer la colère ou ce genre de choses. C'est cool. Et puis effectivement, ça reste, tu sais, c'est le fameux travailler sur soi, c'est un travail de toute une vie, tu vois. Tu t'en apprends toujours plus et tu déconstruis toujours plus de choses, et que ça soit des injonctions, des croyances limitantes, des drivers, ça peut être à peu près tout et n'importe quoi. Mais toujours, c'est ouais, c'est étape par étape, et puis, et puis c'est comme ça qu'on avance quoi, quelque part.
Transposer des quêtes initiatiques sur des personnages adultes
Marêva Mae — Et tu vois, c'est pas des choses que j'ai données directement comme ça à mes personnages, mais ça part d'un sentiment et d'une envie de montrer que quand on a quelque chose qui se brise en nous ou qui se reconstruit en nous tard dans notre vie, entre guillemets. Je précise tard dans notre vie par rapport à mon propre vécu, mais 30-40 ans c'est pas la fin de la vie, c'est même pas, enfin c'est le milieu de la vie, on va dire, et encore quoi. Donc je précise, tout est relatif. Mais c'est vrai que moi ça m'intéresse aussi d'avoir des quêtes, comment dire, des quêtes initiatiques et des sujets qu'on va plus trouver d'habitude en young adult, de les transposer sur des personnages adultes de 30 ans ou plus. Parce que je considère qu'avec les millenials et la génération dans laquelle on est issu, notre construction elle est rarement achevée à 30 ans quoi, enfin en termes d'orientation pro, de personnel, de plein de trucs. J'ai l'impression qu'on est une génération en tout cas qui a été sacrifiée sur certains plans, et j'imagine que les générations d'après ont encore plus cette impression-là vu l'état de la planète et tout. Mais c'est rare qu'à 30 ans on sache exactement qui on est, qu'on soit au même stade que nos parents, enfin c'est très rare quoi.
Ybelion — Moi je partage totalement ton avis, et puis du coup je suis quasiment la même génération que toi puisque moi je vais avoir 31 cette année. Et tu vois, moi ça a été vraiment sur le côté professionnel, cet aspect de se découvrir tard. Et effectivement, en fait ce qui est marrant, c'est que quel que soit l'âge auquel tu te découvres, t'as toujours, enfin toujours, j'aime pas trop utiliser de faire de généralité, mais t'as très souvent ce sentiment de : putain mais j'ai mis longtemps à comprendre quand même. Parce que quand tu te retrouves face à l'évidence, que ça soit du métier, de l'identité, de ta compréhension de toi-même, tu te dis : mais c'est tellement évident, comment ça n'a pas pu m'apparaître plus tôt, tu vois. Et ça aussi c'est quelque part aussi le travail qui suit derrière, d'accepter que les choses aussi prennent du temps et que tout ce que t'as vécu avant t'as aussi emmené à ce timing-là quelque part, et c'est comme ça quoi. Et puis maintenant justement, au contraire, dis-toi t'as tout le reste de ta vie qui s'ouvre avec cette nouvelle compréhension et cette nouvelle éclosion quelque part. Donc c'est ouais, je partage beaucoup de métaphores pour te dire que je partage ton avis sur notre génération. Je pense qu'il y a aussi découvert qu'il y avait plein de manières de vivre au-delà du besoin de sécurité, notamment d'après-guerre, où il fallait avoir un CDI, une maison et puis une famille pour être sûr que tout aille bien. Et quelque part maintenant on découvre qu'en fait on peut très bien élever des chèvres pendant 6 mois et puis après aller écrire un livre, tu vois, et faire plein de choses en fait. Et c'est cool, c'est cool.
La génération sacrifiée et la reconversion
Marêva Mae — Bah puis c'est vrai que j'ai pas parlé de ça professionnellement, mais moi je suis devenue traductrice à 28 ans, 28-29 ans, 29 je crois, après un burn-out dans le salariat, où j'ai été, j'ai été licenciée par la médecine du travail parce que mon job m'avait cassée. C'est-à-dire que la médecine du travail a forcé mon employeur à me licencier. Donc j'ai connu l'inadéquation et le fait de se forcer à rentrer dans des cases qui me collaient pas, et je pensais pas avoir les capacités pour devenir traductrice, même si j'ai fait des études qui collent avec ça et tout. Et en fait, pendant que j'étais en burn-out et que je me remettais, après je me suis dit : mais ça fait des années que j'en rêve, là j'ai deux ans de chômage devant moi, je vais essayer, parce qu'en fait sinon je me le pardonnerai jamais. Et il se trouve que ça s'est super bien passé, j'ai eu assez rapidement des contrats, il se trouve que je suis pas du tout mauvaise dans ce domaine-là au contraire, mais que j'ai eu besoin de faire un burn-out pour me dire, c'est pas pour prendre confiance en soi, mais pour me dire : à un moment là tu vois bien que ça marche pas le salariat, donc va peut-être falloir tenter autre chose quoi.
Ybelion — Ouais, c'est ça qui est, alors je sais pas si c'est terrible ou si c'est la vie qui est comme ça, ou je sais pas, mais t'as très, il y a assez souvent ce truc de : ok bon, tu te retrouves au fond quoi, et là tu fais bon bah ok, maintenant qu'est-ce qui est, je peux plus creuser de toute façon, donc qu'est-ce que je fais quoi. Et ouais, c'est souvent dans, je sais plus d'où vient cette citation, mais tu sais, dans le péril croît ce qui sauve. Et j'aime bien ce truc de dire : bon bah ouais, effectivement c'est parfois quand c'est dur que, comme une urgence ou comme une évidence, t'apparaît le chemin qui va te permettre d'aller respirer quoi, comme si c'était un truc très instinctif qui t'appelait quoi. Et là tu te poses plus de questions quelque part, ça facilite presque les choses quoi. Bon, alors attention quand même, petit bémol, il s'agit pas non plus de, y'a pas besoin de vivre un burn out pour avoir ce genre de révélation. Ah non.
Du burn-out salariat au métier de traductrice
Marêva Mae — J'aurais été très heureuse de faire ça direct après la fac. Si j'avais pu être traductrice direct à la fin de mes études, je préférerais cette voie-là. Mais c'est pas non plus, je vais pas non plus pleurer sur ce qui m'est arrivé. Parce que c'est pas pour dire les mauvaises choses permettent d'avoir des bonnes choses dans la vie, mais là juste de dire : bah j'ai vécu un truc assez peu agréable et de là j'ai réussi à me réorienter professionnellement. Voilà, c'est ça le propos, en effet. C'est pas de dire qu'il faut toucher le fond pour avoir une carrière qui vous convient, c'est pas le but.
Ybelion — La belle histoire de vie qui se transforme en pire conseil de l'univers.
Marêva Mae — Ouais non, c'est pas ça, non, clairement.
Ybelion — Mais ça rejoint, j'avais Cynthia Raymond récemment en podcast, et elle me partageait son, tout ce qu'elle avait appris des échecs et le fait qu'elle se remerciait, tu vois, d'avoir eu des échecs. Et c'est ça, et ça rejoint ça, et c'est trop bien quoi, c'est trop bien. Et le, tu sais que ça m'a impressionné, parce que je regardais sur ton Goodreads, ton profil, et je voyais, j'ai vu le nom de Rebecca Yarros là du coup. Et du coup c'est toi qui as traduit un de ses livres, c'est ça ?
Traduire Rebecca Yarros et défendre son métier
Marêva Mae — Si j'ai bien compris, je suis pas la seule, puisqu'elle a sorti pas mal de livres qui ont été traduits en France. Et faut savoir que ça peut arriver qu'une même traductrice ou un même traducteur traduise l'entièreté des œuvres de quelqu'un, mais en fait c'est assez compliqué parce qu'il faudrait du coup que les œuvres soient toutes acquises par la même maison d'édition, et c'est pas souvent le cas, surtout sur des autrices au profil comme ça. Bah souvent les maisons d'édition se battent pour l'avoir, et ça part aux enchères, c'est une image, c'est pas vraiment les enchères, mais il faut avancer une certaine somme pour avoir les droits et tout. Et du coup je sais qu'elle a une partie de ses titres qui sont chez City Édition, une partie chez Hugo et une partie chez J'ai lu, où moi je travaille. Et c'est très rare en tout cas que du coup une même traductrice fasse plusieurs œuvres si c'est pas dans la même maison. Donc tout ça pour dire que bah oui, je suis contente d'avoir travaillé sur plein d'autrices. Alors bon, après je tiens à préciser que Rebecca Yarros c'est quelqu'un qui a des prises de position avec lesquelles politiquement je suis pas d'accord, notamment je sais qu'elle est accusée d'être sioniste, etc. Bon, faut savoir que les traducteurs traductrices, quand on nous propose un texte, souvent si on dit non on sait pas quand sera le prochain. Donc même si c'est pas forcément lié avec nos valeurs éthiques par rapport à l'auteur ou l'autrice, moi j'accepte les contrats parce qu'il faut que je mange et que j'ai besoin d'avoir un salaire, et que de toute manière, même si c'est pas des textes que j'apprécie ou j'apprécie pas l'autrice derrière, je donne mon maximum pour que ça fasse un... Je pense toujours au confort des lecteurs et des lectrices en premier. Donc ça, tu vois, pour le coup tu cites ce texte, c'est clairement pas mon préféré sur lequel j'ai travaillé, mais j'ai quand même essayé de donner le maximum pour qu'il soit à la hauteur, en tout cas, de ce que les gens attendent, les gens qui aiment cette autrice.
Ybelion — J'allais te demander effectivement, parce que évidemment, tu vois, dans les noms anglophones j'avoue que j'en connais pas non plus des masses, et du coup forcément ce nom-là saute aux yeux parce que c'est quand même un des plus connus. Et j'allais te demander justement : est-ce que ça change quelque chose, tu vois, enfin qu'est-ce que ça change de travailler sur une autrice qui fonctionne très bien ? Ou alors quelque part le plaisir, du coup c'est un peu ce que t'as dit en fait, le plaisir du texte il est pas lié à la renommée de l'auteur que t'as.
Marêva Mae — Non. Ce que ça peut changer, très pragmatiquement, ça peut être sur la rémunération, des fois. Parce que des fois ça peut arriver que les textes d'auteurices très connus, la maison d'édition veuille les sortir plus vite. Et en tout cas moi, là où je travaille, si un texte est en urgence et que du coup on me laisse moins de temps pour le traduire que le temps que ça devrait prendre, souvent je suis plus payée. Voilà, c'est ce que ça peut changer. Ça m'est arrivé sur une saga de New Romance qui se vend très bien, de la milliardaire romance, et du coup j'étais plus payée parce qu'on m'a demandé de traduire en 3 mois un texte sur lequel j'aurais dû en prendre 5. Donc j'ai fait des horaires de zinzin, mais j'ai été plus payée. C'est tout ce que ça peut changer. Et après moi j'ai pas vraiment de, je suis pas comment dire, starstruck, tu vois, je suis pas éblouie quand je traduis une autrice très connue, puisque bah c'est mon, enfin comment dire, je suis très pragmatique. Ce qui va m'impressionner, c'est la richesse d'une plume, tu vois par exemple, et ça c'est pas forcément chez les auteurices très connus. Mais je sais que un de mes titres que j'ai traduit qui s'est le moins vendu, c'est peut-être celui sur lequel j'ai préféré travailler, parce que je trouvais la plume magnifique et du coup je prenais vraiment, je prends soin à traduire tout ce qu'on confie, mais quand la phrase elle est hyper belle et hyper poétique, j'ai passé plus de temps dessus qu'une phrase qui est sujet-verbe-complément quoi, tout simplement.
Ybelion — Et c'est un métier qui me fascine, sache-le, parce que je trouve que c'est déjà, tu m'as dit 3 mois, 5 mois, je me dis putain c'est fou. Et comment ça se passe quand tu récupères un texte ? C'est quoi le processus pour arriver à une traduction que tu rends à la fin ?
Marêva Mae — Franchement, je vais te décevoir, c'est pas très glamour et pas très mystique. Mais si tu veux, souvent avec mes éditrices on se met d'accord sur une date de rendu. Quand elles me proposent un texte, déjà elles me demandent si je veux le texte, en général je dis oui parce que j'ai besoin de travailler et qu'en plus je suis assez curieuse et que j'aime bien travailler sur plusieurs genres différents. Et tu vois, chez J'ai lu, j'ai commencé en romance et ils m'ont proposé de traduire du cosy mystery, et j'étais hyper partante parce que j'avais jamais fait et c'était un challenge. Mais ils te demandent quand même, quand c'est pas ton genre de prédilection. Après, je regarde la taille du texte, parce que moi tout bêtement je connais mon rythme de croisière et je suis capable de dire combien de temps ça va me prendre. Des fois il y a des contraintes internes où on va me dire : ah bah j'en ai besoin plus tôt. Donc on se met d'accord, on négocie, il y a une phase en tout cas de discussion avec mon éditrice. Et après bah je commence à traduire le texte, c'est-à-dire que j'ouvre mon manuscrit, enfin le tapuscrit, en format PDF sur la moitié gauche de mon écran, j'ouvre mon traitement de texte sur la moitié droite de mon écran, puis bah je traduis, globalement.
Le processus concret de traduction d'un roman
Ybelion — Voilà, là c'est dingue en vrai. C'est un travail qui est tellement, enfin, qui me, en tout cas moi de ma vision, qui me paraît tellement minutieux. Je me dis putain, il faut être, c'est comme correcteur ou correctrice je trouve, je suis hyper impressionné par ces métiers. Je pense la différence...
Marêva Mae — C'est que, pardon. Non, vas-y, pardon.
Ybelion — J'allais conclure en disant, parce que ça peut paraître être un métier un petit peu robotique, et en fait au contraire je trouve que tout ce qui fait la beauté de ce métier, c'est que si tu le traites comme un robot, ça fonctionne pas vraiment. Je sais pas si tu vois ce que je veux dire, mais il y a une espèce de sensibilité que le métier oblige, dans une concentration extrême pendant des heures sur, enfin tu vois, c'est ça, c'est cette minutie-là qui me fascine.
Marêva Mae — Oui, bah faut se dire que, oui voilà, là où l'IA ne peut pas faire, l'intelligence artificielle générative ne peut pas faire notre travail, c'est que, je te dis, j'ouvre mon texte et je traduis, mais c'est le résumé bêtement. Mais il y a plein de choses qui se passent dans ma tête, et déjà au début je traduis beaucoup plus lentement parce que je m'imprègne du style de l'auteur ou de l'autrice, je comprends comment il est, je repère est-ce qu'il utilise des expressions désuètes et du coup est-ce que je peux m'en permettre, est-ce qu'il y a beaucoup de métaphores. Enfin, ça je l'analyse quand je traduis le premier chapitre, et souvent le premier chapitre je vais passer plus de temps dessus parce que je reviens, et c'est la phase d'imprégnation du texte. Mais il faut savoir que moi je lis pas entièrement les romans avant de les traduire, déjà parce que sinon je m'ennuie, le fait de rester dans la surprise et de savoir qu'est-ce qui va se passer, ça me permet de garder mon intérêt donc je traduis mieux. Et après, oui, des fois je remarque des petites incohérences, par exemple c'était le policier et je me rends compte que c'est la policière, parce que le genre en anglais fonctionne pas exactement pareil qu'en français, mais dans ces cas-là j'ai une bonne mémoire, je reviens en arrière. Et de toute façon, à la fin de mes traductions, je relis entièrement tout mon texte avant de l'envoyer à l'éditeur ou l'éditrice, donc j'ai pas la nécessité de lire les textes avant. Puis aussi tout bêtement, ce serait du temps de travail gratuit sur lequel je suis pas payée, donc ça rentre aussi en ligne de compte. Mais après oui, bien sûr, j'analyse les émotions. Enfin, là où l'IA générative est nulle, c'est qu'elle peut pas percevoir l'humour, elle peut pas percevoir l'ironie, elle va pas comprendre qu'une phrase où on fait semblant d'être joyeux, ça cache beaucoup de tristesse. Et ça c'est, ouais, c'est un travail qu'on fait derrière. Et il y a des fois où j'arrive pas à entrer en résonance avec le texte et où je vais passer trois heures sur une seule page, et des fois où j'ai un espèce, pas un flot créatif parce que c'est pas de la création pure, mais je suis en symbiose avec le texte, tu vois, et où en une heure je vais traduire 4-5 pages, et c'est genre les meilleures pages que j'ai traduites parce que je vibrais avec le texte quoi. Et puis il y a des fois où je sais même plus parler français parce que j'ai trop traduit et qu'il y a tout qui se mélange dans ma tête, et je vais vérifier, des fois c'est bête, mais à la fin de la journée je parle ni français ni anglais, je parle un mélange des deux, et je suis obligée d'aller vérifier des expressions toutes bêtes sur internet pour savoir si ça se dit vraiment comme ça en français, parce que je ne sais plus. Mais c'est pas un métier où on s'ennuie, en tout cas pour moi, avec la manière dont mon cerveau est construit. C'est pas un métier où j'ai deux fois la même journée qui se ressemble quoi, enfin vraiment, alors que factuellement je m'assieds devant mon PC et je traduis toute la journée. Mais voilà, ça se ressemble pas.
Quand l'écriture nourrit la traduction (et inversement)
Ybelion — Je vois tout à fait ce que tu parles. C'est comme métier d'écrivain : en soi c'est taper des mots sur une page, bon bah ok, une fois que t'as dit ça, tu vois, ça parait pas très sexy. En fait chaque session d'écriture est différente et toujours assez extraordinaire. Et le, tout à l'heure donc tu disais, donc t'as surtout traduit de la romance, t'as aussi traduit du cosy mystery. Comment ton métier d'illustratrice, pardon, de traductrice, il te nourrit toi dans ton écriture ? Est-ce que les deux se lient quelque part ou t'arrives à bien séparer ?
Marêva Mae — Bah je dirais, je dirais que c'est plutôt l'inverse. Je pense que c'est plutôt le fait d'être moi écrivaine qui fait de moi peut-être une meilleure traductrice. Alors on peut très bien être traducteur ou traductrice sans être écrivain, mais le fait de travailler moi ma plume, ça fait que j'ai l'impression de bien réussir à capter la plume des auteurs et des autrices, et je me fais assez vite confiance sur ce que je perçois de leur plume et comment je vais l'adapter. Et j'ai aussi beaucoup d'automatismes en français qui viennent du fait que je suis écrivaine, et qu'il y a des expressions que j'utilise régulièrement, il y a des constructions de phrases qui, je sais, ne sont pas bonnes en français parce que je les ai vues en édito. Mais après c'est vrai que ma plume à moi elle vient forcément teinter les textes que je traduis, mais c'est pas spécialement parce que je suis autrice, et c'est pas forcément un défaut, au sens où n'importe quel traducteur ou traductrice, il a des préférences. C'est-à-dire, il y a des mots qu'on trouve moches et qu'on va moins, comment dire, volontairement utiliser, tu vois. Pour une notion en anglais on peut en avoir plusieurs en français, et on va prendre une option qui esthétiquement nous plaît plus, tout simplement dans la sonorité de la langue ou des trucs comme ça. Et le fait d'être autrice, je sais quelle construction de phrase est privilégiée et tout, mais un traducteur qui n'est pas auteur ou autrice à côté, il aura aussi de la subjectivité dans sa manière de traduire. Je pense que la subjectivité en traduction, du moment qu'on la met au service du texte et qu'on n'est pas là pour réécrire le texte mais pour l'adapter, c'est pas du tout un défaut en fait. Enfin voilà, au contraire, la subjectivité c'est bien.
Ybelion — Ouais, c'est un super point. Tu vois, j'avais pas forcément fait le lien, mais ouais, en fait quelque part la traduction d'un texte c'est vraiment une adaptation de l'oeuvre originale quoi. Sans dire que tu l'as réécrit, mais il y a forcément, bah des fois...
Adapter, pas trahir : la subjectivité du traducteur
Marêva Mae — T'es obligé d'adapter, cette subjectivité...
Ybelion — Qui vient teinter.
Marêva Mae — Et ça peut être, tu vois, de la subjectivité dans le choix pur de la construction d'une phrase ou dans le vocabulaire employé. Par exemple, si on perçoit qu'une phrase elle a un vocabulaire soutenu, bah on doit l'adapter en vocabulaire soutenu en français ; si on perçoit que c'est beaucoup plus populaire, et bah on doit l'adapter de cette manière-là. Mais ça marche aussi dans les références culturelles. Moi des fois, en tant que traductrice, surtout sur le contemporain, je me demande : est-ce que cette référence-là fonctionne en français ? Si oui, bah je la conserve ; sinon, est-ce qu'on met une note de bas de page pour pas perdre le public, ou est-ce que je peux me permettre de l'adapter avec quelque chose d'approximatif, tu vois, et qui va quand même exister dans le contexte américain ? Tu vois, par exemple, une présentatrice météo, en français je peux pas mettre Évelyne Dhéliat parce que ça n'aurait aucun sens qu'une américaine pense à Évelyne Dhéliat, ça ne marche pas. Ça se faisait il y a quelques années en traduction, maintenant on le fait plus trop, tu vois. Ou enfin, c'est bête, mais tu vois par exemple, je cite souvent cet exemple-là parce que je le trouve assez parlant : mais j'ai trouvé sur un truc, dans une romance contemporaine, où ça parlait d'une émission de cuisine absolument inconnue en France, et du coup j'ai cherché, il y a quelle émission de cuisine qui existe, et j'ai fait : ah mais Cauchemar en cuisine. Et du coup j'ai traduit, j'ai fait une ref à Cauchemar en cuisine dans ma traduction, parce que ça trahissait pas l'intention de l'autrice de faire référence à une émission, et c'est une émission qui existe à la fois aux USA et en France, donc du coup ça marchait. Et ça épargne une note de bas de page qu'on va conserver, enfin, pour moi les notes de bas de page on en met quand on n'a pas le choix quoi. Donc voilà, et c'est des questions qu'on se pose pas mal, notamment au contemporain.
Pourquoi on retraduit les classiques (et les coups bas du Seigneur des Anneaux)
Ybelion — C'est trop cool, parce que tu vois, ça donne un autre point de vue je trouve sur les traductions. Enfin, en tout cas nous, quand tu lis une traduction, t'as pas tout ce, tout ce, tout ce, tout ce, voilà là j'ai que « background » qui me vient en anglais, tu vois, c'est... Bref, tu vois ce que je veux dire, t'as pas toute la matière de réflexion qu'il y a derrière. Et tu vois, il me vient une question, je sais pas à quel point c'est pertinent ou pas, mais notamment sur tous les textes très célèbres et un peu vieux, je sais pas, je pense à Orgueil et Préjugés, je sais pas pourquoi c'est le premier qui me vient : est-ce que, est-ce que c'est, qu'est-ce qui change quand on refait une traduction, tu vois, entre une traduction qui a été faite par exemple il y a 10 ans, parce que c'est pas très vieux, mais en même temps il y en a toujours qui ressortent de nouvelles, tu vois ?
Marêva Mae — Et bah écoute, ça m'est jamais arrivé, jamais travaillé sur un classique, mais j'imagine en fait que ça dépend beaucoup des consignes que l'éditeur donne. Ouais ok. J'ai l'impression qu'il y a beaucoup d'éditions qui ressortent qui sont juste des remises en forme, mais où on garde le même texte. De toute manière c'est facile à vérifier, le nom du traducteur doit être mentionné légalement, donc. Mais je sais par exemple que, tu vois, pour le coup en fantasy, pour Le Seigneur des Anneaux, ils ont voulu ressortir une nouvelle traduction et ils ont changé tous les noms propres, et on est beaucoup de traducteurs et de traductrices à se dire : est-ce qu'ils ont pas juste fait ça pour éviter de payer les droits d'auteur au premier traducteur ? Parce qu'en fait, si on republie en fantasy, tous les termes, tu sais, qui ont été traduits, la Comté, Fondcombe, Grand-Pas pour désigner Aragorn, tout ça c'est des termes sur lesquels le traducteur a des droits d'auteur, parce que c'est lui...
Ybelion — Qui les a inventés. Voilà.
Marêva Mae — Et du coup des fois il y a soupçon, de se dire : ils ont tout retraduit en utilisant des nouveaux termes pour juste pas payer 10% de la cession au premier traducteur quoi.
Ybelion — C'est moche, ça me fait rire, c'est pas drôle. Ah mais du coup...
Marêva Mae — Moi je trouve ça, moi je trouve ça honteux, parce qu'en fait, désolé la maison d'édition qui traduit Seigneur des Anneaux, mais je trouve ça honteux, parce que du moment que les films ont entériné les traductions françaises, pour moi on peut pas revenir dessus. C'est-à-dire que c'est pas Fendeval, c'est Fondcombe, c'est pas Fendeval, enfin je veux dire, c'est pas possible. Pour moi, j'aime beaucoup la culture geek et nerd, j'aime bien Seigneur des Anneaux, et je peux pas pardonner qu'on y touche. Du moment qu'un film qui est mondialement connu, qui est culte, il a établi des termes qui ont été pris dans la première traduction, on peut pas faire un autre texte, enfin une autre traduction où on se passe de ces termes-là. Et tu vois, par exemple, sur Orgueil et Préjugés, de la même manière, la première phrase, je crois qu'en français c'est : il est universellement reconnu que toute fille en âge de se marier, gna. Ça, tu ne peux pas y toucher, c'est un monument, tu peux pas toucher à cette phrase. Je pense qu'il y a plein d'autres trucs du récit que tu peux moderniser dans l'approche de traduction, et pas dans le langage, parce que le langage doit rester cohérent pour cette époque-là. Mais cette phrase-là, tu ne peux pas y toucher, c'est interdit.
Le traducteur qui a inventé les noms des Pokémon
Ybelion — C'est, là j'ai un flash, ça m'avait marqué parce que je l'avais sur une, je crois que c'est un truc qui s'appelle Gutenberg.org, où t'as plein de textes qui sont dans le domaine public, dans le, voilà, dans le domaine public. Et j'étais tombé du coup, alors c'est surtout en anglais, mais j'avais trouvé une version française de Orgueil et Préjugés, et justement ça m'avait marqué en lisant la première phrase.
Marêva Mae — C'est un livre...
Ybelion — Que j'ai jamais lu. Mais du coup, la première phrase est tellement connue, et en lisant la première phrase je m'étais dit : mais est-ce que j'ai le bon bouquin, quoi ? Et après du coup, là je fais le lien avec ce que tu dis, c'est probablement que c'était une très vieille traduction ou un autre truc, mais c'est vrai, t'as totalement raison. Et l'autre truc de geek qui m'est venu quand tu parlais du Seigneur des Anneaux, je me dis : c'est comme si, tu sais, que tu, d'un coup il y avait quelqu'un, il réinventait tous les noms des Pokémon, tu vois, et il changeait tout, et ça n'aurait aucun sens.
Marêva Mae — Mais c'est super intéressant que tu parles de ça, parce que justement la traduction dans le domaine littéraire, c'est peut-être le plus connu quand on parle de traduction artistique, mais dans les jeux vidéo c'est aussi fondamental. Et le traducteur français qui a traduit depuis le japonais les noms des Pokémon, il a fait un travail qui a été fondateur dans le succès de Pokémon en France. En fait, on ne peut pas du tout dissocier le succès de Pokémon, c'est pas que Nintendo, c'est aussi lui. Je ne suis pas fan de Pokémon, mais mon copain l'est, et il m'avait montré justement des TikTok où ce traducteur-là parlait de comment il avait choisi. Et je trouvais ça passionnant, parce que j'étais là : mais c'est visionnaire, à l'époque où il a fait ces choix-là, c'est visionnaire, vraiment. Et marketingement, il avait un pif de zinzin.
Ybelion — C'est incroyable. Et effectivement, je ne sais plus dans quelle émission il était passé, mais récemment il a fait beaucoup d'interviews justement où il explique un peu le choix des noms de Pokémon. Et moi j'avoue, grand fan de ça petit, je suis un peu tombé de ma chaise en me disant : putain mais ce mec, c'est le héros sans cape. Tu le vois pas, mais il a tout changé à ta vie.
Marêva Mae — Mais ça, c'est vrai que moi je suis, ça me fait toujours rire quand je vois quelqu'un qui dit : ah j'adore la plume de ce livre, quand c'est une traduction. Parce que je me dis : bah oui, t'aimes sans doute la plume de l'auteur VO, mais t'aimes aussi la plume du traducteur ou de la traductrice qui a travaillé dessus, parce que forcément ça vient teinter. Et si t'aimes cette plume-là, t'aimes aussi la nôtre. Oui, on met notre plume au service de la plume de quelqu'un d'autre et on l'adapte en fonction, mais moi, notre sensibilité elle transparaît forcément dans notre traduction, c'est évident.
Ybelion — Et de ton côté, désolé je parle beaucoup de ton métier de traductrice, mais je trouve ça vraiment passionnant. De ton côté, est-ce qu'à ton sens, quand on lit une traduction, de facto on perd quand même quelque part, pas l'authenticité de l'auteur, c'est pas le bon mot, mais est-ce que, tu vois, est-ce qu'on perd une partie en gros ? Ou alors, si je devais poser ma question différemment : est-ce que ça vaut le coup de lire un texte par exemple en anglais et en français, tu vois ?
VO ou traduction : ce qu'on gagne, ce qu'on perd
Marêva Mae — Bah honnêtement, moi je suis un peu, c'est difficile, j'ai un peu les fesses entre deux chaises pour te répondre. Parce que d'un côté, moi je consomme beaucoup de contenu anglophone, bah déjà pour maintenir mon niveau d'anglais vis-à-vis de mon métier, donc je lis en anglais, mais je lis aussi des traductions pour faire de la veille. Mais tu vois, par exemple, je regarde pas de film avec du doublage et des sous-titres, ou alors des sous-titres en anglais, parce qu'en fait les sous-titres français souvent je les trouve pas bons, c'est pas comme ça que j'aurais fait, et du coup je travaille quand je regarde un film. Donc c'est pas une très bonne chose, donc c'est pas bien, donc je vais... Mais en même temps, je défends le métier de sous-titreur et je défends le métier de doubleur et de doubleuse, donc je veux pas, ce serait très élitiste de ma part de dire : vous aurez pas accès à l'oeuvre dans sa bonne forme si vous la regardez pas en version originale ou si vous ne lisez pas en version originale. Justement, les doubleurs, les doubleuses, les traducteurs, les traductrices, on est là pour faire le maximum pour que l'adaptation soit aussi bien que, enfin, en tout cas qu'elle soit presque aussi bien que l'oeuvre originale dans sa version de base. Mais je sais pas si forcément si on perd, parce qu'il y a aussi un gain qui peut être fait. Il y a des doubleurs et des doubleuses qui sont devenus célèbres pour leur voix parce qu'ils ajoutent, pour le public francophone, une vraie plus-value. Et je pense que les traducteurs et les traductrices c'est pareil : des fois il y a des livres, honnêtement, je pense que le traducteur ou la traductrice peut faire un travail d'enrichissement de la plume quand elle est un peu trop simple en anglais, parce que quelque chose de très simple en français ne va pas passer, et où le traducteur peut limite apporter une plus-value sur l'oeuvre. Donc franchement, il n'y a pas de vérité générale, ça dépend de l'oeuvre, ça dépend des personnes qui ont travaillé dessus, ça dépend des conditions dans lesquelles elles ont travaillé, parce qu'un traducteur payé à la sauvette à qui on laisse un mois pour traduire un texte, ça fera pas un bon, à moins qu'il, il va se saigner aux quatre veines, et il fera peut-être même pas un bon travail parce qu'il a pas les conditions matérielles pour le faire. Donc franchement c'est relatif, et ça dépend vraiment de comment l'adaptation a été faite. Mais voilà, j'irais pas vous dire que je considère que mon métier est important et qu'on a un vrai rôle de transmission, et que tout le monde est pas bilingue. Et moi par exemple, je parle l'anglais comme autre langue, je parle très mal espagnol, je pourrais pas lire un bouquin en espagnol en VO, et du coup grâce aux traducteurs et traductrices j'ai accès à des livres de la culture hispanophone. Donc franchement, on a un rôle important. Et après bah oui, quand on est bilingue dans une langue, c'est normal d'avoir envie de consommer du contenu dans cette langue-là, mais c'est pas le cas de l'entièreté de la population française, et certainement pas pour toutes les langues. Donc ouais, je pense que notre métier il reste essentiel.
Ybelion — Ouais, carrément. C'est trop cool. Enfin oui, il y a des moments t'as pas envie de trop réfléchir aussi. Mais tu vois, c'est fou parce qu'en fait le fait que tu parles de ce métier-là, ça me fait plein de petits liens dans ma tête. Et tu vois, là tu disais par exemple il y a des plumes anglaises qui paraissent plus faciles quand elles sont traduites littéralement quelque part en français. Et moi ça me fait beaucoup ça sur les livres qu'on pourrait classer dans le développement personnel, tu vois, même si bon voilà, ce terme veut tout et rien dire. Mais c'est vrai que quand je les lis en anglais, j'ai un truc, ça me va, et quand je les lis vraiment traduits en français, j'ai l'impression qu'on me prend pour un débile un peu. Et du coup effectivement, c'est marrant, tu vois, je m'étais jamais, j'avais jamais fait le rapprochement avec le fait que peut-être c'est aussi dans, les langues ne sont pas pareilles en fait, tout simplement. Ouais, puis tu vois...
Marêva Mae — À force de beaucoup lire en anglais et de beaucoup consommer du contenu en anglais, des fois il y a des plumes anglaises que je trouve pas ouf, on va pas se mentir. Il n'y a pas une supériorité des plumes anglophones, c'est juste un marché du livre plus foisonnant que le nôtre, parce que l'aire linguistique elle est beaucoup plus étendue que celle du français, donc il y a plus de textes qui sortent, enfin voilà, et plus de succès. Mais il y a des textes qui se retrouvent traduits en français où bah, franchement, ça m'est arrivé de lire un texte en traduit et de me dire : je trouve la traduction pas ouf, d'aller voir le texte de base et de me dire : le texte de base c'est pas ouf en fait. Donc à un moment, les traducteurs et traductrices, on n'est pas non plus des magiciens, c'est-à-dire que s'il y a une scène horrible, elle restera horrible en français. S'il y a une plume ultra simple, on peut essayer de la sublimer un peu, enfin bon, en tout cas je sais que j'essaye de le faire, parce que je sais que le public francophone n'a pas les mêmes attentes linguistiques que le public anglophone. L'anglais est une langue qui pardonne beaucoup plus la simplicité, les répétitions par exemple. Les répétitions, en français on ne les garde pas, c'est-à-dire que sur une page où on est dans le bureau de quelqu'un, le mot bureau peut être répété 12 fois, ce n'est pas grave en anglais ; en français ça ne passera jamais, parce qu'on est très sensible aux répétitions. Et ça c'est juste de la culture, c'est juste le développement de la langue. Mais voilà, je sais qu'on va retravailler ces plumes-là et tout, mais ça reste que si c'est que des phrases sujet-verbe-complément, moi en tant que traductrice je ne peux pas rajouter des métaphores toutes les deux lignes, c'est pas possible, parce que du coup je trahirais le texte. Non, des fois il y a des bouquins en anglais qui sont traduits alors qu'ils ne sont pas bons, moi en tout cas d'un point de vue littéraire je ne les trouve pas bons, mais ils ont bien vendu, ils vont rapporter de l'argent, donc ils sont traduits, et le monde du livre fonctionne ainsi. Et peut-être une maison d'édition qui sort un texte traduit que moi je ne trouverais pas très bon, il va permettre de financer la trilogie de science-fiction d'un petit auteur. J'essaie de ne pas être amère au monde du livre, face au monde du livre, parce que ça reste une entreprise. Moi en tant que traductrice, je vois très bien les chiffres de tirage de mes traductions vis-à-vis du chiffre de tirage de mes romans à moi, c'est pas du tout les mêmes, on va pas se mentir. Mais la traduction, ça reste hyper important. Mais c'est dommage des fois, pour amener un peu le débat ailleurs, que ça se fasse au détriment du paysage francophone, parce que ça peut être le cas aussi, où on voit beaucoup de trad en librairie et parfois moins d'oeuvres originales. Mais heureusement ça change, on se défend les uns les autres j'ai l'impression, enfin, il y a des podcasts pour en parler.
Best Case Scenario : six mois d'écriture après deux ans en pause
Ybelion — Ouais non c'est vrai, c'est une très bonne remarque. Il y a effectivement des maisons d'édition aussi qui ne font quasiment que ça, de la traduction de romans étrangers, effectivement. Moi j'ai l'impression de vivre un peu dans une bulle, tu vois, je m'intéresse quasiment uniquement à des auteurs francophones, parce que c'est avec eux que je parle et que c'est quelque part leur histoire qui m'intéresse, tu vois. Mais effectivement, j'aime à croire que c'est un paysage qui grandit, auquel on donne de plus en plus de visibilité, et c'est cool, enfin tant mieux en fait. Il y a tellement de choses à raconter, tellement d'histoires à entendre, c'est, voilà. Et après malheureusement, j'ai du mal à dire malheureusement, parce que effectivement je suis un peu comme toi, c'est assez lucide sur la manière dont fonctionne le monde du livre : à la fin c'est une entreprise, et art et argent ne font jamais, enfin font parfois difficilement bon ménage. Et c'est un peu ce qu'on disait au début, il y a des règles du jeu quelque part, et t'es obligé de les respecter, peut-être pas, mais en tout cas au moins obligé de les comprendre pour pouvoir survivre dedans. Et après c'est aussi à toi, une fois que t'as conscience de ça, de simplement être aussi à l'aise avec tes intentions et ce que t'as envie d'accomplir quoi. Oui, puis ce serait...
Marêva Mae — Tu vois, très hypocrite de ma part, en tant qu'autrice, de dire : les traductions prennent trop de place, c'est pas bien, sans remettre en tout cas ça en contexte, et avec de la nuance, et en posant des bases. Parce que grâce à mon métier de traductrice, je peux écrire en étant sereine, parce que j'ai un cadre économique qui fait que financièrement je m'en sors grâce à la traduction. Enfin, l'écriture, je crois que ça doit même pas représenter 10% de mes revenus, tu vois, sur une année. Donc heureusement que la traduction est là. C'est un métier de passion qui me permet de vivre d'un métier lié à l'écriture, même si c'est pas mon écriture, c'est quand même quelque chose qui me passionne, et je suis heureuse de bosser tous les jours, donc ça, j'en suis hyper reconnaissante. Et si les traductions représentaient pas un tel volume sur le marché du livre, on aurait peut-être pas besoin de mes services en traduction, et je pourrais pas avoir cette sérénité vis-à-vis de l'écriture quoi. Donc voilà, c'est pas pour dire que c'est pas tout blanc tout noir en tout cas.
Le projet vampires qui surgit en pleine séance de yoga
Ybelion — Ouais non mais carrément. Et t'as vraiment, tu vois, pour le coup ton partage résonne beaucoup avec aussi moi les questions, tu vois, quand j'ai eu mon late blooming là. Justement, l'écriture est tellement personnelle pour moi que, tu vois, ne serait-ce que penser au fait qu'il faut absolument que j'écrive pour vendre, pour vivre, il y avait un espèce d'erreur 404 dans ma tête, qui était inconcevable. Par contre, travailler autour du monde du livre, et là en l'occurrence accompagner des auteurs, tu vois, ça c'est quelque chose qui me permet moi de m'inscrire dans quelque chose qui me fait vivre sans que mon écriture soit sous pression quoi. Et effectivement, c'est ça, c'est extrêmement précieux. Ouais, c'est extrêmement précieux, et clairement. Ouais, pardon, je coupe tout le temps, c'est mon TDAH ça. Non t'inquiète, au contraire, au contraire. Je me faisais la réflexion que je voulais te ramener sur Best Case Scenario, et pour te demander justement cette idée-là, de quand elle datait. Et justement, vu que, vu que j'entends que du coup t'avais cette écriture aussi ou sur laquelle t'aimes beaucoup, tu te mets moins la pression parce que c'est pas ça qui représente la plupart de ton revenu : comment, ouais, comment s'était passée l'écriture du livre quelque part ?
Marêva Mae — Et ben c'est un peu particulier, parce que c'est un livre que j'avais commencé fin 2023, juste avant de signer ma duologie de romantésie en maison d'édition. Et j'avais écrit 5-6 chapitres de mémoire, et quand j'ai signé du coup ma duologie fin septembre, enfin non pardon, fin décembre, j'ai eu le oui fin décembre et on a signé début janvier. En fait ils voulaient la sortir en juin, donc il y avait le travail édito de deux tomes à faire entre janvier et avril-mai, il fallait que je réécrive entièrement mon tome 2 qui était encore au stade de premier jet, alors il y avait de la matière mais il fallait retravailler. Et en fait du coup, pendant 6 mois, j'ai fait que ça, et c'était, c'est prenant. Quand un livre va sortir, il y a beaucoup d'étapes à faire, entre les corrections éditoriales avec notre éditrice, les corrections orthotypographiques donc purement de forme, la relecture des épreuves, du BAT, etc. J'ai vraiment passé 6 mois là-dessus, et du coup j'avais complètement mis en pause Best Case Scenario. Et j'ai essayé de le reprendre à l'été 2024, mais en fait j'étais cramée, enfin vraiment j'avais plus rien, j'avais plus du créatif. Comme je te le disais tout à l'heure, ma première sortie émotionnellement ça a été difficile aussi, donc j'étais pas en état de. Et en fait je l'ai repris fin 2024, après qu'on ait déménagé avec mon conjoint. Je sais pas, ça a dû remettre un peu les bases à zéro, mais j'étais dans un autre appartement, nouveau cadre, nouvelle ville et tout, et j'ai réussi à bien remettre dessus fin décembre. Et du coup entre décembre et mars, j'ai fini le premier jet, en ayant du coup quasiment pas travaillé dessus en un an depuis que je l'avais commencé. Donc comme quoi, l'histoire elle était bien présente dans ma tête. Et faut savoir que de base, Valentina elle était pas autrice, elle était scénariste, et j'avais fait un truc autour de ça. Et en fait, en relisant le premier chapitre, j'étais là : ça va pas, j'ai pas mon héroïne, j'ai ses motivations, moi-même j'y crois pas. Et du coup je me suis dit : bah franchement, vu ce que je viens de traverser, elle va être autrice et je vais me défouler, ça va me faire du bien. Et je pense que l'écriture de ce manuscrit a été aussi cathartique et m'a fait autant de bien parce que j'ai décidé de faire une héroïne qui était un peu plus proche de moi, en tout cas sur ce terme-là. Mais vu que je manquais d'accrocher avec elle, c'était ce qui manquait pour que ça coule tout seul quoi.
Écrire par séquences plutôt que par mots
Ybelion — Et franchement il est, vas-y pardon, mais...
Marêva Mae — Non, j'allais dire, ça dépend des projets, parce que tu vois, là je suis sur un projet surprise que j'avais pas prévu, c'est un roman de fantasy. J'étais en train de faire une séance de yoga et tout d'un coup j'ai eu une illumination, j'ai arrêté ma séance, j'ai noirci 4 pages d'un carnet, et j'étais là : ok, c'est mon prochain projet. Et je l'ai commencé le lendemain. Alors ça faisait 3 mois que je galérais sur un projet de fantasy que j'avais, où franchement ce que j'ai écrit c'est propre, c'est bien, mais ça m'emballait pas, tu vois, j'avais pas la flamme. Et j'avais passé 6 mois de recherche dessus et j'avais pas la flamme, et là il y a un projet qui est sorti et qui marinait en moi je pense depuis très longtemps, et j'ai enfin trouvé comment le raconter. Et du coup j'ai mis l'autre en pause. Mais des fois la créativité, t'as l'impression qu'elle est magique, mais juste parce que ça fait très longtemps que ça tourne en tâche de fond dans ton cerveau. Et des fois il y a un roman que tu veux absolument écrire et t'essayes de te concentrer dessus et ça marche pas, parce que c'est pas le bon moment. Et il y a un côté un peu magique pour moi qui fait que je trouve du plaisir dans l'écriture aussi, c'est que des fois, quand vraiment tu sens toutes les pièces du puzzle qui se mettent en place, c'est trop bien. Et c'est les moments de premier jet où je suis le plus, comment dire, performante, c'est pas le mot, mais en tout cas je crée le plus, et ces phases-là elles sont agréables. Et souvent j'ai besoin de phases d'écriture comme ça, et puis de longues phases où j'écris pas, pour justement laisser mûrir des projets. Donc voilà. Mais finalement, tu vois, si on compte Best Case Scenario, c'est peut-être deux ans d'écriture mais six mois d'écriture effectif quoi. Donc ouais.
Ybelion — Et tu vois, c'est ça que je capte aussi dans ton partage, et d'ailleurs ça se sentait dans les stories récentes que t'as partagées, où on sentait que t'étais, enfin tu kiffais aussi, tu vois, la vibe dans laquelle t'étais sur ton projet. Et ça paraît tout bête, mais l'écriture c'est un processus qui est long. Ouais, si t'es pas connecté avec l'amour que t'en as, en fait c'est quelque part, ça devient, enfin c'est horrible en fait, c'est super dur. Et justement je trouve ça hyper intéressant, tu vois, de aussi de d'avoir le recul sur sa propre pratique pour savoir ce qui nous plaît aussi dans l'écriture. Et tu vois, ce que tu décris, de te faire happer par une idée toi qui vient comme ça un jour et de te faire confiance en disant : si elle vient à ce moment-là et que ça noircit quatre pages alors que ça fait des mois que je suis bloqué sur un truc, et bah c'est parce que c'est bien là-bas qu'il faut que j'aille quoi. Et ça c'est aussi, tu vois, ça pourrait donner l'impression que c'est un petit peu magique, mais en même temps c'est aussi représentatif du fait que ton écriture tu la travailles depuis des années, et que petit à petit à petit aussi t'as ces micro déclencheurs qui sont presque devenus des automatismes que t'arrives tout de suite à identifier. Et c'est trop cool quoi. Et voilà, ils vont quelque part.
Marêva Mae — Bah ouais, c'est sûr. Et tu vois, après je pense qu'on a tous un peu des vérités générales sur notre écriture, tu vois. Genre moi je suis quelqu'un qui revient beaucoup en arrière, je me relis, je fais des premiers jets propres et qui parfois prennent plus de temps, mais parce que je fais des premiers jets que je retravaille en cours de route, je les édite au fur et à mesure. Là tu vois, j'ai écrit ce que j'estime être un tiers du manuscrit, j'ai tout relu pour voir si ça collait bien, tirer des conclusions logiques de l'évolution de mes personnages. Mais j'ai cette écriture-là, et quels que soient les projets, même quand j'écris plus que d'habitude, j'ai ce côté minutieux et revenir en arrière. Et j'ai des amis qui ont des premiers jets très spontanés, où ça coule et elles éditent pas et tout, moi ça me donne des sueurs d'angoisse, parce que quelle que soit la nature du projet, je bosserai toujours un peu comme ça, tu vois. Mais en effet je pense que plus on se connait en tant que personne, et du coup aussi en tant qu'auteur ou autrice, on va arriver à se faire confiance quoi. Et là vraiment, mon projet, mon manuscrit actuel qui parle de vampires notamment, bah j'ai senti, j'ai senti c'était ça et tout. Et je me suis dit : bah les 6 mois de recherche que j'ai fait sur l'autre projet, ils sont pas jetés à la poubelle, je les reprendrai un jour, je le sais, je me fais confiance là-dessus, mais là j'ai besoin de trouver du plaisir dans mon écriture. Surtout avec un roman qui va sortir, si je me mets devant mon PC tous les jours en me disant : mais qu'est-ce que je vais raconter avec cette histoire, où vais-je, et tout, je vais devenir zinzin. Donc c'est pas ça qui me faut en ce moment quoi.
Écrire sous contrat : pourquoi Marêva ne peut pas
Ybelion — C'est vraiment le, tu sais, c'est pour ça moi qu'à chaque fois je dis, les méthodes secrètes pour écrire des livres, des best-sellers, moi je suis pas trop fan de ce genre de sémantique, parce qu'en fait dans la finalité et la vérité, c'est que ton rythme, ta routine, ta méthode, appelle-le comme tu veux, tu le trouves que dans l'action d'écrire, et tu trouves aussi celle qui t'est propre. Et surtout, c'est que tu vois, tu parlais aussi des différences culturelles tout à l'heure, ne serait-ce que dans la plume, mais en fait dans la manière de suivre l'avancement qu'on peut avoir de nos projets, en France on est très orienté tête, tu vois, c'est combien de mots j'ai écrit par jour, combien de chapitres, machin, etc. Alors qu'en fait on est énormément à fonctionner avec des métriques qui sont beaucoup plus du ressenti ou de l'émotion. Et parfois, ne serait-ce que s'autoriser à regarder : ok, est-ce que simplement ma session d'écriture aujourd'hui, je l'ai kiffée ? Et quand tu te mets genre 8 sur 10, c'est ça qui te donne envie de revenir le lendemain, et c'est pas d'avoir écrit 300 ou 1000 mots, tu vois. Et paradoxalement, quand tu t'intéresses à vraiment ça, paf, tu écris beaucoup plus. Désolé, je suis parti dans mon tunnel sur ça. Non t'inquiète.
Marêva Mae — Mais c'est intéressant. Moi je sais que j'essaye d'écrire par séquence, tu vois, pas forcément des chapitres entiers, parce que j'ai pas la stamina pour écrire, en termes de concentration. Moi au bout de 2 heures faut que je fasse autre chose quand j'écris, parce que ça me fait beaucoup bouillonner et tout. Même quand je traduis, je vous disais, j'ai des troubles de l'attention, des fois je me lève, je vais jouer du piano, je reviens, je fais le ménage, puis j'ai pas traduit pendant 2 heures et je me remets, mais ça me permet d'être plus efficace. Disons, en écriture, j'essaye de m'arrêter sur des séquences, de me dire : faut que j'écrive une scène, une unité au sein d'un chapitre dont je suis contente, ou même juste un dialogue, parce qu'un dialogue il peut être, il vient couper et donner une respiration au sein d'un chapitre où il y a de l'action. Des fois je me dis juste : faut que j'écrive au moins ça aujourd'hui, et peut-être ça fera 300 mots, peut-être ça en fera 1800. Mais voilà, c'est vrai que se donner des caps de mots, ça peut être très vite intimidant. Et il y a des gens pour qui ça marche bien, parce que c'est des machines qui marchent vachement bien à ce genre d'injonction qu'on se donne à soi. Moi je sais que ça marche pas très bien, et que la satisfaction créative, c'est ça qui est le mieux, et du coup me dire : j'ai restitué l'essence d'un passage tel que je le voulais, ça m'apporte, tu vois, de la satisfaction. J'essaye de me concentrer là-dessus. Mais ouais, c'est venu après beaucoup d'essais, beaucoup de, j'ai testé des méthodes, tu vois, je me suis dit : ah ma copine qui écrit 10 000 mots par semaine, elle écrit vite, ça doit être bien, bah j'ai essayé, bah ça me convenait pas, tu vois. Mais j'ai essayé, donc ouais.
Ybelion — C'est exactement, mais t'en fais le bon partage en fait : c'est itératif, et tu peux pas attendre, tu vois, de trouver ta méthode secrète comme ça d'un coup. Et voilà, c'est forcément itératif, et ce qui te permet d'itérer, c'est vraiment ton ressenti au fil de l'écriture. Teste une méthode, vois, fais l'état des lieux au bout de deux semaines : comment tu t'es senti tous les jours, comment tu t'es senti à la fin, etc. Et là ça te donnera des indices, après, à creuser sur : ok, je me suis senti très frustré, elle vient d'où cette frustration ? Parce que c'est une frustration parce que j'ai l'impression de pas assez écrire, de trop écrire, de mettre une pression qui n'existe pas, de penser au regard des autres qui vont regarder en disant : attends, t'as écrit 350 au lieu d'écrire 500. Et c'est là que ça devient très personnel, très intime et très dans la compréhension de soi-même, qui t'amène l'action juste quelque part.
Marêva Mae — Ouais. Et puis tu vois, un truc tout bête aussi, mais quand on est publié en maison d'édition, il y a le choix de : est-ce que j'écris sous contrat ou pas ? Puisque ben ça peut arriver que, quand on a noué des liens avec un éditeur ou une éditrice, il s'intéresse à nos prochains projets, il nous demande : est-ce que ce texte-là tu voudrais pas qu'on voit pour le signer et tout ? Moi je peux pas, c'est-à-dire que je peux pas signer un texte que j'ai pas fini, tout simplement parce que je sais pas la tronche qu'il aura tant qu'il est pas fini. Je suis assez jardinière, et du coup ben moi la magie dont j'ai besoin pour trouver du plaisir dans l'écriture, elle vient aussi de la découverte du texte. Et c'est pas des choses conscientes, le texte il se révèle un petit peu au fur et à mesure que je l'écris, et j'ai besoin de ce plaisir-là. Et du coup, si je devais faire un synopsis de travail complet pour signer un roman pas fini, déjà je pense que la tronche du synopsis aurait rien à voir avec le roman final, et ça me stresserait beaucoup. Et je pourrais dire : je vais traiter telle thématique, etc., mais des fois je pense vouloir traiter une thématique, en écrivant je me rends compte que c'est plus profond que ça et qu'il y a une sous-thématique. Et je peux pas vendre un projet tant que je l'ai pas fini. Enfin ça, tu vois, je le sais. Je peux complètement avoir une éditrice de confiance avec qui je dis : bah j'enverrai le texte qu'à toi, et si tu le veux il est à toi. Mais c'est le plus, c'est le bout du monde, enfin je peux pas faire plus, tu vois, c'est pas possible. Et je sais qu'il y a des collègues qui marchent hyper bien sur l'écriture au synopsis, parce qu'elles sont architectes, qu'elles ont une vision très claire de leur texte, et que surtout ça les motive d'avoir une deadline, de se dire : bah il est signé, donc dans 6 mois faut qu'il soit fini quoi. Moi ça ne marcherait pas.
Ybelion — C'est le rapport très personnel qu'on a à la pression ou au fait d'être redevable de quelqu'un, de rendre des comptes plutôt. Ah bah clairement.
Anecdote : la fanfiction au cœur de Best Case Scenario
Marêva Mae — Moi tu vois, la pression ça marche que quand c'est moi qui me la mets. Si c'est moi qui me dis : faut que t'aies fini ton texte en juillet par exemple, c'est arbitraire, c'est moi qui le détermine, mais ça marche de ouf. S'il faut finir en juillet, parce qu'en juillet faut que le texte il soit fini pour publication en septembre, c'est fini, y'a plus personne. Enfin vraiment, je le sais, tu vois. Là où par contre, en traduction, ça marche bien.
Ybelion — Ouais bah tu vois, en fait c'est ça qui est dingue en plus, c'est que aussi, entre, en fonction de deux quelque part domaine de vie ou projet, on peut avoir des fonctionnements différents. Et c'est vrai, c'est assez passionnant, c'est assez passionnant. Je te pose une dernière question, pour après avoir, je suis, je dois aller chercher ma soeur à la gare et je vais me faire gronder si je décale de trop. Non t'inquiète, y'a pas de problème. Y'a une question que j'aime bien poser pour finir, et bon, tu m'en as déjà partagé quelques-unes, mais si tu devais me donner peut-être une anecdote un petit peu cocasse ou rigolote sur Best Case Scenario, que ça soit sur le livre, sur sa construction, sur, ouais, n'importe quoi, qu'est-ce que t'aurais envie de me raconter ?
Marêva Mae — Une anecdote. C'est lié au contenu du livre et à ma propre écriture. Alors j'arrête pas de dire que Valentina ce n'est pas moi, c'est vraiment un personnage, mais je vais donner des bouts de moi qui m'ont aidé à l'écrire. Mais elle travaille sur un texte au début qui est une fanfiction, parce qu'elle a complètement perdu le goût de l'écriture tellement elle est stressée par la sortie de son roman. Et il se trouve que Aiden, l'acteur qu'elle rencontre, a incarné le personnage sur lequel elle écrit une fanfiction. Et ça, on va dire que c'est un peu une projection fantasmée de mon propre parcours d'écriture, parce qu'il faut savoir que ma première duologie était de base une fanfiction Star Wars, voilà, que j'ai adaptée, incroyable, en roman original. Et du coup c'est un peu un clin d'oeil à mon propre parcours, alors même si je n'ai pas vécu une idylle avec Ewan McGregor, qui incarne Obi-Wan Kenobi, qui m'a inspiré La Sorcière et le Protecteur. On n'en est pas là en termes de proximité entre la fiction et la réalité, mais c'est un peu un pont et un clin d'oeil à mon propre parcours, que je trouve rigolo. Et aussi, j'adore la fanfic et je trouve que c'est un art très noble, et j'avais un peu aussi envie de remettre l'église au milieu du village et de montrer que ce n'était pas honteux d'écrire de la fanfiction et que ça pouvait déboucher sur des romans, parfois des best-sellers, parce qu'il y a énormément de textes très connus qui étaient de base des fanfictions, et que pour moi ça peut être une étape d'écriture nécessaire dont on a besoin pour finir un projet et ensuite l'adapter. Mais ce n'est pas du tout quelque chose que je considère comme honteux ou comme sale, au contraire, j'adore la fanfic, et c'est de là d'où je viens en tant qu'école d'écrivaine, donc.
Hommage à la fanfic comme école d'écriture
Ybelion — Et surtout, il y en a tellement, en vrai c'est trop cool comme anecdote, parce qu'il y a tellement d'auteurs et d'autrices qui ont commencé par des fanfictions. Et puis c'est marrant parce que c'est très représentatif d'une époque, tu vois : pour certains ce sera Star Wars, d'autres ce sera Seigneur des Anneaux, d'autres ce sera Twilight. Et tu vois, c'est toujours, c'est toujours, je trouve qu'il y a un peu cette espèce de Madeleine de Proust aussi dans la fanfiction. C'est : ah c'est trop cool, putain c'est marrant ça. Ah oui.
Marêva Mae — Je précise quand même, je ne dis pas que toutes les fanfics ont volonté et vocation à devenir des vrais romans entre guillemets originaux, parce qu'une fanfic ça doit avant tout être récréatif, et légalement on ne peut pas publier une fanfic telle quelle. Mais en tout cas je ne dis pas que toutes les fanfics doivent devenir des vrais romans. Ça arrive quand on sent que c'est vraiment un texte important pour nous et qu'on a envie de lui donner une autre vie, mais 80% de la fanfiction c'est pour faire plaisir aux fans et se faire plaisir à soi, etc. Mais voilà, je le précise quand même, c'est pas pour dire que toutes les fanfics sont des futurs romans non plus quoi.
Ybelion — Et puis en fait, ce qui est marrant, c'est que même celles qui le deviennent, c'est toujours des choses qui ne sont pas prévues, tu vois. Les gens, c'est, la fanfiction, il n'y a rien de plus naïf peut-être dans la création, tu vois. C'est juste : j'aime tellement cet univers que j'ai envie de raconter un truc un peu parallèle là-dedans. Et tu t'embarques là-dedans juste parce que tu as envie de toi kiffer et puis de partager ce plaisir que tu prends, et parfois il se trouve qu'après ça, quelque part le feu prend, tu vois, et tant mieux. Et la créativité, le succès littéraire, tout ça, moi j'ai mon petit côté un petit peu peut-être poétique qui se refuse à croire que c'est mathématique, tu vois. Je pense qu'il y a toujours un petit peu de hasard, de magie, de rencontres, de, bref, de tout ça qui fait que c'est comme ça que les belles histoires arrivent quoi. Le lâcher prise sur le résultat.
Outro
Marêva Mae — Ouais. Et tu vois, moi je sais que la fanfic ça m'a permis de trouver confiance en l'écriture, parce que comme Valentina, je me disais : j'écris un texte qui ne pourra pas être publié, donc je vais réussir à m'amuser. Et c'était vrai, et du coup c'est quand même une leçon que j'applique maintenant, c'est-à-dire que quand j'écris un texte, bah j'essaye de dissocier le plus possible la phase manuscrit de la phase de la publication. J'essaye de pas y penser, de pas me dire, enfin là tu vois, des fois je me dis genre : mais ton texte il va jamais trouver une maison d'édition, et je me dis : pop, question pour plus tard, on n'y pense pas, parce que...
Ybelion — Le texte n'est pas écrit.
Marêva Mae — Ouais. Et puis surtout, je sais qu'il sera pas bon si je me pose ces questions-là, parce que moi j'ai besoin de vibrer avec ce que j'écris, et ce qui me fait vibrer, bah si c'est pas commercial, c'est un problème pour la moi plus tard, mais je peux pas y penser quand j'écris, parce que ben sinon je vais pas écrire un truc sincère. Enfin, vu la manière dont je fonctionne, ça ne marchera pas. Donc sans écrire de la fanfic maintenant, je me dis : mais toi, en, comment dire, en esprit, en mindsetting, pas Kaizen mais fanfic, tu vois. Je me dis ça, et ça marche pas trop mal.
Ybelion — C'est une super conclusion, en plus qui fait la boucle avec le début de notre échange. Mais effectivement, bien, enfin, séparer cette partie artistique et cette partie commerciale quelque part, d'après, ça permet de se libérer énormément dans l'écriture. Et puis après, de manière quelque part assez magique, c'est quand tu lâches prise sur le deuxième et que tu te concentres sur la partie artistique, qu'à la fin ça arrive quand même. Donc c'est assez, c'est assez cool. Ouais, merci beaucoup Marêva d'être venue partager à la fois ton parcours, ton métier de traductrice, d'autrice. Et aller lire Best Case Scenario avec cette belle couverture, bien été et bien mois de mai, bonne vibe là.
Marêva Mae — Bah merci à toi pour l'invitation, et c'était très cool.
Ybelion — Merci d'être là épisode après épisode. Si ce podcast t'inspire, t'aide ou te met du baume au coeur, t'abonner, mettre 5 étoiles et le partager, c'est le meilleur moyen de m'aider à toucher le plus de gens qui ont un livre en eux. Parce qu'après tout, plus il y a de livres écrits et mieux le monde se porte. À très vite. Ose Écrire.
AU MICRO AVEC
Marêva Mae
Marêva Mae est traductrice littéraire, pour J'ai Lu et Flammarion notamment, et autrice. Best Case Scenario, paru chez Eyrolles, suit Valentina, autrice en fuite à Los Angeles, et Aiden, acteur en perte de vitesse, dans un faux couple très arrangeant. Avant ça, une romantasy en deux tomes, La Sorcière et le Protecteur. La représentation queer traverse ce qu'elle écrit.
Ancien ingénieur en sûreté nucléaire, j'ai tout quitté pour l'écriture. J'anime Ose Écrire et j'accompagne les auteurs autour de trois clartés : le rythme, l'identité, l'intention. Toi aussi, tu as un livre qui attend ?