Marêva Mae publie son 3e roman, *Best Case Scenario*, chez Hugo Roman. Elle est aussi traductrice (Rebecca Yarros, entre autres). Et pourtant, à chaque sortie, elle traverse un petit épisode dépressif d'une ou deux semaines.
Le jour où ton livre part en librairie, tu lâches le contrôle. Tu coupes ce lien viscéral avec ton manuscrit. Tu acceptes qu'il vive sa vie sans toi, qu'il soit mal traité, mal compris, ou simplement ignoré. Tes proches ne comprennent pas pourquoi tu pleures alors que tu viens "d'accomplir ton rêve". Et eux, ils ont raison à leur manière. Toi aussi, tu as raison.
Dans cet échange, Marêva partage avec une honnêteté désarmante ce que c'est, concrètement, de sortir un livre quand tu écris pour être lue. Les attentes qui se heurtent au marché. Le besoin de s'accrocher à un autre projet d'écriture pour traverser la tempête. Et surtout : l'importance vitale d'être entourée d'autres autrices qui le comprennent intimement. Pas pour avoir des solutions. Pour être prise au sérieux.
Si tu publies, si tu rêves de publier, ou si tu connais quelqu'un qui le fait : écoute cet épisode. Tu vas te sentir un peu moins seul·e dans ce que tu traverses.
🎙️ Épisode 117 — *De la fanfic Star Wars à la librairie - Discussion avec Marêva Mae*.
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LE CAROUSEL DE L'ÉPISODE
CAROUSEL À VENIR
Les slides de cet épisode arrivent bientôt dans la bibliothèque visuelle.
Face B — le transcript
L'ÉPISODE MOT À MOT · LES TIMECODES LANCENT L'ÉCOUTE
Évidemment, tu te doutes bien que ce n'est pas moi qui ai tapé tout ce transcript à la main… Alors oui, il y a parfois des incohérences et des erreurs. Et sur les discussions, il arrive même que les voix se mélangent. Comme quoi, rien de mieux que d'écouter l'épisode plutôt que de le lire !
Introduction
Ybelion — Coucou, c'est Ybelion. Aujourd'hui j'accueille Mareva. On parle de son parcours d'autrice, de traductrice, de ses réflexions sur l'écriture, la publication, la représentation ou encore la découverte de soi. Je vous laisse avec cet échange passionnant et je vous dis à très vite. Moi c'est Sam, Ybelion de mon nom de plume. Je suis écrivain, coach ICF et j'ai créé Ose Écrire, un accompagnement pour celles et ceux qui veulent enfin accomplir leur rêve d'écrire un livre. Ce podcast a la même intention. C'est ton rendez-vous inspiration, discipline et passage à l'action. Et si ça te parle, abonne-toi, mets 5 étoiles et partage autour de toi. Parce que plus il y a de gens qui osent, plus d'autres oseront à leur tour. Allez, c'est parti et bonne écoute. Et ta couverture m'a vraiment fait penser à ça et elle est vraiment très jolie. Je trouve qu'elle a mis vraiment une bonne vibe je trouve.
Marêva Mae — Ça me fait plaisir parce que je me suis un peu battue pour caler cette tronche-là donc je suis contente. En fait tu m'avais fait des propositions et il y avait plein de trucs et moi je trouvais que ça ne collait vraiment pas avec la vibe du roman. Et j'avais demandé plusieurs essais et en fait je leur avais dit mais ça ne sert à rien de s'obstiner à mettre des personnages si on n'a pas d'illustrateur. Et tu sais c'est des graphistes qui bossent dessus et qui du coup font des... Enfin on cherchait des illustrations sur Shutterstock, des trucs comme ça. Et je trouvais que ça ne marchait pas et du coup je leur avais dit mais limite on ne met que le paysage. Et on a essayé avec que le paysage et j'étais là bah c'est mieux. Voilà, c'est mieux. Donc j'avais bien participé. Ouais bah moi je suis un peu chiante mais quand j'aime pas... Enfin tu sais je suis pas le genre d'autrice timorée qui va faire semblant d'aimer un truc. Si j'aime pas je le dis parce que bah après ton roman il va avoir cette tronche-là toute sa vie donc... Pour moi c'est important de dire quand on n'est pas d'accord quoi.
La bataille pour la couverture de Best Case Scenario
Ybelion — Ouais puis après c'est... Enfin t'en parles et tu le défends et c'est sûr que si t'es pas quelque part 100% convaincu de ce qu'il porte, c'est pas forcément toujours évident.
Marêva Mae — Bah des fois t'es obligé de faire des compromis et d'avoir une solution qui satisfait tout le monde mais je considère qu'il faut qu'on soit quand même un peu moins satisfait parce qu'avoir un livre que tu trouves laid c'est dur à défendre quoi. Ouais c'est clair.
Ybelion — C'est clair. Et tu sais ce qui m'a fait sourire quand j'ai lu le pitch de Best Case Scenario ? Je me suis demandé si dans l'histoire de l'héroïne Valentine... Valentina...
Marêva Mae — Valentina. Valentina ouais.
Ybelion — Valentina voilà j'avais un doute sur la dernière voyelle. Est-ce qu'il y avait un peu de vrai de toi quand t'as eu tes romans publiés ou pas ?
Valentina, l'héroïne autrice qui ressemble à Marêva
Marêva Mae — Bah oui mais de toute façon c'est vrai pour tous mes personnages tu vois. Le fait qu'elle soit autrice c'est plus visible parce que du coup on partage la même profession et que c'est des émotions que j'ai traversées etc. Mais il y a des thématiques que moi j'ai vécues qui se retrouvent aussi chez Aiden mais ce sera forcément moins visible déjà parce que c'est un homme je pense et que bah bêtement quand tu vois un auteur ou une autrice t'imagines beaucoup plus de lui ou d'elle dans les personnages du même genre que l'auteur alors que bah pas forcément. Mais oui c'était un peu un roman-pensement là-dessus parce que pour moi sortir des livres c'est dur. Franchement c'est de la joie et c'est de la fierté mais c'est aussi très dur. C'est des moments où je me remets beaucoup en question où comment dire tes espoirs ils se confrontent un peu à la réalité du marché du livre qui est assez difficile pour je pense 95% des gens qui publient des livres. Donc ouais non j'aime écrire et j'aime publier et j'écris pour être lu donc publié. mais à chaque fois c'est pas comment dire ça se passe pas toujours en douceur et dans la joie même s'il y a de la joie quand je sors des livres c'est aussi dur quoi. Donc ouais c'est pas autobiographique mais c'est cathartique. C'est un peu la différence que je ferais.
Ybelion — Ok ouais je comprends. C'est cool de t'entendre parce que je trouve que parfois les gens ils font un peu... Les gens vont penser que je radote parce que je dis ça à chaque fois mais pour moi c'est vraiment un truc assez essentiel chez les auteurs tu vois. C'est de vraiment savoir pour quelle raison on écrit tu vois. Est-ce que c'est avant tout pour être lu ou alors vraiment parce qu'on a besoin de déposer quelque chose dans un livre et c'est avant tout pour nous tu vois. Et c'est pas forcément évident quand tu commences je trouve de savoir à quel niveau tu mets les choses sans dire qu'elles sont incompatibles mais simplement parce que dans la finalité en fait tu peux très bien avoir les deux mais dans le démarrage si tu dois explorer deux chemins c'est super dur je trouve. Et du coup c'est trop cool de t'entendre que toi t'as... En tout cas là quand tu le dis que t'es ok moi j'ai envie d'être lu et donc je m'adapte aussi. Enfin je joue avec ces règles là quoi.
Écrire pour soi vs écrire pour être lue
Marêva Mae — Ouais bah puis tu vois pour moi c'est pas incompatible le fait d'avoir besoin de sortir quelque chose de sa poitrine ou de son cerveau et de se dire bah toutes ces émotions là j'ai besoin d'en faire un truc. C'est pas incompatible d'avoir cette envie d'écriture initiale et après de se dire bah c'est un roman qui à mon sens doit être lu et j'ai envie qu'il soit lu et tout. Parce qu'une fois qu'on a fait ce travail bah ouais la question du devenir du livre se pose mais pour moi c'est intimement lié ça se pose pas parce que si j'écris, si je vais au bout d'un projet c'est que je considère que c'est un objet littéraire dont je suis fière et même si ça vient d'une envie viscérale bah ça reste quand même un roman qui raconte quelque chose avec des personnages et que j'ai envie de voir exister sur le marché surtout que je pense que moi comme tous les gens qui écrivent on a des trucs à dire, on a une vision du monde on a des valeurs qu'on défend et sans dire que les miennes sont supérieures à celles des autres genre absolument pas c'est pas le propos mais c'est des sujets auxquels je tiens des valeurs auxquelles je tiens et même si ça part de quelque chose de personnel bah je me dis que c'est des livres qui méritent d'exister et qui du coup méritent d'être publiés mais j'avais pas cette vision là au début ça c'est aussi venu avec la confiance en soi de pas juste d'être fière de ce que je fais et de me rendre compte que moi j'écris des livres qui me manquaient en tant que public et du coup ça me motive à les publier aussi mais c'est deux envies que j'ai dû réconcilier c'est vrai qu'en effet ce que tu décris le côté viscéral et le côté publication c'est deux trucs que j'ai réconcilié qui pour moi sont maintenant assez indissociables mais ouais il a quand même fallu faire un travail pour que dès que je finisse un livre je me dise j'ai envie de l'envoyer en maison d'édition
Ybelion — ouais bah c'est tu vois c'est toujours un peu le la difficulté quand on commence j'ai l'impression qu'effectivement plus il y a de livres qu'on écrit et quelque part plus on devient à l'aise avec tout ce processus mais au début parfois t'as des attentes très fortes sur quelque chose que tu portes qui est très personnel mais des attentes très fortes vis-à-vis des autres tu vois et parfois quand t'as pas le résultat escompté ça peut tu peux avoir une espèce de dissonance qui te fait vraiment vibrer pas forcément de la bonne fréquence tu vois je sais pas pourquoi j'ai cette image qui me vient là ah non mais je vois ce que tu veux dire
La vulnérabilité de lâcher son manuscrit dans la nature
Marêva Mae — pour moi l'écriture ça vient toucher à de la vulnérabilité enfin on parle de choses à travers des personnages à travers une histoire qui est pas la nôtre et moi je fais pas ce qu'on appelle du self insert où je m'insère moi-même dans un personnage ou un personnage c'est juste une copie de papier de moi pas du tout je leur invente des enfin une vraie histoire un passé je leur donne pas forcément tous mes traits de caractère ils en prennent chacun parce que j'ai besoin d'avoir une petite attache avec eux au moins sur un élément mais c'est des personnages de part entière mais ça me permet aussi de parler de trucs que j'ai vécu ressenti d'avis que j'ai de choses que j'ai besoin d'explorer aussi des fois l'aspect cathartique ça peut être de parler de quelque chose dont on a peur enfin ce genre de choses donc ça reste personnel et après oui en effet quand tu lâches tes romans dans la nature ben tu peux être déçu vis-à-vis du retour des gens vis-à-vis du traitement que ta maison d'édition en fait vis-à-vis de la manière dont le livre est diffusé distribué chroniqué enfin du moment qu'on lâche le contrôle dessus c'est hyper dur et je pense que pour moi c'est ça qui est difficile dans les sorties c'est qu'il faut couper un peu le cordon ombilical avec son livre et voir qu'il sera peut-être pas bien traité une fois qu'il nous appartient plus et ça c'est hyper dur et moi ça fait partie des raisons pour lesquelles à chaque sortie j'ai un petit épisode dépressif d'une ou deux semaines quoi enfin à pas s'en dire moi c'est à chaque fois donc
Ybelion — et alors je me permets de te poser la question du coup comme t'as sorti plusieurs livres comment tu le gères du coup cet épisode un peu je me reconnais assez dans ce que tu dis je trouve qu'il y a un espèce de comme un espèce de je sais pas comment appeler ça un truc ouais t'as atteint un objectif et puis t'as un espèce de vide quoi comment tu fais toi pour le gérer cet épisode
Comment Marêva gère ses épisodes dépressifs post-sortie
Marêva Mae — après les sorties bah franchement ça dépend pour chaque projet je pense tu vois là sur mon projet actuel j'ai eu un enfin qui vient de sortir donc sur BESC et SCNARIO les deux trois jours après la sortie j'étais vraiment très mal mais je m'accroche au roman que je suis en train d'écrire à côté parce que là j'ai réussi à enclencher un projet et c'est un bouquin qui sort un peu tout seul qui me fait beaucoup de bien auquel je tiens beaucoup donc j'arrive à m'accrocher à ça et c'est pas forcément toujours le cas pour la sorcière et le protecteur c'était un moment où j'arrivais pas à écrire parce que bah c'était ma première publication j'étais bloquée j'avais peur de me dire ça se trouve j'arriverais plus jamais à écrire un roman digne d'être publié donc pour le coup avec la sorcière et le protecteur ma diologie de romantésie j'avais dû me détacher complètement de l'écriture le plus possible pendant un ou deux mois le temps que ça revienne que ma jauge d'énergie de créativité elle se remplisse alors que là bah j'ai plutôt tendance à m'accrocher à ma créativité pour surmonter la tempête on va dire donc ça dépend mais après pour être transparente moi j'ai des j'ai des troubles psy enfin à côté j'ai toujours connu des épisodes où ça allait très mal et que grâce à la thérapie et à des traitements bah j'arrive à mieux gérer c'est juste plus fort avec l'écriture puisque c'est très intime et très personnel mais ça m'arrive d'avoir des gros moments de down dans ma vie enfin que j'ai appris à gérer et du coup bah c'est bête mais aussi bah en s'entourant en faisant appel à mes proches même s'ils demandaient de l'aide pour moi c'est pas hyper simple mais rien que mon conjoint j'ai dit bah là ça va pas il me dit oui je le vois t'as besoin de pleurer je dis ouais j'arrive pas il me dit ok tu vas pleurer dans 48 heures et ça va être horrible mais let's go on y va enfin ce genre de choses et puis en tout cas en parlant aussi avec des amis autrices parce que mine de rien c'est un métier solitaire mais pas tant que ça quand on est bien entouré et je sais que tu vois si j'en parle à mes parents ou à des amis qui sont pas publiés qui sont pas artistes ils vont pas comprendre exactement ce que c'est alors que mes copines autrices le comprennent intimement parce que bah même si c'est à divers degrés sortir un livre c'est toujours un peu difficile ça vient toujours titiller notre égo nous rendre vulnérables enfin appuyer sur des zones de faiblesse qu'on peut avoir donc je sais que quand j'en parle avec elles au moins je suis prise au sérieux ou même si elles ont pas de solutions à m'apporter je sais que je suis comprise et que et qu'elles reçoivent pas ça comme quelque chose d'étrange dont elles savent pas trop quoi faire parce qu'elles l'ont vécu aussi quoi
L'importance des amies autrices qui comprennent intimement
Ybelion — merci beaucoup pour ton partage parce que c'est déjà c'est touchant que tu le partages et puis c'est tellement vrai c'est un métier qui est qui est tellement particulier dans ce qui vient remuer et c'est très compliqué d'expliquer à quelqu'un ce que ça peut venir toucher l'écriture pour quelqu'un qui le connait pas et même pour quelqu'un qui l'a pas encore vécu en entier tu vois et pourtant c'est tellement transformatoire et il en sort toujours des trucs assez exceptionnels que ça devient presque le processus d'écriture devient presque addictif je trouve et ouais donc si c'est ça que je voulais dire au début et désolé après je me laisse emporter mais t'as raison s'entourer et puis en parler en fait ça parfois ça solutionne tout et effectivement de temps en temps on a pas forcément besoin de solution mais simplement de dire t'inquiète je suis là pour toi puis si ça a besoin de quelque chose voilà ouais
Marêva Mae — ouais puis je pense que c'est déjà pas forcément propre qu'à l'écriture ça marche dans tous les autres domaines et surtout c'est un truc dont on se rend pas forcément compte de l'extérieur mais je pense que tous les artistes et là dans le cas de l'écriture tous les auteurs et autrices quel que soit leur niveau de reconnaissance c'est pareil je pense que même un Guillaume Musso ou une Amélie Nothomb quand ils sortent des livres ça doit les mettre mal aussi je pense et il y a le côté dans l'écriture aussi et dans l'art en général qui fait qu'on peut en vouloir toujours plus donc par exemple moi j'ai la chance d'être publiée en maison d'édition qui sont diffusées et distribuées en librairie bah j'essaye de m'en satisfaire sincèrement mais c'est dur de pas dire ah ouais mais je pourrais avoir un contrat audio je pourrais avoir un contrat poche ah puis il y a des gens qui signent des contrats de traduction il y a des gens qui ont des sorties en grand format après enfin en relié et du coup il y a toujours ce côté de bah même si on est sur un palier entre guillemets plus haut que quelqu'un d'autre qui pourrait se dire bah de quoi elle se plaint elle a de la chance elle est en maison d'édition en librairie bah il y a toujours des gens sur des paliers plus haut et moi c'est un vrai travail que je fais sur moi-même d'essayer de me dire mais ça se trouve les gens plus haut que toi ils sont pas plus heureux que toi en termes de rapport à l'écriture et c'est hyper dur et enfin franchement je pense que même des artistes très connus qui des fois montrent des moments de vulnérabilité je suis très femme de Taylor Swift mais dans son documentaire Miss Americana il y a un moment où tu la vois chialer parce que son album Reputation est complètement ignoré de tous les prix les Grammy Awards tout ça et ça lui fait mal même Taylor Swift ça lui fait mal quand son album est pas reçu comme elle l'espère donc on est un peu tous dans la même galère même si on vit pas tous de notre art et même si on n'en a pas tous envie ça vient remuer des trucs comme tu dis quel que soit le niveau de célébrité ou de reconnaissance qu'on peut avoir
Même Taylor Swift pleure quand son album est ignoré
Ybelion — tout à fait et ça tu vois de manière très pratico-pratique dans le métier d'accompagnement des auteurs que ça soit des primo-auteurs ou des auteurs qui ont déjà publié en fait c'est marrant mais les thématiques de sujets sont à peu près toutes les mêmes et après juste ils se déclinent évidemment de manière extrêmement personnelle et extrêmement unique pour chacun mais effectivement on est tous à la fin on est tous humains donc on prend le processus tous de la même manière non mais en tout cas avec les mêmes sujets oui
Marêva Mae — puis tu vois tous les auteurs on va se donner le conseil ne regarde pas les sites de chroniques ne va pas sur Babelio ne va pas sur Godrease on dit tous aux autres mais nous on le fait on le fait tous donc la tueuse
Les conseils qu'on donne aux autres et qu'on ne suit pas
Ybelion — exactement ça c'est ça c'est un truc t'es vraiment tu le sais et puis tu vois d'ailleurs ça c'est un truc parfois qui peut aider c'est quand t'as une situation qui est parfois un petit peu dure à gérer tu vois sur le coup se dire ok qu'est-ce que je dirais à ma meilleure amie tu vois parce qu'on est toujours de vachement meilleurs conseils quand on conseille nos meilleurs amis ou notre soeur ou notre frère mais on est souvent les coordonnées mal chaussées donc parfois juste prendre le recul tu vois avec cette question ça permet de dire ah ok il me dirait de pas y aller regarder tout de suite tu vois de prendre un peu l'air mais parfois ça aide un petit peu ça
Best Case Scenario : hommage aux comédies romantiques
Marêva Mae — ouais c'est sûr
Ybelion — et du coup best case scenario tout à l'heure tu disais que l'écriture te permettait d'aussi véhiculer ta vision du monde et tes valeurs etc qu'est-ce que qu'est-ce que tu véhicules principalement dans best case scenario
Marêva Mae — bah dans ce projet là déjà j'avais envie de faire une vraie comédie romantique comme dans les films que moi j'adorais regarder quand j'étais ado donc déjà il y a une envie créative de rendre un peu hommage aux films comme Couture à Notting Hill Pretty Woman ce genre de films enfin il y avait déjà un côté un peu amour du cinéma et un peu exercice pas exercice de style mais un peu parce que il faut savoir que je lis beaucoup déjà parce que je suis autrice et traductrice et je considère que ça fait partie de mon métier de lire pour tenir ma plume à jour me rendre compte aussi de qu'est-ce qui fonctionne ou pas à mes yeux mais j'aime pas grand chose de ce que je lis je suis très exigeante comme lectrice du coup et c'est vrai qu'en romance je crois que j'aime pas trop la new romance j'aime pas l'aspect over drama enfin ça peut me plaire mais c'est très rare et je me suis rendu compte que la plupart des romances que j'aimais elles se rapprochaient plutôt de la comédie romantique donc déjà il y avait l'envie d'écrire une romance qui me plairait à moi sachant que je suis un peu difficile qui reprend les codes du cinéma qui est assez douce et tendre dans le ton et qui aussi en termes de thématique va aborder le fait d'être artiste et d'avoir des moments difficiles vis-à-vis de son art parce que Valentina elle, elle va sortir un roman en France et elle panique et elle prend la fuite à Los Angeles où elle va rencontrer un acteur qui lui en perte totale de vitesse dans sa carrière et même si je suis pas actrice et même si je suis autrice ça m'a permis de parler d'art et de difficultés avec son métier dans les deux cas avec les deux personnages il y avait aussi la volonté de moi j'aime bien offrir des visions un peu alternatives de la masculinité et de la féminité en termes de construction de genre d'un point de vue sociologique j'aime bien avoir des hommes très tendres très doux qui sont sensibles qui peuvent pleurer qui font face à des difficultés qu'on évoque frontalement donc avec Aiden je continue un travail que j'avais déjà fait dans ma duologie de Romantésie et avec Valentina c'est une héroïne assez impulsive qui a vraiment une grande gueule qui hésite pas à dire des trucs parfois être un peu agressive un peu cash qui démarre au quart de tour et c'est une représentation de la féminité qui moi me manque dans le paysage culturel on va dire et j'avais en tout cas j'aime bien questionner un peu les normes de genre il y avait aussi le fait de parler de l'orientation sexuelle de Valentina mon héroïne avec qui je partage du coup la même orientation donc déjà elle est bisexuelle et c'est vrai que moi je suis bi et en couple avec un homme depuis 10 ans et j'aime bien participer à la représentation de dire que le fait d'être en couple avec quelqu'un du genre opposé n'efface pas la queerness de quelqu'un parce que moi c'est vrai que je me suis rendu compte que j'étais bi assez tard dans ma vie et j'ai un peu l'impression pendant longtemps de pas avoir le droit de dire que je le suis parce que je suis en couple avec un homme donc pour l'instant c'est vrai que j'écris majoritairement des couples hétéronormés mais où les personnages à l'intérieur sont queer parce que ça correspond tout simplement à ma réalité et elle est aussi demi-sexuelle donc ça c'est une orientation qui est sur le spectre de la sexualité faut savoir que le fait d'être bi ça définit qui nous attire donc les hommes et les femmes et aussi les personnes non-binaires et le fait d'être demi-sexuelle c'est comment on est attiré par quelqu'un donc moi tout bêtement pour ressentir du désir j'ai besoin d'avoir un fort attachement émotionnel avec quelqu'un et du coup j'avais envie d'en parler à travers Valentina parce que c'est une orientation que j'ai découvert en écumant des forums sur internet en essayant de comprendre est-ce que j'étais cassée est-ce que j'avais des problèmes est-ce que du coup j'étais ace ou pas sachant donc ace c'est asexuel en anglais est-ce que j'étais asexuel ou pas parce que des fois j'avais du désir mais très rarement et en fait ça a été une telle libération quand j'ai découvert qu'il y avait un mot pour décrire ce que j'étais que je considère que bah ouais j'ai envie vu que je suis concernée c'est hyper important pour moi d'en parler surtout en contemporain pour participer à la représentation et c'est aussi un roman qui parle de découvrir sur le tard puisque Aiden lui il a été en couple pendant très longtemps dans un couple où à la fin il n'y avait plus d'amour et qu'il se rend compte qu'il peut retomber amoureux à bientôt 40 ans vivre d'autres choses expérimenter de nouvelles émotions et de nouveaux sentiments et je suis très attachée au fait de dire c'est pas parce qu'on n'a pas 18-20 ans qu'on peut pas se découvrir et qu'on peut pas comment dire trouver de nouvelles vérités sur nous même quoi donc gros j'ai parlé longtemps mais c'est pas facile de parler en deux mots des valeurs sans roman
Représentation queer, bisexualité et démisexualité
Ybelion — t'inquiète au contraire c'est passionnant alors je t'avoue que du coup j'ai une liste de questions qui s'est mis dans ma tête au fur et à mesure déjà je trouve ça super cool toute la réflexion que t'as autour du genre et alors tu vois encore une fois moi j'ai encore un peu de mal à parler de ça parce que c'est un sujet que je ne maîtrise pas très bien et du coup je suis content aussi de recevoir des auteurs qui adressent ces sujets là parce que ça me permet aussi de mieux comprendre et je trouve ça cool de je t'avoue que ça m'a plongé dans une réflexion personnelle d'adolescent où moi-même je me posais beaucoup de questions notamment sur ce que t'as amené là de pas le l'intensité désolé j'ai utilisé le mauvais terme mais l'intensité du désir ou le ouais bah la sexualité c'est un spectre ouais voilà faut se dire que la sexualité
Late blooming, se découvrir tard
Marêva Mae — c'est un spectre et on peut être c'est à dire ne ressentir aucun désir ou ressentir du désir de temps en temps et dans les deux cas ça fait partie du spectre de la sexualité quoi c'est à dire que il y a ce côté un peu souvent dans les communautés queer c'est dur de trouver sa place parce qu'on se dit qu'on a le droit d'utiliser un terme pour se décrire si c'est un peu plus nuancé et oui il y en a il y a plein de termes il y a plein de termes un peu parapluie qui se regroupent pour décrire ce qu'on peut être il y a des gens qui n'ont pas besoin de mots pour ça il y a des gens qui sont hyper à l'aise avec la manière dont ils expérimentent l'amour et le désir puis moi je suis autrice donc c'est vrai qu'avoir des mots c'est hyper important quoi
Ybelion — bah tu vois je trouve ça vraiment tu je trouve ça trop bien parce que en fait je suis d'accord avec toi moi j'ai pas forcément besoin de mettre un mot sur ça par contre savoir que tu vois justement c'est pas binaire bah tu vois ça m'amène un niveau de compréhension que j'avais pas et je pense que tu vois ça paraît tout bête mais c'est pour ça que c'est important d'écrire ce genre de sujet là mais si tu tombes sur un livre comme ça quand t'es gamin bah en fait ça peut t'amener un truc qui te dit mais en fait tout ce qui m'arrive c'est normal et c'est tout bête à dire mais ça fait ça fait tellement du bien en fait quand tu comprends ça ouais trop bien passionnant en vrai ça et alors attends là c'est le moment où j'essaie de pas me perdre dans mes questions oui le deuxième le deuxième sujet que t'as amené qui est le fait de se trouver je crois que sur Insta t'appelais ça le late blooming non c'est ça
Marêva Mae — exactement
Ybelion — ouais j'aime beaucoup on parlera je parlerais peut-être un petit peu de ton métier traductrice après parce que moi j'aime bien aussi tous les anglicismes qu'on peut utiliser parfois et du coup cette notion du late blooming ou en tout cas de se découvrir un peu tardivement comment toi t'as pu peut-être l'expérimenter ou l'observer de ton côté
Le double diagnostic autisme/TDAH à 30 ans
Marêva Mae — bah déjà avec le cas de mon conjoint et moi tu vois on a respectivement j'ai 32 ans et lui il a 37 ans cette année et en fait on a cheminé ensemble sur ces questions là on s'est rencontré en étant assez jeune avant nos 30 ans et on était un peu perdu sur plein de sujets mais on s'est beaucoup épaulé mutuellement et soutenu mutuellement et je pense que on serait pas devenu les personnes qu'on est aujourd'hui l'un sans l'autre mais notre processus de découverte de nous il est passé par un questionnement sur notre queerness respectif parce qu'on est tous les deux bisexuels et on en parle beaucoup et ça nous on s'est aidé mutuellement à se sentir légitime il y a aussi le côté de la neuro atypie on a tous les deux été diagnostiqués alors on a le même diag on a tous les deux été diagnostiqués autistes et avec un TDAH donc un trouble de l'attention et de l'hyperactivité on a tous les deux été diagnostiqués au même âge et surtout ce qui est intéressant c'est que lui c'est un homme donc il a été très facile à diagnostiquer c'est à dire que son psychologue a direct vu les signes il l'a direct envoyé en clinique et moi j'ai été diagnostiquée 3-4 ans plus tard parce que ça a été très difficile de me faire reconnaître en tant que femme et c'est bête mais le fait que Quentin et moi on avait exactement les mêmes marqueurs des trucs qui me disaient mais tout ce qu'on me dit moi chez le psychiatre ça colle à ce que tu fais et du coup c'est grâce comment dire pas à l'expertise de mon conjoint mais au fait qui légitime des ressentis que j'avais par rapport à ce qu'il me disait qui a fait que j'ai poussé pour avoir mon diag et honnêtement quand j'ai eu ces deux diagnostics là ça a remis toute ma vie en perspective parce que j'ai compris beaucoup de choses beaucoup de difficultés que j'avais eues beaucoup de moments où je me sentais pas légitime où je me sentais nulle ou incapable ou moins bien que les autres tout ça venait pas tout entièrement de ce double diagnostic mais ça trouvait beaucoup source là-dedans et en fait du moment que j'ai eu cette clé de vision pour mieux me comprendre je me suis pardonné plein de trucs c'est bête mais quand on sait qu'on a des difficultés qui sont liées au développement de notre cerveau on se pardonne vachement plus d'avoir des jours où on n'est pas au top d'avoir des jours où on n'arrive pas à sortir de chez soi d'avoir des jours où travailler c'est difficile voire même impossible sachant que j'ai aussi des maladies gynéco à côté qui font que le tout combiné il y a vraiment des jours où c'est pas facile ça m'a permis de beaucoup me pardonner et d'être beaucoup plus douce avec moi-même et c'est un travail qui est encore en cours parce que après 30 ans tu vois à assimiler des fausses vérités sur soi ça met du temps à les déconstruire mais c'est des trucs que j'ai découvert entre guillemets sur le tard parce qu'un diagnostique autiste TDAH qui va être donné à 14-15 ans il a pas du tout le même impact sur une vie qu'un diag qui est donné à 30 piges où il y a beaucoup de choses qui se sont construites beaucoup de choses à défaire et beaucoup comment dire de trucs très ancrés quoi mais en tout cas moi c'est comme ça que je l'ai vécu à travers mes identités queer et à travers mes diagnostics physique et psy c'est deux choses où maintenant j'ai l'impression que je me redécouvre et tu sais le mythe de dire à 30 ans la vie elle est différente là pour moi ça a vraiment été le cas parce que j'ai eu tout ça à l'aube de ma trentaine et je suis beaucoup plus libérée je suis beaucoup moins comment dire consciente et attachée au regard des autres j'ai beaucoup plus de facilité à me défendre aussi je sais que maintenant moi j'ai pas de problème à mettre en colère à taper du poing sur la table et c'est des choses qui découlent pas que de tout ça et des diagnostics mais qui sont quand même un peu liées je pense
Ybelion — j'entends dans ton dans aussi dans la compréhension que t'as pu développer de toi-même que ça t'a permis aussi de te donner beaucoup d'autorisation ne serait-ce que par exemple tu disais exprimer la colère ou ce genre de choses c'est cool et puis effectivement ça reste tu sais c'est le fameux travailler sur soi c'est un travail de toute une vie tu vois tu t'en apprends toujours plus et tu déconstruis toujours plus de choses et que ça soit des injonctions des croyances limitantes des drivers ça peut être à peu près tout et n'importe quoi mais toujours c'est ouais c'est étape par étape et puis et puis c'est comme ça qu'on avance quoi quelque part
Transposer des quêtes initiatiques sur des personnages adultes
Marêva Mae — et tu vois c'est pas des choses que j'ai données directement comme ça à mes personnages mais ça part d'un sentiment et d'une envie de montrer que quand on a quelque chose qui se brise en nous ou qui se reconstruit en nous tard dans notre vie entre guillemets je précise tard dans notre vie par rapport à mon propre vécu mais 30-40 ans c'est pas la fin de la vie c'est même pas enfin c'est le milieu de la vie on va dire et encore quoi donc je précise tout est relatif mais c'est vrai que moi ça m'intéresse aussi d'avoir des quêtes comment dire des quêtes initiatiques et des sujets qu'on va plus trouver d'habitude en young adult de les transposer sur des personnages adultes de 30 ans ou plus parce que je considère qu'avec les millenials et la génération dans laquelle on est issu notre construction elle est rarement achevée à 30 ans quoi enfin en termes d'orientation pro de personnel de plein de trucs j'ai l'impression qu'on ait une génération en tout cas qui a été sacrifiée sur certains plans et j'imagine que les générations d'après ont encore plus cette impression là vu l'état de la planète et tout mais c'est rare qu'à 30 ans on sache exactement qui on est qu'on soit au même stade que nos parents enfin c'est très rare quoi
Ybelion — moi je partage totalement ton avis et puis du coup je suis quasiment la même génération que toi puisque moi je vais avoir 31 cette année et tu vois moi ça a été vraiment sur le côté professionnel cet aspect de se découvrir tard et effectivement en fait ce qui est marrant c'est que quel que soit l'âge auquel tu te découvres t'as toujours enfin toujours j'aime pas trop utiliser de faire de généralité mais t'as très souvent ce sentiment de putain mais j'ai mis longtemps à comprendre quand même parce que quand tu te retrouves face à l'évidence que ça soit du métier de l'identité de ta compréhension de toi même tu te dis mais c'est tellement évident comment ça n'a pas pu m'apparaître plus tôt tu vois et ça aussi c'est quelque part aussi le travail qui suit derrière d'accepter que les choses aussi prennent du temps et que tout ce que t'as vécu avant t'as aussi emmené à ce timing là quelque part et c'est comme ça quoi et puis maintenant justement au contraire dis toi t'as tout le reste de ta vie qui s'ouvre avec cette nouvelle compréhension et cette nouvelle éclosion quelque part donc c'est ouais je partage beaucoup de métaphores pour te dire que je partage ton avis sur notre génération je pense qu'il y a aussi découvert qu'il y avait plein de manières de vivre au delà du besoin de sécurité notamment d'après-guerre où il fallait avoir un CDI une maison et puis une famille pour être sûr que tout aille bien et quelque part maintenant on découvre qu'en fait on peut très bien élever des chèvres pendant 6 mois et puis après aller écrire un livre tu vois et faire plein de choses en fait et c'est cool c'est cool
La génération sacrifiée et la reconversion
Marêva Mae — bah puis c'est vrai que j'ai pas parlé de ça professionnellement mais moi je suis devenue traductrice à 28 ans 28-29 ans 29 je crois après un burn-out dans le salariat où j'ai été j'ai été licenciée par la médecine du travail parce que mon job m'avait cassée c'est-à-dire que la médecine du travail a forcé mon employeur à me licencier donc j'ai connu l'inadéquation et le fait de se forcer à rentrer dans des cases qui me collaient pas et je pensais pas avoir les capacités pour devenir traductrice même si j'ai fait des études qui collent avec ça et tout et en fait pendant que j'étais en burn-out et que je me remettais après je me suis dit mais ça fait des années que j'en rêve là j'ai deux ans de chômage devant moi je vais essayer parce qu'en fait sinon je me le pardonnerai jamais et il se trouve que ça s'est super bien passé j'ai eu assez rapidement des contrats il se trouve que je suis pas du tout mauvaise dans ce domaine là au contraire mais que j'ai eu besoin de faire un burn-out pour me dire c'est pas pour prendre confiance en soi mais pour me dire à un moment là tu vois bien que ça marche pas le salariat donc va peut-être falloir tenter autre chose quoi
Ybelion — ouais c'est ça qui est alors je sais pas si c'est terrible ou si c'est la vie qui est comme ça ou je sais pas mais t'as très il y a assez souvent ce truc de ok bon tu te retrouves au fond quoi et là tu fais bon bah ok maintenant qu'est-ce qui est je peux plus creuser de toute façon donc qu'est-ce que je fais quoi et ouais c'est souvent dans je sais plus d'où vient cette citation mais tu sais dans le péril crois ce qui sauve et j'aime bien ce truc de dire bon bah ouais effectivement c'est parfois quand c'est dur que comme une urgence ou comme une évidence t'apparaît le chemin qui va te permettre d'aller respirer quoi comme si c'était un truc très instinctif qui t'appelait quoi et là tu te poses plus de questions quelque part ça facilite presque les choses quoi bon alors attention quand même petit bémol il s'agit pas non plus de y'a pas besoin de vivre un burn out pour avoir ce genre de révélation ah non
Du burn-out salariat au métier de traductrice
Marêva Mae — j'aurais été très heureuse de faire ça direct après la fac si j'avais pu être traductrice direct à la fin de mes études je préférerais cette voie là mais c'est pas non plus je vais pas non plus pleurer sur ce qui m'est arrivé parce que c'est pas pour dire les mauvaises choses permettent d'avoir des bonnes choses dans la vie mais là juste de dire bah j'ai vécu un truc assez peu agréable et de là j'ai réussi à me réorienter professionnellement voilà c'est ça le propos en effet c'est pas de dire qu'il faut toucher le fond pour avoir une carrière qui vous convient c'est pas le but
Ybelion — la belle histoire de vie qui se transforme en pire conseil de l'univers
Marêva Mae — ouais non c'est pas ça non clairement
Ybelion — mais ça rejoint j'avais Cynthia Raymond récemment en podcast et elle me partageait son tout ce qu'elle avait appris des échecs et le fait qu'elle se remerciait tu vois d'avoir eu des échecs et c'est ça et ça rejoint ça et c'est trop bien quoi c'est trop bien et le tu sais que ça m'a impressionné parce que je regardais sur ton goodreads ton profil et je voyais j'ai vu le nom de Rebecca Yaros là du coup et du coup c'est toi qui as traduit un de ses livres c'est ça
Traduire Rebecca Yarros et défendre son métier
Marêva Mae — si j'ai bien compris je suis pas la seule puisqu'elle a sorti pas mal de livres qui ont été traduits en France et faut savoir que ça peut arriver qu'une même traductrice ou un même traducteur traduise l'entièreté des offres de quelqu'un mais en fait c'est assez compliqué parce qu'il faudrait du coup que les offres soient toutes acquises par la même maison d'édition et c'est pas souvent le cas surtout sur des autrices au profil comme ça bah souvent les maisons d'édition se basent pour l'avoir et ça part aux enchères c'est une image c'est pas vraiment les enchères mais il faut avancer une certaine somme pour avoir les droits et tout et du coup je sais qu'elle a une partie de ses titres qui sont chez City Édition une partie chez Hugo et une partie chez J'ai lu où moi je travaille et c'est très rare en tout cas que du coup une même traductrice fasse plusieurs offres si c'est pas dans la même maison donc tout ça pour dire que bah oui je suis contente d'avoir travaillé sur plein d'autrices alors bon après je tiens à préciser que Rebecca Hierro c'est quelqu'un qui a des prises de position avec lesquelles politiquement je suis pas d'accord notamment je sais qu'elle est accusée d'être sioniste etc bon faut savoir que les traducteurs traductrices quand on nous propose un texte souvent si on dit non on sait pas quand sera le prochain donc même si c'est pas forcément lié avec nos valeurs éthiques par rapport à l'auteur ou l'autrice moi j'accepte les contrats parce qu'il faut que je mange et que j'ai besoin d'avoir un salaire et que de toute manière même si c'est pas des textes que j'apprécie ou j'apprécie pas l'autrice derrière je donne mon maximum pour que ça fasse un je pense toujours au confort des lecteurs et des lectrices en premier donc ça tu vois pour le coup tu cites ce texte c'est clairement pas mon préféré sur lequel j'ai travaillé mais j'ai quand même essayé de donner le maximum pour qu'il soit à la hauteur en tout cas de ce que les gens attendent les gens qui aiment cette autrice
Ybelion — j'allais te demander effectivement parce que évidemment tu vois dans les noms anglophones j'avoue que j'en connais pas non plus des masses et du coup forcément ce nom là saute aux yeux parce que c'est quand même un des plus connus et j'allais te demander justement est-ce que ça change quelque chose tu vois enfin qu'est-ce que ça change de travailler sur une autrice qui fonctionne très bien ou alors quelque part le plaisir du coup c'est un peu ce que t'as dit en fait le plaisir du texte il est pas lié à la renommée de l'auteur que t'as
Marêva Mae — non ce que ça peut changer très pragmatiquement ça peut être sur la rémunération des fois parce que des fois ça peut arriver que les textes d'autoristes très connus la maison d'édition veuille les sortir plus vite et en tout cas moi là où je travaille si un texte est en urgence et que du coup on me laisse moins de temps pour le traduire que le temps que ça devrait prendre souvent je suis plus payée voilà c'est ce que ça peut changer ça m'est arrivé sur une saga de New Romance qui se vend très bien de la milliardaire romance et du coup j'étais plus payée parce qu'on m'a demandé de traduire en 3 mois un texte sur lequel j'aurais dû en prendre 5 donc j'ai fait des horaires de zinzin mais j'ai été plus payée c'est tout ce que ça peut changer et après moi j'ai pas vraiment de je suis pas comment dire starstruck tu vois je suis pas éblouie quand je traduis une autrice très connue puisque bah c'est mon enfin comment dire je suis très pragmatique ce qui va m'impressionner c'est la richesse d'une plume tu vois par exemple et ça c'est pas forcément chez les autoristes très connus mais je sais que un de mes titres que j'ai traduit qui s'est le moins vendu c'est peut-être celui sur lequel j'ai préféré travailler parce que je trouvais la plume magnifique et du coup je prenais vraiment je prends soin à traduire tout ce qu'on confie mais quand la phrase elle est hyper belle et hyper poétique j'ai passé plus de temps dessus qu'une phrase qui est sujet-verbe complément quoi tout simplement
Ybelion — et c'est un métier qui me fascine sache-le parce que je trouve que c'est déjà tu m'as dit 3 mois 5 mois je me dis putain c'est fou et comment ça se passe quand tu récupères un texte c'est quoi le processus pour arriver à une traduction que tu rends à la fin
Marêva Mae — franchement je vais te décevoir c'est pas très glamour et pas très mystique mais si tu veux souvent avec mes éditrices on se met d'accord sur une date de rendu quand elles me proposent un texte déjà elles me demandent si je veux le texte en général je dis oui parce que j'ai besoin de travailler et qu'en plus je suis assez curieuse et que j'aime bien travailler sur plusieurs genres différents et tu vois chez Gélu j'ai commencé en romance et ils m'ont proposé de traduire du Cosi Mystery et j'étais hyper partante parce que j'avais jamais fait et c'était un challenge mais ils te demandent quand même quand c'est pas ton genre de prédilection après je regarde la taille du texte parce que moi tout bêtement je connais mon rythme de croisière et je suis capable de dire combien de temps ça va me prendre des fois il y a des contraintes internes où on va me dire ah bah j'en ai besoin plus tôt donc on se met d'accord on négocie il y a une phase en tout cas de discussion avec mon éditrice et après bah je commence à traduire le texte c'est à dire que j'ouvre mon manuscrit enfin le tapuscrit en format PDF sur la moitié gauche de mon écran j'ouvre mon traitement de texte sur la moitié droite de mon écran puis bah je traduis globalement
Le processus concret de traduction d'un roman
Ybelion — voilà là c'est dingue en vrai c'est un travail qui est tellement enfin qui me en tout cas moi de ma vision qui me paraît tellement minutieux je me dis putain il faut être c'est comme correcteur ou correctrice je trouve je suis hyper impressionné par ces métiers je pense la différence
Marêva Mae — c'est que pardon non vas-y pardon
Ybelion — j'allais conclure en disant parce que ça peut paraître être un métier un petit peu robotique et en fait au contraire je trouve que tout ce qui fait la beauté de ce métier c'est que si tu le traites comme un robot ça fonctionne pas vraiment je sais pas si tu vois ce que je veux dire mais il y a une espèce de sensibilité que le métier oblige dans une concentration extrême pendant des heures sur enfin tu vois c'est ça c'est cette minutie là qui me fascine
Marêva Mae — oui bah faut se dire que oui voilà là où l'IA ne peut pas faire l'intelligence artificielle générative ne peut pas faire un autre travail c'est que je te dis j'ouvre mon texte et je traduis mais c'est le résumé bêtement mais il y a plein de choses qui se passent dans ma tête et déjà au début je traduis beaucoup plus lentement parce que je m'imprègne du style de l'auteur ou de l'autrice je comprends comment il est je repère est-ce qu'il utilise des expressions désuètes et du coup est-ce que je peux m'en permettre est-ce qu'il y a beaucoup de métaphores enfin ça je l'analyse quand je traduis le premier chapitre et souvent le premier chapitre je vais passer plus de temps dessus parce que je reviens et c'est la phase d'imprégnation du texte mais il faut savoir que moi je lis pas entièrement les romans avant de les traduire déjà parce que sinon je m'ennuie le fait de rester dans la surprise et de savoir qu'est-ce qui va se passer ça me permet de garder mon intérêt donc je traduis mieux et après oui des fois je remarque des petites incohérences par exemple c'était le policier et je me rends compte que c'est la policière parce que le genre en anglais fonctionne pas exactement pareil qu'en français mais dans ces cas-là j'ai une bonne mémoire je reviens en arrière et de toute façon à la fin de mes traductions je relis entièrement tout mon texte avant de l'envoyer à l'éditeur ou l'éditrice donc j'ai pas la nécessité de lire les textes avant puis aussi tout bêtement ce serait du temps de travail gratuit sur lequel je suis pas payée donc ça rentre aussi en ligne de compte mais après oui bien sûr j'analyse les émotions enfin là où l'IA générative est nulle c'est qu'elle peut pas percevoir l'humour elle peut pas percevoir l'ironie elle va pas comprendre qu'une phrase où on se fait semblant d'être joyeux ça cache beaucoup de tristesse et ça c'est ouais c'est un travail qu'on fait derrière et il y a des fois où j'arrive pas à entrer en résonance avec le texte et où je vais passer trois heures sur une seule page et des fois où j'ai un espèce pas un flot créatif parce que c'est pas de la création pure mais je suis en symbiose avec le texte tu vois et où en une heure je vais traduire 4-5 pages et c'est genre les meilleures pages que j'ai traduites parce que je vibrais avec le texte quoi et puis il y a des fois où je sais même plus parler français parce que j'ai trop traduit et qu'il y a tout qui se mélange dans ma tête et je vais vérifier des fois c'est bête mais à la fin de la journée je parle ni français ni anglais je parle un mélange des deux et je suis obligée d'aller vérifier des expressions toutes bêtes sur internet pour savoir si ça se dit vraiment comme ça en français parce que je ne sais plus mais c'est pas un métier où on s'ennuie en tout cas pour moi avec la manière dont mon cerveau est construit c'est pas un métier où j'ai deux fois la même journée qui se ressemble quoi enfin vraiment alors que factuellement je m'assieds devant mon PC et je traduis toute la journée mais voilà ça se ressemble pas
Quand l'écriture nourrit la traduction (et inversement)
Ybelion — je vois tout à fait ce que tu parles c'est comme métier d'écrivain en soi c'est taper des mots sur une page bon bah ok une fois que t'as dit ça tu vois ça parait pas très sexy en fait chaque session d'écriture est différente et toujours assez extraordinaire et le tout à l'heure donc tu disais donc t'as surtout traduit de la romance t'as aussi traduit du Cosi Mystéry comment ton métier d'illustratrice pardon de traductrice il te nourrit toi dans ton écriture est-ce que les deux se lient quelque part ou t'arrives à bien séparer
Marêva Mae — bah je dirais je dirais que c'est plutôt l'inverse je pense que c'est plutôt le fait d'être moi écrivaine qui fait de moi peut-être une meilleure traductrice alors on peut très bien être traducteur ou traductrice sans être écrivain mais le fait de travailler moi ma plume ça fait que j'ai l'impression de bien réussir à capter la plume des auteurs et des autrices et je me fais assez vite confiance sur ce que je perçois de leur plume et comment je vais l'adapter et j'ai aussi beaucoup d'automatismes en français qui viennent du fait que je suis écrivaine et qu'il y a des expressions que j'utilise régulièrement il y a des constructions de phrases qui je sais ne sont pas bonnes en français parce que je les ai vues en édito mais après c'est vrai que ma plume à moi elle vient forcément teinter les textes que je traduis mais c'est pas spécialement parce que je suis autrice et c'est pas forcément un défaut au sens où n'importe quel traducteur ou traductrice il a des préférences c'est à dire il y a des mots qu'on trouve moches et qu'on va moins comment dire volontairement utiliser tu vois pour une notion en anglais on peut en avoir plusieurs en français et on va prendre une option qui esthétiquement nous plaît plus tout simplement dans la sonorité de la langue ou des trucs comme ça et le fait d'être autrice je sais quelle construction de phrase est privilégiée et tout mais un traducteur qui n'est pas auteur ou autrice à côté il aura aussi de la subjectivité dans sa manière de traduire je pense que la subjectivité en traduction du moment qu'on la met au service du texte et qu'on n'est pas là pour réécrire le texte mais pour l'adapter c'est pas du tout un défaut en fait enfin voilà au contraire la subjectivité c'est bien
Ybelion — ouais c'est un super point tu vois j'avais pas forcément fait le lien mais ouais en fait quelque part la traduction d'un texte c'est vraiment une adaptation de l'oeuvre originale quoi sans dire que tu l'as réécrit mais il y a forcément bah des fois
Adapter, pas trahir : la subjectivité du traducteur
Marêva Mae — t'es obligé d'adapter cette subjectivité
Ybelion — qui vient teinter
Marêva Mae — et ça peut être tu vois de la subjectivité dans le choix pur de la construction d'une phrase ou dans le vocabulaire employé par exemple si on perçoit qu'une phrase elle a un vocabulaire soutenu bah on doit l'adapter en vocabulaire soutenu en français si on perçoit que c'est beaucoup plus populaire et bah on doit l'adapter de cette manière là mais ça marche aussi dans les références culturelles moi des fois en tant que traductrice surtout sur le contemporain je me demande est-ce que cette référence là fonctionne en français si oui bah je la conserve sinon est-ce qu'on met une note de bas de page pour pas perdre le public ou est-ce que je peux me permettre de l'adapter avec quelque chose d'approximatif tu vois et qui va quand même exister dans le contexte américain tu vois par exemple une présentatrice météo en français je peux pas mettre Evelyn Delia parce que ça n'aurait aucun sens qu'une américaine pense à Evelyn Delia ça ne marche pas ça se faisait il y a quelques années en traduction maintenant on le fait plus trop tu vois ou enfin c'est bête mais tu vois par exemple je cite souvent cet exemple là parce que je le trouve assez parlant mais j'ai trouvé sur un truc dans une romance contemporaine où ça parlait d'une émission de cuisine absolument inconnue en France et du coup j'ai cherché il y a quelle émission de cuisine qui existe et j'ai fait ah mais cauchemar en cuisine et du coup j'ai traduit j'ai fait une ref à cauchemar en cuisine dans ma traduction parce que ça trahissait pas l'intention de l'autrice de faire référence à une émission et c'est une émission qui existe à la fois aux USA et en France donc du coup ça marchait et ça épargne une note de bas de page qu'on va conserver enfin pour moi les notes de bas de page on en met quand on n'a pas le choix quoi donc voilà et c'est des questions qu'on se pose pas mal notamment au contemporain
Pourquoi on retraduit les classiques (et les coups bas du Seigneur des Anneaux)
Ybelion — c'est trop cool parce que tu vois ça donne un autre point de vue je trouve sur les traductions enfin en tout cas nous quand tu lis une traduction t'as pas tout ce tout ce tout ce tout ce voilà là j'ai que background qui me vire en anglais tu vois c'est bref tu vois ce que je veux dire t'as pas toute la matière de réflexion qu'il y a derrière et tu vois il me vient une question je sais pas à quel point c'est pertinent ou pas mais notamment sur tous les textes très célèbres et un peu vieux je sais pas je pense à Orgueil et Préjugé je sais pas pourquoi c'est le premier qui me vient est-ce que est-ce que c'est qu'est-ce qui change quand on refait une traduction tu vois entre une traduction qui a été faite par exemple il y a 10 ans parce que c'est pas très vieux mais en même temps il y en a toujours qui ressortent de nouvelles tu vois
Marêva Mae — et bah écoute ça m'est jamais arrivé jamais travaillé sur un classique mais j'imagine en fait que ça dépend beaucoup des consignes que l'éditeur donne ouais ok j'ai l'impression qu'il y a beaucoup d'éditions qui ressortent qui sont juste des remises en forme mais où on garde le même texte de toute manière c'est facile à vérifier le nom du traducteur doit être mentionné légalement donc mais je sais par exemple que tu vois pour le coup en fantaisie pour Le Seigneur des Anneaux ils ont voulu ressortir une nouvelle traduction et ils ont changé tous les noms propres et on est beaucoup de traducteurs et de traductrices à se dire est-ce qu'ils ont pas juste fait ça pour éviter de payer les droits d'auteur au premier traducteur parce qu'en fait si on republie en fantaisie tous les termes tu sais qui ont été traduits La Comté Foncombe Grand Pas pour désigner Aragorn tout ça c'est des termes sur lesquels le traducteur a des droits d'auteur parce que c'est lui
Ybelion — qui les a inventés voilà
Marêva Mae — et du coup des fois il y a soupçon de se dire ils ont tout retraduit en utilisant des nouveaux termes pour juste pas payer 10% de la cession au premier traducteur quoi
Ybelion — c'est moche ça me fait rire c'est pas drôle ah mais du coup
Marêva Mae — moi je trouve ça moi je trouve ça honteux parce qu'en fait désolé la maison d'édition qui traduit Seigneur des Anneaux mais je trouve ça honteux parce que du moment que les films ont enterriné les traductions françaises pour moi on peut pas revenir dessus c'est à dire que c'est pas Foncombe c'est Foncombe c'est pas Frontval enfin je veux dire c'est pas possible pour moi j'aime beaucoup la culture geek et nerd j'aime bien Seigneur des Anneaux et je peux pas pardonner qu'on s'y pense du moment qu'un film qui est mondialement connu qui est culte il a établi des termes qui ont été pris dans la première traduction on peut pas faire un autre texte enfin une autre traduction où on se passe de ces termes là et tu vois par exemple sur Orgueil et Préjugé de la même manière la première phrase je crois qu'en français c'est il est universellement reconnu que toute fille en âge de se marier gna ça tu ne peux pas y toucher c'est un monument tu peux pas toucher à cette phrase je pense qu'il y a plein d'autres trucs du récit que tu peux moderniser dans l'approche de traduction et pas dans le langage parce que le langage doit rester cohérent pour cette époque là mais cette phrase là tu ne peux pas y toucher c'est interdit
Le traducteur qui a inventé les noms des Pokémon
Ybelion — c'est là j'ai un flash ça m'avait marqué parce que je l'avais sur une je crois que c'est un truc qui s'appelle Gutenberg.org où t'as plein de textes qui sont dans le domaine public dans le voilà dans le domaine public et j'étais tombé du coup alors c'est surtout en anglais mais j'avais trouvé une version française de Orgueil et Préjugé et justement ça m'avait marqué en lisant la première phrase
Marêva Mae — c'est un livre
Ybelion — que j'ai jamais lu mais du coup la première phrase est tellement connue et en lisant la première phrase je m'étais dit mais est-ce que j'ai le bon bouquin toi ? et après du coup là je fais le lien avec ce que tu dis c'est probablement que c'était une très vieille traduction ou un autre truc mais c'est vrai t'as totalement raison et l'autre truc de geek qui m'est venu quand tu parlais Dissénieur des Anneaux je me dis c'est comme si tu sais que tu d'un coup il y avait quelqu'un il réinventait tous les noms des Pokémon tu vois et il changeait tout et ça n'aurait aucun sens
Marêva Mae — mais c'est super intéressant que tu parles de ça parce que justement la traduction dans le domaine littéraire c'est peut-être le plus connu quand on parle de traduction artistique mais dans les jeux vidéo c'est aussi fondamental et le traducteur français qui a traduit depuis le japonais les noms des Pokémon il a fait un travail qui a été fondateur dans le succès de Pokémon en France en fait on ne peut pas du tout dissocier le succès de Pokémon c'est pas que Nintendo c'est aussi lui je ne suis pas fan de Pokémon mais mon copain l'est et il m'avait montré justement des TikTok où ce traducteur-là parlait de comment il avait choisi et je trouvais ça passionnant parce que j'étais là mais c'est visionnaire à l'époque où il a fait ces choix-là c'est visionnaire vraiment et marketingement il avait un pif de zinzin
Ybelion — c'est incroyable et effectivement je ne sais plus dans quelle émission il était passé mais récemment il a fait beaucoup d'interviews justement où il explique un peu le choix des noms de Pokémon et moi j'avoue grand fan de ça petit je suis un peu tombé de ma chaise en me disant putain mais ce mec c'est le héros sans cap tu le vois pas mais il a tout changé à ta vie
Marêva Mae — mais ça c'est vrai que moi je suis ça me fait toujours rire quand je vois quelqu'un qui dit ah j'adore la plume de ce livre quand c'est une traduction parce que je me dis bah oui t'aimes sans doute la plume de l'auteur VO mais t'aimes aussi la plume du traducteur ou de la traductrice qui a travaillé dessus parce que forcément ça vient teinter et si t'aimes cette plume là t'aimes aussi la nôtre oui on met notre plume au service de la plume de quelqu'un d'autre et on l'adapte en fonction mais moi notre sensibilité elle transparaît forcément dans notre traduction c'est évident
Ybelion — et de ton côté désolé je parle beaucoup de ton métier de traductrice mais je trouve ça vraiment passionnant de ton côté est-ce qu'à ton sens quand on lit une traduction de facto on perd quand même quelque part pas l'authenticité de l'auteur c'est pas le bon mot mais est-ce que tu vois est-ce qu'on perd une partie en gros ou alors si je devais poser ma question différemment est-ce que ça vaut le coup de lire un texte par exemple en anglais et en français tu vois
VO ou traduction : ce qu'on gagne, ce qu'on perd
Marêva Mae — bah honnêtement moi je suis un peu c'est difficile j'ai un peu les fesses entre deux chaises pour te répondre parce que d'un côté moi je consomme beaucoup de contenu anglophone bah déjà pour maintenir mon niveau d'anglais vis-à-vis de mon métier donc je lis en anglais mais je lis aussi des traductions pour faire de la veille mais tu vois par exemple je regarde pas de film avec du doublage et des sous-titres ou alors des sous-titres en anglais parce qu'en fait les sous-titres français souvent je les trouve pas bons c'est pas comme ça que j'aurais fait et du coup je travaille quand je regarde un film donc c'est pas une très bonne chose donc c'est pas bien donc je vais mais en même temps je défends le métier de sous-titreur et je défends le métier de doubleur et de doubleuse donc je veux pas ce serait très élitiste de ma part de dire vous aurez pas accès à l'oeuvre dans sa bonne forme si vous la regardez pas en version originale ou si vous ne lisez pas en version originale justement les doubleurs les doubleuses les traducteurs les traductrices on est là pour faire le maximum pour que l'adaptation soit aussi bien que enfin en tout cas qu'elle soit presque aussi bien que l'oeuvre originale dans sa version de base mais je sais pas si forcément si on perd parce qu'il y a aussi un gain qui peut être fait il y a des doubleurs et des doubleuses qui sont devenus célèbres pour leur voix parce qu'ils ajoutent pour le public francophone une vraie plus-value et je pense que les traducteurs et les traductrices c'est pareil des fois il y a des livres honnêtement je pense que le traducteur ou la traductrice peut faire un travail d'enrichissement de la plume quand elle est un peu trop simple en anglais parce que quelque chose de très simple en français ne va pas passer et où le traducteur peut limite apporter une plus-value sur l'oeuvre donc franchement il n'y a pas de vérité générale ça dépend de l'oeuvre ça dépend des personnes qui ont travaillé dessus ça dépend des conditions dans lesquelles elles ont travaillé parce qu'un traducteur payé à la sauvette à qui on laisse un mois pour traduire un texte ça fera pas un bon à moins qu'il il va se saigner aux 80 et il fera peut-être même pas un bon travail parce qu'il a pas les conditions matérielles pour le faire donc franchement c'est relatif et ça dépend vraiment de comment l'adaptation a été faite mais voilà j'irais pas vous dire que je considère que mon métier est important et qu'on a un vrai rôle de transmission et que tout le monde est pas bilingue et moi par exemple je parle l'anglais comme autre langue je parle très mal espagnol je pourrais pas lire un bouquin en espagnol en VO et du coup grâce aux traducteurs et traductrices j'ai accès à des livres de la culture hispanophone donc franchement on a un rôle important et après bah oui quand on est bilingue dans une langue c'est normal d'avoir envie de consommer du contenu dans cette langue là mais c'est pas le cas de l'entièreté de la population française et certainement pas pour toutes les langues donc ouais je pense que notre métier il reste essentiel
Ybelion — ouais carrément c'est trop cool enfin oui il y a des moments t'as pas envie de trop réfléchir aussi mais tu vois c'est fou parce qu'en fait le fait que tu parles de ce métier là ça me fait plein de petits liens dans ma tête et tu vois là tu disais par exemple il y a des plumes anglaises qui paraissent plus faciles quand elles sont traduites littéralement quelque part en français et moi ça me fait beaucoup ça sur les livres qu'on pourrait classer dans le développement personnel tu vois même si bon voilà ce terme veut tout et rien dire mais c'est vrai que quand je les lis en anglais j'ai un truc ça me va et quand je les lis vraiment traduits en français j'ai l'impression qu'on me prend pour un débile un peu et du coup effectivement c'est marrant tu vois je m'étais jamais j'avais jamais fait le rapprochement avec le fait que peut-être c'est aussi dans les langues ne sont pas pareilles en fait tout simplement ouais puis tu vois
Marêva Mae — à force de beaucoup lire en anglais et de beaucoup consommer du contenu en anglais des fois il y a des plumes anglaises que je trouve pas ouf on va pas se mentir il n'y a pas une supériorité des plumes anglophones c'est juste un marché du livre plus foisonnant que le nôtre parce que l'ère linguistique elle est beaucoup plus étendue que celle du français donc il y a plus de textes qui sortent enfin voilà et plus de succès mais il y a des textes qui se retrouvent traduits en français où bah franchement ça m'est arrivé de lire un texte en traduit et de me dire je trouve la traduction pas ouf d'aller voir le texte de base et de me dire le texte de base c'est pas ouf en fait donc à un moment les traducteurs et traductrices on n'est pas non plus des magiciens c'est à dire que s'il y a une scène horrible elle restera horrible en français s'il y a une plume ultra simple on peut essayer de la sublimer un peu enfin bon en tout cas je sais que j'essaye de le faire parce que je sais que le public francophone n'a pas les mêmes attentes linguistiques que le public anglophone l'anglais est une langue qui pardonne beaucoup plus la simplicité les répétitions par exemple les répétitions en français on ne les garde pas c'est à dire que sur une page où on est dans le bureau de quelqu'un le mot bureau peut être répété 12 fois ce n'est pas grave en anglais en français ça ne passera jamais parce qu'on est très sensible aux répétitions et ça c'est juste de la culture c'est juste le développement de la langue mais voilà je sais qu'on va retravailler ces plumes là et tout mais ça reste que si c'est que des phrases sujet-verbe-complément moi en tant que traductrice je ne peux pas rajouter des métaphores toutes les deux lignes c'est pas possible parce que du coup je trahirais le texte non des fois il y a des bouquins en anglais qui sont traduits parce qu'ils ne sont pas bons moi en tout cas d'un point de vue littéraire je ne les trouve pas bons mais ils ont bien vendu ils vont rapporter de l'argent donc ils sont traduits et le monde du livre fonctionne ainsi et peut-être une maison d'édition qui sort un texte traduit que moi je ne trouverais pas très bon il va permettre de financer la trilogie de science-fiction d'un petit auteur j'essaie de ne pas être amère au monde du livre face au monde du livre parce que ça reste une entreprise moi en tant que traductrice je vois très bien les chiffres de tirage de mes traductions vis-à-vis du chiffre de tirage de mes romans à moi c'est pas du tout les mêmes on va pas se mentir mais la traduction ça reste hyper important mais c'est dommage des fois pour amener un peu le débat ailleurs que ça se fasse au détriment du paysage francophone parce que ça peut être le cas aussi où on voit beaucoup de trad en librairie et parfois moins d'oeuvres originales mais heureusement ça change on se défend les uns les autres j'ai l'impression enfin il y a des podcasts pour en parler
Best Case Scenario : six mois d'écriture après deux ans en pause
Ybelion — ouais non c'est vrai c'est une très bonne remarque il y a effectivement des maisons d'édition aussi qui ne font quasiment que ça de la traduction de romans étrangers effectivement moi j'ai l'impression de vivre un peu dans une bulle tu vois je m'intéresse quasiment uniquement à des auteurs francophones parce que c'est avec eux que je parle et que c'est quelque part leur histoire qui m'intéresse tu vois mais effectivement j'aime à croire que c'est un paysage qui grandit auquel on donne de plus en plus de visibilité et c'est cool enfin tant mieux en fait il y a tellement de choses à raconter tellement d'histoires à entendre c'est voilà et après malheureusement j'ai du mal à dire malheureusement parce que effectivement je suis un peu comme toi c'est assez lucide sur la manière dont fonctionne le monde du livre à la fin c'est une entreprise et art et argent ne font jamais enfin font parfois difficilement bon ménage et c'est un peu ce qu'on disait au début il y a des règles du jeu quelque part et t'es obligé de les respecter peut-être pas mais en tout cas au moins obligé de les comprendre pour pouvoir survivre dedans et après c'est aussi à toi une fois que t'as conscience de ça de simplement être aussi à l'aise avec tes intentions et ce que t'as envie d'accomplir quoi oui puis ce serait
Marêva Mae — tu vois très hypocrite de ma part en tant qu'autrice de dire les traductions prennent trop de place c'est pas bien tu sens remettre en tout cas ça en contexte et avec de la nuance et en posant des bases parce que grâce à mon métier de traductrice je peux écrire en étant sereine parce que j'ai un cadre économique qui fait que financièrement je m'en sors grâce à la traduction enfin l'écriture je crois que ça doit même pas représenter 10% de mes revenus tu vois sur une année donc heureusement que la traduction est là c'est un métier de passion qui me permet de vivre d'un métier lié à l'écriture même si c'est pas mon écriture c'est quand même quelque chose qui me passionne et je suis heureuse de bosser tous les jours donc ça j'en suis hyper reconnaissante et si les traductions représentaient pas un tel volume sur le marché du livre on aurait peut-être pas besoin de mes services en traduction et je pourrais pas avoir cette sérénité vis-à-vis de l'écriture quoi donc voilà c'est pas pour dire que c'est pas tout blanc tout noir en tout cas
Le projet vampires qui surgit en pleine séance de yoga
Ybelion — ouais non mais carrément et t'as vraiment tu vois pour le coup ton partage résonne beaucoup avec aussi moi les questions tu vois quand j'ai eu mon late blooming là justement l'écriture est tellement personnelle pour moi que tu vois ne serait-ce que penser au fait qu'il faut absolument que j'écrive pour vendre pour vivre il y avait un espèce d'erreur 404 dans ma tête qui était inconcevable par contre travailler autour du monde du livre et là en l'occurrence accompagner des auteurs tu vois ça c'est quelque chose qui me permet moi de m'inscrire dans quelque chose qui me fait vivre sans que mon écriture soit sous pression quoi et effectivement c'est ça c'est extrêmement précieux ouais c'est extrêmement précieux et clairement ouais pardon je coupe tout le temps c'est mon TDAH ça non t'inquiète au contraire au contraire je me faisais la réflexion que je voulais te ramener sur Best Case Scénario et pour te demander justement cette idée là de quand elle datait et justement vu que vu que j'entends que du coup t'avais cette écriture aussi ou sur laquelle t'aimes beaucoup tu te mets moins la pression parce que c'est pas ça qui représente la plupart de ton revenu comment ouais comment s'était passée l'écriture du livre quelque part
Marêva Mae — et ben c'est un peu particulier parce que c'est un livre que j'avais commencé fin 2023 juste avant de signer ma duologie de romantésie en maison d'édition et j'avais écrit 5-6 chapitres de mémoire et quand j'ai signé du coup ma duologie fin septembre enfin non pardon fin décembre j'ai eu le oui fin décembre et on a signé début janvier en fait ils voulaient la sortir en juin donc il y avait le travail édito de deux tomes à faire entre janvier et avril-mai il fallait que je réécrive entièrement mon tome 2 qui était encore au stade de premier jet alors il y avait de la matière mais il fallait retravailler et en fait du coup pendant 6 mois j'ai fait que ça et c'était c'est prenant quand un livre va sortir il y a beaucoup d'étapes à faire entre les corrections éditoriales avec notre éditrice les corrections orthotypographiques donc purement de forme la relecture des épreuves du BAT etc j'ai vraiment passé 6 mois là-dessus et du coup j'avais complètement mis en pause best case scénario et j'ai essayé de le reprendre à l'été 2024 mais en fait j'étais cramée enfin vraiment j'avais plus rien j'avais plus du créatif comme je te le disais tout à l'heure ma première sortie émotionnellement ça a été difficile aussi donc j'étais pas en état de et en fait je l'ai repris fin 2024 après qu'on ait déménagé avec mon conjoint je sais pas ça a dû remettre un peu les bases à zéro mais j'étais dans un autre appartement nouveau cadre nouvelle ville et tout et j'ai réussi à bien remettre dessus fin décembre et du coup entre décembre et mars j'ai fini le premier jet en ayant du coup quasiment pas travaillé dessus en un an depuis que je l'avais commencé donc comme quoi l'histoire elle était bien présente dans ma tête et faut savoir que de base Valentina elle était pas autrice elle était scénariste et j'avais fait un truc autour de ça et en fait en relisant le premier chapitre j'étais là ça va pas j'ai pas mon héroïne j'ai ses motivations moi-même j'y crois pas et du coup je me suis dit bah franchement vu ce que je viens de traverser elle va être autrice et je vais me défouler ça va me faire du bien et je pense que l'écriture de ce manuscrit a été aussi cathartique et m'a fait autant de bien parce que j'ai décidé de faire une héroïne qui était un peu plus proche de moi en tout cas sur ce terme là mais vu que je manquais d'accrocher avec elle c'était ce qui manquait pour que ça coule tout seul quoi
Écrire par séquences plutôt que par mots
Ybelion — et franchement il est vas-y pardon mais
Marêva Mae — non j'allais dire ça dépend des projets parce que tu vois là je suis sur un projet surprise que j'avais pas prévu c'est un roman de fantasy j'étais en train de faire une séance de yoga et tout d'un coup j'ai eu une illumination j'ai arrêté ma séance j'ai noirci 4 pages d'un carnet et j'étais là ok c'est mon prochain projet et je l'ai commencé le lendemain alors ça faisait 3 mois que je galérais sur un projet de fantasy que j'avais où franchement ce que j'ai écrit c'est propre c'est bien mais ça m'emballait pas tu vois j'avais pas la flamme et j'avais passé 6 mois de recherche dessus et j'avais pas la flamme et là il y a un projet qui est sorti et qui marinait en moi je pense depuis très longtemps et j'ai enfin trouvé comment le raconter et du coup j'ai mis l'autre en pause mais des fois la créativité t'as l'impression qu'elle est magique mais juste parce que ça fait très longtemps que ça tourne en tâche de fond dans ton cerveau et des fois il y a un roman que tu veux absolument écrire et t'essayes de te concentrer dessus et ça marche pas parce que c'est pas le bon moment et il y a un côté un peu magique pour moi qui fait que je trouve du plaisir dans l'écriture aussi c'est que des fois quand vraiment tu sens toutes les pièces du puzzle qui se mettent en place c'est trop bien et c'est les moments de premier jet où je suis le plus comment dire performante c'est pas le mot mais en tout cas je crée le plus et ces phases là elles sont agréables et souvent j'ai besoin de phases d'écriture comme ça et puis de longues phases où j'écris pas pour justement laisser mûrir des projets donc voilà mais finalement tu vois si on commence parce que scénario c'est peut-être deux ans d'écriture mais six mois d'écriture effectif quoi donc ouais
Ybelion — et tu vois c'est ça que je capte aussi dans ton partage et d'ailleurs ça se sentait dans les stories récentes que t'as partagées où on sentait que t'étais enfin tu kiffais aussi tu vois la vibe dans laquelle t'étais sur ton projet et ça paraît tout bête mais l'écriture c'est un processus qui est long ouais si t'es pas connecté avec l'amour que t'en as en fait c'est quelque part ça devient enfin c'est horrible en fait c'est super dur et justement je trouve ça hyper intéressant tu vois de aussi de d'avoir le recul sur sa propre pratique pour savoir ce qui nous plaît aussi dans l'écriture et tu vois ce que tu décris de te faire happer par une idée toi qui vient comme ça un jour et de te faire confiance en disant si elle vient à ce moment là et que ça noircit quatre pages alors que ça fait des mois que je suis bloqué sur un truc et bah c'est parce que c'est bien là bas qu'il faut que j'aille quoi et ça c'est aussi tu vois ça pourrait donner l'impression que c'est un petit peu magique mais en même temps c'est aussi représentatif du fait que ton écriture tu la travailles depuis des années et que petit à petit à petit aussi t'as ces micro déclencheurs qui sont presque devenus des automatismes que t'arrives tout de suite à identifier et c'est trop cool quoi et voilà ils vont quelque part
Marêva Mae — bah ouais c'est sûr et tu vois après je pense qu'on a tous un peu des vérités générales sur notre écriture tu vois genre moi je suis quelqu'un qui revient beaucoup en arrière je me relis je fais des premiers jets propres et qui parfois prennent plus de temps mais parce que je fais des premiers jets que je retravaille en cours de route je les édite au fur et à mesure là tu vois j'ai écrit ce que j'estime être un tiers du manuscrit j'ai tout relu pour voir si ça collait bien tirer des conclusions logiques de l'évolution de mes personnages mais j'ai cette écriture là et quels que soient les projets même quand j'écris plus que d'habitude j'ai ce côté minutieux et revenir en arrière et j'ai des amis qui ont des premiers jets très spontanés où ça coule et elles édite pas et tout moi ça me donne des sueurs d'angoisse parce que quelle que soit la nature du projet je bosserai toujours un peu comme ça tu vois mais en effet je pense que plus on se connait en tant que personne et du coup aussi en tant qu'auteur ou autrice on va arriver à se faire confiance quoi et là vraiment mon projet mon manuscrit actuel qui parle de vampires notamment bah j'ai senti j'ai senti c'était ça et tout et je me suis dit bah les 6 mois de recherche que j'ai fait sur l'autre projet ils sont pas jetés à la poubelle je leur prendrai un jour je le sais je me fais confiance là dessus mais là j'ai besoin de trouver du plaisir dans mon écriture surtout avec un roman qui va sortir si je me mets devant mon PC tous les jours en me disant mais qu'est-ce que je vais raconter avec cette histoire où vais-je et tout je vais devenir zinzin donc c'est pas ça qui me fout en ce moment quoi
Écrire sous contrat : pourquoi Marêva ne peut pas
Ybelion — c'est vraiment le tu sais c'est pour ça moi qu'à chaque fois je dis les méthodes secrètes pour écrire des livres des best-sellers moi je suis pas trop fan de ce genre de sémantique parce que en fait dans la finalité et la vérité c'est que ton rythme ta routine ta méthode appelle-le comme tu veux tu le trouves que dans l'action d'écrire et tu trouves aussi celle qui t'est propre et surtout c'est que tu vois tu parlais aussi des différences culturelles tout à l'heure ne serait-ce que dans la plume mais en fait dans la manière de suivre l'avancement qu'on peut avoir de nos projets en France on est très orienté tête tu vois c'est combien de mots j'ai écrit par jour combien de chapitres machin etc alors qu'en fait on est énormément à fonctionner avec des métriques qui sont beaucoup plus du ressenti ou de l'émotion et parfois ne serait-ce que s'autoriser à regarder ok est-ce que simplement ma session d'écriture aujourd'hui j'ai des kiffés et quand tu te mets genre 8 sur 10 c'est ça qui te donne envie de revenir le lendemain et c'est pas d'avoir écrit 300 ou 1000 mots tu vois et paradoxalement quand tu t'intéresses à vraiment ça paf tu t'écris beaucoup plus désolé je suis parti dans mon tunnel sur ça non t'inquiète
Marêva Mae — mais c'est intéressant moi je sais que j'essaye d'écrire par séquence tu vois pas forcément des chapitres entiers parce que j'ai pas la stamina pour écrire en termes de concentration moi au bout de 2 heures faut que je fasse autre chose quand j'écris parce que ça me fait beaucoup bouillonner et tout même quand je traduis je vous disais j'ai des troubles de l'attention des fois je me lève je vais jouer du piano je reviens je fais le ménage puis j'ai pas traduit pendant 2 heures et je me remets mais ça me permet d'être plus efficace disons en écriture j'essaye de m'arrêter sur des séquences de me dire faut que j'écrive une scène une unité au sein d'un chapitre dont je suis contente ou même juste un dialogue parce qu'un dialogue il peut être il vient couper et donner une respiration au sein d'un chapitre où il y a de l'action des fois je me dis juste faut que j'écrive au moins ça aujourd'hui et peut-être ça fera 300 mots peut-être ça en fera 1800 mais voilà c'est vrai que se donner des capes d'homo ça peut être très vite intimidant et il y a des gens pour qui ça marche bien parce que c'est des machines qui marchent vachement bien à ce genre d'injonction qu'on se donne à soi moi je sais que ça marche pas très bien et que la satisfaction créative c'est ça qui est le mieux et du coup me dire j'ai restitué l'essence d'un passage tel que je le voulais ça m'apporte tu vois de la satisfaction j'essaye de me concentrer là-dessus mais ouais c'est venu après beaucoup d'essais beaucoup de j'ai testé des méthodes tu vois je me suis dit à ma copine qui écrit 10 000 mots par semaine elle écrit vite ça doit être bien bah j'ai essayé bah ça me convenait pas tu vois mais j'ai essayé donc ouais
Ybelion — c'est exactement mais t'en fais le bon partage en fait c'est itératif et tu peux pas attendre tu vois de trouver ta méthode secrète comme ça d'un coup et voilà c'est forcément itératif et ce qui te permet d'itérer c'est vraiment ton ressenti au fil de l'écriture teste une méthode vois fais l'état des lieux au bout de deux semaines comment tu t'es senti tous les jours comment tu t'es senti à la fin etc et là ça te donnera des indices après à creuser sur ok je me suis sent très frustré elle vient d'où cette frustration parce que c'est une frustration parce que j'ai l'impression de pas assez écrire de trop écrire de mettre une pression qui n'existe pas de penser au regard des autres qui vont regarder en disant attends t'as écrit 350 au lieu d'écrire 500 et c'est là que ça devient très personnel très intime et très dans la compréhension de soi-même qui t'amène l'action juste quelque part
Marêva Mae — ouais et puis tu vois un truc tout bête aussi mais quand on est publié en maison d'édition il y a le choix de est-ce que j'écris sous contrat ou pas puisque ben ça peut arriver que quand on a noué des liens avec un éditeur ou une éditrice il s'intéresse à nos prochains projets il nous demande est-ce que ce texte-là tu voudrais pas qu'on voit pour le signer et tout moi je peux pas c'est-à-dire que je peux pas signer un texte que j'ai pas fini tout simplement parce que je sais pas la tronche qu'il aura tant qu'il est pas fini je suis assez jardinière et du coup ben moi la magie dont j'ai besoin pour trouver du plaisir dans l'écriture elle vient aussi de la découverte du texte et si c'est des choses conscientes le texte il se révèle un petit peu au fur et à mesure que je l'écris et j'ai besoin de ce plaisir-là et du coup si je devais faire un synopsis de travail complet pour signer un roman pas fini déjà je pense que la tronche du synopsis aurait rien à voir avec le roman final et ça me stresserait beaucoup et je pourrais dire je vais traiter telle thématique etc mais des fois je pense vouloir traiter une thématique en écrivant je m'en rends compte que c'est plus profond que ça et qu'il y a une sous-thématique et je peux pas vendre un projet tant que je l'ai pas fini enfin ça tu vois je le sais je peux complètement avoir une éditrice de confiance avec qui je dis bah j'enverrai le texte qu'à toi et si tu le veux il est à toi mais c'est le plus c'est le bout du monde enfin je peux pas faire plus tu vois c'est pas possible et je sais qu'il y a des collègues qui marchent hyper bien sur l'écriture au synopsis parce qu'elles sont architectes qu'elles ont une vision très claire de leur texte et que surtout ça les motive d'avoir une deadline de se dire bah il est signé donc dans 6 mois faut qu'il soit fini quoi moi ça ne marcherait pas
Ybelion — c'est le rapport très personnel qu'on a à la pression ou au fait d'être redevable de quelqu'un de rendre des comptes plutôt ah bah clairement
Anecdote : la fanfiction au cœur de Best Case Scenario
Marêva Mae — moi tu vois la pression ça marche tu me manques c'est moi qui me la mets si c'est moi qui me dis faut que t'aies fini ton texte en juillet par exemple c'est arbitraire c'est moi qui le détermine mais ça met de ouf s'il faut finir en juillet parce qu'en juillet faut que le texte il soit fini pour publication en septembre c'est fini y'a plus personne enfin vraiment je le sais tu vois là où par contre en traduction ça marche bien
Ybelion — ouais bah tu vois en fait c'est ça qui est dingue en plus c'est que aussi entre en fonction de deux quelque part domaine de vie ou projet on peut avoir des fonctionnements différents et c'est vrai c'est assez passionnant c'est assez passionnant je te pose une dernière question pour après avoir je suis je dois aller chercher ma soeur à la gare et je vais me faire grander si je t'écors de trop non t'inquiète y'a pas de problème y'a une question que j'aime bien poser pour finir et bon tu m'en as déjà partagé quelques-unes mais si tu devais me donner peut-être une anecdote un petit peu cocasse ou rigolote sur Best Case Scenario que ça soit sur le livre sur sa construction sur ouais n'importe quoi qu'est-ce que t'aurais envie de me raconter
Marêva Mae — une anecdote c'est lié au contenu du livre et à ma propre écriture alors j'arrête pas de dire que Valentina ce n'est pas moi c'est vraiment un personnage mais je vais donner des bouts de moi qui m'ont aidé à l'écrire mais elle travaille sur un texte au début qui est une fanfiction parce qu'elle a complètement perdu le goût de l'écriture tellement elle est stressée par la sortie de son roman et il se trouve que Aiden l'acteur qu'elle rencontre a incarné le personnage sur lequel elle écrit une fanfiction et ça on va dire que c'est un peu une projection fantasmée de mon propre parcours d'écriture parce qu'il faut savoir que ma première duologie était de base une fanfiction Star Wars voilà que j'ai adaptée incroyable en roman original et du coup c'est un peu un clin d'oeil à mon propre parcours alors même si je n'ai pas vécu une idylle avec Iwan McGregor qui incarne Obi-Wan Kenobi qui m'a inspiré la sincère et protecteur on n'en est pas là en termes de proximité entre la fiction et la réalité mais c'est un peu un pont et un clin d'oeil à mon propre parcours que je trouve rigolo et aussi j'adore la fanfic et je trouve que c'est un art très noble et j'avais un peu aussi envie de remettre l'église au milieu du village et de montrer que ce n'était pas honteux d'écrire de la fanfiction et que ça pouvait déboucher sur des romans parfois des best-sellers parce qu'il y a énormément de textes très connus qui étaient de base des fanfictions et que pour moi ça peut être une étape d'écriture nécessaire dont on a besoin pour finir un projet et ensuite l'adapter mais ce n'est pas du tout quelque chose que je considère comme honteux ou comme sale au contraire j'adore la fanfic et c'est de là d'où je viens en tant qu'école d'écrivaine donc
Hommage à la fanfic comme école d'écriture
Ybelion — et surtout il y en a tellement en vrai c'est trop cool comme anecdote parce qu'il y a tellement d'auteurs et d'autrices qui ont commencé par des fanfictions et puis c'est marrant parce que c'est très représentatif d'une époque tu vois pour certains ce sera Star Wars d'autres ce sera Seigneur des Anneaux d'autres ce sera Twilight et tu vois c'est toujours c'est toujours je trouve qu'il y a un peu cette espèce de Madeleine de Proust aussi dans la fanfiction c'est ah c'est trop cool putain c'est marrant ça ah oui
Marêva Mae — je précise quand même je ne dis pas que toutes les fanfics ont volonté et vocation à devenir des vrais romans entre guillemets originaux parce qu'une fanfic ça doit avant tout être récréatif et légalement on ne peut pas publier une fanfic telle quelle mais en tout cas je ne dis pas que toutes les fanfics doivent devenir des vrais romans ça arrive quand on sent que c'est vraiment un texte important pour nous et qu'on a envie de lui donner une autre vie mais 80% de la fanfiction c'est pour faire plaisir aux fans et se faire plaisir à soi etc mais voilà je le précise quand même c'est pas pour dire que toutes les fanfics sont des futurs romans non plus quoi
Ybelion — et puis en fait ce qui est marrant c'est que même celles qui le deviennent c'est toujours des choses qui ne sont pas prévues tu vois les gens c'est la fanfiction il n'y a rien de plus naïf peut-être dans la création tu vois c'est juste j'aime tellement cet univers que j'ai envie de raconter un truc un peu parallèle là-dedans et tu t'embarques là-dedans juste parce que tu as envie de toi kiffer et puis de partager ce plaisir que tu prends et parfois il se trouve qu'après ça quelque part le feu prend tu vois et tant mieux et la créativité le succès littéraire tout ça moi j'ai mon petit côté un petit peu peut-être poétique qui se refuse à croire que c'est mathématique tu vois je pense qu'il y a toujours un petit peu de hasard de magie de rencontres de bref de tout ça qui fait que c'est comme ça que les belles histoires arrivent quoi le lâcher prise sur le résultat
Outro
Marêva Mae — ouais et tu vois moi je sais que la fanfic ça m'a permis de trouver confiance en l'écriture parce que comme Valentina je me disais j'écris un texte qui ne pourra pas être publié donc je vais réussir à m'amuser et c'était vrai et du coup c'est quand même une leçon que j'applique maintenant c'est à dire que quand j'écris un texte bah j'essaye de dissocier le plus possible la phase manuscrit de la phase de la publication j'essaye de pas y penser de pas me dire enfin là tu vois des fois je me dis genre mais ton texte il va jamais trouver une maison d'édition et je me dis pop question pour plus tard on n'y pense pas parce que
Ybelion — le texte n'est pas écrit
Marêva Mae — ouais et puis surtout je sais qu'il sera pas bon si je me pose ces questions là parce que moi j'ai besoin de vibrer avec ce que j'écris et ce qui me fait vibrer bah si c'est pas commercial c'est un problème pour la moite plus tard mais je peux pas y penser quand j'écris parce que ben sinon je vais pas écrire un truc sincère enfin vu la manière dont je fonctionne ça ne marchera pas donc sans écrire de la fanfic maintenant je me dis mais toi en comment dire en esprit en mindsetting pas Kaizen mais fanfic tu vois je me dis ça et ça marche pas trop mal
Ybelion — c'est une super conclusion en plus qui fait la boucle avec le début de notre échange mais effectivement bien enfin séparer cette partie artistique et cette partie commerciale quelque part d'après ça permet de se libérer énormément dans l'écriture et puis après de manière quelque part assez magique c'est quand tu lâches prise sur le deuxième et que tu te concentres sur la partie artistique qu'à la fin ça arrive quand même donc c'est assez c'est assez cool ouais merci beaucoup Mareva d'être venue partager à la fois ton parcours ton métier de traductrice d'autrice et aller lire BESQUEST SCENARIO avec cette belle couverture bien été et bien mois de mai bonne vibe là
Marêva Mae — bah merci à toi pour l'invitation et c'était très cool
Ybelion — merci d'être là épisode après épisode si ce podcast t'inspire t'aide ou te mets du baume au coeur t'abonner mettre 5 étoiles et le partager c'est le meilleur moyen de m'aider à toucher le plus de gens qui ont un livre en eux parce qu'après tout plus il y a de livres écrits et mieux le monde se porte à très vite ose écrire