Peut-on devenir accro à quelqu'un uniquement par les mots ?
CE QUE RACONTE CET ÉPISODE
Camille Colva en est convaincue, et son roman 6 méga octets est construit là-dessus. Une femme mariée et un collègue s'écrivent pendant des mois sans jamais franchir la limite physique de l'infidélité. Cinquante à cent messages par jour. Comme elle le dit, c'est comme s'ils avaient écrit un roman de cinq mille pages tous les deux.
Ce qui rend son propos intéressant, c'est la comparaison historique qu'elle pose. Il y a cent ans, une lettre mettait trois semaines à arriver, et cette rareté protégeait. Aujourd'hui, l'échange est instantané et illimité. On peut envoyer deux cents messages par jour, et l'addiction s'installe sans qu'on ait rien décidé.
Quand il rompt, son héroïne est incapable de s'en remettre. Elle exporte l'intégralité de leurs échanges depuis WhatsApp. Six méga-octets de conversation, qu'elle donne à une intelligence artificielle pour qu'il continue à lui répondre.
Et Camille est claire là-dessus : ce n'est pas un roman sur l'IA. L'idée est venue après, ajoutée en pensant que ça plairait au jury du concours. C'est un roman sur le deuil et sur les relations épistolaires. La différence avec l'épisode de Black Mirror qui l'a inspirée, c'est que le collègue n'est pas mort. Elle le croise tous les jours au bureau.
Dans cet épisode, on parle aussi du moment où un personnage s'autorise enfin à aimer et où tout un mur s'écroule, de son genre inventé, le feel-good réaliste, et de son choix de l'auto-édition parce qu'elle ne rentre dans aucune case.
LE CAROUSEL DE L'ÉPISODE
CAROUSEL À VENIR
Les slides de cet épisode arrivent bientôt dans la bibliothèque visuelle.
Face B — le transcript
L'ÉPISODE MOT À MOT · LES TIMECODES LANCENT L'ÉCOUTE
Évidemment, tu te doutes bien que ce n'est pas moi qui ai tapé tout ce transcript à la main… Alors oui, il y a parfois des incohérences et des erreurs. Et sur les discussions, il arrive même que les voix se mélangent. Comme quoi, rien de mieux que d'écouter l'épisode plutôt que de le lire !
Bienvenue dans Ose Écrire
Ybelion — Yo yo, c'est Ybelion, vous êtes dans l'épisode 89 d'Ose Écrire. Et aujourd'hui, j'ai l'honneur d'accueillir Camille, avec qui je parle de son dernier livre, 6 mégaoctets. Un livre qui mêle intelligence artificielle, relations épistolaires, introspection, émotion et tant d'autres sujets passionnants. Je vous laisse avec notre échange et je vous dis à très vite. Moi, c'est Sam, Ybelion de mon nom de plume. Je suis écrivain, coach et j'accompagne celles et ceux qui veulent renouer avec leurs rêves d'écriture. T'écoutes un podcast dont l'intention est simple, te donner inspiration, outils, motivation, discipline, bref. Tout ce qui peut te permettre d'oser écrire. En gros, c'est un peu dans le titre quoi, Ose Écrire. Il y a mégaoctets dans le titre. 6 mégaoctets. 6 mégaoctets, ok. Ok, ok. Ok, déjà tu attises ma curiosité. Pourquoi 6 mégaoctets et pas 12 ?
Pourquoi « 6 méga octets » et pas 12 ?
Camille Colva — Pourquoi 6 et pas 12 ? Alors, en fait, l'histoire de ce roman, c'est partie d'une nouvelle que j'avais écrite pour un concours organisé par BOD et Femme Actuelle Jue Extra. BOD, c'est Books on the Man. C'est un peu comme Amazon KDP, c'est un outil pour publier ses livres en autoédition. Et donc le thème, c'était Les paroles s'envolent, les écrits restent.
Ybelion — Ok.
Camille Colva — Et j'ai écrit une nouvelle qui a gagné du coup le concours. Elle a été publiée dans Femme Actuelle Jue Extra en décembre 2024. Et en fait, l'histoire de cette nouvelle, c'était une femme qui est mariée, qui a une fille. Et elle va en fait tomber amoureuse de son collègue de travail. Sauf qu'en fait, elle ne va jamais franchir la limite de l'infidélité, de l'infidélité vraiment telle qu'on l'entend au sens physique du terme. Et en fait, mais par contre, ils vont s'envoyer énormément de messages par jour. Donc vraiment, ça va être 50, 100 messages par jour. Ça va durer plusieurs mois comme ça. Et un jour, le collègue en question va mettre fin à cette relation. Et voilà. Et en fait, la nouvelle commence, ça fait plusieurs mois après la fin de cette relation. Elle n'arrive toujours pas à s'en remettre parce qu'elle est très accro. Et moi, je pense qu'on peut être très accro à une relation qui est basée que sur des mots en fait. Moi, ce n'est pas du tout quelque chose qui me choque. Et en fait, elle va tomber sur une publicité, une application d'intelligence artificielle. Dans laquelle je suis... Alors en vrai, je suis sûre que ça existe maintenant, en vrai. Mais en fait, on met dedans les échanges qu'on a eus avec une personne. Et on continue à échanger avec cette IA comme si c'était la personne. Et en fait, en gros, elle va télécharger du coup depuis WhatsApp un fichier PDF avec tous les échanges qu'elle a eus avec son collègue. Et c'est un fichier qui fait... 6 mégaoctets. Alors 6 mégaoctets, que d'échanges écrits. Je ne sais pas si tu te rends compte, mais c'est énorme.
Ybelion — Énorme. C'est énorme.
Camille Colva — Enfin, moi, mes romans, il n'y en a aucun qui fait 6 mégaoctets. Il faut quelques centaines de kilooctets. Donc, c'est vraiment énorme. En gros, c'est comme s'ils avaient écrit un roman de 5000 pages tous les deux. Et en fait, la nouvelle se termine sur cette IA qui finit d'analyser les messages. Et elle envoie le premier message comme si c'était du coup le collègue. Et en fait, je l'avais fait lire à un ami qui est d'habitude... Enfin, qui est quelqu'un d'assez exigeant en termes de lecture. Donc, en général, j'aime bien lui faire lire à lui parce que je sais que du coup, c'est lui qui va avoir un avis très exigeant. Et il m'a dit, ta nouvelle, elle est géniale et tu devrais écrire un roman. Et moi, je me suis dit... Et puis, une demi-heure plus tard, je me suis dit... Et c'est comme ça que c'est devenu un roman. Et en fait, cette nouvelle, c'est un peu le début du roman.
Ybelion — Ok. Et beaucoup de questions, mais je suis hyper intrigué. J'adore... En fait, je trouve ça génial comme idée. Déjà, je te rejoins. Je suis assez convaincu que les mots peuvent suffire pour créer une relation. Et c'est, je pense, quelque chose qu'on va voir de plus en plus souvent parce qu'on a tendance à avoir de plus en plus d'échanges par écrit, ne serait-ce que par les réseaux, etc.
« Ils ont écrit un roman de 5000 pages ensemble »
Des lettres d'autrefois aux 200 messages par jour
Camille Colva — C'est vrai qu'à l'époque, il y a 100 ans, les gens s'échangeaient des lettres. Et puis, la lettre, elle mettait trois semaines à arriver. Donc, forcément, il n'y avait pas une espèce d'addiction qui se créait via les mots parce que tu avais une fois toutes les trois semaines ton truc. Alors que là, en fait, ton message, il est instantané. Et en plus, tout est illimité et tout. Bon, après, il y a le coût écologique, tout ça, c'est une chose. Mais quand on le fait, on a l'impression que c'est illimité, qu'on peut en envoyer autant qu'on veut. Donc, finalement, on peut très bien envoyer 200 messages par jour et il y a une addiction qui se crée.
Ybelion — Largement, ça me rappelle un petit partage. Je discutais justement des relations avec ma grand-mère. Et elle me disait, tu sais, à l'époque, moi, j'habitais à Paris, ton grand-père à Toulouse. Et on s'envoyait des lettres quand ils étaient jeunes. Et c'était vraiment genre, ils écrivaient la lettre. T'avais une semaine pour que la lettre monte. Ensuite, elle répondait, une semaine pour qu'elle descende. Et donc, c'est ce que tu dis. C'était des échanges. Ils se voyaient assez peu dans une année, en fait, presque. et ils échangeaient assez peu. Et tu avais cette espèce de rareté que tu as... Alors après, on pourrait débattre. Est-ce que c'est bien ? Est-ce que ce n'est pas bien ? Ce serait presque un débat philosophique sur les relations, tu vois. Mais c'est hyper intéressant d'avoir écrit sur ce thème-là. Parce que je pense que c'est un thème qui touche énormément de gens aujourd'hui. Et ouais, je trouve ça super cool. Et après, vient la question de l'IA derrière. Alors, ne faites pas ça chez vous. Mais je pense effectivement que ce n'est pas très compliqué maintenant de faire un export de la conversation WhatsApp et de demander à un agent IA de se comporter exactement comme la personne qui répond. Et je ne sais pas, toi, moi, ça a un côté... Je suis à la fois fasciné par ça et à la fois un peu terrifié, tu vois. Je ne sais pas... Je n'arrive pas trop à avoir de position encore sur ça, tu vois.
Camille Colva — Alors, j'avoue, l'idée, elle n'est pas de moi. Il y a un épisode de Black Mirror. Je ne sais pas si tu connais cette série. Je ne sais pas si tu vois de quel épisode je parle.
Black Mirror, l'IA, et le vrai sujet du roman
Ybelion — C'est dans les premières saisons.
Camille Colva — Oui, c'est saison 1 ou 2, je crois. Par contre, à la fin, ça va très loin parce qu'on va carrément générer le corps de la personne et tout. Mais je suis convaincue qu'en fait, les 90%... Les 90 premiers % de l'épisode, en fait, aujourd'hui, on y est.
Ybelion — Oui. Et puis, en fait, les effets que provoque cette possibilité-là, que ça soit un corps physique ou un corps de message, quelque part, ça ne change pas, en fait, à mon avis, l'effet elle-même. Et oui, c'est hyper intéressant de creuser ces sujets-là. Et comment ça t'est... Alors, effectivement, j'imagine qu'il y a un peu la concordance, ce concours de nouvelles avec l'épisode peut-être aussi. Même si tu vois, je trouve qu'il est... Dans la thématique que tu abordes, il est un peu différent parce qu'en plus, là, tu as cette histoire de relation à tromperie, pas tromperie, encore une fois, on pourrait débattre. Et comment ça t'est venu d'écrire sur cette thématique-là et ces sujets-là ?
Camille Colva — En fait, je ne sais pas trop. Je pense qu'en fait, il y a un moment où je me suis dit qu'en fait, les mots... Parce que le côté, les paroles s'envolent, les écrits restent, en fait, l'idée de l'IA, ça ne m'est venu vraiment pas tout de suite. Parce que plutôt, ça m'a inspirée. C'est plutôt l'addiction que peuvent créer les mots, en fait, qu'on peut totalement être sous emprise de quelqu'un, finalement, en le voyant très peu. Et c'est ce que, à la base, j'ai voulu montrer. Et après, je me suis dit, si tu rajoutes une dimension IA, je pense qu'il y a moyen que ça plaise le jury. Effectivement, j'ai lu Négreux parce que ça a plu au jury. Après, moi, ce qu'il faut savoir, c'est que moi, je n'écris pas de science-fiction. C'est vraiment pas... Enfin, ça m'arrive de lire des romans d'anticipation un peu style Christopher Bouix, mais vraiment plutôt des romans d'anticipation un peu ancrés dans notre vie à nous. Pas des romans qui se passent sur notre planète et tout ça, c'est pas trop mon truc. Mais moi, j'aime pas trop écrire ça parce que ça demande un peu trop de travail de cerveau. Moi, je m'inspire de la connerie humaine et je trouve qu'il y a déjà beaucoup à faire. Et en fait, quelque part, il ne faut pas s'attendre à ce que ce soit un roman sur l'IA. C'est pas le cas. En fait, c'est plutôt un roman sur la gestion du deuil et sur les relations épistolaires. Et aussi, en fait, dans l'épisode de Black Mirror, il y a le côté de son mari, il est mort. Alors que moi, en fait, elle va tous les jours au travail avec... Du coup, elle croise ce collègue qui n'en a plus rien à foutre. Et en même temps, elle échange avec cette IA qui, elle, elle lui donne, du coup, tout cet amour, entre guillemets, dont elle a besoin. Et du coup, forcément, au bout d'un moment, ça ne va pas aller dans sa tête, quoi.
Ybelion — Entre ce qui est réel, ce qui ne l'est pas. C'est marrant parce que je trouve que la manière dont tu le racontes, c'est hyper efficace. On sent tout de suite qu'il va se passer un truc qui va être... Je ne sais pas si douloureux est le bon mot, mais voilà. Et en même temps, c'est hyper intriguant parce que le champ des possibles. Et pour le coup, là, tu ne sais pas trop jusqu'où ça peut aller.
Camille Colva — Clairement, des quatre romans que j'ai écrits, celui-là, c'est le plus déprimant.
Ybelion — Le plus déprimant.
Camille Colva — C'est très loin.
Ybelion — Et est-ce que... Parce que j'ai souvent remarqué que dans les romans qui, parfois, semblent être déprimants, il y a toujours un peu un message d'espoir. Quelque chose qui nous dit en fait, peut-être que... Est-ce que là, pas trop... Non, il n'y a pas d'espoir. C'est moi qui ferai mon... Tu sais, mon prof de français qui lirai et qui arrivera à en tirer une leçon positive en tordant tous les mots dans tous les sens. Je comprends. Et... Qu'est-ce que ça change de décrire un roman avec plutôt un filtre déprimant par rapport aux autres que tu as pu écrire qui n'avaient peut-être pas ce filtre-là ?
Camille Colva — Alors, moi, j'écris... Globalement, je ne suis pas trop dans le guet. Ce n'est pas vraiment tout ce qui est du feel-good pur. C'est un peu moins mon truc. Peut-être mon premier, c'était celui le plus, entre guillemets, espéreux. C'est un mot qui n'existe pas, mais je trouve qu'il va bien là. Et après, le suivant, celui que je suis en train d'écrire, là, j'ai fini le premier jet et je suis en train de le finaliser, c'est ce qui se rapprochera le plus du feel-good. C'est un peu un genre feel-good réaliste que... C'est un peu un genre que j'ai inventé, histoire de vraiment que les maisons d'édition me boudent parce que je ne rentends aucune case. Mais globalement, il y a toujours... La fin, c'est toujours un peu... Oui, mais... Ça finit bien, mais il y a toujours un peu un truc qui n'est pas terrible. Je préfère ça parce que je trouve que ça ressemble un peu plus à la vraie vie parce que dans la vraie vie, on n'a jamais tout ce qu'on veut. Donc, c'est plus ça. Après, moi, j'avoue que j'ai bien aimé écrire du déprimant parce que moi, j'aime bien les histoires sombres en général. Je ne sais pas si tu connais Mélissa Dacosta ?
Le « feel-good réaliste », un genre qu'elle a inventé
Ybelion — De nom, oui.
Camille Colva — Alors, c'est une autrice que j'aime beaucoup et qui a écrit un peu les deux. Elle a écrit pas mal de feel-good et elle a écrit pas mal de romans sombres. Et elle arrive comme ça à changer de registre. Et bon, évidemment, il y a des lecteurs qui vont accrocher plus à l'un, plus à l'autre. Moi, j'aime beaucoup les deux mais c'est vrai que sa face sombre, elle est géniale. Et quand les lecteurs qui la suivent dessus, je trouve ça super.
Ybelion — c'est vrai aussi qu'on parle assez... Enfin, quand je pense, tu vois, par exemple, à tout ce qu'on peut partager en tant qu'auteur, etc., sur les réseaux, par exemple, on partage assez peu, finalement, toutes les parties déprimantes qu'on peut vivre. et quelque part, c'est aussi pour ça que parfois, ça fait presque du bien. C'est pour ça que je parle toujours de messages d'espoir. C'est peut-être mon côté optimiste, tu vois. Mais parfois, ça fait du bien de lire des histoires déprimantes. Parce que tu remarques que parfois, t'es pas tout seul aussi dans cette merde, quelque part. Et...
Infidélité épistolaire : bienvenue dans la zone grise
Camille Colva — Alors, l'idée aussi... Effectivement, le côté pas tout seul dans cette merde, c'est aussi parce que moi, je suis convaincue que des personnes qui vivent une relation extra-conjugale et pistolaire, je suis convaincue qu'en fait, ça existe. Je suis convaincue que j'ai pas du tout inventé le concept. Et voilà. Et qui, du coup, qui franchissent pas le... le point, entre guillemets, de non-retour. Parce que là, c'est vraiment l'infidélité pure. Alors après, voilà, comme tu disais, est-ce que c'est de l'infidélité ou pas ? Là, il y a débat. Mais en fait, moi, je trouvais ça très intéressant à explorer. Et il y a aussi un côté aussi de dire à ces gens-là, ben en fait, regardez, vous êtes pas seuls parce que c'est un truc... Dans les livres, on en parle assez peu. Moi, j'ai très peu vu... Très peu vu ça dans les livres. Parce qu'évidemment, c'est plus sympa de mettre du spicy. Ben non, il n'y a pas de spicy.
Ybelion — Mais tu vois, je trouve que en utilisant cet angle dans ton histoire, ça devient d'autant plus intéressant parce qu'on touche à une zone grise. Tu vois, tu disais tout à l'heure, il y a la réalité de la vie et qu'en fait, on n'a pas toujours tout ce qu'on veut et qu'en fait, rien n'est noir et rien n'est blanc. Tu vois, c'est toujours gris au milieu. Et ben oui, tu vois là, dans la thématique que tu abordes, avec cet angle de... mais est-ce qu'une relation épistolaire, c'est d'une tromperie ou pas ? En fait, c'est vraiment une posture presque philosophique, tu vois, de posture morale, de où est-ce que je mets, moi, ma ligne là ? Et comme chacun aura la sienne, chacun va prendre cette histoire de manière différente. Et c'est ça que je trouve... Je crois que c'est ça qui me touche le plus dans le pitch que tu as fait du roman, de ton roman. C'est de me dire, ça va me questionner sur ma propre posture morale et ça va vraiment m'interroger sur, OK, moi, à la place du personnage, est-ce que je me serais senti coupable ? Est-ce que pas ? Qu'est-ce qui serait passé ? Je trouve que c'est super intéressant. Tu m'as vraiment intrigué là.
Camille Colva — C'est le but.
Ybelion — Bien joué, bien joué, bien joué. Et c'est... Quand tu passes de... de la nouvelle que tu écris... Et d'ailleurs, je ne t'ai pas félicité, mais bravo d'avoir gagné. Merci. J'aurais pu commencer par là. Quand tu passes de la nouvelle au roman, comment ça se passe ? Comment tu fais pour passer d'un texte qui, du coup, qui se veut plutôt court et plutôt nerveux à un texte plus long ? Comment ça se passe ?
Camille Colva — En fait, j'avoue, j'ai fait simple. En fait, j'ai considéré que la nouvelle, ça serait le début. Alors, j'ai un peu... J'ai un peu modifié ce début, mais globalement, la nouvelle, c'est le début. Et en fait, la nouvelle se termine par le tout premier message envoyé par Lia à cette femme. Et en fait, du coup, je me suis dit qu'est-ce qui va se passer ensuite, tout simplement. Et j'ai aussi imaginé un passé à cette femme. Et donc, c'est pourquoi elle est comme ça. Et du coup, il y a aussi une double temporalité en fait dans ce roman. une partie qui se passe du coup, en 2024 et une partie qui se passe entre 1998 et 2000... Enfin, début d'année 2000, quoi. Enfin, années 90, début 2000. Donc, c'est une femme qui a, en 2024, elle a 45 ans.
Ybelion — Ok. Et du coup, tu disais, tout à l'heure, tu as parlé du roman que tu étais en train d'écrire. J'ai entendu, je suis en premier jet, etc. Donc, la nouvelle, finalement, tu as considéré que c'était le début donc après, tu as continué comme un roman classique, je dirais. C'est quoi ton mode de fonctionnement, toi, quand tu écris un roman ? Comment tu fonctionnes ?
Camille Colva — Alors, est-ce que la question, c'est architecte ou jardinier, c'est ça ?
Jardinière assumée : trois lignes et on fonce
Ybelion — Bah, tu vois, moi, on parlait de zone grise, moi qui n'aime pas trop les choses manichéennes, je n'aime pas trop ces termes-là parce que je les trouve très cartichoisants mais oui, où te places-tu sur le spectre finalement du jardinier-architecte ? Ah,
Camille Colva — très jardinier, en fait. Très jardinier. Alors, parce que l'architecte, c'est celui qui crée un plan qui vraiment, il va... Moi, c'est tout juste... le point, j'ai ce que je veux faire dans ma tête mais à peine, je note trois lignes avant de complètement enfoncer et voilà, c'est comme ça et après, des fois, je note des trucs parce que je m'aperçois que j'ai quand même des personnages qui changent de nom de famille en cours de route. C'est pas dégue.
Ybelion — Classique, classique.
Camille Colva — Ou de couleur d'yeux, tu vois, ah bah, la lésine marron, ah bah, la lésine bleue, dommage, il faut choisir. Mais oui, moi, je fonctionne vraiment en mode jardinier, j'essaie d'aller un point A, un point B avec vaguement une idée du milieu et puis, voilà, et parfois, ça m'est déjà arrivé de rajouter un truc en plein milieu qui était, j'avais pas du tout prévu de faire à la fin.
Ybelion — C'est, tiens, comme j'ai une autrice vraiment très côté jardinier, je vais te poser une question qui en aidera peut-être certain. C'est un sujet que j'ai de manière récurrente là en coaching, des gens qui ont une tendance plutôt jardinier, tu vois, et donc qui sont très dans le lâcher prise en fait, mais, ou un enjeu qui revient souvent, c'est, en fait, j'ai terriblement peur de me perdre, tu vois, j'ai l'impression de pas maîtriser suffisamment mon univers et donc, quelque part, qu'ils se sentent presque intimidés par leur côté jardinier. Qu'est-ce que tu dirais à un jardinier qui a l'impression de pas être assez architecte ou qui se demande s'il va arriver au bout parce qu'il est pas architecte ?
Camille Colva — Alors, c'est vrai que la question d'arriver au bout, c'est vrai que c'est une question qui se pose parce que, des fois, je me dis, mais en fait, il faut que, parce qu'il y a, il y a le début, il y a la fin, mais il y a aussi le milieu et ça, je trouve que c'est le plus dur parce qu'en général, quand je commence mon roman, je connais mon début, je connais ma fin et le milieu, et du coup, c'est, en général, je procrastine pas mal au moment de l'écriture du milieu, j'avance très, très lentement parce que, dans ma tête, le milieu, il n'est pas, il n'est pas forcément ultra clair. Après, qu'est-ce que je dirais ? En fait, je pense qu'il ne faut pas faire ce que je fais, il ne faut pas procrastiner et il faut écrire et quelque part on voit où ça nous mène. Après, quitte à se dire qu'en fait ça, non, ça va pas, ça m'est déjà arrivé de commencer à écrire un chapitre et me dire non, c'est pas cohérent, il faut que je supprime. Au moins, tu sais ce que tu ne veux pas. Exactement. C'est une très belle manière
Ybelion — de cette notion de si je prends le mauvais chemin, c'est plutôt bien de prendre le mauvais chemin parce qu'au moins tu sais que tu ne veux pas aller dessus. C'est mieux que de ne pas bouger et de se demander si ce sera le bon ou le mauvais chemin. Et toi, comment tu fais
Annoncer sa deadline sur Insta pour la tenir
Camille Colva — pour sortir de cette procrastination quand tu tombes dedans ? En fait, là, je me suis forcée à finir mon premier jet avant du coup, fin 2025. Et en fait, moi, ce que j'ai fait, c'est que je me suis dit, enfin, j'ai fait un post genre au 1er décembre sur mon compte Insta et j'ai dit allez au 31, j'ai fini le premier jet. Et du coup, maintenant, une fois que je l'ai dit à tout le monde, j'étais obligée de le faire. Et du coup, je l'ai fini pour, je crois que c'était le 29, un truc comme ça. En avance donc, il y a deux jours d'orables. Oui. En fait, je savais que le 30, je partais en Auvergne et du coup, je n'aurais pas le temps de le faire. Donc, c'est pour ça que je me suis arrangé pour faire ça le 20. Une petite pression
Ybelion — sociale pour arriver au bout. C'est ça. Et là, je suis en train un peu de réécrire
Lecteur n°1, bêta-lectrices et crossover surprise
Camille Colva — et puis, je vais le montrer à mon lecteur numéro un qui est mon chéri. C'est toujours le premier à lire. Après, bon, le problème, c'est que comme en fait, il lit surtout des BD et en fait, en 11 ans de relation, je l'ai vu lire quatre romans et c'était les quatre miens. Donc, il y a pas des masses d'éléments de comparaison. Donc après, une fois que je lui ai montré à lui, je l'envoie aussi à des bêta lecteurs. Donc, pour 6 Mégaux, ce que j'avais fait, c'est que j'avais fait une sélection de cinq bêta lectrices sur Instagram, cinq bêta lectrices bénévoles et plutôt des gens du coup, qui ont l'habitude de lire. Et la particularité de mon cinquième roman, c'est qu'en fait, c'est un crossover entre deux de mes romans.
Ybelion — Incroyable.
Camille Colva — Et je ne sais pas du tout si ça se fait en littérature parce que les gens font des easter eggs où ils vont, ce que j'en fais aussi, où ils font apparaître dans leur deuxième roman. Tout à coup, il y a un personnage du premier qui va apparaître. Et puis, si les gens ont lu le premier, ils vont faire « Ah, ah ! » Ils sont tout contents. Et s'ils n'ont pas lu, ils ne verront pas. Et ce n'est pas grave. Et là, j'ai carrément fait… Du coup, il y a un personnage principal du premier et un personnage principal du deuxième qui vont se rencontrer dans ce cinquième roman. Donc, c'est vraiment un crossover. Et je ne sais pas si ça se fait. Je n'ai jamais vu, mais je suis sûre que je n'ai pas inventé le concept non plus. Et voilà. Alors, ce que je veux, c'est que les deux, c'est que ça puisse être lu indépendamment. Donc, si tu n'as pas lu les premiers, en fait, tu n'es pas perdu. Et ce n'est pas du tout un tome 3 ou quelque chose comme ça. Donc, l'idée aussi de ces beta-lecteurs, c'est que j'aimerais bien en avoir qui, du coup, ne connaissent pas mon univers pour voir si, en fait, en lisant le 5, ils sont perdus de ne pas avoir lu le reste ou si ça va.
Ybelion — C'est intéressant, cette idée de crossover entre deux de tes romans. Du coup, tu retrouves des personnages que tu avais créés et que tu avais laissés une fois la publication. Oui, c'est ça. En
Camille Colva — fait, notamment, il y a un de mes personnages à qui j'étais très attachée parce que je l'ai un peu inspiré de moi. Et du coup, je voulais un peu continuer à écrire sur elle. À quel moment tu t'es
Ybelion — rendu compte qu'il était inspiré de toi, ce personnage ?
Camille Colva — Ah bah, en fait, à partir du moment où le roman était inspiré un peu dans l'épisode de ma vie. Et du coup, je me suis dit, tiens, ce personnage-là, ça va être moi. Et d'ailleurs, en fait, comme je n'ai jamais voulu d'enfant, mais par contre, j'adore donner des prénoms. Et du coup, j'ai donné à ce personnage-là mon prénom préféré de la Terre. Incroyable. Parce qu'en disant, voilà, elle est inspirée de moi, donc il faut qu'elle ait un beau prénom. Et tout le monde me dit après, ah, j'adore ce personnage. Je dis, ouais, c'est normal s'inspirer de quelqu'un que tu aimes.
Ybelion — C'est fou. Je pose toujours cette question de à quel moment tu t'es rendu compte que... Parce que parfois, on se rend compte en plein milieu du roman et on a une espèce de prise de conscience comme ça en se disant, ah, putain, mais ce personnage, c'est moi. Je comprends pourquoi c'était si dur d'écrire certains passages, etc. Et je trouve ça toujours hyper touchant ce qu'on peut vivre à travers nos personnages. Parmi tous tes romans, c'est ce personnage-là qui t'a le plus touché, toi ?
Camille Colva — Alors, je pense, après, je pense que l'héroïne de mon dernier roman de 6 mégaoctets, en fait, je l'aime beaucoup aussi parce que, parce que, en fait, c'est une anti-héroïne.
L'anti-héroïne et « la faiblesse est double »
Ybelion — Ok.
Camille Colva — Et moi, j'aime bien, dans les romans, les anti-héros. Parce que, en fait, c'est beaucoup plus intéressant. Et pour l'auteur, c'est plus challengeant, je trouve, de rendre attachant quelqu'un qui fait de la merde. Et en fait, j'avais notamment une amie qui avait lu ce roman et qui m'a dit, ouais, enfin, qu'il n'avait pas trop accroché au début parce qu'elle me dit, ouais, ce personnage, il me met un peu mal à l'aise parce que, enfin, ça m'énerve qu'elle soit aussi dépendante comme ça d'un mec. Et en fait, je comprends tout à fait son point de vue. Après, je pense qu'il y a des gens qui ont tendance à se dire qu'en fait, moi, je suis une femme forte. Et du coup, cette situation d'emprise, moi, ça ne va pas m'arriver. Sauf que malheureusement, en fait, ça ne marche pas comme ça. Ça ne marche pas comme ça. Il y a une très belle citation de Thomas Hardy, loin de la foule déchaînée, qui dit « Lorsqu'une femme forte jette avec insouciance sa force loin, elle est plus faible que celle qui a toujours été faible. La faiblesse est double lorsqu'elle est nouvelle. » Et je trouve que c'est une très belle citation.
Ybelion — « La faiblesse est double lorsqu'elle est nouvelle. » Ouais, putain, c'est vrai. C'est vrai. Quand tu prends conscience d'une de tes failles...
Camille Colva — Après, je pense que « Femme forte », ça peut être remplacé par « Personne forte ». Parce que je ne vois pas pourquoi ça ne s'appliquerait pas aux hommes. Mais bon, après, c'est un auteur du XIXe siècle. Donc forcément, il avait... Déjà, c'est assez moderne ce qu'il écrivait pour l'époque. Donc, on ne va pas non plus trop lui en demander. Mais oui, et je pense qu'en fait, notamment, j'ai pas un truc que j'ai chez pas mal de mes personnages. C'est qu'en fait, ils vont pas forcément s'autoriser à tomber amoureux. Et puis, d'un coup, ils s'autorisent. Et en fait, là, c'est tout un mur qui s'écroule d'un coup. Et là, ils deviennent très vulnérables. Et c'est là où c'est la catastrophe.
S'autoriser à aimer : le mur qui s'écroule
Ybelion — C'est assez faux parce que du coup, je pense à des bouquins que j'ai pu lire ou des situations que j'ai pu connaître. Et effectivement, cette sensation de vulnérabilité, elle est assez terrifiante quand même. Et pour un personnage de roman. Et c'est pour ça que c'est efficace aussi dans les tiens. Et pour des vraies personnes, en fait. Parce que quand tu te vois tes failles, parfois, le plus confortable, c'est de se retourner et de faire comme si elle n'existait pas ou de courir très loin, quoi. Et tu touches à des sujets... Je n'ai pas le terme qui vient.
Camille Colva — Universel ?
Ybelion — Alors, ouais, universel, mais ça... J'aurais rajouté un aspect de profondeur, tu vois. Je trouve que c'est... Je sais... Je n'ai pas le mot, je suis désolé. C'est la preuve que ça m'a sûrement touché moi-même, tu vois. Ouais, un des sujets qui te mettent face à des choses que tu as besoin de regarder en face, mais que tu ne regardes pas toujours en face. Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire. Et je pense que ça me touche aussi parce que c'est globalement mon métier, c'est ce que je fais avec les gens. Et je sais à quel point c'est challengeant de se retrouver face à ces failles ou face à ces vulnérabilités. Et c'est pour ça que je suis toujours très touché par les auteurs qui prennent le temps d'écrire sur ces failles-là. Voilà. Donc bravo pour ça. Et dans 6 mégaoctets, c'est quoi sa plus grande faille du coup ?
Camille Colva — Alors... En fait, je pense que c'est de jamais vraiment avoir fait la paix avec son passé. Parce que quand on lit le roman, on s'aperçoit qu'il y a pas mal de choses assez horribles dans le passé de cette héroïne. Par exemple, un père perpétuellement infidèle. Du coup, une mère qui s'est suicidée à cause de ça. Une relation... Une relation avec quelqu'un de violent. Et en fait, finalement, comme elle a jamais... Je pense qu'elle a jamais pris le temps de... De vraiment accepter. À chaque fois, elle a toujours un peu fui. Et elle a jamais pris le temps d'accepter ce qui lui était arrivé. Enfin, en fait, je pense que du coup, ça la rend... Ça la rend très vulnérable.
Et...
Et en fait, après, quand elle s'est mariée du coup avec un homme bien, peut-être qu'elle s'est jamais vraiment autorisée à aimer pleinement cet homme-là. Et... Et en fait, quand ce collègue s'est présenté, c'est là où elle s'est autorisée à le faire. Sauf qu'en fait, du coup, elle était déjà mariée. Et avec un homme à qui elle tient beaucoup. Et on le voit qu'elle tient beaucoup à son mari.
Mais...
Mais en fait, c'est pas pareil. C'est pas le même... C'est pas le même amour.
Ybelion — Ouais, j'ai vraiment envie de le lire, là. Ouais, très efficace. Très efficace. Et... J'ai une question qui me vient... Je sais pas dans quelle mesure... C'est une bonne question, mais je la partage quand même. Quand on écrit sur des sujets aussi réels et sur des sujets profonds comme ça, là, par exemple, l'infidélité ou ce genre de choses, comment ils réagissent, les gens autour de toi ? Et est-ce que, justement, ils se posent la question « Ah, mais c'est-ce que c'est une situation que toi-même t'as connue ? » Ou... Est-ce qu'ils font un transfert, quelque part, entre ce que tu peux écrire et la personne que t'es ? Ou t'arrives bien à séparer les deux ?
Ce que les proches croient reconnaître de toi
Camille Colva — Alors, ça arrive... Après, pas tellement pour le dernier... Enfin, ma mère, quand elle a lu la nouvelle, elle m'a dit « Ah, mais ça te dérange pas, ton copain, que tu écrives ça et tout ? » Et je lui ai dit « Je sais pas ce qui m'embête le plus dans ce que tu dis, que tu penses que je suis quelqu'un d'infidèle ou que tu penses que je suis assez con pour être infidèle et le foutre dans une nouvelle ? »
Ybelion — Oui, c'est pas faux. C'est pas faux.
Camille Colva — Et voilà. Après, en vrai, il y a des... Les gens, ils voient des trucs. Et notamment, c'est assez rigolo. Dans le premier, notamment, j'avais une copine qui le lisait, qui me dit « Ah, je m'amuse à trouver des petits bouts de toit à l'intérieur. » Parce que, en fait, il y avait... En fait, le premier, ça se passe pendant le confinement. Et du coup, il y a trois femmes et je raconte où sont ces femmes au moment où le confinement est annoncé. Et il y en a une qui est à une soirée avec son association de théâtre. Et moi, j'étais à une soirée avec mon association de théâtre au moment où le confinement a été annoncé. Et en fait, cette copine-là, elle était à la soirée en tant que moi. Du coup, elle m'a écrit en disant « L'annonce du confinement en pleine soirée d'association de théâtre, il y a du vécu quand même ! » Et même mon copain, quand il lit, des fois, je vois les commentaires qu'il me met. Par exemple, il y a des plats que j'aime manger qui apparaissent dans le roman. Et j'ai été obsédé par les cuisses de poulet ou par les pâtes carbonara.
Ybelion — En fait, c'est ça qui est dingue. C'est qu'on met vraiment toujours plein de nous dans les textes. Parfois, sur des choses qui paraissent si banales comme un repas. Et au contraire, moi, je trouve que c'est génial. C'est pour ça que j'adore que tu le partages aussi. Parce que je trouve que ça donne toujours une matière un peu différente au texte. Après, quand tu le lis, tu dis « Ah, c'est vrai que c'est un de ses plats préférés. » Et je trouve que ça donne une proximité qui est hyper sympa entre l'auteur et le lecteur. Et typiquement, l'exemple que tu donnais avec ta mère, comment tu arrives à toi, te détacher de ce qu'on peut penser peut-être ou de ce qu'on peut te faire comme remarque sur ce genre de manière générale ?
Camille Colva — En fait, ce n'est pas facile. Je pense qu'au début, quand j'avais un ami qui me disait que tel ou tel roman ne plaisait pas, pour moi, c'était complètement la fin du monde. Et après, je pense que j'ai appris à prendre du recul et que je me suis dit que si j'allais pleurer à chaque fois que quelqu'un me dit qu'il n'aime pas mon livre, je ne vais pas avoir fini. Et qu'en fait, il faut aussi que j'accepte que ça ne plaise pas à tout le monde. On ne peut pas se dire qu'on va écrire un livre et on est portant du principe que ça plaira à tout le monde. Même les prix Goncourt, il y a plein de gens à qui ça ne plaît pas. Donc, il faut se détacher un petit peu de ça.
Ybelion — Comment tu as réussi à le faire petit à petit ?
Camille Colva — Je ne sais pas, je pense l'expérience.
Ybelion — L'expérience entre le premier commentaire et ceux d'après. Petit à petit, c'était de moins en moins percutant.
Camille Colva — Après, je pense que ça dépend aussi du... C'est surtout pour le dernier où je m'en suis un peu détachée parce que je pense que je suis partie du principe que je changeais totalement de style et que du coup, c'était normal que certains lecteurs ne me suivent pas. parce que c'est ça, c'est leur style.
Ybelion — Intéressant. C'est quel style qui a changré entre ce roman-là et les autres ?
Camille Colva — Je pense que celui-là, il est beaucoup plus sombre et il est peut-être beaucoup aussi un peu plus introspectif. En fait, il me fait penser un petit peu à... Je ne sais pas si vous connaissez... Enfin, si tu connais, pardon. Adeline Dieudonné ou Maud Ventura ?
Ybelion — Maud Ventura, je connais de nom aussi. La première, pardon, je n'ai pas... Non, je ne crois pas. Ça ne me dit rien.
Camille Colva — Alors, en fait, par moment, ça me faisait penser à mon mari de Maud Ventura qui a été un méga best-seller mais qui vraiment a... Les avis ont vachement divergé sur celui-là. Et en fait, c'était vraiment dans la tête d'une femme et c'était un petit peu étouffant. Mais moi, j'ai adoré cette ambiance et je sais qu'il y en a qui ça n'a pas plu. Alors que peut-être les précédents, peut-être il se passe plus de choses d'un point de vue action. Et en fait, les précédents aussi, à part le troisième, mais le premier et le deuxième, c'est des narrations croisées. Donc, il y a plusieurs personnages. Alors que là, c'est vraiment un seul point de vue.
Ybelion — Je comprends du coup le côté beaucoup plus introspectif. Tu explores beaucoup plus les pensées d'une seule personne. Et c'est ça qui est... Là, en l'occurrence, avec toutes les thématiques dont tu parlais, c'est effectivement très pertinent d'avoir fonctionné comme ça. Et tu as du coup parmi... Alors, question difficile, mais parmi tous les romans que tu as écrits et celui que tu es peut-être en train d'écrire actuellement, comme tu disais, c'est lequel que tu préfères ?
« C'est moi qui ai écrit cette phrase ? »
Camille Colva — Je pense que c'est 6 mégaoctets.
Ybelion — Ok. Est-ce que tu arriverais à dire pourquoi ?
Camille Colva — Encore peut-être justement parce qu'il est sombre.
Ybelion — Ok. Pour les raisons que tu as pu...
Camille Colva — Et peut-être parce que je suis vraiment allée en profondeur dans les émotions. Et en fait, je pense que c'est... Alors, ça n'est pas du tout modeste ce que je vais dire. Mais en fait, des fois, j'écris une phrase et après, je suis en mode... C'est moi ou c'est pas moi qui ai écrit cette phrase. Et je pense que c'est le roman où je me suis le plus dit ça.
Ybelion — C'est incroyable. Mais tu sais que vraiment, moi, je suis convaincu que c'est vraiment une très grande force et que c'est important d'arriver à se le dire, en fait. Je parle toujours de cette boucle entre... Il faut avoir la naïveté de se trouver génial et après, l'honnêteté intellectuelle de se remettre en question. Et quand tu es dans cette boucle perpétuelle, en fait, c'est trop bien parce que quand tu es dans le flow du truc, tu dis, allez, encore une fois, je suis un génie. C'est trop facile. J'adore ce jeu, tu vois. Et puis après... Après,
Camille Colva — ça m'arrive aussi de lire une phrase et de me dire, ah, c'est moi qui ai écrit cette phrase. Non, quelle horreur !
Ybelion — Bien sûr. Bien sûr, tu vois, il y a toujours de tout. Mais je trouve qu'être capable de se féliciter et d'être heureux de se relire, c'est quelque chose qu'on a tendance à faire assez naturellement mais qu'on ne met pas toujours forcément en avant ou en tout cas, où on ne le note pas quand on le fait et quand on apprécie ce qu'on lit, je trouve que c'est important de le noter, pour s'en rappeler quoi et pour se rappeler que, ouais, on se trouve génial. Surtout pour les moments où il y a des moments où on ne se trouve pas génial et on se dit, de toute manière, tout ça ne sert à rien, autant tout abandonner et ne plus jamais rien faire. Et dans ces moments-là, se rappeler de ce qu'on apprécie dans nos textes, c'est une très bonne méthode, en fait, je trouve. Donc, c'est le livre où tu t'étais le plus dit que c'était cool, quoi. Que j'étais ingénie, oui. Moi, je trouve ça vraiment trop bien, je trouve ça vraiment trop bien. Et je n'ai pas regardé, pardonne-moi, c'est un livre que tu as auto-édité ou qui est en maison d'édition ?
Auto-édition : ne pas rentrer dans les cases
Camille Colva — Tout est en auto-édition.
Ybelion — Tout est en auto-édition.
Camille Colva — Parce que je ne rentre pas assez dans les cases, je pense, dans les maisons d'édition.
Ybelion — C'est ce que tu disais tout à l'heure sur les cases. Si tu devais te mettre une étiquette, tu mettrais quoi, toi ?
Camille Colva — Voilà, justement. Par exemple, le livre que je suis en train d'écrire, alors moi, je le définis comme feel-good réaliste.
Ybelion — OK.
Camille Colva — Sauf que, voilà, si tu arrives dans une maison d'édition en te disant, en disant, madame, j'ai écrit un feel-good réaliste, la personne, elle va te dire, madame, la porte, elle est là. Parce qu'on ne connaît pas ce genre. Qu'est-ce que c'est que ça ? Et en fait, moi, alors moi, ça m'arrive pas mal de lire des feel-good, des livres de Cynthia Kafka et tout, j'adore ça. Mais, peut-être, ce que j'ai toujours un peu à leur reprocher, c'est que, notamment les romances, voilà. par exemple, les romances, ça, j'en lis pas beaucoup. J'aime bien les histoires d'amour qui finissent mal, ça, j'adore ça. Et j'aime bien, j'aime bien les comédies romantiques, c'est-à-dire où, où il y a de la romance, mais il se passe un peu aussi d'autres choses, quoi. Ça tourne pas que autour de ça. Et, et en fait, moi, ce qui est, ce qui est toujours un peu, enfin, ce que je trouve un petit peu irréaliste, c'est que, il va y avoir un roman où il va se passer peut-être trois semaines, un mois dans la vie des personnages, et au bout de trois semaines, un mois, c'est l'amour fou, allez, on va se marier. Et puis, dans l'épilogue, en général, la nana, elle annonce, elle annonce à son copain qu'elle est enceinte et ça, c'est, voilà, ça se produit six mois plus tard. Ça, ce genre d'épilogue en 2026, non. Et, et en fait, moi, justement, je suis plus en mode, ok, on va, on va, ça fait un mois qu'on se tourne autour, on va se mettre en couple et on va voir ce que ça donne. Moi, je suis plus dans ce, dans ce truc-là, qu'en fait, ça finit bien, mais ça finit bien timidement. Je trouve que c'est plus réaliste.
Ybelion — Ok, je comprends, je comprends mieux le, du coup, le terme que, le terme que tu utilisais de feel good réaliste.
Camille Colva — Voilà.
Ybelion — c'est quelque part comme si tu atténuais un peu l'effet qu'on les trope, parfois, d'être très grandiloquent ou en tout cas, très, très rapide dans l'exécution. C'est intéressant, c'est intéressant. Et, comment, au moment où tu vois que tu rentres pas forcément dans les cases, du coup, tu t'es tournée vers l'auto-édition tout de suite, comment ça s'est passé ?
Camille Colva — Alors, le premier, je l'avais envoyé à quelques maisons d'édition qui, ça n'a rien donné. Après, j'ai aussi, j'ai été aussi un petit peu sélective de là où je l'ai envoyé, c'est-à-dire que je voulais pas aller dans une maison d'édition toute petite, que ça fait trois mois qu'elle existe et après, ça va faire faillite et moi, je vais galérer pour récupérer mes droits. Je voulais pas me retrouver là-dedans. Je voulais pas aller à une maison d'édition à compte d'auteurs. Alors, je critique absolument pas les auteurs qui se tournent vers ça, mais moi, je trouve que, s'il faut payer, autant être dans l'auto-édition et autant être complètement maître de ce qu'on fait.
Ybelion — Oui, c'est vrai, c'est quand même un disclaimer qui est intéressant. moi, je trouve que le problème de la plupart des maisons d'édition à compte d'auteurs, c'est qu'elles fonctionnent vraiment sur une promesse marketing avec des promesses irréalistes, en fait. Et à la rigueur, si elles disaient juste, bon, écoutez, ça coûte tant pour qu'on s'occupe de tout et votre livre existe, bon, voilà. Mais sauf qu'après, quand le discours derrière est très marketing en disant, ça te permet de faire X ventes, de gagner X argent, etc. Là, je trouve que tu tombes dans un truc qui est très faux et un piège, c'est ma vision. Effectivement, comme toi, je ne sais pas, chacun se tourne vers ce qu'il veut, mais je pense qu'il faut faire en conscience en attendant la bonne chose de ce genre de décision. Parce que si ton envie, c'est d'être... Je vais extrapoler. Mais si ton envie, c'est d'être riche et célèbre, effectivement, vise des très grandes maisons d'édition et fais en sorte d'être publiée par des très grandes maisons d'édition parce que c'est elles qui ont la force de frappe après ou alors développent toute ta communauté d'auteurs en travaillant des années sur ton Instagram ou tes réseaux sociaux et ton personal brand pour réussir à... Mais si c'est juste en claquant des doigts et en allant voir une maison à compte d'auteurs, tu te trompes de promesse quelque part. Pour info,
Riche et célèbre ? Les vrais chiffres
Camille Colva — je crois que c'est entre 1 et 2 % des écrivains qui gagnent le SMIC au plus grâce à leurs écrits. Donc, devenir riche et célèbre en écrivant, alors voilà, c'est juste qu'on voit, on voit J.K. Rowling, on voit Guillaume Musso et tout qui eux, effectivement, voilà. Alors, je ne sais même pas... Alors, J.K. Rowling, elle est riche, Stephen King, il est riche, les écrivains français, Guillaume Musso, Mélissa D'Acosta, je n'en sais rien, je ne les imagine pas particulièrement riches. Ils sont célèbres, mais riches, je ne sais pas.
Ybelion — C'est une très bonne question, mais en tout cas, c'est pour ça que c'est à mon sens important et tu vois, moi qui travaille avec des primo-auteurs, à chaque fois, je précise bien, on va l'écrire pour vous, le livre, pas pour que vous soyez riche et célèbre, parce que ça, je ne peux pas vous le promettre. Vous amenez au bout d'un manuscrit, sachez faire, vaincre vos peurs, vos blocages, tout ce qui ne vous traverse pas la tête, sachez faire, vous apprendre à écrire une histoire, sachez faire. Par contre, vous dire que vous allez être édité par Gallimard et vendre 10 000 livres, c'est moi, une promesse que je ne peux pas tenir. Et je trouve que c'est important quand même, c'est toujours cet alignement d'intention entre ce que tu as envie de faire et ce pourquoi tu le fais, et la réalité après. C'est à mon sens hyper important d'être congruent sur ça et très aligné. Je le répète beaucoup, on a dévié du sujet de ton livre, mais parenthèse importante à mon sens. Et comment, du coup, auto-édition, ça dit aussi quand même beaucoup de casquettes ? Comment on fait pour porter toutes ces casquettes ?
Toutes les casquettes de l'auto-éditée
Camille Colva — Alors, moi, j'ai de la chance, c'est que j'ai quelqu'un qui habite en plus pas très loin de chez moi, mais c'est un peu à un zar, qui dessine très bien et qui, du coup, fait les couvertures de mes romans et qui me les fait gratuitement. C'est un jeune homme qui s'appelle Hugo Gourmo, qui a énormément, énormément de talent et qui va normalement aussi faire la couverture de mon cinquième livre. Après, évidemment, je fais appel à des correctrices pour tout ce qui est photographe, tout ça. La communication, quelque part, il y en a qui détestent faire la communication. Moi, j'aime bien parce que c'est mon métier dans la vraie vie, entre guillemets. Je suis responsable de communication dans une grande entreprise. Voilà. Ensuite, qu'est-ce qu'il y a ? Ah oui, par contre, ce que je n'aime pas trop, c'est la casquette un peu commerciale. Ça, je n'aime pas. Genre, aller voir les gens pour vendre. Moi, j'ai toujours super peur. Là, je vais faire pour la première fois au mois d'avril une séance dédiée à son librairie. C'est la première fois que je fais ça parce que sinon, en fait, je n'osais pas parce que j'avais lu trop de témoignages de gens qui allaient en librairie et qui se faisaient traiter comme des moins que rien parce qu'ils étaient auto-édités. Alors, évidemment, dans la librairie où moi, je vais, c'est une librairie à côté de chez moi qui s'appelle Mon Chapitre où il y a des livres et des chats. C'est trop génial. Et du coup, eux, les auteurs auto-édités sont totalement les bienvenus mais c'est vrai que ce n'est pas le cas partout.
Ybelion — Oui, c'est vrai. C'est vrai. c'est un combat de longue haleine de lutter contre ces a priori-là. Bon, après, les critiques des gens en disent toujours beaucoup plus sur eux que sur la personne à qui ils les font. c'est pareil, c'est du lâcher prise quelque part. Et c'est cool que tu te sois lancé dans une séance de dédicaces comme ça. Qu'est-ce que qu'est-ce que ça te fait de penser que tu vas pouvoir dédicacer en direct comme ça ?
Camille Colva — Alors, j'en ai déjà fait mais dans des salons. Mais dans les salons, c'est un petit peu différent parce que, notamment, j'ai fait deux ans de suite le festival du livre de Colmar. J'espère le refaire parce que j'habite Colmar. Donc, j'espère le refaire cette année aussi. Mais en fait, c'était assez simple à faire parce que je fais partie d'une association qui s'appelle La Plume Colmarienne et eux, ils ont de base un gros stand et en fait, ils envoient un mail à tous les gens de leur association en disant si vous voulez avoir une table au Festival du livre de Colmar, vous envoyez un chèque de temps et si vous êtes les premiers, si vous faites partie des premiers, vous aurez votre table. Et du coup, c'est quelque part assez simple parce que ça ne demande pas de parler aux gens. J'envoie mon chèque et après, si je suis parmi les premiers, j'ai mangé ma table et tout se passe bien. Donc, je n'ai pas besoin de parler aux gens pour essayer de les convaincre de faire quoi que ce soit. J'ai juste à envoyer un truc. Ça va. Mais si on veut faire une séance de dédicaces en librairie, il faut convaincre la librairie. Et là, en fait, c'est eux qui m'ont proposé. Donc, je n'ai pas eu à convaincre qui que ce soit.
Ybelion — Petit raccourci. Tant mieux, en vrai, c'est super cool. C'est super cool. Tu vas bien t'amuser. Et le roman que tu es en train d'écrire, qu'est-ce que tu peux nous raconter un peu dessus ? Tu l'as commencé quand et tu aimerais le finir quand ?
Camille Colva — Alors, j'élise une publication pour l'automne prochain, septembre-octobre.
Ybelion — Ok.
Camille Colva — Et parce que, bon, le Festival du Livre de Colmar est en novembre. Donc, c'est pas mal d'y aller avec un nouveau roman parce que j'y suis déjà allée avec 6 mégaoctets. Donc, c'est pas mal d'avoir quelque chose de nouveau à présenter aux gens. Alors, il y a peut-être trois personnes qui me suivent d'une année sur l'autre. Mais pour ces trois personnes, c'est bien.
Ybelion — C'est important.
Camille Colva — Et... Et aussi, enfin, il y a un peu... Enfin, octobre, ça serait cool parce qu'il y a un peu... C'est pas le sujet principal mais il y a quand même un sujet cancer du sein dans ce roman. comme ça, ça fait... Je surf un peu sur octobre rose donc c'est aussi quelque chose qui peut être sympa. Voilà. Et alors, de quoi ça parle ? Alors, comme je disais, crossover. Donc, alors, je vais pas dire tout de suite de quel roman c'est mais même si, en vrai, je pense qu'avec ce que j'ai dit précédemment, les gens qui connaissent, ils vont deviner.
Ybelion — Peut-être faire l'effet des liens.
Camille Colva — Mais, du coup, crossover, du coup, ça va être, ça va être deux femmes et, alors, c'est le premier roman aussi qui se passe en partie en Alsace parce que, alors, moi, je suis, alors, non, à la base, André, je suis russe et, je, j'ai vécu à Paris pendant 30 ans. J'ai emménagé à Paris en 94 et, donc, du coup, mon compagnon est Alsacien et, on a vécu ensemble quelques années à Paris et, en 2023, il a trouvé un travail dans la région et, moi, du coup, je l'ai suivi, je l'ai suivi dans la région et, et j'ai gardé, j'ai réussi à garder mon travail, mon travail à Paris parce que les jobs dans la com' en région, c'est toujours un petit peu compliqué et, je me suis dit, voilà, enfin, c'est, faudrait que je, je fasse un petit peu honneur quand même à ma nouvelle région et, en fait, il se passe un peu entre Paris et, et du coup, le Haut-Rhin. Voilà. Donc, ça, c'est, ça, c'est une chose. Qu'est-ce que, qu'est-ce que je peux vous dire d'autre sans non plus
Ybelion — sans révéler toute autre chose ?
Camille Colva — Trop en dire. Donc, comme j'ai dit, il y a un sujet, un sujet cancer du sein qui, encore une fois, ce n'est pas le sujet principal mais, voilà. Et, ah oui, et ça, en fait, il y a une, enfin, pas vraiment le point de départ mais, une, le point de rencontre, en fait, entre mes personnages, ça part d'une anecdote que j'ai vécu, en fait, parce que, comme j'ai dit, je travaille à Paris et je prends, du coup, toutes les semaines un train qui va de Colmar à Paris. Donc, il y a un TER qui va jusqu'à Strasbourg et ensuite, du coup, un TGV jusqu'à Paris. Le TER, Colmar-Strasbourg, il part à 5h18 du matin.
La gare fermée à 5h18 du matin
Ybelion — C'est tout.
Camille Colva — Oui. Et, quand ça faisait peut-être un mois, un mois et demi que j'étais là, donc, j'arrive, donc, dans la nuit noire avec ma petite valise et tout pour prendre le TER et là, je vois, je me dis, c'est bizarre parce qu'il y a plein de gens qui sont attroupés devant la gare et pas dedans. Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi ils sont tous devant ? Et, en fait, j'ai vu qu'en fait, la gare était tout simplement fermée à clé. La grille était fermée mais il y a quelques-uns qui ont escaladé la grille. Moi, je n'ai pas réussi parce que, de toute façon, moi, faire une roulade, c'est déjà au-delà de mes possibilités donc je n'ai pas escaladé la grille. Et, du coup, on a vu le train comme ça passer, s'arrêter, on a pu faire coucou au train et repartir. Et, et heureusement, il y avait, il y avait quelqu'un qui a dit, ben, moi, j'ai une voiture et je prends le TGV à Strasbourg pour Paris. Donc, si un mec ça intéresse, je vous prends dans ma voiture. Du coup, je fais, moi, moi. Et, du coup, je suis allée dans sa voiture. Et, et je me suis dit, quand même, cette anecdote, elle est quand même beaucoup trop drôle pour ne pas finir dans un livre. Du coup, voilà, elle finit dans le livre.
Ybelion — C'est trop bien. C'est trop bien. Les petits clins d'œil aux anecdotes de la vie réelle. C'est marre. Par contre,
Camille Colva — j'ai juste peur que les gens n'y croient pas parce que personne ne va croire qu'une gare peut vraiment être fermée. Mais si, si. Ça,
Ybelion — c'est fou. Que la gare soit fermée, c'est quand même... Il y a un mec qui ne s'est pas réveillé, quoi.
Camille Colva — Mais c'est ça. Et le pire, c'est qu'après, genre, mais peut-être un an après, j'ai vu un article dans Dernières Nouvelles d'Alsace qui parlait exactement du même truc. Et en fait, ça s'est reproduit genre un an après.
Ybelion — C'est récurrent. Putain. faut changer le poste de matin. Là, il y a un truc qui déconne. Après,
Camille Colva — je comprends. Je n'aurais pas non plus envie d'ouvrir la gare à 5h du matin. Mais bon, il faut en voir. Non,
Ybelion — forcément. C'est marrant parce que c'est toujours des petites expériences qui paraissent normales, en fait, qui font des meilleurs débuts d'histoire. quand on se met à fond dans la créativité, dans l'écriture, etc., on se rend compte que tout ce qu'on vit peut devenir une histoire comme ça.
Camille Colva — D'ailleurs, une des héroïnes de mon roman, c'est aussi un truc que je peux dire, en fait, elle est écrivaine. En fait, elle a écrit un roman qui a eu beaucoup de succès. C'est une jeune femme qui a 25 ans. Elle a écrit un roman qui a eu beaucoup de succès. Et en fait, elle a plus rien. En fait, ça fait deux ans que son éditrice la harcèle en disant je veux un deuxième roman, je veux un deuxième roman. Et en fait, elle a plus d'inspiration. Pourquoi ? Parce que, en fait, quelque part, elle est capable d'écrire que de l'autofiction. En fait, c'est un peu... C'est un sujet qui a été abordé dans un roman de John Irving qui s'appelle La veuve de papier où il y a aussi, pareil, un écrivain et en fait, il a un petit succès au début et après, en fait, il n'a plus de succès parce qu'on s'aperçoit qu'en fait, il peut... Enfin, en fait, il écrit un peu tout le temps la même chose. Il y a toujours une histoire, enfin, c'est une histoire entre un jeune homme et une femme plus âgée et c'est un peu sa seule expérience de vie donc à chaque fois, il la met à toutes les sauces dans les livres et elle, c'est un peu pareil et en fait, elle n'a plus eu d'expérience suffisamment marquante pour en faire un roman et du coup, en fait, à chaque fois, elle dit à son éditrice « Oui, je t'envoie tout de suite quelque chose » et en fait, sauf qu'elle n'a pas du tout d'idée parce qu'en fait, elle n'est capable d'écrire que de l'autofiction et je pense que moi, je suis peut-être un tout petit peu comme ça à part pour le quatrième et pour le cinquième en vrai parce que, même s'il y a des trucs vrais mais en fait, je pars toujours de quelque chose qui est vrai quelque part. Voilà.
Le piège de l'autofiction
Ybelion — À mon sens, je pense que c'est hyper dur de ne pas mettre de nous en fait dans un roman. Je pense que t'es quelque part un peu obligé de vivre des trucs pour te renouveler ta créativité. Et effectivement, ce que tu partages, c'est un peu pousser à l'extrême de dire « Je ne suis obligé que d'écrire de l'autofiction. » Mais je ne sais pas toi mais je crois que je n'ai jamais rencontré d'auteur qui m'a dit « Non, je n'ai pas mis de moi dans ce roman. » Je suis en train de réfléchir là.
Camille Colva — Après, je pense que moi, j'ai énormément de fascination même si ce n'est pas le genre que je lis. Mais pour tous les gens qui écrivent genre fantasy, science-fiction, tout ça, même J.K. Rowling et tout, même si c'est un peu un peu... Oui, c'est pas trop
Ybelion — à la mode de parler de J.K. Rowling
Camille Colva — mais voilà, même si l'humaine est ce qu'elle est et pas forcément quelqu'un de très bien, mais on est obligé de reconnaître que le côté inventé tout ce monde de sorciers qui est cohérent, qui dépend uniquement de la magie, avec le récol, avec les quatre maisons et tout, avec... enfin, c'est quand même dingue ce qu'elle a inventé.
Ybelion — Oui, je pense mon recul à force d'avoir travaillé avec des auteurs qui écrivent un peu tous les genres, je pense que dans ceux qui écrivent de la fantasy ou de la science-fiction, donc très éloignés du monde réel, c'est parfois, tu sais, un peu une manière de vraiment adresser la créativité et l'imagination, mais très souvent, c'est là qu'on retrouve les sujets très, très personnels, de manière beaucoup plus subtile, parce que du coup, c'est pas raconté au sens de... comme tu raconterais une autofiction ou des histoires qui te sont arrivées, mais tu touches vraiment à des sujets que inconsciemment, les gens mettent dans cet univers et du coup, là, les prises de conscience dont je pouvais te parler tout à l'heure, de dire, putain, mais en fait, ce personnage, c'est moi, elles sont vraiment... d'autant plus fortes que t'as l'impression de volontairement écrire sur un truc imaginaire pour ne pas parler de toi, tu vois. Je sais pas si tu vois ce que je veux dire, mais c'est... je verrais peut-être qu'au fil du temps, l'expérience contredira ça, mais j'ai l'impression qu'en tout cas, chez les gens qui écrivent vraiment de la fiction pure, se rendre compte qu'en fait, ils écrivent, eux, et que oui, tout ce qu'ils vivent au quotidien et tout ce qu'ils ont pu vivre et tout ce qu'ils ont pu lire et tout ce qu'ils ont pu entendre, etc., nourri leur histoire imaginaire, c'est là que c'est le plus libérateur, quelque part, parce que quand tu t'en rends compte, après, tu t'en libères, quoi, puis c'est une vraie force. Tu t'autorises aussi à vivre plein de choses, parce qu'un des écueils dans lesquels on peut tomber, tu vois, dans l'écriture, c'est de dire, non, mais en fait, il faut que je passe mon temps à écrire. J'aimerais trop écrire tout le temps, écrire tout le temps. À quel moment tu vis pour nourrir ces histoires si tu ne fais qu'écrire ? Et il ne faut pas, quelque part, enfin, il n'y a pas d'injonction, mais c'est bien de continuer à vivre aussi, parfois.
Un premier roman à 8 ans, sur une tueuse en série
Camille Colva — Mais c'est vrai que moi, en fait, j'écrivais pas mal très jeune. Alors, pour la petite anecdote, c'est une anecdote que je raconte souvent, parce que les gens l'aiment beaucoup. Mon premier roman, entre guillemets, je l'ai écrit, j'avais 8 ans.
Ybelion — Oh, incroyable.
Camille Colva — Et alors, attends, attends d'entendre le sujet. C'était l'histoire d'une tueuse en série à Liverpool dans les années 70. Alors, pourquoi moi, je suis née en 90 et les années 70, je ne sais pas pourquoi. Liverpool, je n'ai jamais mis les pieds. Jamais. Et les tueurs en série, pareil, j'en connais très peu.
Ybelion — Surtout à 8 ans, en théorie, en théorie, pas trop.
Camille Colva — Pas mieux, une série. Et en fait, du coup, c'était une femme comme ça qui aimait bien se promener et puis de temps en temps tuer des gens parce que voilà, ça la faisait barrer.
Ybelion — Le pitch est si simple.
Camille Colva — Et en fait, il y avait un policier qui était chargé de l'attraper. Sauf que, en fait, Patatrac, évidemment, il est amoureux d'elle parce qu'évidemment, on est tous amoureux de tueurs en série à un moment de notre vie. Comment résister à leur charme ? Et du coup, à la fin, il arrive, il arrive et il l'attrape. Sauf qu'elle, en fait, elle ne veut pas aller en prison donc elle va se suicider. Et lui, il ne veut pas vivre sans elle parce que c'est si dur de vivre sans tueur en série dans sa vie. Et il se suicide aussi. Et voilà. J'ai écrit tout ça à 8 ans et je pense que c'est assez symptomatique des parents des années 90 qui étaient quand même beaucoup plus chill que les parents d'aujourd'hui parce que les parents, à l'époque, ils étaient plutôt en mode où notre fille, elle a écrit ça, c'est rigolo. Je pense qu'aujourd'hui, je serais chez elle à psy.
Ybelion — Non, mais d'où ça t'est venu cette imagination ? C'est fou, l'imagination des enfants.
Camille Colva — C'est clair.
Ybelion — Franchement.
Camille Colva — Et en fait, j'ai écrit, après ça, j'ai écrit quand même pas mal de trucs mais je n'ai jamais rien terminé. Et en fait, je pense que peut-être je ne terminais jamais rien parce que je pense que je manquais d'expérience personnelle pour nourrir justement ce que j'écrivais. Et en fait, j'ai commencé vraiment à écrire mon premier roman. Je l'ai écrit j'avais 31 ans. C'est intéressant. Parce que je pense que j'avais, là, c'est que j'avais l'expérience. En plus, c'est parler du confinement. J'avais vraiment cette inspiration-là à force d'entendre les infos, d'entendre, de parler d'isolement des personnes âgées, des femmes victimes de violences conjugales, des étudiants et tout. C'est comme ça que mon premier roman est venu. Et parce que je pense que j'avais besoin d'être, de savoir un peu des choses avant de complètement écrire quelque chose.
Ybelion — Oui. Non, c'est très intéressant ce que tu partages parce qu'effectivement, il y a un moment, il faut oser regarder dans les yeux ce qu'on a traversé et ce qu'on traverse et ce qu'on a envie de raconter. Et c'est aussi ces petits actes de courage, quelque part, qui te permettent d'écrire des textes qui sont touchants d'abord pour toi, en fait, et qui, du coup, de facto, toucheront le lecteur parce qu'évidemment, quelque chose que tu écris avec authenticité, c'est pour ça que ça touche aussi derrière autant les gens. Ça, c'est un super... Oui, j'aime beaucoup ce partage. Et pour conclure et revenir sur 6 mégaoctets, est-ce que tu as une anecdote un peu comme ça, un peu rigolote sur 6 mégaoctets qui te vient ?
Camille Colva — Alors, est-ce que j'ai une anecdote sur 6 mégaoctets qui soit rigolote ?
Ybelion — Rigolote ou pas ? Un truc un peu anodin, enfin, pas anodin justement, un truc un peu... que tu ne raconterais pas forcément tout de suite.
Camille Colva — Là, tu me poses une colle, là.
Ybelion — Je pose toujours cette question à la fin.
Camille Colva — Il fallait me préparer avant, là, parce que maintenant, j'ai pas d'idée.
Ybelion — Après, l'anecdote du tueur en série était quand même vraiment bien, déjà.
« Raconte-moi une histoire, drôle ou triste »
Camille Colva — Ça ne concerne pas 6 mégaoctets, mais oui, c'est... Alors, en fait, je pense que la partie où... la partie inspirée de moi de 6 mégaoctets, ce n'est pas le côté infidélité, ce n'est pas le côté IA, mais c'est qu'en fait, le... du coup, les deux collègues, en fait, ils ont un jeu entre guillemets qu'ils appellent raconte-moi une histoire. Et en fait, c'est en gros, il y a quelqu'un qui dit raconte-moi une histoire et l'autre doit raconter une histoire. La question, c'est drôle ou triste et du coup, tu dois choisir, en fait, une histoire de ta vie, drôle ou triste. Et c'est... c'est un peu comme ça, en fait, qu'ils apprennent à se connaître et qu'en fait, ils se connaissent très bien. Et en fait, comme les anecdotes, en fait, je trouve que c'est très, très dur à inventer. Et du coup, les anecdotes, en fait, elles sont... beaucoup, beaucoup sortent de ma vie. Et celle sur laquelle on me pose pas mal de questions, c'est l'anecdote avec ma grand-mère. Quand j'avais 12 ans, j'ai fait une chute de vélo. Et parce que j'avais pas... j'avais pas mis suffisamment bien les freins dans une descente. Et j'étais avec ma cousine qui a deux ans plus que moi. Et en fait, on était chez notre grand-mère, du coup, en Russie. Mon père, du coup, qui habitait aussi en Russie, il était... c'était un 14 juillet et il était à une réception à l'ambassade de France. Et du coup, ma cousine m'a ramenée, du coup, chez mamie. Et moi, en fait, je pense que... Je sais pas... Alors, je me suis pas coquée la tête, je pense pas. Mais en fait, je pense que mon cerveau, il a tellement eu peur qu'en fait, il a... Pourtant, j'ai rien eu de grave ou quoi, mais mon cerveau, il a tellement eu peur qu'en fait, il s'est dit... Bon, là, en fait, je...
je...
je... je traite plus les informations, en fait. Donc, je suis complètement... Voilà. Et le lendemain, en fait, je me suis réveillée et je savais pas ce qui m'était arrivé, en fait. J'avais des bandages sur tout le bras et je sais pas pourquoi ils sont là. Je n'en sais rien. Et... Et en fait, ma grand-mère, elle essayait de nettoyer mes blessures. Elle a appelé mon père et tout. Elle a essayé de nettoyer mes blessures. Et à un moment, moi, je me suis échappée et je me suis enfermée dans la salle de bain. Et je me suis mise dans la douche et j'ai commencé à crier « Je veux plus vivre, adieu monde cruel. » Et tout. Donc, ma grand-mère, évidemment, elle a entendu le bruit de la douche, elle a entendu « Je veux plus vivre. » Et elle s'est dit qu'en fait, elle est en train d'essayer de se noyer, de souffrir les veines, tout ça. Et en fait, elle a pris sa lime à ongles et elle a forcé la porte de la salle de bain avec une lime à ongles. Et en fait, moi, je n'étais pas du tout en train de me suicider. J'étais juste sur la douche en train de crier. Et elle m'a sortie de la douche. Et moi, je n'ai absolument aucun souvenir de ce truc-là. Et c'est du coup, ma grand-mère et ma cousine qui m'ont raconté. Et moi, je n'avais absolument aucun souvenir. Et en fait, c'est cette anecdote que j'ai mise dans mon histoire et je l'ai terminée par... Ce n'était pas la première fois que je fonçais sans mettre les freins. Ce n'était pas la dernière fois que je fonçais sans mettre les freins. En référence à la relation.
Ybelion — Tu vois, c'est pour ça que je pose toujours cette question parce que ça fait toujours naître des choses trop top. C'est que ce jeu-là, raconte-moi une histoire drôle ou triste pour connaître les gens. J'ai trop envie de jouer. C'est trop bien. C'est une trop bonne idée. Et je pense qu'au-delà de ça, si je devais faire un portage qui aideront peut-être certains, c'est un jeu auquel tu peux jouer avec à peu près n'importe qui pour développer ta créativité. Si tu ne sais pas ce que tu as envie d'écrire et sur quoi tu as envie d'écrire, joue à ce jeu avec quelques potes et tu verras tout de suite que tu auras envie de raconter des trucs. Parce qu'en fait, ça va te revenir. On a tendance à les oublier, ces histoires. Et quand on se pose en disant « Attends, il faut que je raconte une histoire qui est plutôt drôle. » Et là, ça vient. C'est trop bien. Trop bonne idée. Trop bonne idée. Et 6 mégaoctets disponibles, j'ai vu, sur ton site. C'est ça ?
Camille Colva — Oui. Alors après, pour le commander... Alors moi, je ne fais pas de... On ne commande pas auprès de moi. Il y en a qui le font. Mais en fait, mes exemplaires auteurs sont très chers. C'est l'inconvénient de ne pas passer par Amazon. Donc en fait, à part pour les salons et tout, je n'en commande pas parce qu'en fait, si je fais les exemplaires auteurs et puis plus les frais de port, en fait, je vends à perte. Donc je ne fais pas ça. OK. Mais par contre, l'avantage un peu de BOD, c'est qu'il me met automatiquement partout. Donc je suis sur Amazon, sur la FNAC, sur Cultura. Moi, ce que je recommande aux gens, c'est d'aller en librairie alors évidemment, je ne suis pas trouvable comme ça en librairie. Mais par contre, je suis sur les catalogues des libraires.
Ybelion — Voilà, on peut aller à l'accueil.
Camille Colva — Voilà, on peut tout à fait voir un libraire. Alors parfois, quand les romans sont auto-édités, ce qu'ils demandent, c'est de payer d'avance parce qu'ils ont un peu peur de ne pas le vendre derrière. Mais moi, je n'ai jamais... Alors, il y en a... J'ai entendu des histoires d'auteurs auto-édités dont les lecteurs ont essayé de commander leurs romans en librairie et la libraire a dit « Oh non, c'est auto-édité, donc je ne commande pas. » Moi, je n'ai jamais eu ce problème. Ils ont toujours commandé. La seule chose qui parfois est arrivée, c'est qu'on demande de payer d'avance. Mais bon, si de toute façon, tu comptes l'acheter, payer maintenant,
Ybelion — ça ne sert pas d'avance. Oui, exactement. Ok, trop cool, trop cool. Donc, dispo partout. De toute façon, je partagerai les liens en description. Et c'était un plaisir, Camille. Franchement, 6 Mégaoctets, moi, j'ai très envie de découvrir pour toutes les raisons que j'ai évoquées et merci d'avoir partagé autant de petites anecdotes sur toi, ton écriture et ton parcours.
Camille Colva — Merci à toi. et ton parcours.
Merci.