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Conseil d'écriture

Varie la longueur de tes phrases

Une page lue en silence garde un tempo, celui que lui donne la longueur de tes phrases.

Le style

Ce que dit le conseil

Tu comptes les mots de tes dix dernières phrases et tu obtiens quatorze, treize, quinze, quatorze, ainsi jusqu'au bout. Toutes font entre douze et seize mots. Le conseil te fait casser cette régularité : des phrases brèves, moyennes et longues se relaient pour que la page change d'allure d'une ligne à l'autre.

Gary Provost, auteur et professeur d'écriture américain, en a donné la démonstration qu'on cite, dans 100 Ways to Improve Your Writing (1985). Son passage commence par « This sentence has five words. Here are five more words. » Les phrases de cinq mots s'y suivent jusqu'à la monotonie, puis leur longueur se met à changer, et l'auteur écrit qu'en la variant il crée de la musique.

Pourquoi on te le répète

Dans une salle d'attente, un lycéen suit une page où toutes les phrases ont la même carrure. Vers la dixième ligne, ses yeux avancent encore et son attention a décroché, bercée par un balancement qui ne change pas. Quatre mots le rattrapent. L'oreille s'habitue vite à une cadence et cesse de l'entendre. Un changement de longueur la réveille et pose le poids où tu le veux : la phrase courte frappe après une longue, la longue laisse de la place à un geste qui dure, à une hésitation, à un paysage. La démonstration de Provost marche pour cette raison, on y entend la monotonie avant d'entendre la musique.

Et dans la vraie vie

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Comment ce conseil peut mal tourner

D'un bout à l'autre, la page halète et ses effets s'annulent : tout y a été coupé court pour faire du rythme. Je me méfie de cet excès inverse, celui où tu coupes toutes tes phrases et où tu colles un « Et » en tête de chacune pour créer un pseudo-rythme. C'est là que ce conseil devient un piège, puisqu'à ne regarder que la longueur de tes phrases, tu te déconnectes de tout ton processus d'écriture. L'alternance suivie comme une recette fabrique un autre moule, une courte, une longue, une courte, aussi prévisible que la régularité qu'elle remplace.

Pour L'Étreinte Éthérée, je voulais un rythme plutôt rapide, alors ce tome 1 penche d'un seul côté, celui des phrases courtes, avec environ 9 mots par phrase en moyenne. Depuis, j'ai rallongé des phrases en réécrivant la suite de la trilogie. Varier la longueur, c'est donc un conseil de rythme, et ça casse pas mille et une pattes à un mille-pattes. Oui, c'est intéressant de ne pas avoir toujours des phrases de la même taille, et en même temps tu n'irais pas dire ça à quelqu'un qui écrit en alexandrins. Je ne le mets pas plus haut parce qu'il peut devenir un piège. C'est un conseil à prendre avec modération, bon à te rappeler de temps en temps, pour regarder une page et te dire que là, peut-être, tu pourrais varier. Ce que tu as besoin de te répéter tous les jours, ce sont tes intentions.

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Un contre-exemple

Mathias Énard fait tenir Zone (2008) dans une seule phrase d'environ cinq cents pages. Trois chapitres seulement font exception, écrits en phrases ordinaires : ils reproduisent des pages du livre que lit le narrateur. Le monologue d'Énard a reçu le prix Décembre 2008 et le prix du Livre Inter 2009.

Donc y'a pas de solution miracle.

Mon verdict dans la tier list

BÇa casse pas 1001 pattes à un 1000 pattes
Et toi, tu le classes où ?

Pour continuer

L'atelier offert

Le rythme de tes phrases sert une intention, que tu formules avant de toucher à la moindre virgule.

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