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Conseil d'écriture

Termine chaque chapitre sur un cliffhanger

Shéhérazade a tenu mille et une nuits en arrêtant chaque soir son conte avant la fin.

L'histoire

Ce que dit le conseil

Le téléphone du mort se met à vibrer dans la poche de ton inspectrice. Tu passes à la ligne, tu écris « Chapitre 9 » et tu laisses sonner. Le conseil veut cette coupe à la fin de chaque chapitre, sur toute la longueur du livre. Un cliffhanger laisse une scène en suspens au moment où l'on veut le plus connaître la suite. La règle y ajoute « chaque », ce qui supprime les fins de chapitre apaisées.

Cette règle se rencontre sans signature, plutôt comme une habitude de métier. R. L. Stine, l'auteur de la série Goosebumps, dit à la radio NPR le 18 octobre 2015 : « every chapter is a cliffhanger », chaque chapitre est un cliffhanger. Il raconte sa façon d'écrire ces livres et n'en tire aucune consigne pour les autres.

Pourquoi on te le répète

Dans un feuilleton, la dernière ligne d'une livraison doit faire acheter la suivante. Les romans de Charles Dickens ont paru ainsi, par épisodes, avec des fins en suspens qui gardaient le public en haleine. Le conseil transpose à chaque chapitre cette technique née pour chaque livraison. La fin d'un chapitre est une sortie commode, où une question restée ouverte donne une raison de rester. Pour toi qui écris, la règle a un autre mérite : elle t'oblige à vérifier que chaque chapitre met une question en jeu.

Et dans la vraie vie

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Comment ce conseil peut mal tourner

Vers le chapitre quinze, les sursauts ont cessé. Ton lecteur a compris que chaque dernière ligne lui réserve une surprise, alors il la lit comme une formule de politesse. La cause est dans le mot « chaque ». Une alarme qui sonne à toutes les pages ne prévient plus de rien, et les chapitres faits pour se refermer, une guérison, une réconciliation, reçoivent un coup de théâtre dont ils se passaient très bien. Une règle pareille a pourtant un attrait, elle décide à ta place de l'endroit où couper. On me pose souvent une question de la même famille : « est-ce que mon chapitre est trop long ? » Je commence par sourire, puis je demande pour qui il serait trop long.

Comme lecteur, je suis très fan des cliffhangers, donc un peu biaisé. Même dans un essai, j'adore qu'un chapitre se referme sur une question un peu existentielle, et je veux aussitôt savoir ce qui se passe à la page d'après. J'allais dire B. Sauf que derrière ce conseil, il y a la façon dont tu donnes envie à ton lecteur d'y retourner. Alors je le monte en A, parce que je pense que le suspense fait partie du rythme. Un cliffhanger peut d'ailleurs tomber sur un moment plat : après des pages où le rythme était très haut, il redescend d'un coup, c'est presque bizarre, et tu te demandes ce qui arrive juste après. Donner envie d'y retourner, c'est ce que j'ai cherché avec la dernière ligne de L'Étreinte Éthérée : elle tient en deux mots, « Une prophétie ? », et je l'ai choisie pour qu'on ouvre le tome 2.

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Un contre-exemple

La Vie mode d'emploi (1978), de Georges Perec, tient en 99 chapitres, un par pièce d'un même immeuble. Leur ordre est fixé d'avance par une contrainte. D'un chapitre au suivant, le livre change de pièce comme un cavalier se déplace aux échecs, sur un damier de dix cases sur dix.

Donc y'a pas de solution miracle.

Mon verdict dans la tier list

AGénie intemporel (ou presque)
Et toi, tu le classes où ?

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