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Conseil d'écriture

Sois sadique avec tes personnages

On peut aimer un personnage et lui écrire quand même sa plus mauvaise journée.

L'histoire

Ce que dit le conseil

« Be a sadist. », sois sadique, écrit Kurt Vonnegut en tête de sa sixième règle. Il poursuit : « No matter how sweet and innocent your leading characters, make awful things happen to them », si doux et innocents que soient tes personnages principaux, fais-leur arriver des choses affreuses. La fin de la phrase donne la raison, montrer aux lecteur·ices de quoi ces personnages sont faits. À une libraire sans histoire, la règle envoie un huissier, puis un dégât des eaux.

Vonnegut la range parmi huit règles pour écrire une nouvelle, dans l'introduction de son recueil Bagombo Snuff Box (1999). Il les désamorce aussitôt : Flannery O'Connor, écrit-il, a enfreint presque toutes ses règles, sauf la première.

Pourquoi on te le répète

Le nez dans un roman, un voyageur a raté son arrêt de bus. L'apprentie qu'il suit depuis cent pages a été chassée de l'atelier. Il veut savoir où elle dormira ce soir.

Tant que tout va bien, un personnage n'a rien à décider. L'épreuve l'oblige à choisir. Ses choix le montrent mieux qu'un portrait, c'est le pari de la règle. La liste de Vonnegut se retient par sa forme, huit consignes numérotées, d'une ou deux phrases, que des sites republient telles quelles.

Et dans la vraie vie

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Comment ce conseil peut mal tourner

« Il ne lui est rien arrivé de grave depuis cinq chapitres. » Avec cette phrase en tête, on ajoute un deuil, puis un incendie, puis une trahison. Les coups tombent sans que le personnage ait rien à choisir. Il encaisse, se relève, encaisse encore sans qu'on apprenne rien de lui. La consigne passe aussi sous silence ce que ces pages coûtent à l'auteur·ice. Certains jours, il faut écrire une scène triste alors qu'on est euphorique, très content, et qu'on n'a pas tellement envie de s'y replonger.

Le mot « sadique » se veut piquant. Je dirais plutôt : sois vrai avec tes personnages, fais-leur traverser ce qu'ils ont besoin de traverser. Ce conseil-là est en S, et paf, ça fait des Chocapic. Une histoire raconte une évolution, avec ses conflits de valeurs, et ça se résout quand tu places ton personnage face à ses responsabilités. C'est ça qui t'oblige à un peu de sadisme, quelque part. Ose le faire. Souvent, quand on n'ose pas, c'est qu'on n'ose pas non plus dans sa propre vie. Ça m'est arrivé avec Baltem, mon personnage principal, qui est coincé dans sa tête et ne commence à s'autoriser ses émotions qu'au tome 2. Son arc m'a résisté un bon moment, avec une espèce d'inconfort que je ne m'expliquais pas. Le jour où j'ai compris que Baltem, c'était moi, et que je devais l'obliger à verbaliser ses émotions, tout s'est débloqué. Comme par hasard, c'était aussi mon propre enjeu.

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Un contre-exemple

Hayao Miyazaki signe avec Mon voisin Totoro un film que le critique Roger Ebert décrit ainsi : « A film with no villains. No fight scenes. No evil adults. » Le film se passe de méchants, de scènes de combat et d'adultes malfaisants. L'inquiétude y existe pourtant, puisque la mère des deux fillettes est hospitalisée et que la cadette se perd. Ce film, qu'Ebert a rangé parmi ses « Great Movies », est sorti au Japon le 16 avril 1988.

Donc y'a pas de solution miracle.

Mon verdict dans la tier list

SEt paf, ça fait des Chocapic
Et toi, tu le classes où ?

Pour continuer

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Avant de malmener tes personnages, on met au clair ce que leurs épreuves doivent faire ressentir.

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