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Conseil d'écriture

On doit toujours commencer in medias res

Les spectateurs d'un naufrage veulent savoir qui sait nager avant de demander le nom du bateau.

L'histoire

Ce que dit le conseil

Un animateur d'atelier lit ta page 1, la trouve lente et donne la consigne : coupe les présentations, ouvre sur une scène déjà lancée. Ton roman commençait par le réveil de ta guide de montagne, il commence désormais sur la corde qui file entre ses gants. On appelle in medias res, « au milieu des choses », cette entrée directe dans l'action. Le « toujours » en fait une obligation, quel que soit le livre.

On doit l'expression à Horace, qui ne donne aucun ordre : dans son Art poétique, il décrit Homère. Le mot « toujours » s'y trouve, « semper ad eventum festinat », mais il qualifie la hâte du poète vers le dénouement. En 1999, Kurt Vonnegut donne aux nouvellistes une forme impérative : « Start as close to the end as possible », commence aussi près de la fin que possible. Le « on doit toujours » du titre n'a pas d'auteur.

Pourquoi on te le répète

Sur scène, un groupe attaque son morceau le plus rapide et attend la fin du deuxième pour dire bonsoir. Le conseil donne cet ordre au roman, avec le mouvement en tête et les explications pour plus tard, quand le public a une raison de les écouter. Il rend aussi service à l'auteur·ice. Un brouillon s'échauffe volontiers pendant dix pages, le temps d'un réveil et d'un trajet, avant que l'histoire démarre. Chercher la scène déjà lancée revient à trouver la page où ton livre commence pour de bon.

Et dans la vraie vie

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Comment ce conseil peut mal tourner

« Le chien aboya. Elle lâcha le sac, sauta la grille, courut vers la route. » Ta page 1, réécrite pour obéir, ressemble maintenant à ça. Tout y bouge et rien n'y pèse encore. Cette femme reste une silhouette, son sac pourrait contenir n'importe quoi. L'action est arrivée avant qu'on tienne à quelqu'un. Le roman lent qui se déguise donne une autre page abîmée. Une histoire de deuil dans une maison de campagne reçoit en ouverture une poursuite empruntée à un chapitre du milieu, qui annonce un livre haletant qu'elle ne sera jamais.

Ouvrir un livre en plein milieu de l'action, oui, c'est un bon conseil. Mais quand je lis un roman très calme ou un essai, je n'en ai aucune envie. Du coup, je le range en C et je n'ai pas grand-chose à en dire de plus. Mon tome 1 s'ouvre d'ailleurs sur une page d'histoire : « Depuis bientôt cinquante ans, la stabilité régnait à Karnoa. » C'est la première phrase que j'ai écrite et je n'ai pas envisagé de commencer sans elle. J'aime bien l'expression, quand même. In medias res, ça donne l'air intelligent et ça s'étale comme la confiture. Je te la conseille pour un premier rendez-vous, si la personne en face ne lit pas beaucoup. Tu glisses que toi, tu es quelqu'un d'in medias res, que tu es dans le mouvement, dans la vie.

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Un contre-exemple

« De la genealogie & antiquité de Gargantua » est le titre du chapitre I du Gargantua de Rabelais. Le roman part des ancêtres. Il raconte ensuite, au chapitre III, les onze mois que le héros passe dans le ventre de sa mère. La naissance n'arrive qu'au chapitre VI.

Donc y'a pas de solution miracle.

Mon verdict dans la tier list

CC'est plutôt bien… MAIS
Et toi, tu le classes où ?

Pour continuer

L'atelier offert

La scène qui ouvre ton livre se choisit d'après ce qu'il promet à ses lecteur·ices.

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