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Coaching· 11 min

Accompagnement écriture livre : l'histoire d'Anaïs

Se faire accompagner pour écrire son livre, c'est quoi vraiment ? Affronter chaque obstacle, de A à Z. L'histoire d'Anaïs, de « je sais pas faire » à son roman.

Ybelion (Samuel Le Parc), casquette verte à l'envers et doudoune léopard, le bras tendu pointant l'horizon au coucher du soleil

Accompagnement à l'écriture d'un livre : de « je ne sais pas faire » à son premier roman

« Je sais pas comment m'y prendre. Je sais pas par où commencer. Je sais pas faire, j'ai pas appris à faire. »

C'est par là qu'Anaïs est arrivée. Avec une histoire qui lui collait à la peau, des idées plein la tête, et quarante mille questions qui tournaient en boucle pour l'empêcher de poser le premier mot. Par quoi je commence, par quoi je finis, comment je coupe mes chapitres, et qu'est-ce que les gens vont en penser. Elle avait déjà essayé, seule, quelques mois plus tôt. Elle avait vite lâché.

Et puis, deux ou trois jours après une de nos premières séances, je reçois un message. « J'ai laissé tomber les exercices d'échauffement. J'ai commencé mon livre. » Je vais le dire cash, sans que ce soit méchant : ça faisait des mois qu'elle ne faisait rien. Huit mois et demi plus tard, son manuscrit était terminé. Si tu cherches ce que veut dire se faire accompagner pour écrire son livre, c'est cette bascule-là qu'il faut regarder. Qu'est-ce qui s'est passé, entre les deux ?

Le mythe de l'écrivain qui s'en sort tout seul

On a une image très romantique de l'écriture. L'auteur seul face à sa page, dans son grenier, qui accouche de son œuvre à la force du poignet. La solitude comme condition du génie. Et c'est vrai qu'écrire est un geste qu'on pose seul, personne ne tiendra le stylo à ta place.

Mais Anaïs a mis le doigt sur quelque chose de plus juste à la fin de notre travail. Je lui demandais ce qu'elle dirait à quelqu'un qui hésite. Sa réponse : « On dit souvent que l'écriture, c'est solitaire. En fait, pas vraiment. Dans l'écriture, il faut aussi savoir s'entourer. »

Et oui, quand on veut y aller seul, on a beaucoup d'abandon. Parce qu'à un moment donné, on bloque. Et si on est seul face au blocage, il n'y a personne pour nous dire : reprends peut-être autrement.

Voilà le vrai sujet. Ce n'est pas que tu sois incapable d'écrire seul, c'est que la route est longue, qu'elle traverse des zones où on perd la foi, et qu'à ces endroits précis, beaucoup de rêves de livre meurent en silence. Un accompagnement à l'écriture, dans le fond, sert à ça : t'empêcher d'abandonner seul un jour où tu n'allais pas bien.

Un accompagnement à l'écriture, c'est affronter chaque obstacle avec toi

Si je devais le résumer le plus simplement du monde : un accompagnement, c'est avoir quelqu'un avec toi de A à Z, pour suivre ton projet et affronter chacun des obstacles que tu rencontres, au moment où tu les rencontres.

Insiste bien sur « au moment où tu les rencontres ». C'est là que ça se distingue d'une formation ou d'un programme tout fait. Une formation te livre un contenu, le même pour tout le monde, dans un ordre décidé d'avance. Un accompagnement épouse ton chemin réel, avec tes obstacles à toi, qui ne se présentent jamais dans le bon ordre ni au bon moment.

C'est aussi pour ça qu'il ne faut pas le confondre avec ce qu'on trouve le plus souvent quand on tape « aide pour écrire un livre ». La relecture, la correction, la prestation éditoriale, le ghostwriting : tout ça travaille sur le texte, sur l'objet. Ça a de la valeur, et il y a un moment pour ça. Mais ça intervient une fois que les mots existent. L'accompagnement dont je parle travaille en amont, sur la personne qui doit poser les mots, sur ce qui l'empêche d'avancer et sur qui elle devient en avançant. Anaïs n'avait pas besoin qu'on corrige ses chapitres au départ. Elle avait besoin de quelqu'un pour l'aider à oser écrire le premier.

Regarde le parcours d'Anaïs. Au début, c'est le manque de confiance et les quarante mille questions. Puis le regard des autres, cette peur de ce qu'on va penser d'elle si elle ose écrire. Plus tard, c'est ce qu'elle a appelé « la fameuse petite voix », celle qui était très négative au départ et qu'on a appris, ensemble, à écouter plutôt qu'à faire taire. On a fini par découvrir qu'elle était protectrice avant d'être méchante. Encore après, c'est la santé de son père qui se dégrade, et l'envie de tout envoyer valser. Aucun de ces obstacles n'était prévu au programme. Aucun ne pouvait l'être.

Le rôle de l'accompagnement, ce n'est pas de réciter un plan. C'est d'être là, présent, quand chaque tête de l'hydre se présente, et de t'aider à trouver, toi, comment la traverser. Ce travail d'aller chercher tes propres réponses plutôt que de te donner les miennes, c'est précisément ce qui se joue dans une séance. Et c'est ce qui fait qu'au bout du compte, tu n'as pas seulement fini un livre. Tu es devenu quelqu'un capable d'aller au bout d'un projet.

D'ailleurs, soyons honnêtes sur ma part du boulot. Anaïs m'a remercié, et je prends le compliment avec beaucoup de gratitude. Mais je ne l'ai pas sauvée. Je lui ai juste appris à utiliser ce qu'elle avait déjà en elle. La matière était là depuis le début. Mon métier, c'est de créer l'espace pour qu'elle remonte à la surface.

Maintenant, tous les accompagnements ne se valent pas. Si tu envisages de te faire aider, voici trois repères très concrets pour savoir si tu as affaire à quelque chose de sérieux. Ce sont, au fond, ma propre définition d'un accompagnement digne de ce nom.

Reconnaître un bon accompagnement : clair sur la promesse

Premier repère : la clarté sur l'objectif et sur la promesse. Tu écris pour quoi, pour qui ? Pour viser une maison d'édition ? Pour vendre ? Pour toi, pour te libérer de quelque chose ? Aucune de ces réponses n'est meilleure qu'une autre. Mais un accompagnement qui ne pose pas cette question, ou qui te vend un même résultat quelle que soit ton intention, te ment un peu.

Et cette clarté n'est jamais figée. Le cas d'Anaïs est parlant. « Au départ, j'écrivais pour moi. C'est justement ça qui a fonctionné, parce que j'avais besoin de me libérer de choses. » Son livre touchait à son histoire personnelle, et écrire était d'abord un exutoire, une manière d'avancer dans sa vie qui n'avançait pas. L'objectif « édition » serait venu polluer ça, au début.

Et puis, en cours de route, ça a basculé. « Là, j'ai un autre besoin. C'est de le laisser s'envoler. Laisser envoler mon histoire. » L'édition est devenue une vraie intention, portée par le désir que son histoire voyage et rende hommage. Un bon accompagnement entend ce glissement et s'adapte, au lieu de t'enfermer dans l'objectif du jour 1. C'est tout le travail de la Clarté d'Intention, le premier des trois piliers sur lesquels on s'appuie : savoir, vraiment, pourquoi ce livre te tient.

Clair sur le fonctionnement : un cadre à ta taille

Deuxième repère : la clarté sur le fonctionnement. Comment ça se passe, concrètement, semaine après semaine ? Et surtout, est-ce que le cadre s'ajuste à toi, ou est-ce qu'on te plaque un moule censé marcher pour tout le monde ?

Anaïs a un côté qu'elle qualifie elle-même de scolaire. Pour elle, me rendre des comptes était un moteur énorme. « Je peux pas lui dire que j'ai écrit dix mots aujourd'hui, c'est pas possible. » Elle a vite trouvé son rituel, ce qu'elle décrivait joliment comme « prendre rendez-vous avec moi-même » tous les matins. Mais ce cadre, on l'a cherché ensemble, et le premier qu'on avait posé n'a pas tenu.

L'anecdote me fait toujours sourire. On était parti sur « j'écris après avoir pris ma douche ». Sauf qu'à la séance suivante, elle me dit : le problème, c'est que je repousse ma douche, donc je repousse l'écriture, donc je n'écris pas. Une lucidité magnifique sur sa propre mécanique. Elle avait trouvé le moyen de contourner le cadre qu'elle s'était fixé. On a basculé sur des horaires fixes, des vrais, qu'on ne peut pas décaler. Et là, ça s'est débloqué.

Un programme tout fait n'aurait jamais attrapé ce détail. Aucune méthode universelle ne te dira que c'est ta douche qui sabote ton roman. C'est tout l'enjeu de la Clarté de Rythme : trouver le tien, celui qui épouse ta vie, et pas le rythme brillant d'un auteur que tu admires et qui ne te ressemble pas.

Quelqu'un qui n'achète pas tes limites

Troisième repère, et c'est sans doute le plus important. Un bon accompagnement est à l'écoute et profondément bienveillant. Mais il n'achète pas tes limites. Il te dit ce que tu as besoin d'entendre, pas seulement ce que tu as envie d'entendre.

Ça commence souvent par croire en toi plus que tu n'y crois toi-même. Anaïs l'a très bien dit à propos de notre première visio. « J'ai senti que tu y croyais plus que moi-même à mon histoire. Je me suis dit : qu'est-ce que j'ai à perdre ? Tentons l'aventure. » Cette première rencontre, je l'offre toujours, parce que je ne travaille avec personne sans avoir vu son énergie en face. Elle sert à dissiper le brouillard des quarante mille questions, et à révéler ce qui se cache derrière : presque toujours, des blocages bien plus profonds que la simple méthode.

Mais ne pas acheter tes limites, ça se joue surtout aux moments durs. Pour Anaïs, le creux est arrivé vers le quatrième mois. Des soucis personnels, une story postée à chaud où elle annonçait qu'elle allait sûrement tout arrêter, l'écriture comme le reste. C'est un phénomène que je vois revenir souvent, ce contre-coup du milieu qui frappe quand l'élan du départ est retombé et que la ligne d'arrivée semble encore loin.

Mon rôle, à ce moment, n'était pas de la pousser à serrer les dents coûte que coûte. Ni de valider gentiment l'abandon pour lui faire plaisir. On a trouvé une troisième voie : « Si tu as besoin d'une pause, prends une pause. Mais tu te fixes une date, et derrière, tu reprends. » Une pause, pas un stop. Elle a repris. Et c'est sur cette période qu'elle a réalisé l'ampleur de ce que l'écriture lui apportait.

Le plus beau signe que ça a marché, c'est un glissement de mots qu'elle a fait sans le vouloir, vers la fin. Au début, elle disait « il faut que je me fasse confiance ». À la fin, elle disait « je peux me faire confiance ». Le « il faut » a disparu. Personne ne le lui a soufflé. C'est le genre de transformation qui arrive quand quelqu'un, à côté, refuse de te laisser croire que tu es plus petit que tu ne l'es. C'est exactement le travail de la Clarté d'Identité : non plus ce que tu écris, mais qui tu deviens en l'écrivant.

Alors, faut-il se faire accompagner pour écrire son livre ?

Je ne vais pas te dire que c'est obligatoire. Des gens écrivent de très beaux livres seuls. Et un accompagnement ne remplacera jamais le fait de t'asseoir et de poser tes mots, un par un.

Mais si tu te reconnais dans l'Anaïs du début, celle des quarante mille questions et du « je sais pas faire », pose-toi honnêtement la question qu'elle a posée. Combien de fois as-tu déjà commencé, seul, pour lâcher au premier vrai blocage ? L'écriture est peut-être le seul sport d'équipe qui se pratique à une personne. Tu écris seul. Mais tu n'es pas obligé de traverser seul les endroits où tu bloques.

Anaïs a conclu nos échanges par une phrase qu'elle a tenu à répéter. « Je ne serais pas celle que je suis aujourd'hui sans cet accompagnement. » Pas seulement une autrice qui a fini son manuscrit. Quelqu'un qui sait, désormais, qu'elle est capable d'aller au bout. Ça, ça ne s'oublie pas.

Et moi, dans tout ça ? Le matin où on a enregistré cet échange, j'étais d'humeur mélancolique, en mode « à quoi bon ». En l'écoutant, je me suis rappelé pourquoi je fais ce métier. On s'accompagne plus qu'on ne le croit, dans les deux sens. C'est peut-être ça, au fond, le moins solitaire des chemins.


J'ai enregistré toute la discussion avec Anaïs dans l'épisode 107 du podcast Ose Écrire, de « je sais pas faire » à son premier roman. Elle y raconte son parcours avec ses mots à elle.

Et si tu sens que tu portes un livre depuis trop longtemps et que tu aimerais ne plus avancer seul, c'est ce que je fais dans Ose Écrire. On commence toujours par une première rencontre offerte, juste pour dissiper le brouillard et voir si l'aventure nous tente, tous les deux.

Ybe

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Ecrit par Ybe

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