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Pochette de l'épisode 71 du podcast Ose Écrire

ÉPISODE 71AVEC INVITÉ7 DÉCEMBRE 202573 MIN

Discussion avec Morgane Lefèvre

Clarté · Intentionvoyage
00:001:13:23

FACE A — LES 20 CHAPITRES · CLIQUE POUR ÉCOUTER

Faut-il connaître le chemin avant de partir ?

CE QUE RACONTE CET ÉPISODE

Morgane Lefebvre a marché cinq ans vers l'est, de Briançon aux frontières de Chine et d'Afghanistan, avec son compagnon, un âne, un mulet et trois chiens. Turquie, Géorgie, Arménie, six mois en Iran, Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizistan. Six mois de préparation avant le départ, à tout vendre et tout couper.

Ce qu'ils savaient en partant tient en un mot : le cap. Pas la durée, pas l'itinéraire, pas ce qu'ils allaient croiser. À force qu'on lui dise que c'était impossible, elle a arrêté d'en parler et s'est contentée d'avancer.

C'est exactement ce que je vois chez les auteurs que j'accompagne. Une intention limpide, et un chemin illisible tant qu'on ne l'a pas parcouru. Elle refuse d'ailleurs le mot « coup de tête » : ce qui part du cœur n'est pas une impulsion, c'est une évidence. Et depuis la sortie de son livre, elle croise beaucoup de gens qui préparent leur départ si longtemps qu'ils ne partent jamais.

Dans cet épisode, on parle aussi du troc improbable qui lui a donné son premier âne, des quatre ans et demi qu'a demandés Au bord des mondes, et de ce qui se passe quand elle laisse l'âne et le mulet prendre la parole dans le livre.

LE CAROUSEL DE L'ÉPISODE

CAROUSEL À VENIR

Les slides de cet épisode arrivent bientôt dans la bibliothèque visuelle.

Face B — le transcript

L'ÉPISODE MOT À MOT · LES TIMECODES LANCENT L'ÉCOUTE

Évidemment, tu te doutes bien que ce n'est pas moi qui ai tapé tout ce transcript à la main… Alors oui, il y a parfois des incohérences et des erreurs. Et sur les discussions, il arrive même que les voix se mélangent. Comme quoi, rien de mieux que d'écouter l'épisode plutôt que de le lire !

Cinq ans à pied vers l'est

Ybelion — Yo yo, c'est Ybelion. Aujourd'hui, épisode très spécial où j'accueille Morgane Lefebvre, qui a voyagé à pied avec son âne, son mulet, ses trois chiens et son compagnon de l'époque, de Briançon jusqu'aux frontières de Chine et d'Afghanistan pendant 5 ans. Elle en a fait un livre et on parle de tout ça. Je vous jure, cet épisode est absolument inspirant, surtout pour ceux qui ont peur d'oser. Sur ce, je vous souhaite une très bonne écoute et je vous dis à très vite. Moi, c'est Sam Ybelion de Mon Nom de Plume. Je suis écrivain, coach et j'accompagne celles et ceux qui veulent renouer avec leurs rêves d'écriture. T'écoutes un podcast dont l'intention est simple, te donner inspiration, outils, motivation, discipline, bref, tout ce qui peut te permettre d'oser écrire. En gros, c'est un peu dans le titre, quoi. Ose Écrire. Merci de venir te plier à l'exercice.

Morgane Lefèvre — Écoute, avec plaisir, c'est rigolo.

Ybelion — Et alors, du coup, spontanément, là où par où j'aimerais commencer, c'est peut-être le départ. Je me dis, comment tu prends la décision de dire, vas-y, je vais partir. Et puis, ça va être long et ça va être une aventure de fou, aussi imprévisible. Comment tu décides de faire ça, de faire ce voyage-là ?

L'étincelle : sa petite sœur et la ligne droite jusqu'en Ukraine

Morgane Lefèvre — En fait, il y a plusieurs histoires qui se raccordent à ça. La toute première, on va dire la première dont je parle rarement, mais qui en fait est quand même un peu l'étincelle de ce départ, c'est que l'année avant que je parte, il y a un mois pendant lequel j'ai fait énormément de kilomètres pour différentes raisons, qu'elles soient amicales, professionnelles et familiales. Et ma petite sœur, qui a 14 ans de moins que moi, je ne sais pas quelle âge à l'époque, que j'avais 23, donc du coup, elle était toute jeunette. Et elle me dit, tous ces kilomètres que tu as faits, vas-y, on calcule et on regarde. Si tu étais partie vers l'Asie, si tu étais partie à l'Est, tu avais quitté la France avec ton camion, parce que je me déplaçais en camion à l'époque, jusqu'où tu serais allée ? Et on a regardé et j'aurais pu aller jusqu'en Ukraine. Et du coup, c'est la première fois où je me suis dit, mais pourquoi je reste en France, en fait ? Pourquoi est-ce que je me bloque à ces frontières ? Pourquoi est-ce que je reste sur ce territoire alors que je pourrais découvrir autre chose ? Ça, c'est la première chose, c'est vraiment la première étincelle. Et après, j'avais le rêve d'aller jusqu'en Inde, d'aller en Inde depuis petite. Je ne sais pas exactement pourquoi, mais en tout cas, j'avais un imaginaire autour de l'Inde. Est-ce que j'avais vu des livres ? Est-ce que… J'en sais rien. Mais en tout cas, je peignais des dieux indiens et des déesses indiennes sur ma porte, sur mes murs quand j'étais jeune. Et j'ai essayé d'y aller deux fois en avion et ça n'a jamais fonctionné. À chaque fois, il y a eu quelque chose qui a fait que ça n'a pas été possible. Et donc, suite à cette révélation de pouvoir se déplacer par les terres, je me suis dit, en fait, je vais aller jusqu'en Inde et j'irai par les terres, ce qui sera une manière aussi de pouvoir découvrir d'autres manières de penser, d'autres manières de vivre, de fonctionner, de voir le monde. Et voilà, mais je ne savais pas exactement comment. Est-ce que j'y allais avec mon camion ? Est-ce que ça me paraissait compliqué ? J'avais la sensation aussi que ça me couperait peut-être des autres d'avoir ce confort, parce que mon camion était aménagé. Et donc, voilà. Du coup, je… Et à ce moment-là, je pars au Maroc. Donc, je pars au Maroc avec ce questionnement. Et puis, au Maroc, j'ai fait une rencontre très particulière avec un âne. Alors, on pourrait se dire, en France, il y en a plein aussi. Mais au Maroc, ils sont plus dans la rue. Et en tout cas… Et donc, j'ai fait une rencontre vraiment très particulière avec un âne. Et il s'est passé quelque chose qui est un peu indéfinissable. C'est un peu comme quand tu tombes amoureux, tu ne peux pas expliquer ce qui se passe avec l'autre. Voilà. Il y a eu quelque chose. Et donc, je me suis dit, mais en fait, je vais partir à pied en Inde avec un âne. Et suite à ça, je suis descendue dans le sud du Maroc, aux portes du désert. C'est un endroit où on a passé trois semaines, un mois. Et voilà, on a rencontré pas mal de familles. On a fait beaucoup de choses avec les gens. Et puis, il y a un Marocain qui est venu me voir. Moi, j'avais une bicyclette que j'avais récupérée dans une déchetterie à l'époque en France, que j'avais retapée. Et donc, je me baladais beaucoup en vélo. Je posais mon camion quelque part et je me déplaçais beaucoup en vélo. Et donc, ce Marocain vient me voir et me dit, écoute, j'aimerais beaucoup t'échanger ta bicyclette contre quelque chose. Et du coup, je lui dis, écoute, franchement, en France, tout le monde jette tout. Je te l'offre. Quand je rentrerai, j'en trouverai sûrement une autre. Et du coup, pour lui, non, c'était vraiment important qu'on fasse un échange. Et donc, il me dit, non, mais réfléchis, en fait. C'est pas pressé. Tu peux réfléchir un peu. Et puis, quand tu as trouvé ce que tu aimerais, on en rediscute. Et en fait, trois jours plus tard, il m'a entendu dire à quelqu'un à qui je raconterai, en fait, je crois que quand je vais rentrer en France, je vais me préparer et je vais partir à pied en Inde avec un âne. Et donc, il m'a dit, écoute, Morgane, c'est ça notre échange. Moi, j'ai un âne. Toi, t'as une bicyclette. C'est notre troc, quoi. Et donc, si tu veux, alors je n'ai pas pris cet âne parce qu'il n'avait pas de papier. Il avait que six mois. Il n'était pas sevré. Et sans papier, il n'aurait jamais pu traverser la Méditerranée. Mais c'est pas grave. Tu vois, je lui ai dit, en fait, t'as scellé quelque chose de bien plus grand que ça. Notre échange, il est bien plus grand encore que si tu m'avais donné ton âne. De ce moment, je sais que tout est possible et que si ma direction est très claire, tout l'univers se débrouillera pour que je puisse atteindre mon but. Et donc, voilà. Et du coup, ça démarre, voilà, avec ces trois étapes un peu de ma sœur, avec cette histoire d'Ukraine, de cette rencontre avec cet âne et de cet échange avec ce Marocain et cette histoire de tout est possible. Et puis, je suis rentrée en France. J'ai commencé à dire que j'allais partir à pied en Inde avec un âne. David, que je connaissais déjà, me dit, mais vas-y, je te suis. Et l'idée, ce n'était pas de partir voyager. L'idée, c'était on lâche tout, on part s'installer en Inde ou au Népal. Et sur la route, on apprendra des populations qu'on va rencontrer, des territoires qu'on va traverser. Mais voilà, il n'y avait pas d'histoire. Ce n'était pas un voyage. C'était devenu, OK, ce sera notre mode de vie. Donc, il n'y avait pas de durée de temps. On ne savait pas combien de temps ça nous prendrait. On ne savait pas par où on passerait. On ne savait pas ce qu'on croiserait sur notre route. En fait, il n'y avait rien dit. C'est marrant parce que c'est comme si on avait très clairement envisus l'objectif. Mais par où allait passer notre chemin pour atteindre cet objectif ? Nous n'en avions aucune idée.

« On savait où on allait, pas par où »

Tout vendre, tout couper : six mois pour partir

Ybelion — Je suis hyper touché. Et je trouve que c'est vraiment hyper inspirant. Tout ce que tu as raconté. Je ne sais même pas par où commencer. Déjà, bravo d'avoir osé ça, de l'avoir fait. Et je trouve qu'il y a tellement de belles choses positives et hyper inspirantes. Tu vois, ce que tu as partagé de dire qu'on avait un objectif et finalement, le chemin, on ne sait pas. En fait, c'est vraiment ça qui est magnifique dans la vie de manière générale et les objectifs. On se fixe toujours tout un tas de choses en oubliant qu'en fait, le chemin sera beau. Et surtout, on ne sait pas vraiment par lequel on va passer. C'est aussi ça qui est excitant.

Morgane Lefèvre — Il ne faut pas contrôler parce que si on veut contrôler, ça ne marche pas. Exactement.

Ybelion — Tu vois, et en vrai, c'est quelque chose que je partage beaucoup dans l'acte d'écrire. Quand on a envie d'écrire un livre. Mais en fait, tu vois, je n'avais jamais pensé. Mais le parallèle que tu fais avec un voyage comme ça, il est hyper intéressant. Parce qu'effectivement, si tu avais passé, tu aurais pu passer peut-être un, deux, trois ans à planifier ce voyage et à dire, je vais passer par là, par là, par là, par là. Et en fait, tu ne l'aurais peut-être jamais fait en attendant comme ça. Et quelque part, en partant. Alors, je n'ai pas la sensation que tu l'aies fait sur un coup de tête. Mais tu vois, en partant un peu plus de manière en disant, bon, vas-y, on va voir ce qui se passe. Quelque part, ça rend ça possible. Et putain, c'est fou.

Coup de tête ou coup de cœur ?

Morgane Lefèvre — Moi, je ne dirais pas que c'est un coup de tête, mais je dirais que c'est un coup de cœur. En fait, à un moment donné, et en tout cas, moi, je fonctionne beaucoup comme ça dans la vie. En fait, là, c'est ça, maintenant. Et du coup, si vraiment ça part du cœur, c'est que c'est juste... Après, ce que je vais vivre, ça ne voudra pas dire que tout sera simple. Et bien sûr. Dans ce voyage, il y en a eu beaucoup aussi. Mais c'est comme dans la vie. Mais en tout cas, ça a été vraiment... OK, maintenant, c'est ça, en fait. Et je vais le faire. Et comme beaucoup de gens, au début, me disaient, ah non, mais ce n'est pas possible. Tu ne peux pas aller jusqu'en Inde à pied avec un... Non, mais attends, tu te rends compte. Enfin, non, mais... Et donc, du coup, au bout d'un moment, je ne le disais plus. Mais mon objectif était toujours clair. Je n'en parlais plus. Mais juste, je faisais, en fait. J'avançais sur mon chemin. On a mis six mois à se préparer. On a donné toutes nos affaires, vendu nos véhicules, coupé les comptes bancaires, les assurances, etc. Et voilà pour cet objectif de partir. Donc, il y a des gens qui pourraient dire un coup de tête. Pour moi, ce n'est pas ça. Pour moi, c'est un coup de cœur. Et je pense qu'il y a une grosse différence entre les deux.

Ybelion — Oui, c'est très bien dit. Et tu as raison. Tu as raison de faire la distinction. Et qu'est-ce que tu... Est-ce que tu aurais un conseil pour quelqu'un, justement, qui a du mal à se... Je ne sais pas, à se faire confiance, ou en tout cas, à se faire confiance dans ce coup de cœur qu'il peut avoir, tu vois, et à se lancer dans cette espèce d'incertitude de rêve. Je ne sais pas si ma question est très claire, mais...

Le premier pas, ou sauter dans l'eau froide

Morgane Lefèvre — Si, mais ce que tu veux dire, après ce qu'on dit souvent, mais c'est que tout le monde le dit, en fait, c'est le premier pas le plus dur. Et donc, je vois, tu vois, en plus, depuis que j'ai écrit ce livre, que je partage, je rencontre beaucoup de gens qui ont le rêve de partir, pas forcément de la même manière, parce que chacun a son rêve et sa manière de voyager, etc. Et peu importe, en fait, si c'est ça qui est joli. Mais ce que je vois, c'est que les gens qui prévoient, comme tu dis, trop, trop longtemps, à l'avance, etc. Alors, il y a des gens pour qui ça marche, mais il y a des gens qui ont beaucoup peur et qui, en fait, ne partent jamais. Mais parce que le premier pas est vraiment le plus dur. Moi, ce que je dis souvent, c'est... Alors, après, chacun sa technique. Moi, je ne peux pas... Je fais la comparaison toujours avec les histoires d'eau froide, parce que j'adore me baigner. Et quand l'eau est froide, du coup, j'ai envie d'y aller aussi. Et donc, du coup... Mais je ne peux pas y aller doucement. Je ne peux pas y aller lentement. Je suis obligée de sauter dedans. Et je fais un peu la même chose avec ce qui m'effraie, où je me dis... Là, quand même, j'ai une inquiétude. Ou non, là, peut-être, ça ne va pas marcher. J'y vais, en fait. J'arrête de réfléchir. Je me dis... J'y vais. Je regarde. Je tente. Parce qu'en fait, ça coûte quoi ? Ça coûte quoi ? Au pire, tu vas rentrer. Une fois, j'ai rencontré une jeune femme qui était partie pendant... Alors, elle avait le rêve de faire un long voyage. Finalement, elle démarre toute seule avec un anneau de, je ne sais plus, et sa chienne. Et puis, au bout d'un mois, elle était en Espagne. Au bout d'un mois, sa chienne tombe malade. Et finalement, en désespoir de cause, elle se dit... Non, je ne peux pas, en fait. Là, c'est ma chine dans cet état-là. Je dois rentrer pour elle. Et donc, elle a arrêté son voyage. Quand elle est rentrée, il y a plein de gens qui lui ont envoyé le fait que ça n'avait pas fonctionné. Et moi, je lui disais... Mais attends, tu rigoles ou quoi ? Tu es une nana, toute seule. Tu es partie avec ton âne, ou tes ânes, je ne sais plus exactement. Tu es partie avec ton âne et ton chien. Tu as marché pendant un mois dans un territoire inconnu avec une langue que tu ne connais pas. Et tu es rentrée pourquoi ? Parce qu'en fait, tu avais une responsabilité envers un animal que tu aimes et qui a besoin de toi. Mais en fait, tu n'as rien raté du tout. C'est juste magnifique. Et même la personne qui partirait peut-être cinq jours, mais qui aurait fait ce pas-là, peut-être elle rentre. Et puis peut-être la prochaine fois, elle part 15. Et puis peut-être la prochaine fois, elle part un mois. Bon, après, on prend des supports de voyage, mais ça peut être n'importe quoi dans la vie, en fait.

Ybelion — Exactement. Et c'est un très beau message. C'est vrai que ça paraît quelque part un peu bateau de dire que le premier pas est le plus important. Mais en fait, c'est important de le dire, justement, parce que les gens, à force de remarquer aussi qu'en fait, c'est toujours ce premier pas que les gens mettent en avant, en fait, ça donne aussi envie de le faire. Et tu vois, dans l'exemple que tu cites, effectivement, ça marche dans tous les domaines. Et quelque part, même si tu rentres au bout de cinq jours, cette inertie d'oser faire ce premier pas dans ce domaine-là, te donnera aussi la force de le faire dans plein d'autres, en fait. Et de te connaître.

Morgane Lefèvre — C'est l'apprentissage de se connaître soi aussi.

Le regard de l'enfant et l'urgence de ne rien regretter

Ybelion — OK. Super introduction. Hyper inspirante. Et ici, il y a un truc que j'ai trouvé hyper touchant dans ton histoire, c'est le rapport du coup à ta petite sœur. Quelque part, tu vois, l'innocence créatrice de l'enfant qui n'a aucune barrière et qui se dit tout simplement, tu vois, tu tournes en rond et si tu faisais une ligne droite, jusqu'où tirer, tu vois.

Morgane Lefèvre — Et je ne sais pas, tu vois,

Ybelion — genre parfois, ouais, pensons comme des enfants, tu vois, ça solutionne des problèmes ou même posons les questions à des enfants quelque part.

Morgane Lefèvre — Mais souvent. Et puis, en fait, je crois que les enfants, ce qu'on perd des fois en étant adulte, c'est effectivement cette innocence du regard, cet émerveillement, mais aussi, ils ne se disent pas ça comme ça. Ça, c'est vraiment une manière adulte dont je vais l'exprimer. Mais en fait, pour moi, on est venu s'incarner ici la vie n'est pas hyper longue. En tout cas, dans cette vie, dans ce corps-là, moi, en tant que Morgane, on va dire ici. Et que du coup, en fait, on n'a pas le temps d'oublier nos rêves. On n'a pas le temps. On n'a pas le temps à perdre, en fait, pour être autre chose que ce qu'on doit être vraiment, pour être le plus honnête au plus proche de ce qu'on est, que ce soit avec les autres, que ce soit avec nous-mêmes, que ce soit sur les actions qu'on est venu faire ici. Moi, vraiment, j'essaie de vivre ma vie comme ça en me disant, mais en fait, voilà, profite de chaque moment, de chaque instant. Tu ne sais pas quand ça peut s'arrêter. Ça peut être demain, en fait. Je ne sais pas quand je meurs. Je n'en ai aucune idée. Et j'ai vraiment... Alors, on fait des choix toujours en conscience. Donc, des fois, on abandonne une chose pour pouvoir partir dans une autre direction. Et ça, il faut l'assumer et l'accepter. Mais c'est vraiment ce truc de je n'ai pas envie de regretter, en fait. Je n'ai vraiment pas envie de regretter.

Ybelion — Oui, tout à fait. Tout à fait. Et faire les choix en conscience, comme tu l'as dit, regarder son propre alignement aussi en face, et puis oser le saisir quelque part. Et tout le voyage que tu as fait, qu'est-ce qui t'a apporté vis-à-vis de toute cette posture ? Parce que je te sens justement très aligné avec toi-même quand tu parles de tout ça. Est-ce que c'est ton voyage qui t'a permis tout ça ou finalement, tu étais déjà quand même très ancrée avant ?

Le dénuement, la trame du monde, l'effet papillon

Morgane Lefèvre — Non, je ne dirais pas que j'étais très ancrée avant. Par contre, j'étais quand même en lien avec une forme de spiritualité, même si je ne pourrais pas exactement la nommer. Après, je dirais, le voyage, c'est comme la vie. Souvent, ce que je dis, parce qu'après, les gens me posent souvent cette question. Et alors, le retour à la réalité n'est pas trop dur. Et donc, je dis toujours, non, mais c'était déjà la réalité, en fait. J'étais déjà vraiment dans le monde, je vivais déjà vraiment. Enfin, voilà. Mais pour moi, le voyage est une aventure, la vie est une aventure. Après, ça dépend à chacun de poser un regard dessus d'aventurier, en fait. Je dis tout le temps, mais le matin, quand tu te lèves, tu ne sais pas ce que tu vas vivre aujourd'hui. Tu ne sais pas qui tu vas rencontrer. Tu ne sais pas quelles phrases tu vas entendre. Tu ne sais pas ce qui va se passer qui va potentiellement changer ta vision du monde, changer ta vision du jour, changer ta direction de vie, changer... On n'en a aucune idée, en fait. Mais ça, ça demande d'être attentif à ce qui se passe. Sinon, on est enfermé dans un quotidien avec les yeux qui regardent vers le sol. Bon, c'est sûr, on ne verra plus ça. Mais si tu regardes en l'air et que tu regardes les nuages et que tu es attentif à chaque personne que tu rencontres et que tu es vraiment en présence avec le monde qui t'entoure, bon, là, il peut se passer des aventures et il peut se passer des choses. Et donc, voilà. Le voyage m'a apporté énormément. Ça, c'est sûr. La vie, de toute façon, en général, apporte beaucoup. Mais le voyage apporte beaucoup parce que tu es comme... Tu es obligé de te... Tu es dans le dénuement, on va dire, dans le sens où, en tout cas, on est parti avec pas de confort financier. Donc, du coup, tu t'en remets. Tu ne sais jamais où tu vas dormir. Tu ne sais jamais qui tu vas rencontrer. Tu ne sais jamais où tu seras demain. Donc, tu es obligé, même si ce n'est pas quelque chose de conscient, de t'en remettre à quelque chose de plus grand que toi. Et comme tu n'as pas le confort et donc, le confort t'enferme quelque part. Alors, ça ne veut pas dire que parce qu'on est forcément enfermé parce qu'on est dans le confort. Pas du tout. Ça, c'est une attitude face à la vie. mais comme tu n'es plus enfermé dans ce confort, tu n'as aucune sécurité, eh bien, tu es en écoute, en interaction systématique avec ce qui est autour de toi. Et donc, il se passe des moments complètement magiques et la vie, elle te répond à chaque moment. Et des fois, tu émets un souhait que tu l'émettes verbalement ou à l'intérieur de toi de manière silencieuse et la vie, il répond dans les cinq minutes ou dans les deux heures et tu es là, mais attends, c'est un truc de malade. J'ai besoin de ça où on a une problématique. Paf, la bonne personne arrive au bon moment pour t'emmener au bon endroit qui connaît la bonne personne. Enfin, c'est juste dingue. Et en fait, ce voyage te permet de, en tout cas, moi, m'a permis vraiment de voir et de tenir entre mes mains ce tissage qu'on pourrait appeler la trame du monde, tu vois, où tout est en interaction en permanence. En permanence. Et que tu n'es absolument à aucun endroit séparé de ça. tu fais partie de ce tout. Tu ne peux pas te considérer comme une entité qui est séparée du reste. Ça n'est pas vrai. C'est une illusion, en fait. Et donc, quand tu es, voilà, et que du coup, tu vises ce voyage de cette manière, tu t'en rends compte parce que la vie te le montre et que tu n'as plus le choix que de te rendre compte et d'être dedans. Tu perçois que c'est comme si chaque mouvement que tu fais, chaque intention que tu donnes, chaque, peut-être, oui, geste, action, va comme donner une influence à influencer toute cette trame. Alors, plus ou moins loin dans la trame, comme un peu une, t'imagines une onde ou une bombe, il y a un truc qui pète et il y a la vibration qui va se réverbérer dans cette trame. Elle va aller plus ou moins loin en fonction de ce que tu fais, en fonction de ce que tu dis. Mais c'est un peu l'idée, tu vois, du battement de papillon qui va déclencher un tsunami à l'autre bout de la planète. C'est un peu ce truc-là. Et ça, tu le perçois de manière très palpable, je trouve, quand tu vis de cette manière et d'autant plus quand tu vis en pleine nature. Nous, on était vraiment, tu vois, en pleine nature, en permanence, à dormir dehors, à dormir sous tente, mais par vents et marées, par neige et par moins trente. Donc, du coup, tu retrouves cette vie plus humaine, je dirais, et cette connexion réelle à ce qui t'entoure par le biais de la nature aussi, par le biais de cette vie en pleine nature et avec des animaux.

L'ancien ingénieur face au lâcher-prise

Ybelion — Oui, c'est le mot qui m'est venu, c'est une sorte de simplicité, quelque part. C'est toujours l'effet que me fait la nature, effectivement. Et tu vois, alors, je te fais un petit partage personnel, même si on est quand même plus là pour parler de ton parcours, etc., mais tu vois, tout ce que tu as partagé sur une forme de lâcher prise et d'accepter, tu vois, de ne pas savoir et qu'en fait, c'est aussi dans cette acceptation qu'il se passe des trucs de fou. ça, tu vois, ça effraie mon ancien côté ingénieur, tu vois, très rationnel, très tête, qui se dit, non mais attends, comment tu peux vivre, entre guillemets, si tu ne sais pas ce qui va se passer, tu vois. et paradoxalement, depuis que j'ai quitté ce monde-là et que du coup, tu te lances dans des aventures beaucoup plus humaines, beaucoup plus entrepreneuriales, beaucoup plus ancrées dans le moment présent parce que quand même, qui vit beaucoup plus au jour le jour et tu te rends compte un peu, ouais, de ce que tu partages, c'est une sorte de synchronicité quelque part, de dire, en fait, tu rencontres plein de gens qui te font avancer chaque jour dans la direction dans laquelle tu as envie d'avancer, quoi. Et quelque part, la seule chose que tu contrôles dans tout ça, c'est la direction que tu as envie de prendre et ce que tu as envie d'atteindre, quoi. Et donc, c'est ce qu'on revenait, enfin, c'est la boucle de ce que tu disais au début, tu as l'objectif, tu sais ce que tu veux faire et après, avance, voilà, et puis tu verras bien. tu vois, j'ai cette ambivalence en mode entre, oh putain, c'est génial ce truc-là et en même temps, tu sais, j'ai toujours mon petit côté ingénieur qui est là en mode, attention quand même, c'est bien de savoir un petit peu, tu vois.

Morgane Lefèvre — T'inquiète, c'est pas que les ingénieurs qui ont ce côté-là, c'est le mental, peut-être que tu viens en piquiner tout le monde.

Ybelion — C'est clair, c'est clair. Mais j'adore ce partage, le partage que tu fais parce que c'est quelque chose avec lequel, du coup, je travaille beaucoup avec les auteurs que j'accompagne, tu vois, parce qu'il y a une grande partie de lâcher prise dans un processus long quand on a un objectif clair mais que, voilà, on sait pas forcément par quel chemin va passer. Donc, c'est hyper précieux et j'aime beaucoup le parallèle que tu fais avec le voyage, que tu as pu faire avec l'eau froide, par exemple, ce genre de choses. C'est des exemples qui ancrent dans la réalité et qui te donnent aussi des... Enfin, qui te montrent que ce lâcher prise est possible et que ces premiers pas sont possibles.

Morgane Lefèvre — Et que parfois, ça demande un effort, en fait. Il y a quand même cette notion de ah oui, du coup, le faire. Parce que, tu vois, toujours, on me dit ah oui, mais du coup, maintenant, pour toi, il y a des choses où on m'a dit ah oui, mais toi, comme tu n'as pas peur, toi comme tu n'as pas... Non, mais attends, moi, j'ai peur comme tout le monde. Moi, tu vois, je m'enferme des fois dans du quotidien comme tout le monde. Enfin, tu vois, je suis comme tout le monde.

Ybelion — Bien sûr.

Morgane Lefèvre — Et du coup, même d'être partie pendant cinq ans, parce que j'adore repartir avec mes animaux que j'ai toujours et du coup, on repart régulièrement en randonnée pour quelques jours, quelques semaines, quelques mois quand on s'offre la possibilité. Mais je vois très bien qu'à chaque fois, quelques jours ou quelques semaines, ça va. Mais si ça doit être pour quelques mois, en fait, le challenge que ça demande à chaque fois, voilà, il y a l'histoire du matériel, mais de se dire bon, mais maintenant, je lâche tout. En fait, je lâche ma maison, je lâche mes affaires, mes amis, mes projets, mes trucs. Là, en fait, pendant deux, trois mois, il va se passer autre chose. Et du coup, tu es souvent rattrapé par ce truc-là qui dit ah oui, mais attends, il y a encore ça à gérer. Ah oui, mais attends, surtout que maintenant quand je repars, je ne lâche pas mes comptes bancaires, mes assurances, mes machins, mes trucs. Donc, il y a toujours ce fil tenu qui te retient un peu par le t-shirt. Et du coup, je suis là. Bon, et généralement, je me dis on s'en fout à quelle heure on part, même si on doit partir à 18h30, en fait, on part à 18h30, on marche une demi-heure et on dort ailleurs parce que sinon, tu ne pars jamais. Il y a quand même cet effort de non, mais en fait, là, vas-y, tant pis, c'est pas prêt, c'est pas machin, mais on y va, on y va. Vas-y, lance-toi.

Ybelion — C'est ça, tu as raison, ça n'enlève pas la peur, le doute ou ce genre de choses. Tu es de toute façon obligé de composer avec et quelque part aussi d'en faire des... Enfin, vouloir atteindre un objectif différent implique de faire des choses différentes et les choses qui sont différentes, qu'on ne connaît pas, qui sont hors de notre zone de confort, forcément, nécessitent, ouais, de se confronter à nos peurs, à des choses qu'on ne sait pas, etc. Et ouais, c'est aussi quelque part un bon indicateur de... On va dans la bonne direction. Si c'est un petit peu... Quelque part, si c'est un peu... Ça fait un peu peur, c'est tant mieux, ça veut dire qu'on va vraiment découvrir quelque chose, quoi.

Morgane Lefèvre — Oui, dans tous les cas, dans tous les cas, c'est une expérience. C'est ça. Dans tous les cas, on apprend et c'est comme ça qu'on se révèle aussi parce que moi, à travers ce voyage, j'ai découvert des facettes de moi que je ne connaissais pas. J'ai découvert des réactions que je pouvais avoir dans des zones où j'avais extrêmement peur et puis finalement, confrontée au danger, j'ai pu percevoir que... Ah, mais en fait, non, dans ce cas-là, je réagis comme ça. OK, je peux avoir confiance en ma réaction. Je peux avoir confiance en... Alors, ce n'est pas toujours le cas. Des fois, tu dis, ah oui, là, c'est un endroit un peu plus fragile. Là, ce n'est pas hyper simple et dans ce cas-là, c'est aussi chouette. Alors, ça dépend si tu voyages tout seul ou à plusieurs. Avec David, du coup, on a vraiment pu découvrir aussi notre complémentarité et décider de... Ah, non, OK, ça a mis du temps et on est passé par des expériences dures pour accepter qu'il y a des endroits où c'est l'autre, en fait, qui est plus compétent que nous-mêmes pour prendre une décision, pour réagir à une situation. Mais voilà, il y a des moments où tu es obligé de dire ouais, là, en fait, c'est toi qui vas gérer parce que, en fait, dans cette situation-là, tu te débrouilles bien mieux que moi. C'est aussi ça.

« Au bord des mondes » : comment le livre est né

Ybelion — C'est vrai. C'est vrai. Et du coup, tu en as fait un livre qui s'appelle Au bord des mondes, c'est ça ? Si je ne dis pas de décision.

Morgane Lefèvre — Au bord des mondes.

Ybelion — Et tu as eu cette idée à quel moment de vouloir le partager sous forme de livre ?

Morgane Lefèvre — En fait, c'est rigolo parce que j'ai toujours aimé écrire. Mais moi, je suis un photographe à la base. Et tout au long du voyage, il y a plein de gens qui nous ont dit alors voyage, j'aime bien préciser que le mot voyage est venu depuis la bouche des autres et au retour parce que pour nous, comme je te le disais tout à l'heure, c'était vraiment un mode de vie. C'était pas ça. On ne pensait pas rentrer mais finalement, la vie est pleine de surprises. Et donc, tout au long de cette aventure, les gens nous disaient ah, mais vous allez écrire un livre et tout ça. Et puis nous, on était vraiment là. Mais en fait, pas du tout. On n'est absolument pas partis pour ça. On ne pense pas rentrer. On ne va pas écrire un livre. Mais par contre, j'ai toujours tenu un cahier de notes où j'écrivais de la poésie, où j'écrivais le nom des gens, des lieux, des petites histoires, de ce qui se passait, etc. Et puis, en fait, il y a un moment du voyage qui est devenu une zone un peu complexe pour nous. Un peu avant, enfin, quelques mois, on va dire, avant le demi-tour, bien six mois avant, à peu près. Et où j'ai commencé à avoir besoin d'écrire plus, besoin d'écrire des textes plus longs, besoin de poser par l'écriture ce qui se passait, peut-être pour avoir un peu plus de recul sur les choses aussi, pouvoir me libérer de certaines émotions. Et en écrivant, à un moment donné, je me suis dit, non mais attends, en fait, en vrai, ce qu'on a vécu et ce qu'on est en train de vivre, ce qu'on est en train de vivre, c'est un peu dingue. Et tout le monde ne va pas partir à pied, à l'autre bout de la planète avec un âne. Et tout ce que j'ai appris, tout ce que j'ai compris, toutes les questions que je me pose ou les réflexions que j'ai eues ou que j'ai encore, je me suis dit, franchement, ça vaut le coup d'être partagé, en fait, et ça aurait du sens. Et c'est comme si, à ce moment-là, j'avais compris, je crois que c'était au Kyrgyzstan, comme si j'avais commencé à comprendre pourquoi tout le monde avait dit, ah, il faudra écrire un livre. Parce que oui, en fait, ça avait du sens de partager cette expérience, voilà, à travers des mots, à travers des photographies, à travers, tout à l'heure, tu parlais, bah oui, il y a des photographies, oui, il y a des aquarelles, c'est des ambiances différentes, c'est des, ça permet de rentrer dans une atmosphère aussi, ça permet de toucher du doigt des moments qu'on a pu traverser, même si ça ne dit pas par les mots, mais ça dit complètement autrement, ça touche les gens autrement aussi, de voir des visages, de mettre des regards, de, voilà, parce que c'est ça le voyage aussi. Et puis du coup, c'était un peu, et donc au début, je me suis dit, ah bah tiens, je vais faire un petit recueil, voilà, je vais compiler des textes et j'en ferai un petit recueil. Bon, c'est un petit recueil qui fait 570 pages maintenant. Voilà, parce que du coup, après, j'ai bûché quoi, j'ai repris toutes mes notes, je me suis dit, waouh, qu'est-ce qui était riche, qu'est-ce qui était fou, qu'est-ce qui était dur, pays par pays, j'ai essayé d'extraire un peu de ma mémoire ce qui me parlait encore, ce qui était resté là, tu vois, un peu comme les trésors que j'avais trouvés, que j'avais ramassés tout au long du voyage. Et puis une fois que j'ai un peu tout noté pays par pays, bah j'ai repris toutes mes notes et je me suis dit, ok, parce que c'est vraiment un autre voyage en fait, tu viens détricoter ce que t'as vécu et moi souvent je dis, en fait je suis autrice, je suis seulement dépositaire de quelque chose qui ne m'appartient pas parce que j'ai vraiment eu cette sensation de, tu commences à poser tes premiers mots sur le papier, moi j'ai beaucoup écrit, d'abord, avant d'écrire à l'ordinateur, j'ai beaucoup écrit sur le papier et ok, j'écris sur ça, t'écris ton texte, parce que ce sont des textes toujours assez courts, entre quelques lignes à 5-6 pages maximum, parce que j'aime bien dire en fait, en voyage, et même dans la vie, c'est des moments qui te surprennent, tu vois, c'est comme t'as un fil tendu dans une marche ininterrompue et puis paf, t'es surprise par un moment et puis paf, t'es surprise par un autre et donc j'écrivais sur ces moments et puis tu commences, tu démarres ton texte, tu finis ton texte et je le relisais et je me disais, waouh, c'est moi qui écris ça, j'ai compris ça de ce moment-là en fait, tu vois, et pour moi, c'est là où je dis, ben en fait, il y a quelque chose de plus grand que moi qui me traverse et du coup, je suis dépositaire de quelque chose, bien sûr, c'est moi qui ai vécu l'expérience, mais c'est pas que ça qui est raconté dans un livre, c'est pas que ça quoi, il y a autre chose, il faut accepter qu'en tant que... des choses, elles sont dans l'air en fait et tu les attrapes et après, est-ce que tu les mets dans la matière ou pas ? Ça, ça te regarde, mais c'est quelque chose qui est là bien avant toi et c'est pas pour rien que tu vois, des fois on dit, enfin c'est pas on dit, c'est que par exemple l'invention de l'électricité est arrivée à plusieurs endroits de la planète en même temps, tu vois, il y a des choses comme ça qui arrivent, je pense que pour l'art c'est un peu la même chose, à un moment donné, il y a quelque chose qui est dans l'air et puis on l'attrape ou on l'attrape pas quoi.

« Je suis seulement dépositaire »

Ybelion — Ouais, c'est... l'acte d'écrire est de toute manière très lié à notre inconscient, on dépose beaucoup de nous et dans nous, il y a tout ce qu'on a pu nous léguer quoi et ça, voilà, c'est... et moi je trouve que c'est aussi pour ça que l'écriture est si puissante, ça permet de libérer des choses, des textes qu'on n'aurait jamais libérés sinon et dans ça, il y a quelque chose de très transformatoire et de très... qui touche presque après à parfois de la guérison ou de la thérapie quoi et ouais, c'est pour ça que j'encourage tout le monde à écrire et notamment, toi, ton exemple est super parce que t'as effectivement vécu quelque chose d'extraordinaire et c'est bien d'avoir pris le temps de le partager à l'écrit et comment on fait pour concaténer cinq ans d'expérience dans un bouquin ? Enfin, ouais, comment on fait pour...

Quatre ans et demi et le doute du coureur

Morgane Lefèvre — Franchement, c'est que j'ai énormément de patience et de persévérance et ce qui me fait rire parce que quand tu dis ouais, c'est bien que tu l'aies fait et je me dis, tu vois, ça me questionne en même temps, je me dis c'est bien que je l'ai fait. En fait, je pense que j'ai pas vraiment décidé comme... voilà, je parle d'être traversée, je parle de décision de cœur, etc. Je pense qu'à un moment donné, ça descend et en fait, c'était ça et je devais faire ça et du coup, j'ai pas eu le choix. Est-ce que moi, je prends l'idée en me disant oui, j'ai décidé que ce serait bien de partager. Bon, je peux le voir comme ça et je le raconte un peu comme ça. En vrai, je pense qu'il y a quelque chose qui est descendu. À ce moment-là, c'était ça que je devais faire et du coup, c'est ce que j'ai fait et après, ça m'a demandé énormément de patience, de persévérance parce que c'est 5 ans et tu te dis waouh, qu'est-ce que je raconte ? 5 ans, je peux pas raconter 5 ans en fait, donc je dois choisir des moments, je peux pas tout dire, il y a des choses que j'ai envie de partager mais moi, j'aime aussi beaucoup partager de manière poétique et donc des fois, il y a des textes où on comprend pas forcément exactement de quoi il s'agit, de qui il s'agit parce qu'il y a des choses que j'avais besoin de partager mais en même temps, j'ai pas forcément envie de tout livrer non plus et en même temps, ça a du sens de livrer mais pas ailleurs, faut que ça mette la personne dans un état, qu'elle puisse capter quelque chose sans forcément comprendre avec le mental exactement de quoi il s'agit. Après, je t'avoue que voilà, moi ça m'a duré 4 ans et demi entre l'écriture, la mise en page, l'impression, donc ça a été long comme tout projet qui est long, en tout cas pour moi, je sais pas comment ça se passe pour les autres mais pour moi, il y a toujours un moment où je me dis en fait, ça ne se concrétisera jamais, il n'y aura jamais de livre, je ne vais pas y arriver, tu vois, le doute du coureur qui voit qu'il est tellement proche de la ligne d'arrivée et il pense qu'il a plus de force en fait et qu'il n'y arrivera pas, c'est un peu ce truc-là et donc voilà, ça m'a demandé beaucoup de patience et de persévérance surtout que pendant qu'on écrit, on n'est absolument pas rémunéré alors que ça demande des choses hallucinantes de travail. Bon, on n'est pas plus rémunéré quand on vend le bouquin après mais...

Ybelion — Non, c'est toujours, tu vois, c'est ça pour le coup, c'est un truc que je dis tout le temps même aux gens que j'accompagne, c'est que de toute façon, t'écris parce que ça a du sens pour toi, etc., parce que c'est un accomplissement, parce que c'est une fierté, parce que tu te sens aussi de vouloir partager quelque chose que t'as vécu, etc., mais effectivement, si t'es drivé que par l'aspect financier et que t'as pas de connexion à l'amour de partager et d'écrire, ça va être très compliqué pour toi, tu vois. Ah bah... Et tu vois, c'est... Pardon, vas-y.

Morgane Lefèvre — Comment c'est un don ? Pour moi, c'est un don que tu fais au monde de...

Ybelion — Ouais, exactement. Exactement, c'est... Et tu vois, t'as dit quelque chose tout à l'heure quand je disais c'est bien que tu l'aies fait. Ce que je voulais souligner, c'était aussi le fait que tu te sens, tu vois, effectivement, parfois tu te sens traversé par des messages comme ça, mais il faut oser quand même, aller les poser et les partager. Et ça, ça demande du courage, ça demande de traverser les peurs, les doutes, parce que oui, c'est un exercice qui est long. Et tu vois, du coup, t'es un bon exemple parce que effectivement, 4 ans et demi, tu vois, c'est long et en 4 ans et demi, quand t'as pas les idées claires et que voilà, que t'as des doutes, etc., c'est dur d'arriver au bout. et moi, j'en croise plein des auteurs ou des autrices comme ça qui, en fait, ont des vies tellement intéressantes, tellement passionnantes et c'est effectivement très dur de faire le tri dans tout ce que t'as envie de raconter. Et puis, t'as tous ces doutes, toutes ces peurs qui, parfois, te disent, non mais en fait, je vais abandonner, tout ça, ça sert à rien, je suis en train de me perdre, etc. et ouais, persévérance, tout à fait et puis, et puis, prendre le temps de clarifier, je dirais, tu vois, on parlait d'objectifs tout à l'heure, moi, j'aime bien parler en écriture d'intention, tu vois, d'avoir une intention très claire, qu'est-ce que j'ai envie de faire avec ce livre et ça, ça permet de faire le tri aussi dans ce qu'on a envie de raconter et voilà, un conseil que je peux donner aux gens comme ça mais c'est, tu m'as réveillé plein de choses, j'ai envie de dire plein de choses à tel point que du coup, je me mélange dans ma tête

Morgane Lefèvre — et non,

Ybelion — et donc, voilà, je disais ça, pardon, c'est pour ça que je disais que c'est bien que tu l'aies fait parce que t'as osé le faire, tu vois, jusqu'au bout et effectivement, ça m'étonne pas que ça ait pris du temps, c'est quand même un livre qui fait 560 pages et en plus, t'as une histoire aussi de mise en page, effectivement, t'as pas juste du texte, t'as tout à agencer etc.

Morgane Lefèvre — Oui, alors ça, j'ai eu la chance d'avoir du coup un ami qui s'appelle Régis Ferré qui travaille avec des maisons d'édition et c'est lui qui m'a fait la mise en page pour me travailler ensemble mais c'est quand même un livre professionnel et ça, c'était une chance incroyable parce que j'aime beaucoup son travail et que je trouve que voilà, avec les choix qu'on a fait à deux mais lui aussi sur certaines choses, voilà, dont il a l'habitude qu'il a vraiment mis en valeur, je trouve, mes photographies, les textes, etc. et ça, je suis tout à fait consciente de la chance que j'ai eue de pouvoir travailler avec lui.

Ybelion — L'écriture est toujours et rarement solitaire finalement, il y a toujours, ce qu'effectivement, après, comme c'est un chemin qui est long, c'est bien d'être entouré toujours.

Morgane Lefèvre — Long et puis en plus, une fois qu'il est écrit, tu vois, moi je vois aussi qu'après, au fur et à mesure des années, tu changes, tu écriras peut-être les choses différemment, tu relis ton livre, non mais attends, aujourd'hui, je le dirai plus comme ça.

Ybelion — Ça, c'est le, c'est, ouais, c'est ça, et tu vois, c'est, bravo de ne pas être tombé dans ce piège-là parce qu'effectivement, ça c'est un truc, quand l'écriture d'un livre dépasse même, franchement, un an, un an et demi, là tu peux être sûr que tu es confronté à des trucs du genre, non mais en fait, il faut que je recommence tout depuis le début. Ah mais ça m'a traversé,

Morgane Lefèvre — ça m'a traversé, mais tu ne peux pas, tu ne peux pas, c'est trop énorme comme travail, donc tu dis, bah en fait, non, ce sera comme ça, j'en parle dans ma préface, je dis voilà, l'écriture, elle est aussi évolutive, ça a duré longtemps et du coup, et du coup, les textes du début ne sont pas écrits de la même manière que les textes de la fin, enfin voilà, c'est, mais c'est comme ça, c'est, le lecteur m'accompagne tout au long du voyage et de mon apprentissage à l'écriture, je ne dirais pas de découverte parce que j'écrivais déjà avant, mais en tout cas, de cette évolution à travers l'écriture aussi.

Ybelion — Ouais, finalement, il y a un peu un double voyage dans le livre, tu as le voyage que tu racontes et puis aussi le voyage, toi, intérieur, que tu as vécu avec l'écriture, quoi. Oui, exactement. C'est joli, ouais, c'est joli. Et parmi tous, ah, ouais, parmi tous les pays que tu as pu traverser, est-ce qu'il y en a un qui, qui t'a, je dirais, d'un point de vue vraiment peut-être artistique d'écriture, tu vois, qui t'a vraiment plus inspiré que les autres ou en tout cas, qui t'a fait voir les choses vraiment différemment. J'emprunte volontairement l'axe plutôt artistique, je dirais, de l'écriture, mais ouais, je suis curieux de savoir s'il y en a un qui t'a marqué particulièrement.

Iran, Pamir, Arménie : les terres qui font écrire

Morgane Lefèvre — Bah, au niveau de l'écriture, c'est difficile à dire parce que je trouve que tous les endroits qu'on a traversé, que j'ai rencontré, m'ont touché pour des choses différentes. Des fois, parce que c'est une rencontre où tu fais, waouh, alors là, incroyable. Des fois, c'est parce que c'est une terre particulière ou une ambiance dans un lieu particulière ou une énergie particulière. Des fois, c'est parce que, enfin, voilà. Donc, je pense que tous les territoires étaient propices à l'écriture, tu vois, même sur des zones où des fois qui sont un peu plus sombres ou qui viennent toucher des endroits plus noirs, je dirais, parce que c'est hyper aussi inspirant. voilà, d'ailleurs, il y a des auteurs et des autrices qui écrivent très, très bien dans des endroits qui sont sombres et qui sont douloureux et qui sont, voilà. Donc, c'est ça qui est intéressant aussi, c'est la richesse des territoires et des expériences traversées qui offrent une richesse incroyable d'écriture à travers les émotions que tu peux vivre et les expériences que tu peux vivre. Enfin, là, il y a plein de trucs qui me traversent et je me dis, ah, waouh, dans cet endroit-là, c'était tellement beau que mon cœur était emporté et donc, l'écriture avec, si tu veux, dans des zones... J'ai adoré l'ancienne Perse. Enfin, moi, je suis charmée par l'Iran, je suis amoureuse presque de ce territoire et de cette population. Du coup, au Tadjikistan aussi, la région du Pamir qui est une zone de montagne complètement hallucinante, les zones de désert qui sont très particulières et en même temps, j'ai des... Hop, là, d'un coup, une efflue du Kyrgyzstan qui a été une zone très complexe pour nous à traverser avec des expériences humaines pas faciles. L'Arménie, il y a des moments pour moi où j'étais toute seule et où c'est pas évident en tant que femme et où là, du coup, c'était des zones plus sombres mais qui, du coup, m'ont permis aussi de plonger dans l'écriture, dans autre chose, quoi. Et je trouve que c'était hyper riche aussi. Donc, je dirais pas, en tout cas, au niveau artistique, je pense que les deux sont hyper importants. C'est la question d'équilibre, de toute façon, il y a les deux et dans mon bouquin, il y a vraiment les deux et il y a des zones qui sont peut-être plus magiques et puis des zones qui sont vraiment très dures. voilà, j'ai essayé, en tout cas, dans ce livre, d'amener de la sincérité sur ce que j'ai vécu, donc de ne pas représenter le voyage que comme une suite ininterrompue de moments uniquement magiques parce que c'est pas vrai. Oui. Parce que c'est l'expérience de la vie et que c'est l'expérience du feu. Donc, il y a de tout. Et en même temps, il n'y a pas que des moments durs non plus et même dans les moments très durs, il y a aussi des moments magnifiques et des rencontres sublimes et des moments de grâce. Donc, c'est un peu toute cette réalité mélangée. En tout cas, j'ai essayé d'être très proche de ce que je suis. Des fois, il y a des personnes qui m'ont dit « Waouh, tu te livres énormément, c'est hyper courageux de ta part. » Moi, c'est marrant, je ne le vis pas comme ça. Peut-être que c'est courageux. Le courage, ça veut dire le cœur qui agit. Donc, oui, dans ce sens-là, complètement. Mais je trouve que c'est ça qui a du sens, en fait. Je ne verrais pas le sens de raconter ce que je vis en racontant quelque chose de surface. Ça pourrait, pourquoi pas. Mais du coup, oui, là, je parle de mes peurs, je parle de mes colères, je parle des moments, voilà, de grâce et du divin aussi parce que c'est quelque chose qui me parle. Ça ne parle pas à tout le monde, mais il y a des expériences qui étaient tellement transcendantales ou tellement pas vraiment compréhensibles avec le mental que, ben ouais, je le raconte parce que ça fait partie de moi. Et là, je crois que j'ai un peu perdu ta question. Oui, sur... Non, t'inquiète. Ouais,

Ybelion — sur l'écriture,

Morgane Lefèvre — ouais, au niveau artistique. Tu sais, c'est comme... Enfin, moi, je pense que je suis un peu poète j'écris de la poésie. Il y en a dans le livre, il y a aussi des manières poétiques d'écrire. Bien sûr que les endroits où tu te sens plus amoureuse vont plus t'emporter dans quelque chose de léger. S'il y a un pays que je dois garder, ce sera l'Iran, c'est sûr. Pour moi, c'était un peu les millénuies parce que c'est vrai. C'est comme les millénuies. C'est comme les millénuies. C'est vraiment une chasse au trésor. C'est vraiment une zone poétique qui est très dure aussi parce que c'est l'Iran et qu'il y a une politique très difficile. Mais c'est aussi des gens qui sont très en lien avec leurs racines, avec leur histoire, avec leur... Ouais, avec leur histoire, avec leurs racines. Aussi, avec leurs artistes, avec leurs poètes, avec leurs... Voilà, on est encore dans une population qui te... Alors, je ne sais pas si c'est vrai partout parce que là, j'ai des exemples qui sont plutôt citadins. Mais est-ce que ça existe encore chez nous ? Des groupes de jeunes. Alors bon, aujourd'hui, ils ne sont plus si jeunes que ça. Ils ont mon âge. Mais qui te citent... Voilà, on est en discussion. Je ne sais pas. On est ensemble. On partage un moment. Et puis, paf, il y en a un qui va dire un poème de Rumi. Et puis, paf, il y en a un qui va dire un poème d'Omahayam. Et hop, tu vois, il y a quelqu'un qui va se mettre un lien avec les arts. Alors, est-ce que c'est parce qu'ils sont censurés et que du coup, c'est d'autres plus importants ? Est-ce que parce que ça continue d'être... Il y a une continuité de la transmission qui s'est arrêtée un peu chez nous ? Parce qu'à l'époque de ma grand-mère, c'était un peu le cas. Tu vois, on citait quand même du genre de La Fontaine. On citait, tu vois, aujourd'hui, beaucoup moins. Et alors, ça dépend toujours avec qui. C'est toujours possible. Mais je trouve que c'est moins présent dans notre quotidien. Moi, c'est quelque chose qui me charme complètement, que j'adore, parce que c'est aussi nos poètes, nos musiciens, nos artistes qui transmettent de la spiritualité, qui transmettent du sacré, qui transmettent de l'esprit, en fait, à travers notre société. Et que moins on a d'artistes présents, en tout cas, d'artistes peut-être autonomes, on va dire, et moins peut-être il y a d'esprit. C'est une question que je me pose. Et donc, oui, j'ai été très charmée par ces, on va dire, l'Iran, si je dois garder un pays.

Passeurs d'histoire : oser, et allumer des lumières

Ybelion — J'étais en train de regarder un peu les aquarelles que tu faisais aussi en parallèle. Je vois qu'il y a des petits symboles. Je reviens sur ça juste après, mais je rebondis sur ce que tu partageais vis-à-vis des transmissions, etc. Je pense que c'est aussi pour ça que c'est important quand on a une histoire en tête, d'oser la raconter. Parce que, en fait, je pense qu'à tous à notre échelle, on est en quelque sorte des passeurs d'histoire. Et on reçoit tous ce qu'on lit, ce qu'on vit, ce qu'on nous partage. Alors, ça ne veut pas dire qu'il faut avoir lu tous les grands classiques, etc. Ou écouter tous les grands poètes, auteurs, musiciens, que sais-je. mais simplement de, entre guillemets, tout ce que tu as en tête, tu es le seul à pouvoir le raconter. Et ça vient de tout ce que tu as pu entendre et tout ce qui t'a nourri. Et ça participe aussi à transmettre tout ça. Et peut-être que, je ne sais pas si on le fait moins. En tout cas, moi, j'ai la sensation, depuis que je me suis tourné vers ce métier beaucoup plus orienté autour de l'écriture et qui aide aussi les gens à écrire, j'ai l'impression d'y être de plus en plus connecté et du coup, de rencontrer de plus en plus de gens qui sont toujours dans cette démarche de partage. Mais effectivement, tu vois, il y a des bulles, il y a des bulles. Bon, ben voilà, en ingénierie, c'était pas forcément les pauses café, on ne parlait pas vraiment de ça. Tu vois ? C'est ça. Et je ne dis pas, tu vois, je ne fais pas de généralité. Non,

Morgane Lefèvre — parce qu'il y a des ingénieurs poètes. Bien sûr.

Ybelion — Et tu vois, en fait, c'est ça qui m'impressionne le plus et je le partage souvent. C'est qu'en fait, c'était aussi à cause de moi. Et quand je dis ça, c'est que ma passion de l'écriture, je l'ai eue pendant très longtemps, même en étant ingénieur. Et en fait, je ne la partageais pas. Et quand j'ai commencé à la partager au travail, en fait, je me suis rendu compte qu'autour de moi, j'avais des gens qui lisaient, j'avais des gens qui écrivaient, mais qui en fait n'en parlaient pas eux-mêmes. Parce que tu as le truc de dire, en fait, avec un ingénieur qui écrit, mais on est où, tu vois ? Et quelque part, tu vois, le fait de partager cette passion-là qui m'animait et cette volonté aussi, moi, de changer de vie, en fait, tu rends compte que tu allumes des lumières chez les gens, tu vois. et ça rejoint un peu ce qu'on disait tout à l'heure, c'est quelque part, quand toi-même, tu décides de t'aligner avec ce que tu as envie de faire dans ta vie et ce qui a du sens pour toi, quelque part, ça donne aussi le courage aux gens qui t'entourent d'eux-mêmes se connecter à ce qui est important pour eux. Et ça, c'est vraiment l'effet papillon dont tu parlais et ça rejoint tout cet aspect de partage, quoi. Et donc, tu vois, au départ, je dis, bah ouais, en fait, en ingénierie, on ne parlait pas d'écriture, mais en fait, c'est aussi parce que moi, je n'osais pas en parler, quoi. J'ai une responsabilité individuelle dans ça et c'est pour ça que de manière toujours un peu provocante, mais c'est toujours bienveillant, je dis aux gens, oui, mais voilà, l'histoire que tu as en tête, tu es le seul à pouvoir le raconter. Si tu ne le fais pas, personne ne le fera et franchement, c'est dommage de priver le monde de ce que tu as en tête, tu vois. C'est la question

Morgane Lefèvre — d'être au plus proche de ce qu'on est à chaque moment parce que comme tu dis, voilà, si tu es au plus proche de ce que tu es et que tu parles de ce que tu aimes, tu allumes des lumières chez les autres qui potentiellement n'osent pas et en fait, oui, ça fait domino, quoi.

Ybelion — C'est ça, une boule de neige, domino, effet papillon, chacun choisit sa métaphore, tu vois. Mais voilà. Et pour autant, ça n'enlève pas ce que tu disais aussi de garder les pieds dans le réel, tu vois. Ça ne veut pas dire qu'il faut être oisif et vivre d'amour et d'eau fraîche, tu vois. Au contraire, ça n'empêche pas la rationalité de la réalité, quelque part. Et tu as utilisé une image tout à l'heure sur laquelle je n'ai pas rebondi mais que j'ai bien aimé. Tu disais, donc, tu es dans le sol et tu regardes le sol avec tes yeux, tu vois. Et quelque part, c'est ça qui te bloque dans le mental et dans la réalité. Et donc, je ne sais plus d'où ça vient mais j'avais entendu une fois dans une musique quelqu'un qui disait les yeux dans le ciel, les deux pieds dans le sol. Et j'ai toujours bien aimé cette citation parce qu'elle te dit, voilà, ose rêver, ose regarder quelque chose de grand et un objectif qui a du sens pour toi et reste aussi ancré à tes racines, ta rationalité qui n'est pas fondamentalement négative. Désolé, là, j'ai toutes mes briques qui se sont alignées avec tout ce qu'on a dit et j'ai, voilà. J'ai rentré dans mon partage. Et du coup, je rebondis sur ce que je disais tout à l'heure sur les aquarelles. J'ai vu que sur le... Du coup, je regardais celle de l'Iran, là. Je vois qu'il y a deux symboles. Tu as un taureau ailé et un lion avec un sabre. C'est les symboles du pays ou rien à voir ?

Morgane Lefèvre — C'est un pays que je ne connais pas du.

Ybelion — Ouais,

Morgane Lefèvre — c'est le symbole solaire et le symbole lunaire.

Ybelion — Ok.

Morgane Lefèvre — Et du coup, c'est marrant parce que j'ai... Ouais, il y a beaucoup... Il y a tout un imaginaire pictoral aussi là-bas et autour des dieux, de leurs anciens dieux, etc. Parce que c'est un joyeux mélange. On parle de l'Iran effectivement comme un pays musulman parce que le... Comment dire ? Les gouvernants sont islamistes mais il y a plein de religions, enfin il y a différentes en tout cas religions qui s'entremêlent et qui coexistent là-bas et assez bien en plus. et donc voilà. Et donc, il y a tout un imaginaire aussi pictoral autour de ça. Et donc là, c'est le symbole lunaire et le symbole solaire. Et c'est rigolo parce que... Du coup, j'ai peint aussi une aquarelle de la France et finalement, j'ai également le symbole lunaire et le symbole solaire. Et j'ai trouvé en arrivant en Iran, alors est-ce que ça vient de moi ou est-ce que ça vient d'une réalité ? Ça, j'ai du mal à le savoir mais David a partagé exactement la même impression. Après avoir traversé quand même un petit paquet de pays, je ne sais pas combien avant d'arriver en Iran, quand on est entré sur le territoire, immédiatement, on s'est senti un peu comme chez nous. C'était facile pour moi de comprendre la mentalité, c'était facile de comprendre les fonctionnements des gens. Je ne sais pas, il y avait quelque chose que je trouvais très en lien. Alors j'ai appris par la suite qu'il y avait eu quand même pas mal de liens parce qu'on est parti au niveau géopolitique, etc. Je ne sais pas grand-chose. On apprend beaucoup en voyageant, enfin si on s'intéresse en tout cas, et qu'il y avait beaucoup de liens entre l'Iran et la France, notamment artistiquement. D'ailleurs, ils ont des mots, que ce soit dans le théâtre ou dans la peinture qui sont des mots français, enfin qui viennent du français. Et du coup, c'est rigolo. Et donc, j'ai fait le pont, ce n'était pas forcément intentionnel, mais je m'en suis rendu compte après, j'étais là, c'est marrant, tu vois, encore là, il y a encore un lien entre les deux où je me suis retrouvée. Parce que si tu veux, sur ces aquarelles, en fait, j'ai toujours, j'ai décidé de faire des cartes pour pouvoir emmener un peu les gens aussi sur l'imaginaire du territoire et auxquels j'ai associé toujours un ou des animaux, souvent un plus particulièrement. Là, la France et l'Iran, c'est particulier, mais un animal, soit symbolique, soit emblématique, soit qu'on a beaucoup rencontré. Donc, voilà, là, c'est plutôt symbolique, mythologique, mais voilà.

Ybelion — C'est vrai, c'est vrai qu'il y a le parallèle, ouais, Iran-France, avec la chouette et le coq, la lune et le soleil. Ouais, c'est intéressant de voir le parallèle, quelque part, que tu peux faire, toi, quand tu te retrouves quelque part que tu ne connaissais pas. Est-ce que tu aurais un, peut-être un, je ne sais pas, un auteur, un livre iranien qui, pour découvrir les artistes de là-bas, ou les écrivains de là-bas ?

Rumi, Samarkand, Avicenne : entrer dans l'Orient

Morgane Lefèvre — Alors, moi, je ne suis pas super d'oeuvre pour les noms, mais après, il y a Rumi qui est hyper connu, Rumi et Omar Khayyam qui sont deux poètes, qui sont deux poètes, je veux dire, à connaître pour rentrer un peu dans l'ambiance de, l'ambiance iranienne. Après, il y en a plein, il y a des auteurs et des autrices aussi modernes, et qui sont plus publiées aujourd'hui, beaucoup autour de ces histoires de femmes, vie, liberté et de la révolution, voilà, on va dire, un peu la dernière révolution dont on a parlé, parce qu'en fait, les Iraniens et les Iraniennes se révoltent depuis très longtemps, mais personne n'en parlait jamais. Donc, c'est devenu genre, ah oui, là, ils se sont révoltés. Non, en fait, ça fait très longtemps qu'ils se révoltent, mais ça ne devait pas intéresser au niveau international d'en parler, sauf que là, ils ont réussi à faire sortir ça des murs et donc, du coup, qui sont publiés, dont on entend parler. Voilà, moi, j'avais lu un livre que j'avais beaucoup aimé, mais qui n'est pas d'un auteur iranien, mais qui parle d'Omar Hayam, qui s'appelle Samarkand, d'un auteur libanais, et là, je n'ai pas son nom.

Ybelion — Samarkand.

Morgane Lefèvre — Qui est hyper connu.

Ybelion — Que j'adore. Amin Malouf.

Morgane Lefèvre — Amin Malouf, oui. J'ai adoré ce livre, je l'ai lu par là-bas et j'avais trouvé ça, il fait vraiment très bien rentrer dans cette atmosphère aussi, voilà, orientale, moyenne orientale, bon, il parle d'Omar Hayam, mais j'en ai, si tu veux, je n'ai pas tant lu de, après, là-bas, bon, en plus, en persan, je n'aurais pas pu le lire. C'est vrai, je n'avais pas pensé de ça. On va dire, ben ouais, mais par contre, tu vois, je me suis plus baignée dans les livres, il y a un livre qui s'appelle Avicenne, je ne me rappelle pas de l'auteur.

Ybelion — Avicenne, livre. Je regarde en parallèle.

Morgane Lefèvre — Ouais, qui te fait bien entrer aussi dans cette atmosphère, alors c'est dans les années 1000, 1100, c'est le premier médecin qui a fait une, césarienne, alors, dont on parle, le premier qui aurait fait une césarienne dont la femme n'est pas morte derrière. Il s'est désinfecté les mains en les plongeant dans l'eau bouillante, c'est intéressant. Et, c'était un peu un médecin hallucinant, mais à cette époque-là, ils étaient médecins, astrologues, mathématiciens, physiques. Oui, il faisait tout. Il faisait tout, il se déplaçait avec une mule et un cheval et sa mule transportait toute sa bibliothèque. Donc, il avait tous ses livres, tous ses écrits qui étaient transportés parce qu'il partait d'un territoire à un autre parce qu'à cette époque-là, il travaillait pour les rois, pour pouvoir manger, il travaillait pour les riches et donc pour les rois, principalement, même si on ne les appelait pas les rois là-bas, et dès qu'il y avait un truc qui, quand le vent tournait, en fait, il s'enfuyait avec sa mule, tous ses écrits et il partait travailler pour quelqu'un d'autre. Et ça donne une ambiance aussi de ces territoires-là. Mais voilà, après, c'est à fouiller. Je pense qu'il y a plein d'auteurs et d'autrices intéressantes à lire, à savoir que c'est aussi une manière complètement différente de la note d'écrire, aussi parce que, comme il y a la censure, il y a toute une manière de raconter des ambiances, de raconter ce qui se passe. J'entendais une autrice sur le... parce que j'étais au Grand Bivouac en fin d'année, là, sur ce festival de voyage, et il y avait une autrice iranienne qui exprimait, par exemple, elle disait, voilà, nous, par exemple, je ne sais pas, l'auteur, il va parler du parfum de la rose. En fait, il va parler d'une femme. Il va parler d'une pièce étroite et sombre. En fait, il va parler du régime et de l'enfermement dans lequel il met la population. Si tu veux, il y a énormément de métaphores parce qu'ils ne peuvent pas se permettre de parler très clairement comme nous, on pourrait se permettre de ce qu'ils vivent. Et donc, ils vont utiliser plein de métaphores qui sont un peu à décrypter et qu'au premier abord, si on n'y est pas attentif, on pourrait ne pas comprendre.

Ybelion — c'est hyper intéressant, ça. Ouais, putain, ok. Je vais découvrir, du coup, tu vois, même les connus que tu as pu partager. Pour le coup, je n'ai jamais lu. Je ne l'ai pas lu

Morgane Lefèvre — depuis longtemps. Ce serait intéressant de les relire aujourd'hui. Mais c'est vrai que ça a amené, en tout cas, tout un imaginaire de là-bas au moment où je traversais ces pays aussi.

Ybelion — Tu te faisais une idée des pays avant d'arriver ou pas du tout et tu étais vraiment dans la découverte du moment présent ?

Partir sans rien savoir, contre les préjugés

Morgane Lefèvre — Surtout pas. Non, vous l'aime. Surtout pas. Surtout pas savoir. Et je trouve ça super intéressant parce que le nombre de gens que je vois partir dans un endroit ou un autre avec tellement d'idées préconçues, de préjugés, qu'en fait, il y a tellement de préjugés que c'est compliqué d'en sortir, en fait. Et d'accepter même la parole de l'autre. Il y a des endroits où on a été rejoint par des personnes que je ne nommerai pas. Ils sont venus nous voir et c'était fou parce que les gens venaient nous donner des informations. Je sais pas, on est avec un Ouzbek par exemple, ils nous racontent quelque chose de l'histoire de son pays, tout ça. Et la personne en face est là, non mais ça, c'est pas vrai en fait, c'est n'importe quoi qu'ils nous racontent. Ok, d'accord. Donc toi, tu considères que la personne qui vit ici, dont c'est l'histoire, le patrimoine et qui te connaît quand même, tu vois, se trompe alors que toi qui habites à l'autre bout de la planète, qui ne connais rien du pays ou en tout cas ce que t'as pu en lire ou avoir de préjugés, tu penses que toi, t'as la vérité. Et c'était hyper intéressant et je ne l'ai pas vu qu'une seule fois, c'est arrivé plusieurs fois. Et donc nous, on avait pris vraiment le parti pris de... On ne sort en scène de rien. Alors après, il y a des informations qui t'arrivent aux oreilles. Souvent, les informations du pays voisin qui sont complètement erronées en plus. Et du coup, ça te permet d'arriver sur un territoire, d'avoir le cœur et les oreilles ouverts à tout. Et donc, comme tu rencontres en plus des gens qui n'ont rien à voir les uns avec les autres, qui vivent des réalités sociales complètement différentes, qui vivent dans des milieux complètement différents, du coup, ça te donne un peu une idée plus proche de la réalité du peuple en tout cas, de la manière dont les gens pensent, de comment ils conçoivent les choses, d'une idée de la politique. Alors soyons bien clairs, de toute façon, moi je pense que même en France, on se fait une idée de la politique et ce qui se passe derrière, on n'en sait pas grand-chose. Donc, quand tu es à l'étranger, c'est la même chose. Et puis les interactions entre les pays, les uns les autres, etc. Donc, voilà, chacun a son avis. Mais c'est, enfin en tout cas, moi ça m'a permis, je pense, et j'aime vraiment beaucoup faire comme ça, d'avoir une ouverture bien plus large que si je m'étais préparée à quelque chose.

Ybelion — Ok. Voilà. Ouais, c'est...

Morgane Lefèvre — Ouais, vas-y.

Ybelion — Non, j'allais dire, tu as raison en fait, dans la démarche de... Bah, de découvrir tout simplement et puis d'avoir cette... quelque part, cette ouverture d'esprit de... Ouais, de découvrir. J'ai... Ouais.

Morgane Lefèvre — Ouais. Après, des fois, t'es quand même teinté parce que, tu vois, je sais pas, t'as rencontré des gens avant qui, les informations, elles passent pas inaperçues non plus, on te dit des choses. Ou par exemple, avant de rentrer en Iran, bah, en fait, y'a quand même tout un imaginaire qui tourne autour de l'Iran. Donc, tu rentres en Iran, t'es pas hyper rassuré. En même temps, t'as rencontré des Iraniens en Géorgie et du coup, ils étaient géniaux. Et tu vois, mais ils t'ont dit, euh, on est pas tous comme ça en Iran. Enfin, voilà, c'est, te dis pas, ne fais pas une généralité avec les quelques rencontres que t'as fait ici. Et du coup, tu vois, par exemple, pour l'Iran, c'est quand même un endroit, ouais, assez particulier parce que moi, on y est rentré, ouais, j'étais pas hyper rassurée, j'avais pas spécialement à la base envie d'aller en Iran. Finalement, la vie fait que on nous refuse de rentrer en Russie. Donc, on décide de traverser l'Arménie et l'Iran en se disant quand même, ah ouais, mais quand même, Merti et tout, ils sont tellement géniaux, ça doit être vraiment chouette. Et en même temps, avec une sérieuse appréhension, tu ne sais pas d'où elle vient exactement. Mais de ce qui nous est transmis, en fait, nous, en Occident, voilà, l'Iran, c'est pas un pays où tu vas te balader, potentiellement, c'est un pays en guerre, pas du tout, enfin, en tout cas, à l'époque, ça n'était pas du tout le cas. Et donc, tu rentres, t'es pas sûr, quoi, oui, mais les femmes, et la lille, et la la. Bon, en fait, moi, c'est un pays qui, dès le début, dès l'entrée dans le pays, ça a été hallucinant, l'accueil, la gentillesse, l'ouverture, les échanges, enfin, waouh, c'était magique, magnifique. Et puis, et puis, voilà, après, tu creuses et ça continue. Et moi, c'est vrai que c'est un pays où j'aurais aimé, quand il y a eu un demi-tour qui s'est orchestré, et moi, j'aurais aimé rester habiter en Iran. Combien de temps ? Je n'en sais rien, mais vraiment beaucoup plus de trois mois, quoi. Et voilà, et quand je suis rentrée en France et que je disais ça, mais ça a été, mais incompris par la majorité des gens. Il y a eu vraiment, mais tu ne peux pas dire ça, en plus, en tant que femme. Je disais, en tant que femme, oh, moi, j'ai été là-bas, j'ai passé six mois et j'ai rencontré des gens, j'ai rencontré la population. Oui, bien sûr, la politique est catastrophique et les gens qui sont au pouvoir sont vraiment dangereux. Mais en fait, l'Iran, ce n'est pas que ça. ça n'est vraiment pas que ça. Et d'ailleurs, la plupart des voyageurs qui y vont, ils disent, oh, on revient complètement charmé. Mais c'est drôle, les a priori qu'on peut. Donc, tu te retrouves pas à quelqu'un qui a été, qui dit qu'elle est tombée amoureuse de l'Iran, qu'elle aurait aimé rester habité et les gens te répondent, c'est très français ça. Non, mais attends, tu ne peux pas dire ça, moi, je sais parce que j'ai lu des livres. T'es là, bon, d'accord, ok. Il n'y a pas de conversation possible, tu vois.

Ybelion — Non, ça, c'est le genre d'argument, de toute façon, tu ne peux pas trop lutter, c'est clair, c'est clair. Non, mais comme quoi, il faut rester curieux, en fait, tout simplement, et puis accepter aussi de penser par soi-même et de, ouais, ouais. Et puis, on ne sait pas,

Morgane Lefèvre — en fait.

Ybelion — Ouais, voilà, tu vois, c'est pour ça que je pose toutes ces questions parce qu'en fait, dans la liste des pays que tu as pu traverser, tu vois des pays dont tu as entendu le nom, mais en fait, tu sais très peu de choses, mis à part ce qu'on peut te partager aux infos et alors c'est toujours du coup plutôt négatif ou alors, tu vois, moi, la seule chose à laquelle j'ai pensé, c'est quand je vois les pays que tu as pu traverser, Ouzbékistan, Tadjikistan, etc. Moi, ça me fait penser à quand je regarde les JO et que je vois dans les sports de judo ou de lutte, c'est là que tu vois des athlètes de ces pays-là, tu vois. Sinon, tu n'es jamais en contact avec des gens qui sont de là-bas et donc, en fait, c'est des pays qui sont extrêmement, enfin, en tout cas pour moi, des pays que je ne connais pas du tout, quoi. Tu sais vaguement que c'est plutôt montagneux et désertique et puis c'est tout, quoi, en fait. Ouais. Et puis, et puis voilà. Et donc, ouais, c'est vrai que, tu vois, du coup, ça donne envie aussi de découvrir, découvrir tout ce que tu as pu partager dans ton livre pour vivre un peu ce voyage quelque part.

Ce que les autres peuples savent du monde

Morgane Lefèvre — Puis c'est intéressant parce que, tu vois, une des choses dont je me suis aperçue en voyageant et au contact d'autres populations, c'est que finalement, on est un pays pourtant qui pourrait paraître assez intellectuel et ouvert sur le monde et en fait, on ne l'est absolument pas. Il n'y a pas une grosse ouverture sur ce qui se passe à l'étranger. Alors, si on peut savoir un peu politiquement ce qui se passe dans deux, trois pays, souvent ceux qui nous intéressent et pas les autres. Alors que, justement, dans ces pays, en Ouzbékistan, Kirguistan, Tadjikistan, ces zones qui sont peu connues, même l'Iran, en fait, j'étais surprise de voir les connaissances qu'ils avaient au niveau historique, politique, géopolitique, culturel, de ce qui concerne leur propre pays, mais pas du tout qu'eux, uniquement. Aussi, ce qui concerne toute la zone où ils habitent, aussi... des fois, on m'a appris des trucs sur mon propre pays. Je m'isole encore, tu vois, de me dire waouh ! Et ça m'a vraiment fait prendre conscience à quel point on n'était pas si ouvert que ça sur le monde et sur ce qui se passe ailleurs. Alors, bien sûr, c'est important déjà de s'occuper de ce qu'il y a chez soi parce qu'on a déjà assez de trucs à gérer, mais c'est hyper intéressant de s'inspirer du monde, en fait, de s'inspirer des autres. Et donc, je suis assez étonnée, ouais, d'avoir vu cette différence entre... Tu vois, et peu importe, c'est pas une question d'âge, pas une question de... Non, même les jeunes, ouais, il y avait une vraie différence à cet endroit-là et récemment, j'ai rencontré une Iranienne à la suite d'une conférence et c'est aussi quelque chose qu'elle a noté et elle me le partageait et je lui disais mais je suis complètement d'accord avec toi. Elle me disait je suis tellement étonnée, vous avez des gens qui vivent chez vous, en France, qui arrivent de partout sur la planète et vous n'êtes pas intéressés à connaître leur histoire, leur culture, leur... Et ça, c'est dommage, quoi. Je pense que c'est une grande perte parce qu'on s'enrichit énormément au contact des autres.

Ybelion — Bien sûr, bien sûr. Et ouais, donc c'est ça la conclusion, c'est ça, c'est restons ouverts et curieux à ce qui nous arrive et ça permet aussi... En fait, c'est très inspirant, tu vois, c'est ce que je te disais au début quand tu partages ce qui t'a fait partir dans cette exploration. Moi, tout de suite, tu te dis, en fait, il y a plein de trucs que j'ai en tête et peut-être que je peux oser les faire, en fait, quoi. Et ça, ça vient du contact de l'autre et de s'intéresser à ce qu'il raconte et tout ça. Donc ouais, très beau message. ton livre, maintenant, j'avais vu que tu l'avais fait avec une campagne Ulule et maintenant, si on veut se le procurer, comment ça fonctionne ?

Morgane Lefèvre — Alors, pour se le procurer, le plus simple, c'est d'aller sur mon site et sur mon site, donc c'est morganelefebvre.com il y a, c'est un site de photographie, mais il y a une page au début, il y a différentes images, il y a une page au bord des mondes et du coup, dessus, il y a une présentation un peu plus précise des livres et un bouton pour commander et donc, voilà, il suffit de m'envoyer un petit message avec l'adresse, le nombre d'exemplaires, etc., le choix de livraison et de m'envoyer un virement. Il y a Liban sur la page de mon site pour m'envoyer un virement et dès que le virement est fait, moi, j'envoie le ou les livres.

Ybelion — Trop bien.

Morgane Lefèvre — Voilà, c'est possible aussi de le commander en librairie. Il est dans les librairies qui sont autour de chez moi, mais c'est moins intéressant pour les libraires parce qu'en fait, avec les frais de port et tout ça, il s'y retrouve. Pas vraiment.

Ybelion — Oui, c'est un livre

Morgane Lefèvre — qui est très lourd, il fait 2 kilos quand même.

Ybelion — Ah oui, effectivement. Bah oui, c'est logique, c'est un livre, déjà, il fait 560 pages puis il y a des photos donc c'est forcément du papier qui est un peu plus épais. Oui, avec une couverture,

L'insolite : quand l'âne et le mulet prennent la parole

Morgane Lefèvre — oui.

Ybelion — C'est un beau livre. C'est un bel au-dessus. Oui, carrément, carrément. Et alors, il y a une question que j'aime bien poser aux auteurs pour terminer à chaque fois, c'est si tu devais me raconter quelque chose d'insolite sur ce livre, qu'est-ce que ce serait ?

Morgane Lefèvre — D'insolite. Qu'est-ce que ce serait ? Là, je pense à mon âne et à ses frasques. C'est vrai

Ybelion — qu'on n'en a pas parlé.

Morgane Lefèvre — On n'a pas parlé de mes animaux, c'est quand même la base de cette histoire. Et puis, je veux dire, c'est ma famille, c'est eux qui m'accompagnent, enfin voilà, qui ont accompagné un paquet d'expérimentations. Bah du coup, je vais parler d'eux comme ça, on termine là-dessus, c'est chouette. En fait, dans mon livre, une fois par pays, je fais raconter mon âne ou mon mulet. Trop bien. Voilà, ils donnent leur point de vue sur ce qu'on vit ou sur ce qu'on fait, comment est-ce qu'ils vivent les choses eux pour donner un point de vue plus animal, plus, voilà, un peu différent du côté humain. Et voilà, j'aime bien parce que nous, on a vécu plein d'aventures, mais les animaux ont vécu plein d'aventures aussi. Ça a été tout un... Déjà, c'était une rencontre parce que nous, on n'y connaissait rien, un âne, un mulet, les chevaux. Et donc, on est partis un peu comme ça. Notre âne, il avait un an et demi, notre mulet, quatre ans. Notre mulet a une histoire difficile parce qu'il était maltraité et que du coup, il avait très peur des gens. Et donc, ça a été beaucoup de liberté, beaucoup de confiance, vraiment beaucoup, énormément d'écoute, d'écoute et de silence avec eux. Et donc, voilà. Et donc, dans le livre, je raconte de temps à autre comment ils vivent les choses aussi, leurs balades, leurs aventures. Mon âne, parce que mon âne est un mal entier, donc, voilà, il fait des rencontres avec des femelles, mon mulet, qui, enfin, voilà, qui a son tempérament, son caractère. Donc, des fois, c'est lui qui pose un regard sur, par exemple, il y a un jeu traditionnel qui s'appelle le houlak au Kyrgyzstan. C'est, alors, eux, ils disent houlak, mais c'est le boscashi qui est un jeu traditionnel assez connu qui est joué dans tout le Moyen-Orient. Tu sais, c'est l'ancêtre du polo, mais sauf qu'il joue avec un corps de chèvre ou de bouton. Je ne sais pas si tu vois ce jeu-là. Bon, il y a eu pas mal de rencontres qui sont passées à ce propos. Ok. Donc, c'est assez, wow, intense, assez violent, assez, bon, ben voilà, là, c'est mon mulet qui raconte, quoi, son point de vue sur ce genre de choses qu'il peut voir parce qu'on a croisé plein d'animaux. Eux, on fait plein de rencontres aussi, des rencontres qui leur ont fait peur, des rencontres qui ont été chouettes, des rencontres, voilà, on a aussi traversé des territoires où il y a des loups, enfin bon, voilà, il y a de tout, quoi. Donc, donc ouais, je parle, on pourrait dire ça un peu, la petite note, c'est, voilà, cette histoire avec ces animaux, quand même, qui font partie de notre quotidien et qui ont apporté énormément de choses à ce voyage, qui l'ont rendu très particulier du fait de cette vie en pleine nature rendue obligatoire par la présence des animaux.

Ybelion — Ouais.

Morgane Lefèvre — Voilà, on a traversé quelques villes, mais, dont Istanbul, mais sinon, on était en pleine nature en permanence, que ce soit montagne, campagne, enfin voilà, désert, etc. et donc ça donne aussi tout un ton parce que tu fais des choix en fonction de tes animaux, tu, voilà, tu leur trouves à boire, à manger, les protéger.

Leur présence : la leçon des animaux

Ybelion — Et si tu, si tu devais, qu'est-ce qui t'ont apporté de plus précieux pendant ton voyage ?

Morgane Lefèvre — Le plus précieux, c'est leur présence.

Ybelion — Leur présence ?

Morgane Lefèvre — Leur présence qui est précieuse parce qu'un animal, je parlais du fait d'être au plus proche de soi en permanence, l'animal, en tout cas, l'an est le mulet et le mulet vraiment particulièrement, l'an aussi, mais le mulet encore plus, je crois. En fait, ils sont toujours au plus proche de ce qu'ils sont. Ils mentent pas. Ils sont ce qu'ils sont. Ils ont aucun jugement sur ce que tu fais ou quoi. Ils vont te dire ça, c'est pas OK. Ça, c'est OK. Là, je te fais confiance. Là, je te fais pas confiance. Là, je fais pas confiance à l'autre. Mon mulet est super fort pour ça, pour te dire les gens que tu rencontres. Ah ouais, lui peut-être, ou lui non, pas du tout. Ouais, leur présence, elle est assez magique. Tu vois, ce sont des animaux, ils vivent dans le silence. Ils sont en harmonie avec la nature en permanence. En fait, tout ce qu'ils sont te ramène à l'essentiel. Tout ce qu'ils sont te ramène à un rythme plus humain. Tout ce qu'ils sont te ramène à la simplicité et en même temps à la magie de cette vie en pleine nature au quotidien, par vents et marées et par toute saison. Donc, oui, c'est leur présence, c'est tout ce qu'elles racontent derrière.

Ybelion — J'adore ton partage parce que c'est tout à fait ça. Tu vois, moi, j'ai un petit chien et effectivement, dans les moments où la vie est dure, où t'as des épreuves, machin, effectivement, tu le regardes et tu vois dans ses petits yeux la simplicité et puis, quelque part, ouais, cette espèce de ralentissement qui te fait dire mais en fait, ouais, il y a des choses plus importantes que ta petite broutille là du jour et ça te ressente, je trouve, t'as raison, t'as raison. C'est très précieux comme présence, les animaux de manière générale. La nature, encore de manière plus générale, mais les animaux dégagent quelque chose de particulier.

Morgane Lefèvre — Mais ils font partie de la nature et nous aussi, en fait, c'est juste qu'on l'a oublié et donc on fait des sessions mais la réalité, c'est qu'il n'y en a aucune de sessions entre nous.

Ybelion — C'est vrai, c'est vrai. C'est une très belle conclusion. Merci. Merci Morgane pour tout tes partages. C'était hyper inspirant et peu de doute que ça inspirera beaucoup.

Morgane Lefèvre — Écoute, je le souhaite. En tout cas, ça aurait été ma petite part. Je voushops esthops est au

Épisode 71 avec Morgane Lefèvre

AU MICRO AVEC

Morgane Lefèvre