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Pochette de l'épisode 70 du podcast Ose Écrire

ÉPISODE 70AVEC INVITÉ3 DÉCEMBRE 202567 MIN

Discussion avec Laurianne Bomm

Clarté · Identitémythologie
00:001:06:31

FACE A — LES 19 CHAPITRES · CLIQUE POUR ÉCOUTER

Que faire quand tes personnages refusent de suivre ton plan ?

CE QUE RACONTE CET ÉPISODE

Laurianne Bomm écrit depuis presque vingt-cinq ans et a six livres publiés. Sur L'Ombre des magiciens, le livre le plus dur de sa bibliographie, ses personnages devaient aller à gauche et sont partis à droite. Son premier réflexe a été la panique : comment je rattrape ça ?

Elle a choisi de leur faire confiance plutôt que de les ramener de force. L'histoire a pris une direction qu'elle n'avait pas du tout envisagée, et elle en est très contente aujourd'hui.

Ce que je retiens surtout, c'est sa méthode pour s'en sortir sans y passer six mois. Elle ne reconstruit pas tout le roman. Elle se demande seulement où ses personnages en sont maintenant, quels choix s'ouvrent à eux, et ce que ça donne sur les deux ou trois prochains chapitres. Rien de plus. Et souvent, deux chapitres plus loin, les dix suivants se débloquent d'un coup. La montagne redevient une suite de marches.

Dans cet épisode, on parle aussi du piège du worldbuilding qu'on creuse au point de ne jamais écrire, du morceau de deux minutes qu'elle écoute en boucle pendant trois heures pour ses scènes de bataille, et du courage qu'il faut pour supprimer un point de vue entier.

LE CAROUSEL DE L'ÉPISODE

CAROUSEL À VENIR

Les slides de cet épisode arrivent bientôt dans la bibliothèque visuelle.

Face B — le transcript

L'ÉPISODE MOT À MOT · LES TIMECODES LANCENT L'ÉCOUTE

Évidemment, tu te doutes bien que ce n'est pas moi qui ai tapé tout ce transcript à la main… Alors oui, il y a parfois des incohérences et des erreurs. Et sur les discussions, il arrive même que les voix se mélangent. Comme quoi, rien de mieux que d'écouter l'épisode plutôt que de le lire !

Bienvenue dans le 70e épisode

Ybelion — Yo yo, c'est Ybelion, vous êtes dans le 70e épisode d'Ose Écrire, et aujourd'hui j'accueille Lauriane. On parle de son livre, La Rose du Skirai, et donc de son intention, être soi-même, et de son amour pour Aladin. On évoque aussi le roman historique qu'elle est en train d'écrire, son processus créatif, que ce soit pour le premier jet ou la réécriture, et tout un tas de conseils qui, si vous lancez dans l'écriture, vous serviront, c'est évident. Je vous souhaite une très bonne écoute et je vous dis à très vite. Moi, c'est Sam Ybelion de Mon Nom de Plume. Je suis écrivain, coach, et j'accompagne celles et ceux qui veulent renouer avec leurs rêves d'écriture. T'écoutes un podcast dont l'intention est simple, te donner inspiration, outils, motivation, discipline, bref, tout ce qui peut te permettre d'oser écrire. En gros, c'est un peu dans le titre quoi, Ose Écrire. Il y a deux choses qui m'ont intrigué. Déjà, le nom, la rose du Skirai, si je le prononce bien. Je trouve que ça sonne super bien. Et donc, je me suis toujours dit, ok, il y a un petit genre de bien découvrir. Et après, ce dont on avait un peu parlé par message, mais tout le côté mythologique et un peu historique que peuvent avoir, je crois, le roman sur lequel tu travailles actuellement. Ça, ça me passionne. Je crois que c'est une petite passion d'enfant, la mythologie.

Laurianne Bomm — C'est vrai.

Ybelion — Et le côté historique, je trouve que c'est... Je ne sais pas s'il y a un genre plus dur qu'à écrire un autre. Tu me diras, parce que je crois que toi, tu as balayé à différents genres. Mais le côté historique me paraît encore aujourd'hui, en tout cas, de rajouter des marches au processus d'écriture. Parce que du coup, il y a aussi beaucoup de recherches. Il y a beaucoup... Enfin voilà, tu ne peux pas tout inventer, comme quand tu écris de la fantaisie, par exemple, où en fait, à un moment, tu peux dire, bon, en fait, c'est magique. Allez hop, c'est bon, c'est réglé.

Écrire historique : le devoir d'être au plus juste

Laurianne Bomm — C'est ça. Non mais oui, ça, c'est vrai. L'historique, quand tu ne connais pas trop, quand tu ne travailles pas du coup en tant qu'historien, je trouve que c'est assez difficile. Parce que ça demande effectivement pas mal de recherches. Pour ne pas dire n'importe quoi. Parce qu'en tant qu'auteur, on a aussi un devoir d'être au plus juste par rapport aux connaissances qu'on a, du moins, à un instant T. Donc là, c'est le projet, effectivement, sur la guerre de Troie. Oui. Que tu évoquais, où j'essaie de concilier la partie mythologie et la partie histoire. C'est super dur, j'avoue. Mais j'ai la chance d'avoir, en fait, un collègue qui est passionné d'histoire et mythologie, mais il connaît sur le bout des doigts. C'est assez impressionnant. Et qui, du coup, m'aide sur ce projet-là. Donc, il m'a fait... J'ai plein de fiches, plein de cartes, plein de... Voilà, j'ai... Enfin, franchement, mon dossier de préparation de ce projet est juste énorme. Donc, du coup, j'ai, entre guillemets, qu'à piocher un petit peu partout dans tous mes fichiers. Et pour essayer, voilà, de... Comment dire ? De rendre hommage, en fait, à cette période qui est assez... C'est assez dingue.

Ybelion — C'est... C'est vrai qu'on en avait parlé par message, mais moi, je trouve ça... Je trouve ça trop cool parce que ça souligne que l'écriture n'a pas besoin d'être solitaire, en fait. Et là, en l'occurrence, toi, il t'aide de manière beaucoup plus, je dirais, pratico-pratique, tu vois, avec des fiches et tout. Mais en même temps, ça, tu peux aussi le capter juste quand tu discutes et que t'es dans ta vie de tous les jours avec plein d'autres personnes. On te nourrit comme ça de plein d'images, plein d'idées, plein d'histoires. Et c'est ça qui fait aussi tout ce que tu peux raconter après. Et... Voilà, c'est trop cool.

Laurianne Bomm — Ah ouais, clairement.

« Mes personnages ont fait n'importe quoi »

Réinventer la guerre de Troie, sans les dieux

Ybelion — Et tu fais du coup une... Tu re-racontes la guerre de Troie ou tu fais une... Je sais pas comment... Je sais pas comment dire, mais une sorte de réinterprétation ?

Laurianne Bomm — Alors, j'ai essayé de caler sur les grands événements qu'on connaît de la guerre de Troie, même si on n'a qu'un tout petit bout. Au final, ils disent que c'est une guerre qui a duré dix ans. Bon, on n'a que vraiment la dernière partie, donc ça laisse plein de place à l'imagination. Donc, j'ai réinventé certains événements qui se passent avant, du coup. On peut dire vraiment le moment où ils se retrouvent... Enfin, où les Achaïens, puisque en général, on a tendance à dire grec, mais c'est plutôt Achaïens. Les Achaïens se retrouvent devant Troie. Donc, il y a toute la partie avant où là, c'est beaucoup plus libre. Même si, vu que je m'ajoute la contrainte de l'histoire avec un grand H, il y a quand même pas mal d'études et de recherches qui ont été faites sur cette partie fin de l'âge de bronze. Où on a quand même des événements de sécheresse, par exemple, qui ont été répertoriés. On sait par exemple que Mycène, la cité d'Agamemnon, il y a eu des incendies avant. Enfin, voilà, on sait quand même pas mal de choses. Donc, avec tout ça, ça permet de combler un petit peu les trous. Alors après, est-ce que c'est une réinterprétation ? Je ne sais pas. C'est vraiment un... J'essaie de mixer vraiment un peu les deux.

Ybelion — Effectivement, du coup, avec ce que tu amènes, ça a l'air... Enfin, tu apportes quand même une grande importance à la cohérence historique. Et c'est sûr que ça amène de la matière complètement différente. Notamment, effectivement, s'il y a eu des incendies, s'il y avait de la chesse-rèche. Enfin, tout est... Du coup, le déroulement de l'histoire après n'est pas la même. Donc, non, c'est super intéressant de faire ça. Et la mythologie, dans tout ça, tu l'intègres pour qu'il y ait une... Ça a quel impact, je dirais, sur l'histoire ?

Laurianne Bomm — Alors, j'ai fait le choix de ne pas inclure les dieux. Les dieux et les déesses. Donc, ils n'apparaissent pas. C'est vraiment très, on va dire, humain-centré, entre guillemets. Mais donc, du coup, j'ai repris... Il y a tous les personnages, globalement, de la mythologie. Mais aussi bien ceux qui concernent la guerre de Troie. Mais aussi ceux, les héros qui sont de l'époque d'avant. Donc, Jason, par exemple, avec les Argonautes, est évoqué. Héraclès, qu'on connaît comme Hercule, mais qui est évoqué aussi. Donc, je reprends tous les noms. Un peu les mythes. Les mythes et les légendes, du coup, associés aux héros, aux femmes, etc. Et les situations, quand je peux... Enfin, quand ça concorde, du coup, avec l'histoire, quoi.

Ybelion — Ça me rappelle des souvenirs de... Quand on était au lycée et qu'on avait les cours de latin et de grec. Et que les parties les plus cool, c'est quand on te racontait tous les trucs de mythologie, là. Et tain, ouais, c'est... Ça te donne envie, en vrai. Ça te donne envie. C'est un projet que tu bosses dessus depuis longtemps ?

2019, trois tomes et deux ans de pause

Laurianne Bomm — Alors, j'ai eu envie de travailler là-dessus en 2019.

Ybelion — Ok, ok.

Laurianne Bomm — Donc, ça remonte déjà pas mal. Après, il y a eu toute la phase de recherche.

Ybelion — Oui.

Laurianne Bomm — Qui, là, a pris... Ça a pris plusieurs mois. Ok. Et après, on a construit le plan aussi. Du coup, avec mon collègue, mais des trois tomes directement.

Ybelion — Ah oui, ces trois tomes. Oui, ces trois tomes. Ah, j'avais pas ça en tête. Ok, ok. C'est logique. Ok, ok.

Laurianne Bomm — Oui, parce qu'au final, la partie qu'on connaît, qui est vraiment toute la fin, plutôt de la guerre de Troie, c'est vraiment dans le tome 3, quoi. C'est toute la fin. Et au début, j'explique comment ils en sont arrivés, du coup, à se retrouver devant cette cité. Mais, donc, voilà. Donc, il y a eu toute une partie recherche, construction du plan. Et puis, après, le temps d'écrire. Forcément, c'est des beaux pavés.

Ybelion — Bah ouais, à ce col-là, du coup, t'es sur la... T'as écrit la trilogie quasiment entière ?

Laurianne Bomm — Bah là, je suis sur le tome 3. Ok. Je suis à peu près à... Je sais pas, je dirais 40% à peu près du tome 3. C'est incroyable.

Ybelion — C'est assez marrant parce que... Enfin, c'est marrant. Quand tu m'as dit, donc, depuis 2019, moi, tout de suite, j'ai ma casquette de coach qui s'allume et qui dit, ah, c'est long. Et en même temps, bon, il y a long et long, tu vois. C'est vrai, la vérité appartient à chacun. C'est plus une moyenne comme ça. Et là, quand j'entends trilogie, je fais, ah, en fait, c'est pas si long que ça, quand même. C'est franchement...

Laurianne Bomm — Ouais. Et encore, j'ai mis en pause à un moment.

Ybelion — Bah ouais, c'est ça, en plus.

Laurianne Bomm — Ouais, parce que j'ai écrit tout le tome 1, voilà, une fois, je sais plus trop en combien de mois. Mais bon, je l'ai écrit. J'ai commencé le tome 2. Et c'est vrai que c'est un projet hyper exigeant. Parce que, bah déjà, je suis pas, enfin, comment dire... Je suis obligée de suivre une ligne, quand même. Même si je peux... Enfin, les personnages peuvent bouger un petit peu. Mais globalement, je suis bien obligée d'aller dans la direction de la guerre, quoi. Donc, j'ai pas trop le choix. Et puis, toutes les références mythologiques et historiques et tout ça, enfin, c'est assez... Voilà, c'est un projet qui est assez exigeant. Et du coup, j'ai fait une pause. Mais je pense que pendant deux ans, je crois, j'ai écrit deux autres histoires. Ok. Dont la Rose du Skirai, du coup, que j'ai intégrée. Voilà. Et donc, après, je suis repartie sur la moitié du tome 2. Et puis là, le tome 3.

Ybelion — Ouais. Et du coup, franchement, c'est rapide. Surtout, en plus, si tu prends des pauses au milieu. Le besoin de changer d'histoire, c'était venu parce que, justement, t'avais ce côté hyper exigeant qui, du coup, laisse pas forcément de place, entre guillemets, à se laisser porter par l'histoire.

Quand les personnages refusent d'aller par là

Laurianne Bomm — Ouais, c'est ça. Parce que, en général, quand je commence une histoire, enfin, en fantasy, en tout cas, j'ai une idée des personnages. J'ai à peu près une idée d'où je veux aller. Et puis après, il arrive que les personnages, ils me disent, non, je veux pas aller par là. Et donc, je change complètement d'idée. Je change de trajectoire, quoi. Mais voilà, là, je peux pas.

Ybelion — Et comment t'as réussi à t'adapter, justement, à ce processus ? En sortant d'un processus, du coup, beaucoup plus libre, j'entends, par exemple, quand t'écris de la fantasy, à réussir à t'adapter à ce processus qui est beaucoup plus, entre guillemets, rigide, d'écrire un truc qui, bah, tu peux pas changer, en fait, la fin.

Laurianne Bomm — Ouais, bah, ça a pas forcément été évident. Après, bon, je me laisse quand même quelques libertés. Il y a quand même quelques détails où, voilà, les personnages ont un peu bifurqué, quoi. Mais, bah, souvent, j'écris. Et puis après, je me dis, non, ça colle pas avec le point où je devais arriver. Donc, à la réécriture, je resserre un peu. Et je modifie quelques trucs pour arriver vraiment là où j'aurais dû arriver, quoi.

Ybelion — Ok. Ah, donc, c'est aussi un processus assez itératif dans le... Enfin, du coup, premier gère et réécriture. Et... Ok. Et du coup, j'ai entendu les deux autres histoires que t'as écrites. La Rose du Skiraille.

Laurianne Bomm — Ouais.

Ybelion — Et la deuxième, c'est laquelle ?

Laurianne Bomm — Alors, elle traîne encore dans mes tiroirs, celle-ci.

Ybelion — Ah, ok.

Laurianne Bomm — Elle repose.

Ybelion — Du coup, la Rose du Skiraille, plutôt... En plus, c'est celle sur laquelle t'as beaucoup communiqué. Et qui a un nom hyper intriguant, comme je te disais. Je veux bien que tu m'en parles un peu. Je te laisse le champ libre. Je commence pas avec une question. Commence pas où tu veux commencer.

Laurianne Bomm — Ok. En fait, la Rose du Skiraille, j'ai eu envie de l'écrire. J'avais l'idée depuis un petit moment, en fait. Parce que le Skiraille est un royaume qui existe chez moi depuis pas mal de temps. Et qui s'intègre dans... J'ai un grand univers antique où j'ai une duologie, le démon des mers, le sacrifice du Takanos. Donc ça, c'est le même univers. Voilà. Et du coup, il était intégré déjà dedans. C'est une revisite d'Aladin. J'adore Aladdin. Le Disney. C'est mon dessin animé préféré.

La Rose du Skirai, sa revisite d'Aladdin

Ybelion — Ok.

Laurianne Bomm — Et donc voilà. Donc j'ai réécrit à ma sauce. En ajoutant quelques petits éléments fantastiques dedans.

Ybelion — Voilà. Et... Attends, trop bien. Du coup, c'est plutôt une histoire de... Fantastique ? Ou carrément fantaisie ?

Laurianne Bomm — Non, fantaisie. Carrément. Fantaisie, ouais. Parce que c'est vraiment un univers qui n'a rien à voir avec le nôtre.

Ybelion — Ok. Et tu disais depuis pas mal de temps, l'univers que tu as, tout cet univers-là, c'est quelque chose qui vient de l'adolescence ou de l'enfance ou des débuts d'écrivaine ?

Laurianne Bomm — Ouais, ça date de mes débuts. J'ai commencé il y a longtemps à écrire. Franchement, il y a plus de 20 ans, je crois. Ouais, plus de 25 même. Presque 25 ans maintenant. Ah ouais. C'est le coup de vieux.

Ybelion — Bravo. Alors franchement, bravo sur toi. C'est incroyable.

Laurianne Bomm — Merci. Mais... Et du coup, ouais, cet univers, il doit dater de ces eaux-là, quoi. À peu près.

Ybelion — Qu'est-ce que... Comment tu as réussi à... Parce que je pense que du coup, j'entends univers de fantaisie. Donc forcément, il y a aussi beaucoup de... Tu as dû passer du temps, j'imagine, à concevoir tout cet univers, à le world buildinger, comme on dit là. Enfin, du world building plutôt. Comment tu as réussi à concilier le fait de créer ton univers et de quand même raconter des histoires dans cet univers-là ?

Worldbuilding : construire sans s'y noyer

Laurianne Bomm — Je réfléchis. Non. Donc, voilà. Donc, j'ai créé du coup vraiment tout le world building à partir de ça. Et après, il y a les personnages qui sont intégrés. Et voilà. Du coup, j'ai construit l'intrigue comme ça. Enfin... Je ne sais pas si c'est bien clair.

Ybelion — Si, si. En fait, je pose la question parce que ça peut donner, je pense... Ça peut être très inspirant pour beaucoup de gens parce que... Moi, le premier, on a tous un peu notre univers de fantaisie, tu vois, qu'on a depuis longtemps en tête et dans lequel on a envie de raconter plein d'histoires. Et on se perd un peu dans ce world building parfois. Et ce n'est pas évident de trouver justement cette juste limite entre créer suffisamment d'éléments de cet univers pour qu'ils soient cohérents et intéressants. Et en fait, raconter des histoires. Parce qu'à la fin, ce qu'on a envie pour la plupart des gens, c'est quand même de raconter une histoire et d'écrire un livre et pas de faire une encyclopédie. Voilà.

Laurianne Bomm — Oui, c'est sûr. Il y a souvent le piège de le creuser énormément et au final, de ne pas forcément se lancer dans l'histoire. Après, rien n'empêche aussi de l'alimenter au fur et à mesure de l'écriture.

Ybelion — Bien sûr.

Laurianne Bomm — Ça, c'est une technique qui fonctionne plutôt pas mal. Tracer les grandes lignes, les grandes règles un peu de l'univers et puis après, de l'alimenter petit à petit en fonction de ce qu'on a besoin. Oui, j'utilise pas mal ce procédé aussi.

Ybelion — Oui, totalement. Alors du coup, j'ai une question, je fais juste une parenthèse parce qu'à chaque fois, je la donne parce qu'à mon sens, elle est hyper importante. Le plus bel exemple de tout ça, c'est Tolkien. Parce que Tolkien, il aurait vécu 200 ans de plus, il aurait passé 200 ans de plus à créer son univers. Complètement. Par contre, c'est ça qui est impressionnant, c'est qu'en fait, il a quand même écrit des histoires et dans tout son processus, il y a des choses, en fait, on ne sait pas vraiment. Et puis, ou alors, il y a des informations qui ont changé. Et ça, c'est du coup, c'est bien de l'avoir en tête parce que ça nous permet aussi de nous libérer d'un poids de perfectionnisme en disant, oui, mais alors si je ne fixe pas la couleur du slip du président du pays à cet âge-là maintenant, j'imagine que c'est incohérent avec la suite. Bon, au pire, on trouvera un twist. Et je voulais savoir du coup, si toi, ça t'était arrivé, cette situation, de voir, entre guillemets, comme une incohérence ou de... Ouais, et quelque part, comment tu fais pour justement lâcher prise sur... Ok, peut-être que je n'ai pas tous les éléments de mon univers au global, mais j'en ai suffisamment pour écrire l'histoire, en l'occurrence, que j'ai envie de raconter. Je ne sais pas si ma question est claire, mais ça m'intéresse.

Tolkien, perfectionnisme et incohérences assumées

Laurianne Bomm — Ah si, je crois. Après, ça dépend à quelle phase du roman on est. Si on est en premier jet, j'ai envie de dire, à la limite, ce n'est pas très grave. Si on se dit à un moment, ça, ça ne va pas, ou ça, il me manque des infos, ou voilà, il faut le noter. Si ce n'est pas vraiment un point bloquant, pour moi, il faut l'avoir noté quelque part et puis quand même continuer, puisque de toute façon, la réécriture va servir à ça. Après, est-ce... Enfin... Je pense que potentiellement, il peut toujours y avoir des incohérences, même dans des romans qui ont été travaillés un nombre, un calculable de fois. C'est vrai, c'est vrai. Parfois, ça peut arriver, et je pense que ça ne reste pas très grave. Sauf si c'est vraiment le truc énorme, on se dit non, là, quand même, c'est pas possible, quoi. Mais j'en ai eu, pas forcément des incohérences, mais des moments où mes bédélecteurs m'ont dit, mais t'aurais pas oublié ce point-là ? En fait, là, tu fais, ah, si !

Ybelion — Non, c'était prévu !

Laurianne Bomm — Et bon, ben voilà, après, tu... Bon, déjà, il faut digérer l'information. Parce que tu dis, bon, ok, c'est pas grave. Et puis après, en réfléchissant, voilà, tu trouves... En général, on trouve toujours une solution pour expliquer à peu près... À peu près, quoi.

Ybelion — Et puis, bon... Et t'as souligné quelque chose d'important, c'est aussi pour ça qu'il y a des bédélecteurs dans le processus. C'est pour ça qu'on fait un premier jet, qu'on fait une réécriture, qu'on fait une bédélecture, qu'on réécrit ensuite. Donc, c'est tout à fait normal, et c'est vrai qu'il faut apprendre... Enfin, il faut, du coup, c'est ça. Mais quelque part, c'est cool d'aimer le fait de se dire, bon, ben, je lâche prise, et puis je verrai bien à la réécriture ce qu'il faudra que je change ou pas. Et aussi, quelque part, ces points d'incohérence sont aussi ce qui donne un peu le sel des très grandes histoires, quoi. Il y en a... J'ai pas un truc qui me pop en tête, là, comme ça, mais dans quasiment toutes les très grandes sagas qui sont surappréciées, il y a toujours des points où on se dit que c'est pas forcément cohérent, ou alors les gens sont pas d'accord, ou après, il y a plein de théories, et je pense que c'est ça aussi qui fait le sel, entre guillemets, d'une histoire. C'est de laisser un peu de place au lecteur.

Laurianne Bomm — Ouais, puis aux petites, entre guillemets, imperfections, je pense que de toute façon, le roman parfait, ça n'existe pas, hein, et puis en tant que lecteur, enfin, tous les lecteurs sont différents, donc en plus, on appréciera pas la même chose, on sera pas sensible non plus à la même chose, donc ouais, je pense que c'est ce qui fait aussi le charme, le charme des romans, quoi.

Ybelion — Ouais, c'est clair, c'est clair. C'est... Toi, c'est quelque chose qui te... qui te... qui te touche, le retour que peuvent te faire les lecteurs ?

Laurianne Bomm — Ouais, carrément.

Ybelion — Ouais.

Laurianne Bomm — Ah ouais.

Ybelion — C'est quoi le plus beau compliment qu'on ait pu te faire ? Ou le plus beau retour ?

Laurianne Bomm — Alors, on m'a dit... Donc, il faut savoir une chose, j'adore écrire les scènes de bataille, ça c'est vraiment le truc, voilà. Ok. Et donc, on m'a plusieurs fois... Non, ouais, plusieurs fois dit que mes scènes de bataille étaient vraiment immersives, presque comme dans un film, quoi. Et ça, on va me dire que j'ai réussi à embarquer vraiment le lecteur, enfin, voilà, à côté des héros vraiment qui se battent, et qu'ils ont tremblé, ils m'ont dit, on a eu peur, on était à fond, à côté, ça je trouve ça incroyable. Qu'ils arrivent à oublier, voilà, que c'est des mots, quoi, sur le papier.

Des scènes de bataille comme au cinéma

Ybelion — Ouais, bravo, ça franchement, c'est vraiment pas un exercice facile. Qu'est-ce que... ça serait quoi ton conseil pour écrire de bonnes scènes de bataille ? C'est pour un ami, peut-être ?

Laurianne Bomm — C'est pour un ami. Eh ben... Ouais, après, je pense que c'est quand même, c'est lire pas mal de batailles. Je pense que j'ai lu beaucoup de Gemmels, David Gemmels, aussi, je sais pas si tu connais, ouais. Là, il y a quand même pas mal de batailles. J'ai grandi aussi avec les films Le Seigneur des Anneaux, notamment, donc avec des immenses batailles incroyables. Après, je dirais aussi ne pas hésiter à regarder des vidéos. Il y a parfois, en fonction des armes avec lesquelles on se bat, forcément, il y a des vidéos de reconstitution, de combat, voilà, qui peuvent donner des idées. Après, c'est difficile parce que moi, les scènes de bataille, elles se déroulent vraiment dans ma tête, en fait.

Ybelion — C'est la question que j'allais te poser.

Laurianne Bomm — Ouais, voilà, j'ai vraiment comme... Ouais, comme dans un film aussi, je vois le truc se passer et du coup, j'essaie de retranscrire au mieux, quoi. Mais... Ouais, j'ai pas...

Ybelion — C'est... Non, c'est... Franchement, c'est... T'as dit de très bonnes choses. Un auteur que j'aime beaucoup, Eddings, qui a écrit La Belgariade, etc. Je sais pas si tu connais, mais...

Laurianne Bomm — Ouais, j'ai lu, ouais. C'est génial.

Ybelion — C'est mon... C'est moi, c'est mon... C'est pas le cas de beaucoup de gens, je pense, mais... Moi, c'est mon livre de fantaisie d'adolescent, tu vois.

Laurianne Bomm — Ouais.

Ybelion — C'est un livre qui a des défauts, etc. Mais vraiment, c'est ma saga d'adolescent. Et Eddings disait justement qu'il fallait commencer par lire beaucoup de romans chevaleresques, tu vois. Et il parlait, il disait, lisez la chanson de Roland, lisez... Enfin bref, tous ces textes-là, qui sont effectivement quasiment que des scènes de bataille. Et la chanson de Roland, qui est un texte dont on étudie parfois certains passages quand on est à l'école, etc. J'avais eu la curiosité, du coup, de le lire en entier. Et c'est effectivement que... C'était que des scènes de bataille, que des manières de trucider son adversaire. Et c'est étonnamment... Ouais, étonnamment inspirant, tu vois. Parce qu'effectivement, tu te dis, putain, mais en fait, il y a plein de manières de décrire quelqu'un qui tape sur quelqu'un d'autre avec une épée, tu vois. Et ouais, c'est un très bon conseil.

Laurianne Bomm — Et...

Ybelion — Et j'en ai perdu, j'en ai perdu le but de ma phrase, mais... Mais oui, tu disais, tu voyais les scènes dans ta tête, comme au cinéma. Et c'est marrant parce qu'effectivement, j'ai l'impression qu'il y a un peu deux catégories d'auteurs. Tu vois, tu as ceux qui le voient vraiment comme une scène de film. Et moi, par exemple, je sais que c'est des flashs d'images, tu vois. C'est très statique dans ma tête. Et c'est marrant de voir ces fonctionnements. Quels sont les auteurs de fantasy, toi, qui ont... Alors, j'ai entendu Gmail, du coup, qui ont pu t'inspirer, qui t'inspirent peut-être encore aujourd'hui. Euh...

Laurianne Bomm — Euh... Ouais, il y a eu Gmail. Euh... Ah, c'est dur comme question. Euh...

Ybelion — Et tu n'as le droit d'en citer que trois.

Laurianne Bomm — Que trois ? Oh purée ! Bon, j'en ai déjà un. Gmail. Euh... Ah purée, je regarde dans ma bibliothèque. Il y a eu... Ah, j'ai un trou de mémoire. J'ai un trou de mémoire. Il a écrit Roi du Monde.

Ybelion — Un auteur français.

Laurianne Bomm — Roi du Monde.

Ybelion — C'est Jarowski ?

Laurianne Bomm — Oui, c'est ça. C'est ça, c'est ça.

Ybelion — C'est Google qui m'a donné la réponse. Ok. Ouais, effectivement.

Laurianne Bomm — Donc ça, j'avoue, pour toute la partie mythologie, c'était... Voilà, ça, c'était vraiment génial. Euh... Et après, un dernier auteur ? Ah, je sais.

Ybelion — Et d'autres manières de poser la question, ce serait... Quand... J'imagine que tu as aussi forcément un passé de lectrice. C'est lequel ton... Ta saga ou ton roman de fantasy qui t'a marqué le... Enfin, le premier dont tu as un souvenir où tu te dis... Où tu t'es dit, putain, c'est fou que je découvre ça.

Laurianne Bomm — Euh... Je me souviens, c'était de la saga Harry Potter, à l'époque. Ouais.

Harry Potter, Eddings et les livres déclencheurs

Ybelion — Ok.

Laurianne Bomm — Quand elle est sortie... Même si j'ai pas terminé, au final. J'ai pas... Ah ouais ? J'ai même pas tout lu. Ouais, je me suis arrêtée au 4, je crois. Ok. J'ai pas tout lu. Mais je me souviens que j'avais dévoré les livres à l'époque. Euh... Même si, voilà, je terminerai pas. Mais en tout cas, à l'époque, voilà, j'avais dévoré.

Ybelion — Ouais, il y a tous les... Effectivement, tous les disclaimers aujourd'hui autour de... De ce que peut dire et partager J.K. Rowling.

Laurianne Bomm — Ouais, carrément.

Ybelion — Mais c'est vrai que c'est difficile de... De pas citer Harry Potter, surtout dans nos générations. Où... Moi, je crois que j'avais l'âge d'Harry Potter au moment où il grandissait, quoi. Ouais. Donc c'est sûr que c'est difficile de pas... De pas repenser à tout ce que ça a pu nous inspirer, ouais.

Laurianne Bomm — Hum hum. C'est vrai, ouais.

Ybelion — T'as c'est... Ça me fait toujours beaucoup rire de... De voir... Les livres qui ont pu inspirer les gens. Hum... Ou qui ont pu leur donner, tu sais, l'étincelle. Un moment de dire... Putain, mais en fait, moi aussi j'ai envie de raconter des histoires. Et... Et c'est pour ça, tu vois, je disais Eddings. Parce que il y a... Je le regarde vraiment avec une tendresse aujourd'hui. Même quand je le relis. Tu vois, c'est pas le... Objectivement, le livre de fantasy que je trouve le mieux écrit. J'en ai lu des plus grandes claques que ça. Mais... Ça n'empêche que sans celui-là, genre tout le reste aurait pas existé pour moi. Tu vois.

Laurianne Bomm — Ouais.

Ybelion — Et ça, ça me... Ça, ça me touche beaucoup.

Laurianne Bomm — C'est lui du coup aussi qui t'a donné envie... Envie d'écrire ?

Ybelion — Je pense que ouais. Parce que... Il a fait un truc que je ne sais pas si beaucoup d'auteurs ont fait. Mais en fait, il a écrit un livre qui s'appelle Le Codex de Riva. Qui est en fait un regroupement de ses conseils et de ses notes sur son univers. Donc c'est un bouquin qui est objectivement extrêmement chiant à lire. Parce que t'as genre... T'as genre 30 pages au début qui sont très intéressantes. Qui sont sur... Ok. Les conseils qu'il donnerait à quelqu'un qui a envie d'écrire. Ou en tout cas, lui, ce qui a pu l'aider. Et après, c'est que des notes sur son univers. Tu vois. Donc c'est un peu l'équivalent du Cidmarion. Mais même pas... Le Cidmarion, il y a quand même des bouts d'histoire. Enfin, voilà.

Laurianne Bomm — Ouais.

Ybelion — Là, c'est vraiment des listes parfois. Tu vois, c'est genre... Ce peuple-là est comme ça. Sa fête, c'est ça. Leur argent, c'est ça. Tu vois, c'est vraiment très très... Des notes, quoi. Voilà. La fameuse encyclopédie dont je te parlais avant. Mais... Les 30 premières pages sont genre... Passionnantes. Et il dit beaucoup de choses intéressantes. Et là, comme ça, celles qui me reviennent... C'est... Il dit toujours de manière un peu provocante. Mais si vous voulez gagner de l'argent, on n'écrivait pas de la fantaisie, tu vois.

Laurianne Bomm — Oui, oui. Pas forcément tort.

Ybelion — Une manière, je trouve, assez intéressante de souligner qu'en fait, c'est vraiment quelque chose que tu dois faire. Et en fait, il faut être connecté à sa passion. Parce que c'est long. Parce que... Voilà. C'est pas toujours le genre le plus en vogue. Etc. Il dit aussi que... que la moitié des choses qu'on écrit ne servent à rien. Et ça, je me rappelle, quand je l'avais lu la première fois, j'étais un peu l'égo piqué. Tu dis comment ça ? Moi, je suis un génie de l'écriture. Excuse-moi. Tout ce que j'écris est absolument génial. Et en fait, je me rends compte à force que tous les trucs nuls que tu écris, sans eux, en fait, il n'y aurait pas les 50% géniaux que tu écris aussi. Et d'ailleurs, je ne sais pas si toi, ça te... Donc, si ça fait quasiment 25 ans que tu écris.

Laurianne Bomm — Ouais.

Ybelion — Est-ce que tu as tout sorti de ce que tu as écrit ? Est-ce qu'il y a des choses que tu sais que tu ne sortiras jamais ?

Six livres, des tiroirs et le rêve du roi Arthur

Laurianne Bomm — Alors là, dans mes tiroirs actuellement, j'ai deux histoires qui, pour le moment, ne sont pas sorties. Il y en a une, je sortirai. Je pense... Non, ouais. Je parle d'histoires écrites. Oui. Parce que, après, j'ai plein de brouillons, d'idées, des petits bouts, des voilà. Mais pour le moment, il y en a deux. Il y en a une, je pense qu'il faudrait que je la réécrive. Vraiment, que je reparte complètement de zéro. OK. Parce que je n'avais pas assez exploité, je pense, les personnages, l'intrigue et tout ça. Mais ouais, deux. Enfin... OK. Ouais, trois en vrai. Parce que mon... Comment dire ? Mon but ultime, mon rêve ultime en tant qu'autrice, c'est d'écrire sur le roi Arthur. Je voudrais écrire, voilà, faire une trilogie. Incroyable. Je pense. J'espère. Pas plus. Mais ouais, une trilogie sur le roi Arthur. Ça, c'est... C'est ce que je voulais écrire déjà il y a 20 ans, je pense. Plus de 20 ans. Parce que j'ai retrouvé des premiers fichiers qui datent de 2001 dessus. mais bon, je n'avais pas l'expérience, je n'avais pas les épaules encore. Incroyable. Mais voilà, ça, c'est mon... Donc, ça fait trois.

Ybelion — OK. Et en tout, tu en as sorti combien des livres ? Parce que du coup, je n'ai même pas fait le compte.

Laurianne Bomm — Six. J'en ai six là, actuellement.

Ybelion — Incroyable. Bravo. Franchement, c'est impressionnant. Ça a été lequel le plus dur à écrire ? Des six ?

Laurianne Bomm — Alors, à écrire... Je dirais L'Ombre des magiciens. C'est une duologie de fantasy steampunk.

« J'ai fait confiance à mes personnages »

Ybelion — OK. Et pour quelles raisons ?

Laurianne Bomm — Parce que mes personnages ont fait n'importe quoi. Ils n'ont pas voulu suivre ce que j'avais prévu. Et voilà, du coup, à un moment, je me suis retrouvée à me dire, qu'est-ce que je fais ? Ah, oui. Ils devaient aller à gauche, quoi. Et j'en ai qui ont été à droite. Et j'étais là, mais comment je rattrape ça, quoi ? Et au final, ça peut être bizarre, dit comme ça, mais je pense qu'on va se comprendre. Je leur ai fait confiance. J'ai fait confiance à mes personnages. Et voilà, l'histoire a pris une direction qui n'était pas du tout, que je n'avais pas envisagée. Mais au final, je suis vachement contente quand même du résultat.

Ybelion — J'adore le message que tu partages. C'est vraiment, il faut lâcher prise. Lâche-m'prise. Ce n'est pas évident, je trouve. Comment tu fais, toi ? Tu vois, ce moment où tu te rends compte que tes personnages, ils font n'importe quoi. Et tu dis, OK, en fait, là, la seule manière que j'ai de m'en sortir quelque part, c'est de leur faire confiance. Enfin, c'est bizarre comme question. Tu vas sûrement, je ne sais pas, mais comment tu fais, tu vois, pour te dire, OK, en fait, je suis à l'aise avec ce truc de... Allez, vas-y, on va voir ce qui se passe.

Laurianne Bomm — Ouais, alors, ouais. J'y arrive parce que, bon, déjà, je ne suis pas architecte. Enfin, voilà, je ne planifie pas parce qu'il y a aussi des auteurs qui ont besoin de vraiment faire le plan et qui, voilà, ça les angoisse presque de, entre guillemets, se laisser porter, ce que je peux tout à fait comprendre. On est tous différents. Comment je fais ? J'ai quand même une vague idée, à peu près, de la fin. Moi, juste de la fin, voilà. Et j'avance petit à petit. En fait, je... Quand le plan explose en cours de route, je me dis... Voilà, qu'ils ont des idées, je me dis, OK, qu'est-ce que ça peut donner dans les deux, trois prochains chapitres ? Grosso modo, par rapport à là où sont mes personnages, quels choix ils ont, voilà, qu'est-ce que... Voilà, qu'est-ce qu'ils peuvent faire ? Et puis, j'avance que de deux ou trois chapitres. C'est pas très grave. Puis après, je, voilà, je continue comme ça, jusqu'à arriver à la fin.

Ybelion — C'est... Je trouve que t'as raison. Il n'y a rien de plus simple que ça, de découper le mammouth, quoi. De faire marche par marche.

Laurianne Bomm — Et ouais, c'est moins intimidant. Et puis... Et puis, parfois, à un moment, peut-être que dans le... Deux chapitres plus loin, eh bien, ça te débloquera tout. Et on va se dire, « Waouh, ok, c'est bon. Je vois comment y arriver, quoi. » Et puis là, voilà, tout va se dérouler. Les dix prochains chapitres, tout sera clair. Mais avancer petit peu, enfin, voilà, petit peu par petit peu, c'est... C'est moins intimidant.

Ybelion — Et c'est vrai que ça permet de... de donner la confiance au personnage. C'est... Quelque part, ils vont t'amener là où t'as envie d'être amené. Mais par contre, il y a un truc, qui est important dans ce que t'as dit, c'est que tu sais où tu vas. Parce que c'est difficile d'écrire comme ça quand tu sais pas où tu vas. Quand t'as pas une intention claire de ce que tu veux raconter, c'est très difficile de se laisser porter comme ça. Parce que là, tu... En fait, ça part vraiment dans...

Laurianne Bomm — Oui, ça peut partir dans tous les sens. Ouais.

Ybelion — Et effectivement, quand t'as au moins une petite étoile du berger à laquelle t'as raccroché, c'est quand même vachement plus simple.

Laurianne Bomm — Ouais, ça fait un peu moins peur, effectivement. Après, je pense que c'est aussi faisable. Je pense qu'il y a des auteurs, des autrices, qui se lancent vraiment à 100% dans l'histoire et qui suivent leur personnage. Après, peut-être que ça demande un peu plus de travail, de réécriture, après, pour recentrer peut-être un peu l'intrigue vraiment sur le chemin.

Ybelion — Je pense que... Effectivement, t'as raison. Il y a... Bon, déjà, il n'y a pas de vérité absolue. Chacun, à la fin, a réussi à trouver son cadre. En tout cas, moi, c'est ce que j'invite tous les auteurs à faire. Après, il y a évidemment quelqu'un qui écrirait son premier roman. Je pense que c'est important aussi de lui apporter, entre guillemets, des étapes dans lesquelles il ne va pas se perdre. Tu vois, comme un truc tout con, mais d'écrire un premier geste sans le corriger. Tu vois, et puis si t'as des trucs qui te viennent quand même de juste mettre un commentaire mais sans modifier le texte pour au moins se forcer à aller au bout et ensuite commencer un processus de réécriture en ayant toute la cohérence en tête. Et en même temps, après, c'est au regard de cette première expérience, de premier livre, que tu vas pouvoir réussir à développer complètement ton cadre, complètement ta manière de fonctionner. Et je pense que c'est là qu'après, tu tombes sur des fonctionnements qui sont beaucoup plus personnels et beaucoup plus atypiques, comme quelqu'un, par exemple, qui en fait, écrirait en ayant juste une intention claire de dire, bon, bah moi, j'ai envie d'écrire un livre qui va raconter A et B. et puis après, il se laisse porter et effectivement, il peut écrire un premier jet en deux mois de 70 000 mots et puis après, passer cinq sur la réécriture ou au contraire, des gens qui vont arriver sur des processus où ils vont prendre beaucoup de temps au départ pour structurer leur intention, leur personnage, puis mettre peut-être beaucoup de temps au premier jet et après, quasiment pas de réécriture. Et ça, c'est très personnel après dans le processus.

Laurianne Bomm — Oui, complètement. on apprend à se connaître du coup et à se faire confiance aussi dans nos processus.

Ybelion — Exactement. C'est... Comment tu qualifierais ton fonctionnement, toi maintenant, après toutes ces années d'écriture et six livres écrits ? Comment tu résumerais ton fonctionnement ?

Laurianne Bomm — Alors, je vais mettre le projet de trois à part du coup parce que lui, voilà, lui, c'est particulier. Sinon, je suis je dirais plutôt jardinière. C'est comme ça qu'on dit parce qu'il y a plusieurs termes mais je suis...

Ybelion — Ouais, ouais.

Laurianne Bomm — Ouais. Je ne construis pas tout en tout cas.

Ybelion — Le truc, c'est vrai que ces termes-là, moi, ils m'embêtent un peu parce qu'en fait, il n'y a personne qui est complètement jardinière, complètement architecte. En fait, chacun a besoin au milieu. OK. Donc, plutôt côté quand même jardinière.

Laurianne Bomm — Ouais. En fait, ce que je fais, alors le premier truc en général, c'est que je me crée un fichier d'idées où je balance vraiment toutes les idées en vrac. Ça peut se contredire, ça peut être juste des mots, ça peut être des concepts, des images, vraiment n'importe quoi. Après, quand il y a un petit truc qui commence à se dégager, là, je m'intéresse plus aux personnages.

Jardinière : fichier d'idées et fiches très légères

Ybelion — OK.

Laurianne Bomm — j'ai besoin de les visualiser. Donc, du coup, je vais chercher des images qui m'inspirent pour savoir à quoi ils ressemblent. Et je construis une très légère fiche de personnages pour leurs caractéristiques basiques, physiques, l'âge, un peu d'où ils viennent, un peu leur famille, très rapidement, ce qu'ils aiment, ce qu'ils n'aiment pas, ce qu'ils veulent, leurs problèmes. mais ça reste assez léger puis ça peut bouger, en plus, au cours de l'écriture. Et après, je construis très rapidement l'intrigue, vraiment les grands points clés. Pareil, les grands points clés du world building et après, j'y vais.

Ybelion — OK.

Laurianne Bomm — En général. Et j'alimente, du coup, mes fichiers au fur et à mesure. Je peux dessiner une carte. Voilà, après, comment dire, j'ajoute au fur et à mesure.

Ybelion — Du juste besoin en fonction du besoin que tu as en avançant dans l'écriture. Oui, oui. OK. J'adore. Merci pour ce partage parce que ça souligne vraiment bien le point qui est de trouver son juste niveau à soi pour commencer l'acte d'écrire. Parce qu'on entend souvent il faut faire comme ci, il faut faire comme ça. Mais bon, quand tu regardes ce que font les autres, ça te place juste dans un nuage de confusion parce que tu t'éloignes de toi, de ta manière de fonctionner. Et ouais, c'est hyper intéressant comme manière. Pour le coup, j'ai un peu un fonctionnement similaire au tien. Moi, je suis un spécialiste des fiches de personnages très light que je n'utilise plus après.

Laurianne Bomm — Ah oui, OK.

Ybelion — Et c'est vrai que, tu vois, moi, c'est ça qui m'avait marqué parce qu'on me dit beaucoup oui, alors il faut une fiche personnage avec leurs caractéristiques, machin et tout. Et en fait, je me rendais compte que moi, je faisais ça et déjà ça...

Laurianne Bomm — Ça ne marche pas, ouais. Ouais,

Ybelion — je me perdais et je ne suis pas très visuel, moi. Tu vois, moi, je suis un mauvais élève des descriptions et donc moi, ça m'arrive qu'à la fin de mon histoire, il y a des personnages, je ne sais même pas quoi ils ressentent, tu vois. Et c'est les bêta lecteurs qui me disent mais tu ne l'as jamais décrit, est-ce que c'est normal ou pas ? Alors, j'aimerais bien te dire que oui, mais non. Du coup, tu rajoutes des petits trucs, tu vois.

Laurianne Bomm — Des petits détails, ouais.

Ybelion — Ouais, c'est ça. Mais du coup, c'est marrant de voir... Est-ce que tu fonctionnes, quand tu disais que tu trouves des images, est-ce que tu imagines, genre, toi qui fonctionne un peu avec les scènes de film, genre ton casting, ton casting d'acteur et d'actrice,

Laurianne Bomm — en vrai ? Mais ouais, j'adore. Ouais, j'ai plein d'images dans mon fichier. Trop bien. C'est... En plus, c'est qu'ils correspondent peut-être pas forcément parfaitement à la représentation que je me fais, mais c'est que l'image dégage quelque chose, dégage, voilà, l'énergie ou la mimique ou... Enfin, voilà, il y a quelque chose que j'identifie au personnage. Et souvent, j'écris... Alors, c'est peut-être bizarre, mais... Sur mon écran, je laisse une petite partie où j'affiche la photo, du coup, du personnage, point de vue, voilà, à ce moment-là, quoi.

Ybelion — Non, c'est pas bizarre du tout, au contraire, c'est une manière d'ancrer ton univers au sens, l'univers de l'histoire pour te connecter et écrire. C'est hyper... Non, c'est une super bonne idée. Spontanément, on pense beaucoup à la musique. Oui, aussi, on dit, bon, voilà, typiquement, t'écris un livre de fantasy, une scène un peu épique, bon, tu te mets... Voilà, il y en a plein sur YouTube ou sur Deezer, mais on pense pas assez aux images, et il y en a certains qui fonctionnent très, très bien avec ces images-là, justement. Et effectivement, t'as raison, il y a des énergies qui se dégagent, et donc, quand tu te connectes à ça, ça te place dans des conditions qui sont hyper pertinentes pour écrire.

Laurianne Bomm — Ouais, carrément, ça te crée le lien un peu, vraiment, avec ton personnage, il est là, à côté de toi, il te raconte son histoire, donc t'as plus qu'à écrire. Ouais, c'est ça,

Ybelion — tu te laisses porter, tu vois, t'as une petite voix à côté qui dit, fais ci, fais ça, tu fais ok, vas-y,

Laurianne Bomm — je te fais confiance. Ouais, c'est ça, je te fais confiance. Ça,

Ybelion — c'est trop bien. Est-ce que t'as d'autres choses un peu insolites comme ça, que t'as découvert sur toi, enfin, en tant qu'écrivaine, j'entends, au fil de tes années ?

Laurianne Bomm — Insolite, je sais pas, j'ai beaucoup la musique, aussi, que j'associe à un projet, et du coup, je peux pas écouter autre chose quand j'écris vraiment sur ce projet-là, mais par contre, ça peut être, j'ai une musique pour les scènes de combat, elle dure deux minutes, je crois, je suis capable de l'écouter en boucle pendant trois heures,

Deux minutes de musique en boucle pendant trois heures

Ybelion — trop bien,

Laurianne Bomm — pour écrire. Parfois, je me dis, mais c'est quoi ça ? Deux minutes de musique pendant trois heures, c'est pas un problème.

Ybelion — Putain, mais c'est trop bien, parce que, vraiment, je pense que on crée des associations dans notre tête qui font que t'entends cette musique, hop, tu serais capable d'écrire une scène de bataille directe comme ça, un truc un peu...

Laurianne Bomm — Ouais, il y a le rythme, enfin voilà, c'est vraiment la musique qui correspond.

Ybelion — Et c'est par hasard que tu l'as trouvée, cette musique ?

Laurianne Bomm — Ouais, complètement. C'est ce morceau, un moment, il a dû passer dans ma playlist, et je me fais, wow, non, il me l'a faute, toute seule.

Ybelion — Encore une fois, processus d'itération, tu découvres en faisant ce qui te connecte. Ouais,

Laurianne Bomm — c'est ça, ce qui marche avec toi, parce que j'ai essayé à un moment d'autres techniques, de plus structurer, vraiment, de faire même des tableaux, enfin, pour suivre les scènes et tout, mais en fait, non, quoi.

Ybelion — Ouais.

Laurianne Bomm — Souvent, quand j'ai fait, après, je ne réutilise rien, ça part complètement à l'opposé, c'est... Ouais,

Ybelion — au final... tellement d'accord avec toi. J'en ai des tas, des tableaux, des trucs, que tu te dis, non, mais alors cette fois, je fais de beaux tableaux, de belles fiches.

Laurianne Bomm — Ouais, non.

Ybelion — Ça disparaît dans les méandres de l'instinct.

Laurianne Bomm — Et ouais, ça ne marche pas. Quand ce n'est pas notre manière de fonctionner, après, elle peut changer aussi d'un projet à l'autre, tout ça, mais en général, je pense qu'on sent quand ça ne marche pas.

Ybelion — Et en vrai, si les gens veulent une métrique pour savoir si ça ne marche pas, c'est à quel point tu as kiffé ta session. Et c'est au sens... Chacun a sa métrique, tu vois. Il y en a certains, ils vont aimer parce qu'ils ont écrit genre beaucoup de mots, d'autres parce qu'ils y ont passé deux heures sans remarquer qu'ils y ont passé deux heures, d'autres, c'est juste... Franchement, j'ai aimé ou alors j'aime comment sonne mon texte ou ce genre de choses. Mais vraiment, si les gens se concentrent sur ça, ils verront bien si la méthode est faite pour eux ou pas. Et c'est comme, tu vois, moi, souvent, moi, j'écris le matin de 6h30 à 9h, en gros, sur cette plage-là, pas tout le temps en entier, mais voilà, le matin. Si j'accompagne quelqu'un qui n'est pas du matin et que je lui dis, écoute, ma méthode pour écrire mon livre à moi, ça a été ça, tu vas faire exactement pareil, au bout d'une semaine, il explose. C'est évident, tu vois. Et là, du coup, tu es à l'inverse de tout ce que tu es censé apporter à quelqu'un pour qu'il réussisse justement à se connecter à cet amour de l'écriture. parce qu'en fait, il y a à la fin, il y a que ça qui compte, en fait. C'est ça.

La vraie métrique : as-tu kiffé ta session ?

Laurianne Bomm — Oui, carrément, c'est se faire plaisir dans ce qu'on... aimer ce qu'on fait et trouver du plaisir dans l'écriture parce que c'est quand même... c'est long. Enfin, c'est une passion qui prend du temps, quoi. Donc, si tu n'aimes pas que ça, c'est compliqué. C'est comme il y en a qui bloquent pour tracer les sessions. Le nombre de mots ou le nombre de signes qu'on écrit par session, il y en a qui sont bloqués vraiment par ça. Alors qu'il y en a, au contraire, ça les booste de dingue de voir qu'ils ont réussi à voir dépasser leur objectif. C'est vrai que... Et ça,

Ybelion — c'est une analyse que je fais rétrospectivement maintenant. C'est qu'en France, on est très orienté tête, genre chiffres, mesures, rationalité, process, machin, machin. Et en fait, on oublie les émotions et l'instinct, le cœur et le corps, quelque part. Et en fait, il y a des gens, souvent, quand ils commencent à mesurer la qualité de leur session d'écriture par des métriques qui ne sont pas tête, là, ça change tout. Et l'exemple que je cite tout le temps parce qu'il me fascine, c'est... J'ai une dame que j'accompagne, elle, elle mesure à la musicalité qu'elle ressent quand elle lit le texte qu'elle vient d'écrire. Donc, il ne s'agit pas de est-ce que j'ai écrit 200 ou 2000 mots, il s'agit juste, OK, quand je relis ce que j'ai écrit à la fin de ma session, est-ce que ça sonne bien ? Et en fait, une fois que tu te connectes à ça, en fait, tu es juste content, tu dis, putain, vivement demain que je revive la même chose. Et qu'importe si tu as en écrit 200 ou 2000. Et le pire dans tout ça, ou plutôt le mieux et le plus étonnant, c'est que très souvent, quand les gens trouvent leur métrique qui n'est pas une métrique de tête, c'est là qu'ils se mettent à écrire beaucoup, beaucoup de mots, même sur des sessions très courtes. Et là où avant, ils se disaient, putain, il faut absolument que j'écrive 2000 mots, ils en écrivaient 200. Et quand ils se déconnectent de ça, qu'ils se connectent à leur amour de l'écriture, là, ils en arrivent à écrire 3000 ou 2500. Ils te font, putain, c'est fou en fait. Ça change tout.

Laurianne Bomm — Ça ne m'étonne pas. C'est comme quand tu arrives aux scènes vraiment que tu veux écrire et où là, tu te plonges complètement dedans et puis tu oublies tout.

Ybelion — Tu es aspiré. C'est incroyable.

Laurianne Bomm — C'est vraiment. Puis quand tu la vis, moi je sais que j'ai vécu des sessions tristes du coup et je me mettais à pleurer.

Ybelion — Ouais, c'est fou.

Laurianne Bomm — Pendant les sessions. Et là, tu fais, ok, là, c'était une bonne session. quoi, j'étais bien connectée à l'histoire. C'était vraiment...

Ybelion — C'est fou.

Laurianne Bomm — C'est top.

Ybelion — Et toi, tu es, du coup, j'entends plutôt instinctif dans ton processus puisque tu ne structure pas forcément beaucoup. Est-ce que dans ta routine, tu es aussi très spontanée à force ou tu as quand même un truc très carré ?

Laurianne Bomm — Non, pas trop. Je suis capable d'écrire à peu près partout. Il ne faut pas qu'il y ait trop de bruit quand même autour de moi mais j'écris aussi bien du coup à mon bureau mais je peux écrire aussi dans la voiture. J'ai pas mal écrit dans la voiture pendant que mon fils avait ses activités sportives. J'étais dans la voiture et puis j'écrivais assise sur la plage arrière avec la musique. Voilà, la musique, ça passe. Non, je n'ai pas de... Juste l'ordinateur, la musique.

Écrire dans la voiture et s'auto-teaser

Ybelion — Oui, et ça suffit.

Laurianne Bomm — c'est bon parce que j'ai un petit truc que j'utilise peut-être pour faire plonger plus rapidement dans la séance d'écriture, c'est que quand j'arrête une session, en fait, je note les idées pour la suite. À peu près le chemin, alors pas forcément tout le reste du chapitre, si je suis au début, j'ai pas forcément la visu sur tout ce qui va se passer, mais au moins un peu la direction que j'imagine. Donc du coup, en relisant un peu la fin de la séance, les petites notes que je me suis laissées, hop, ça permet de replonger un peu plus vite.

Ybelion — Tu te fais un auto-teasing, en fait. Ouais, c'est ça. Putain, en fait, j'ai trop envie de la prochaine session parce que là, il va se passer un truc comme ça. Complètement. C'est une trop bonne idée. Ah, tu vois, j'avais jamais pensé à ça. Ah ouais, j'aime bien, j'aime bien. Ouais,

Laurianne Bomm — c'est l'avantage, je trouve, quand tu coupes un peu au milieu, genre au milieu d'un chapitre ou même à la fin d'un chapitre. C'est pas forcément évident quand t'arrives à la fin d'un chapitre d'enchaîner sur un autre. Donc c'est vrai que si à ce moment-là quand tu termines, t'as déjà à peu près une idée, bah ouais, tu repars pas forcément de zéro, quoi.

Ybelion — Putain, ouais, trop bonne idée. C'est vrai que j'ai eu des phases, tu vois, où tu sais jamais trop milieu d'un chapitre ou à la fin d'un chapitre. Et ça crée deux frustrations différentes. Et ta solution, en vrai, solutionne bien en fait les deux. Ça fonctionne bien avec les deux. Ah, trop bonne idée.

Laurianne Bomm — Trop bonne idée.

Ybelion — Et pour repartir, parce que c'est vrai qu'on n'a pas parlé plus que ça, mais sur la rose du Skirai, du coup, ta revisite d'Aladin, à moins que t'aies envie de parler d'un autre livre que t'as écrit, d'ailleurs. Non, allons-y,

Laurianne Bomm — sur celui-là.

Ybelion — C'est... Comment tu... Ah, j'aime bien cette question, je vais la reposer, mais qu'est-ce que tu pourrais raconter d'insolite sur ce livre-là ? Ouais, qui... Une curiosité qui... Qui intrigue, je dirais.

Laurianne Bomm — Quelque chose d'insolite par le fait que j'ai essayé de caler plein de références sur Aladin

Ybelion — dedans. Ok, ça, c'est cool. Ça veut dire que tu peux... Est-ce qu'il y a des gens qui, du coup, te font genre... Tain, j'en ai trouvé tant de références ?

Laurianne Bomm — Non, pas tant, mais parfois, on me dit... Ah, là, j'ai cru. Est-ce que c'est un petit clin d'œil ? Je fais oui, oui.

Ybelion — C'était bien

Laurianne Bomm — le petit clin d'œil Aladin, effectivement. Et puis, il y a mes autres univers aussi. J'aime bien glisser, vu que j'en ai plusieurs dans le même univers. J'aime bien glisser des petites références.

Ybelion — Quand tu dis plusieurs dans le même univers, c'est un seul univers, plusieurs histoires. Oui. Et il y a des personnages récurrents ou juste des endroits...

Laurianne Bomm — En fait, c'est des endroits différents.

Ybelion — Ok.

Laurianne Bomm — Mais forcément, la réputation de certains personnages, voilà, voyages, les situations politiques font qu'on entend parler parfois de certains personnages.

Ybelion — Ok.

Laurianne Bomm — Donc, je glisse, hop, les petits mots.

Ybelion — Trop bien. Et le message, quand tu t'es mis à écrire La Rose du Skirai, au-delà de l'histoire que tu as envie de raconter, c'est quel message que tu as envie de transmettre, enfin, que tu avais envie de transmettre, en tout cas, à un lecteur qui, une fois qu'il finit le livre, il se dit, ah ouais, j'ai retenu ça. Je ne sais pas si ma question est très claire.

Être soi-même : le message du livre

Laurianne Bomm — La Rose du Skirai, c'est être soi-même. C'est vraiment... Ouais, c'est vraiment être soi-même parce qu'on a, du coup, Sadira, l'héroïne, qui se voit imposée, enfin, on veut lui imposer un mariage, mais elle, elle n'a pas du tout envie, mais elle sent bien aussi qu'elle est un peu, enfin, comment dire, pas différente, mais voilà, que par rapport à la majorité des femmes qui sont au palais, elle ne se reconnaît pas, elle est vieux enfermée dans un palais, c'est vraiment pas son truc. Et à côté, il y a Azad, du coup, qui, lui, veut protéger les orphelins de la capitale, mais qui doute aussi beaucoup quand il va rencontrer Sadira, parce que lui, pour lui, il n'est qu'un voleur, il n'y a rien, en fait, alors qu'être lui, c'est déjà beaucoup. Donc, c'est surtout ça, être soi-même, être libre aussi, libre d'être qui on veut, d'aimer qui on veut. Voilà.

Ybelion — Très beau message. C'est... T'es partie de ce message-là quand t'as construit l'histoire ?

Laurianne Bomm — Du tout.

Ybelion — Du tout.

Laurianne Bomm — C'est vrai que je réfléchis pas trop au message, en tout cas, quand j'écris. Je ne les vois pas forcément. C'est après, à la fin, quand je re-réfléchis à ce qu'ont vécu les personnages, que là, je les vois. Mais parfois, je galère. Parfois, je ne vois pas forcément le message. En tout cas, pour moi, parfois, j'ai du mal à le déterminer.

Ybelion — Ça souligne le côté... Enfin, du coup, t'as un très bon instinct parce que t'arrives à construire des histoires... Moi, je sais que, par exemple, si j'ai pas le message en tête, c'est compliqué. Moi, je me perds beaucoup, en fait. J'ai envie de faire passer tellement de messages que du coup, je me perds totalement. Mais bravo, du coup, de réussir à arriver à un message cohérent à la fin dans le processus sans forcément, en tout cas, mettre de mots dessus pendant que t'es dedans.

Laurianne Bomm — Ouais, peut-être que je le fais de manière inconsciente, quoi, et qu'il est là derrière, mais je...

Ybelion — Tu l'as dit un peu tout à l'heure en sous-texte, en fait, quand tu dis que tu sais où tu vas, c'est ça, en fait, à mon sens. Après, ça prend la forme d'un message, ça prend la forme d'une fin, mais qui, en fait, sous-entend un message. C'est pour ça que moi, j'appelle ça l'intention à la fin. Après, chacun a sa sémantique, entre guillemets. Mais, à mon sens, le truc obligatoire, c'est de savoir où tu veux aller, forcément. Quelle que soit cette forme de, OK, c'est quoi savoir où je vais, mais... C'est trop cool. C'était un beau message, j'aime beaucoup l'idée. j'aime beaucoup l'idée, tu vois, ça me donne envie de découvrir... Moi, je fais partie des hérétiques qui n'ont jamais vu le Disney Aladdin.

Laurianne Bomm — Non, c'est vrai.

Ybelion — Franchement, en fait, je me rappelle, tu vois, j'ai pas de souvenirs. Donc, peut-être, je l'ai vu en étant petit, mais il m'a pas plus marqué que ça. moi, je crois que des dessins animés... Tu pourrais me dire... Non, je vais pas... C'est quoi, toi, les... Je sais pas, genre, le top 3 des Disney qui sont le plus marqués.

Laurianne Bomm — Alors, bon, Aladdin,

Ybelion — forcément.

Laurianne Bomm — Après, il y a Hercule.

Ybelion — Ouais, lui, je l'ai vu, il est trop bien.

Laurianne Bomm — Forcément, lui, bon, il faut le prendre en, comment dire, en réinterprétation, vraiment, de Disney, parce qu'il y a partie mythologie, mais il est génial. Il est génial. Et après... Ah, c'est dur. La belle et la bête, peut-être.

Ybelion — OK.

Laurianne Bomm — Ouais. Après, bon, j'aime bien le roi lion aussi, mais bon, je pleure à chaque fois. Lui, il est terrible.

Ybelion — Ouais, c'est vrai. C'est vrai que c'est quand même... Toujours de très beaux messages dans ces films, dans ces Disney. Moi, c'est vrai que... C'est difficile. J'ai été très marqué par les Aristochats, je sais pas trop pourquoi.

Laurianne Bomm — Ah oui, il est excellent aussi.

Ybelion — Ouais, parce que je pense... Je sais pas, j'ai un souvenir très marquant des Aristochats. Et après, j'ai été traumatisé par Rox et Rookie, mais je sais pas si c'est Disney.

Laurianne Bomm — Je crois que c'est Disney, ouais.

Ybelion — Ouais. J'ai vraiment, j'ai un souvenir d'être traumatisé par ce film.

Laurianne Bomm — Ouais, il a de quoi en même temps. Ouais, il est pas... Ouais.

Ybelion — Ouais. Et après, je sais plus trop... Comme ça, c'est les deux qui me reviennent, en vrai. Tu vois, même, en vrai, c'est trop bizarre ce que je vais dire, mais je vais me faire des ennemis, mais le Royaume va pas t'en marquer que ça, tu vois. Et tu vois, du coup, j'ai les quelques scènes cultes en tête, mais sans plus, entre guillemets.

Laurianne Bomm — Ouais.

Ybelion — Non, bah après,

Laurianne Bomm — on a tous une sensibilité différente,

Ybelion — donc... Chacun grandit avec ses références et ses inspirations marquantes.

Laurianne Bomm — C'est vrai que les Aristochats, il est vraiment chouette. Il était très coloré, je crois, dans mon souvenir. Ouais,

Ybelion — il a un effet presque, surtout maintenant, quand tu le regardes sur des très grandes télés ou des trucs en super haute définition. En fait, c'est un film, il est presque un peu peinture, tu vois. Et il est, ouais, il est assez... Puis en fait, c'est un film qui est vieux, tout simplement, mais il a bien vieilli, je trouve. Et ouais. Puis il y a des petites chansons et tout, c'est cool. Ouais. C'est des chats, moi j'aime bien. Ah, les animaux. Ouais. Ah, trop cool, trop cool, trop cool. Et... du coup, le côté... Comment dire ? J'en ai perdu ma question. J'ai eu des réminiscences de Rox et Rookie. J'ai été déconnecté. Ça,

Laurianne Bomm — ça t'a à la poutre ?

Ybelion — J'ai été replongé dans un traumatisme enfantin. Je vais aller me mettre en position fétale sur le canapé, juste après. Ah, mince, j'en ai perdu ma question. Sur le... Oui, voilà, c'est ça que je voulais te demander. C'est... Dans la rose du Skirai, les deux personnages que tu as évoqués, qui sont les deux personnages principaux, du coup, c'est... L'histoire, elle est racontée du point de vue d'un ou de l'autre, ou des deux ?

Laurianne Bomm — Non, les deux. Les deux, ouais. j'alterne les deux points de vue. J'aime beaucoup alterner. Ok. Je trouve que c'est un petit côté satisfaisant quand tu découvres... Enfin, tu sais, quand tu vis une scène dans certains points de vue, et qu'après, tu découvres les pensées, du coup, d'un personnage qui était présent pendant la scène, et que tu as, lui, son ressenti.

Ybelion — Oui.

Laurianne Bomm — Ce qu'il a pensé, parce que parfois, c'est pas du tout... Enfin, pas du tout ce que le premier personnage a imaginé, et puis, voilà, je trouve que c'est assez satisfaisant.

Ybelion — T'as deux points de vue en jeu, finalement, de... Ah,

Laurianne Bomm — t'es perdue.

Ybelion — Ah, tu m'entends ?

Laurianne Bomm — Ouais, ça y est, c'est bon.

Ybelion — Je disais, t'as du coup deux points de vue des deux personnages, et effectivement, ça permet de rebondir sur les interprétations que chacun font de ce qui se passe, et effectivement, c'est un jeu assez amusant. C'est un jeu assez amusant. Ah.

Laurianne Bomm — Ouais. Et même si au début, je l'avais construit pour avoir trois points de vue, j'ai même commencé à l'écrire vraiment un long moment comme ça, avant de me dire qu'en fait, le troisième point de vue était... Je n'en avais pas forcément besoin. Ah. J'ai tout enlevé.

Le courage de supprimer un personnage entier

Ybelion — Comment t'as réussi à dire ça ? Ça, c'est intéressant, ça. C'est...

Laurianne Bomm — Comment t'as réussi

Ybelion — à supprimer... Est-ce que c'est pas évident, ça ?

Laurianne Bomm — Non, c'est pas évident parce qu'au début, tu dis, ah, il y a quand même des scènes vraiment sympas, il y a des dialogues que j'aime bien, une réflexion, tout ça, le personnage est intéressant, quoi, mais... À un moment, il faut, comment dire, essayer de voir le... Enfin, qu'est-ce qu'il apporte vraiment à l'histoire ? Est-ce que, en le gardant, c'est l'histoire que j'avais envie de raconter ? Est-ce que... Voilà. Après, je sais que c'est dur, quand tu supprimes tous les chapitres, tu fais, oh, c'est moche. Bon, en général, je les mets dans un autre fichier au cas où. tu les gardes,

Ybelion — bien sûr.

Laurianne Bomm — Mais, ouais, en fait, je pense qu'il faut réfléchir à l'histoire qu'on a envie de raconter. D'accord. Essayer de se souvenir de ce qu'on avait imaginé à peu près dans les grandes lignes au début, là où on est arrivé à la fin. Est-ce que, voilà, est-ce qu'on est... est-ce que cette version nous va ? Et puis, ouais, pas hésiter, quoi, en fait.

Ybelion — C'est vraiment pas facile.

Laurianne Bomm — Non, c'est pas facile.

Ybelion — Parce que souvent, en plus, c'est des personnages, on les aime bien, ils ont des... Comme tu dis, des réflexions, des traits d'esprit qui nous touchent, etc. Mais, en fait, oui, effectivement, parfois, ça sert pas l'histoire, quoi. C'est ça. Il faut le courage de supprimer ces grands morceaux tout en se rappelant qu'en fait, ce qu'on a envie, c'est de raconter une histoire qui nous correspond le plus. c'est important de s'écouter sur ça. Quelque part, quand tu commences à avoir le doute de dire, putain, mais je sais pas si je l'aime bien, ce truc-là.

Laurianne Bomm — Ouais, en général, c'est pas bon signe. J'avais déjà vécu la même chose, à peu près. Enfin, pas tout à fait, parce que même là, c'était pire. Pour la duologie, le démon des mers, j'avais écrit au début, pareil, les deux personnages. Du coup, l'héroïne et le héros. Et puis, j'étais à un moment dans un débat quand je l'ai repris, est-ce que je le mets plutôt en romantésie ou pas ? Et je sais pas, à cette époque-là, je voulais pas forcément qu'il soit tagué en romantésie, donc j'avais ajouté des points de vue.

Ybelion — Donc,

Laurianne Bomm — j'avais vraiment ajouté deux personnages, je crois. Puis après, en discutant avec l'éditrice indépendante avec laquelle je travaille, elle m'a dit, t'es sûre quand même ? Parce que juste les deux points de vue, ça marche nickel. Et puis là, du coup, je me suis forcée à revenir à mon idée de base et à me dire, OK, quelle histoire, en fait, je veux raconter ? Eh bien, j'ai tout viré. les deux points de vue que j'avais ajoutés. Je l'ai tout supprimé.

Ybelion — Ah là là. Ouais. Et ouais, ça, c'est... Ouais. Tu vois, ça revient à ce que disait Eddings, 50% des trucs qu'on écrit, ils servent à rien.

Laurianne Bomm — Mais complètement.

Ybelion — Il faut le courage de les supprimer.

Laurianne Bomm — Il faut, ouais.

Ybelion — Et bravo, parce que c'est ça qui rend aussi l'histoire intéressante à la fin. Mais ouais, il faut le courage de se poser la question. C'est pas évident.

Laurianne Bomm — Ouais, non, c'est pas facile. On a l'impression que... Ouais, c'est... des parts de nous, quoi.

Ybelion — Ah ouais, complètement.

Laurianne Bomm — Donc, leur dire au revoir, parfois, c'est pas... C'est pas facile. C'est pas facile.

Laisser reposer, relire, décider

Ybelion — Et si tu devais conclure, quel conseil tu donnerais à quelqu'un qui justement se dit, ouais, là, ça, il y a des morceaux, il faut que je les supprime. Qu'est-ce que tu lui dirais pour l'aider dans sa décision ?

Laurianne Bomm — Alors, une technique que j'ai utilisée, c'est d'enlever les passages en les mettant de côté, vraiment, se forcer à les enlever et relire l'histoire. La laisser reposer un peu, relire, tranquillement, et à la fin, se dire, OK, est-ce que c'est ça que je voulais raconter ou pas ?

Ybelion — Ouais.

Laurianne Bomm — Parce que l'avantage de te déplacer dans un autre fichier, c'est que c'est toujours là, au cas où, on peut réintégrer, rechanger, on n'a rien perdu. Mais c'est vrai que je pense qu'il faut réussir à prendre un peu de recul et du coup, s'accorder ce temps de recul et redécouvrir un peu l'histoire du coup avec un oeil neuf. quoi.

Ybelion — C'est une magnifique conclusion et un magnifique recadrage de son histoire pour la voir d'un autre angle, tout simplement. Et ouais, merci, merci beaucoup, Lauriane, pour tous ces partages.

Laurianne Bomm — Bah de rien. Avec plaisir, vraiment. J'aime.

Épisode 70 avec Laurianne Bomm

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Laurianne Bomm