Et si le roman que tu traînes depuis dix ans était exactement ce qui te bloque ?
CE QUE RACONTE CET ÉPISODE
Ludmila Taillanter a mis dix ans avant de finir un livre. Sept à huit de ces années sont passées sur un seul manuscrit, commencé adolescente, réécrit cinquante mille fois, jamais terminé. Elle y ajoutait des briques, elle colmatait les brèches.
Un matin, une inspiration neuve arrive. Elle accepte de lâcher le vieux texte et part sur un projet inconnu, dans un genre qu'elle n'avait jamais pratiqué. Six mois plus tard, le roman est fini. Le premier de sa vie.
Ce qu'elle en dit vaut pour beaucoup d'auteurs. Le roman de jeunesse est le point qui passe ou qui casse, et souvent l'idée de départ ne tenait pas la distance. Elle ajoute une nuance que je trouve juste : il ne faut pas le déprécier pour autant. C'est en reconnaissant à quel point ce texte a compté qu'on arrive enfin à s'en détacher.
Dans cet épisode, on parle aussi de La Lagune, ce lieu qui n'existe pas et qui lui a servi de refuge mental pendant des années, du mail de son éditrice reçu au milieu de trois cents personnes en séminaire, et de la différence entre écrire un roman et le publier.
LE CAROUSEL DE L'ÉPISODE
CAROUSEL À VENIR
Les slides de cet épisode arrivent bientôt dans la bibliothèque visuelle.
Face B — le transcript
L'ÉPISODE MOT À MOT · LES TIMECODES LANCENT L'ÉCOUTE
Évidemment, tu te doutes bien que ce n'est pas moi qui ai tapé tout ce transcript à la main… Alors oui, il y a parfois des incohérences et des erreurs. Et sur les discussions, il arrive même que les voix se mélangent. Comme quoi, rien de mieux que d'écouter l'épisode plutôt que de le lire !
Bienvenue dans Ose Écrire
Ybelion — Yo yo, c'est Ybelion, vous êtes dans le 66ème épisode d'Ose Écrire et aujourd'hui j'accueille Ludmilla avec laquelle on parle de son roman La Lagune, une romance contemplative et j'adore le choix de ce mot. On parle aussi du parcours très personnel et transformatoire qu'est l'écriture. Sur ce, je vous souhaite une très bonne écoute et je vous dis à très vite. Moi c'est Sam, Ybelion de mon nom de plume. Je suis écrivain, coach et j'accompagne celles et ceux qui veulent renouer avec leurs rêves d'écriture. T'écoutes un podcast dont l'intention est simple, te donner inspiration, outils, motivation, discipline, bref, tout ce qui peut te permettre d'oser écrire. En gros, c'est un peu dans le titre quoi, Ose Écrire. J'étais trop content parce que moi il y a un truc qui sur ton livre vraiment me marque mais par rapport à tous les autres. Même sans parler du sujet et tout, c'est la couverture, je te jure. Je pense que c'est peut-être, je pèse mes mots, mais peut-être une des plus belles couvertures que j'ai vu de ma vie. Je te jure, je ne sais pas pourquoi mais je suis hyper sensible. Les couleurs, tout, ça me parle de fou. Je la trouve vraiment très belle. Je ne sais pas qui est derrière cette couverture.
« Une des plus belles couvertures que j'ai vues de ma vie »
Ludmila Taillanter — C'est un homme de l'ombre. En fait, il s'appelle Antonin Fort et c'est un gars qui, enfin il est peintre de base et en fait, il a un Insta et du coup, je lui avais envoyé un message en mode merci beaucoup pour la couverture, trop beau et tout. Et le mec ne m'a jamais répondu. Et en fait, même mon éditrice, elle m'a dit ouais, c'est un genre qu'il bosse de temps en temps avec lui et qu'il est apparemment assez plébiscité dans le milieu, on va dire. Mais qu'il est un peu, genre il n'est pas du tout en mode socialisation de groupe et tout. Mais merci beaucoup. En plus, je peux me la
Ybelion — péter puisque ce n'est pas moi qui l'ai fait. Non, franchement, trop bien choisi. Et c'est marrant, c'est un peu le côté artiste en mode il fait son truc d'artiste et puis voilà. Mais finalement, c'est ça qu'on lui demande. C'est trop bien. C'était une idée de l'éditrice. Du coup, toi, tu avais une idée de la couverture ou finalement, tu ne savais pas trop ?
Ludmila Taillanter — En fait, j'avoue que je ne suis pas hyper visuelle de base. Je ne m'imagine pas une couverture particulièrement sur mes romans. Mais évidemment, la discussion, on l'a entamée assez tôt dans le processus. C'est normal, assez tôt, quand tu signes un roman, tu te mets à parler de la couverture. Et en fait, comme c'est de la romance, moi, j'avais surtout beaucoup de red flags. Juste en mode, déjà, on ne veut pas d'abdomino. Il y avait pas mal de trucs que je ne voulais pas. Et comme c'est un roman qui est très doux, qui est très assez contemplatif et tout ça, je savais que j'avais envie que cette atmosphère, en fait, elle ressorte sur la couverture. Et en fait, j'ai surtout cherché à traîner un peu dans les rayons de librairie pour trouver de l'inspiration. Et il y a une autrice en particulier dont les couvertures m'ont interpellée. C'est une autrice de romance anglophone qui s'appelle Carly Fortune. Et...
Ybelion — Ok. Je t'apprends le temps pour la Tchikin.
Ludmila Taillanter — Ok. Ouais, et du coup, la... Comment elle s'appelle ? Elisabeth Lenny, elle s'appelle celle qui fait les couvertures de cette autrice. Et du coup, en fait, elle est peintre aussi. Donc c'est ça, en fait, qui m'a inspirée. Je me suis dit, waouh, c'est trop stylé, ces couvertures styles peinture. Et à partir de ce moment-là, on a creusé cette piste-là avec mon éditrice. Et j'avoue que j'ai passé pas mal de temps sur des sites de galeries d'art en mode, qu'est-ce qui pourrait correspondre ? Vraiment, j'arrivais dans un monde inconnu. Et au final, ouais, on a collaboré avec ce gars qui a fait d'autres couvertures. Par ailleurs, c'était pas une première non plus qu'il fasse ça. Mais j'avoue, j'étais assez contente parce que c'est pas commun dans la littérature romance française d'avoir une couverture comme ça. Donc c'est vrai qu'il se démarque pas mal. Et je suis assez contente. Enfin, il y a plein de gens qui le voient en dédicace, par exemple, qui sont en mode trop cool, genre hyper beau. Et c'est comme ça que la discussion s'initie.
Ybelion — Ouais, franchement, il pète le feu, quoi. Enfin, tu vois, t'es vraiment, pour le coup, là, t'es accroché à l'œil direct. T'as envie de te plonger dedans, tu vois. Et même moi, qui suis... Tu sais, je lis pas forcément beaucoup de romances. T'as juste envie d'avoir le livre, tu vois, pour que t'aies un truc joli dans ton armoire.
Ludmila Taillanter — Bah attends, tu le vois ou pas ? Il est là.
Ybelion — Ouais, ouais. Bah ouais, tu vois, en vrai, c'est trop bien. Il ressort trop, même dans une bibliothèque et tout.
« Je l'ai réécrit 50 000 fois »
Dix ans avant de finir un premier roman
Ludmila Taillanter — Ouais.
Ybelion — C'est trop cool. Et donc, c'est ton premier roman ?
Ludmila Taillanter — C'est pas le premier que j'ai écrit, mais c'est le premier publié, ouais.
Ybelion — Classique, classique. Ça a été quoi le... Genre le shift qui t'a fait, ok, celui-là, je peux essayer de le publier. Qu'est-ce qu'il a de différent, tu vois, par rapport au premier que t'as pu écrire ?
Ludmila Taillanter — Bah en fait, je pense que c'est plus fractionné que ça. Enfin, c'est peut-être moins clair que ça comme étape. Parce que j'écris depuis que je suis enfant. Enfin, en fait, j'ai même toujours écrit. Et j'ai toujours inventé des histoires, etc. Donc, j'ai pas vraiment eu un truc, un regard critique à mes dix ans sur mon premier roman en mode, celui-ci, non, il est pas publiable. Je comprends. Enfin, en fait, depuis le tout début, je voulais publier un livre parce que je trouvais ça stylé. Mais j'avais pas du tout le sens critique de me dire que le roman que j'ai écrit sur des filles qui ont des pouvoirs inspirés des quatre éléments, c'était pas forcément le best-seller de l'année. Par contre, j'ai mis très longtemps avant de réussir à finir un roman. J'ai un peu regardé ton Insta, vu que je connaissais pas trop ton travail, j'ai essayé de te regarder un petit peu. Et même en écoutant, là, du coup, l'épisode avec Chloé Cohen, j'ai entendu les stats que t'as sortis sur le nombre de personnes qui finissent leur... ou pas leur premier roman. Et c'est vrai que pour moi, ça a été vraiment l'étape la plus compliquée, je pense. Genre, j'ai mis dix ans à finir un roman. Et en fait, assez vite, du coup, j'ai considéré que j'avais une plume assez mature pour me tourner vers l'édition. Puisque j'avais quand même pas mal d'années d'écriture dans les pattes quand j'ai fini un premier roman. Et par contre, La Lagune, c'est pas du tout le premier roman que j'ai envoyé en maison d'édition. J'en ai envoyé trois autres avant, je crois, qui ont pas trouvé chaussures à leurs pieds. Et pour des raisons que j'entends... Ouais. Et voilà. Du coup, en fait, j'ai envoyé des textes pendant un an et demi, je crois, avant d'avoir la réponse pour La Lagune. Voilà.
Ybelion — OK. Et c'est quoi le sentiment quand tu vois... On est d'accord pour vous éditer ?
Le mail de l'éditrice en plein séminaire
Ludmila Taillanter — Bah... Le cerveau a arrêté de fonctionner pendant quelques minutes. Surtout quand ça fait tellement longtemps que tu veux ça et tout. C'est assez ouf. Ouais, en fait, du coup, j'ai déjà raconté assez souvent cette anecdote, mais j'aime bien la raconter. Vas-y. C'est que j'étais en plein séminaire pour le travail. On était dans une grande halle avec 300 ou 400 personnes. Et j'ai juste machinalement sorti mon téléphone. Parce qu'évidemment, quand t'attends des réponses d'éditeurs, tu regardes ton téléphone toutes les 10 minutes pour voir ça sur un mail. Et en fait, à ce moment-là, j'attendais la réponse d'une éditrice pour un autre roman. Et La Lagune, en fait, j'avais envoyé au concours du coup Slalom Romance. Enfin, au concours d'écriture. Et en fait, j'avais vraiment envoyé en mode... C'est un concours. J'aurais jamais... Enfin, tu vois, ça m'a jamais passé, quoi. Mais bon, on sait jamais. Et du coup, j'attendais pas du tout ce mail-là. Donc, je l'ai ouvert en mode... Et il y avait... Cher Ludmilla, je suis ravie de t'annoncer, machin. Et du coup, j'étais... En fait, je pouvais pas du tout éclater de quoi que ce soit. Enfin, j'étais au taf, quoi. J'étais en plus de ça dans un grand événement, machin. Et du coup, je suis juste allée voir mes collègues en mode... SVP, lisez le truc à ma place. Enfin, genre, que je sois pas en train d'abiciner, quoi. Et voilà. Donc, c'était très cool. Et après, j'ai appelé tous mes proches et j'ai arrêté. Enfin, je suis partie de là. Je n'ai pas écouté le discours du président.
Ybelion — C'était incroyable, en vrai. Bravo, c'est une belle victoire. Surtout si c'était un rêve que t'avais depuis longtemps. Merci beaucoup. Et le côté que t'as dit, donc, premier roman, tu mets 10 ans à terminer. C'est quoi qui te permet de terminer ? Parce que des gens qui commencent, du coup, il y en a vraiment beaucoup. Et c'est quoi qui t'a permis de terminer, toi, justement ?
Lâcher le roman qu'on traîne depuis huit ans
Ludmila Taillanter — En fait, je ne me suis pas accrochée pendant 10 ans à cette histoire de pouvoir des 4 éléments. En fait, je pense qu'il y a... Bon, évidemment, il y a des projets qui te tiennent énormément à cœur et tu grandis avec eux. Et du coup, il y a vraiment un truc de « je veux le finir » parce que c'est symbolique. En tout cas, moi, j'en ai eu un comme ça qui m'a tenu pendant, je ne sais pas, 7-8 ans. Je me disais « Ok, c'est celui-là que je vais finir. Je veux absolument que ce soit lui symboliquement. » Et puis, pour accomplir un travail, parce que ça peut être aussi assez difficile d'enchaîner les projets que tu commences sans jamais les finir. Ça peut être... Enfin, ce n'est pas très simple. J'imagine que tu dois avoir pas mal de personnes qui te font des retours comme ça aussi. Et en fait, moi, ce qui a fonctionné, c'est que... Enfin, ça peut paraître un peu contre-intuitif parce que justement, j'étais en mode « je n'arrête pas de commencer des romans, que je ne finis jamais, ça me saoule. Il faut que je puisse me prouver que je vais... Enfin, que je vais m'accrocher et que je vais arriver jusqu'au bout d'un roman. » Et en fait, ce qui s'est passé, c'est que... Genre, j'ai eu un peu un... Un beau matin. Une inspiration en mode « Ok, j'ai envie d'écrire un truc complètement, un autre projet. » Genre, celui-là me tombe dessus et je ne sais pas, je le sens bien. Et en fait, j'ai accepté de lâcher prise sur ce roman que je me traînais depuis genre 7-8 ans et qui me prenait la tête dans tous les sens et que j'avais réécrit 50 000 fois. Et je me suis dit « En fait, non, je vais aller sur un truc juste nouveau. Une idée qui n'a pas été ressassée pendant 15 000 ans. Qui est un peu fraîche, quoi. Et j'ai fini ce roman en... Je ne sais plus, en 6 mois, un truc comme ça. Et au final, je pense que c'est la nouveauté et le lâcher prise surtout qui m'a permis de finir.
Ybelion — En vrai, c'est super comme partage. Merci parce que ça donne un très bon exemple de... Tu vois, une image que tu peux utiliser, c'est qu'en fait, plus tu mets longtemps à écrire un roman... Il ne s'agit pas de rusher, tu vois. Mais quand ça fait 5, 6, 7 ans, en fait, c'est l'équivalent de vouloir se mettre à voler et de se rajouter des briques dans le sac, tu vois. Et ça devient tellement dur à force de garder les idées claires et d'être OK avec ce que tu as écrit il y a 5 ans. Enfin, genre, tu vois à quel point la vie va vite, même sur 6 mois ou un an. Il se passe tellement de choses. Alors, tu imagines sur 5 ans, garder une cohérence de plume, une cohérence d'histoire, c'est super dur, quoi. Et donc, ouais, le côté très contre-intuitif, à un moment, c'est de dire, vas-y, je flip the table, je recommence à zéro. Soit ce roman-là, soit un autre. Et c'est vrai que lâcher prise, partir sur un autre complètement différent, ça aide quand même vraiment beaucoup, quoi. Ça aide vraiment beaucoup. Même si c'est un petit côté douloureux aussi, parce que quand tu as un projet pendant aussi longtemps, bah, ouais, c'est ton projet de cœur un petit peu, tu vois. Donc, ce n'est pas forcément évident. Et c'est le... Vas-y, pardon.
Ludmila Taillanter — Non, t'as pas fini.
Ybelion — Non, j'allais dire, c'est le... T'as changé totalement de style. C'est-à-dire que c'était le roman avec les 4 éléments, donc plutôt style fantasy. Et puis, t'es partie sur de la romance ou pas tout à fait ? Non, non.
Changer de genre pour enfin aller au bout
Ludmila Taillanter — Il y en a eu d'autres entre-temps. Enfin, celui dont je parlais, sur lequel je suis restée vraiment longtemps, c'était plutôt du contemporain, jeunesse, young adulte. Enfin, un truc... Enfin, une héroïne au collège, quoi. Enfin, voilà. En fait, je pense que... Ouais, je pense que changer de style, ça peut vraiment aider. Il y a des gens, ils sont persuadés qu'ils écrivent, qu'ils sont faits pour écrire d'un style. Et en fait, c'est au moment où ils tentent complètement autre chose qu'ils arrivent au bout du roman. Et en l'occurrence, celui que j'ai fini en premier, c'était une romance. Et j'avais jamais écrit de romance avant. Donc voilà. Je pense que... Enfin, moi, ce que je vois assez... Enfin, on va dire assez régulièrement, parce que du coup, je fréquente pas mal de personnes qui écrivent, c'est que le truc qui passe ou casse, on va dire, c'est vraiment le roman de jeunesse, entre guillemets. Le roman dont on a eu l'idée quand on était genre ado, voire enfant. Et qu'on se traîne pendant genre 10 ans. Et en fait, soit ça peut donner un truc extraordinaire. Enfin, il y a des gens, c'est vraiment, effectivement, ils avaient une bonne idée. Et ça leur a juste pris énormément de temps de le faire. Mais ça peut aussi être vraiment le roman qui t'encombre, en fait, au bout d'un moment. Et où tu te dis, mais non, j'ai grandi avec cette histoire. On a vécu tellement de trucs ensemble. Je peux pas le laisser. Et sauf qu'effectivement, enfin, souvent, l'idée qu'on a quand on a 13 ans, elle est pas ouf. Et en fait, petit à petit... Non, mais petit à petit, en fait, on la retravaille. On se dit, non, mais je vais colmater les brèches. Je vais rajouter des briques. Je vais... Enfin, tu vois, je vais un peu faire... Enfin, je sais pas si t'as la référence de Numéro bis. Ouais, c'est exactement ça. Voilà. Et en fait, voilà, souvent, je me suis rendu compte que j'étais pas du tout la seule à m'être accrochée pendant très, très longtemps sur un roman un peu bancal. mais auquel j'étais hyper attachée parce que, voilà, j'ai une histoire de ouf avec. Et surtout, j'ai grandi avec. Je me suis construite avec. Et en fait, c'est à partir du moment où tu lâches ça que t'y arrives. Enfin, j'ai vraiment plusieurs exemples en tête. Mais je veux pas non plus décrédibiliser complètement ça parce que je sais aussi qu'il y a des gens qui... Voilà, juste qui ont une inspiration de dingue à 15 ans. Et voilà.
Faire la paix avec ses textes d'ado
Ybelion — C'est clair. Non, mais t'as raison. De toute manière, après, tu vois, c'est toujours pareil. On donne plein de conseils, machin, etc. Ça reste des généralités. Et évidemment, après, chacun fait aussi à sa sauce. Il n'y a pas de vérité absolue, tu vois. Et moi, c'est marrant. À chaque fois, l'exemple que cite, c'est... J'ai un de mes meilleurs amis d'enfance qui, pareil, écrit beaucoup. Et on se racontait, tu vois, les histoires que t'écris petit. Et à chaque fois, ça me faisait marrer parce que lui, il y en avait une. C'était vraiment, genre, le cliché as fuck de la fantaisie que t'écris quand t'es ado. Tu vois, genre, un garçon qui découvre des pouvoirs. Il est en armure. Il a un lion de compagnie. Une grosse épée rouge. Et il a une amoureuse qui est une princesse, tu vois. Et tu sais, quand t'es petit, tu racontes ces histoires. Et en vrai, c'est trop mignon. Et après, tu deviens adulte. Et tu fais, mais je peux rien en faire de ces trucs-là, tu vois. Et t'as beau rajouter des trucs partout, où en vrai, en fait, à un moment, il faut raser et puis reconstruire sur un truc un peu plus simple, quoi. Mais tu vois, en même temps... Et ouais, pardon. Et en même temps, c'est grâce à ces textes un peu bidons, entre guillemets, que t'arrives à des textes qui sont beaucoup plus pertinents après. Et il faut parfois accepter de passer par ces trucs peut-être un peu plus bancals.
Ludmila Taillanter — Ouais, c'est clair. Et puis même aujourd'hui, ça m'arrive d'écrire des trucs pas ouf juste pour le kiff, quoi.
Ybelion — Tu m'étonnes.
Ludmila Taillanter — Ouais, enfin, j'ai écrit, genre, l'an dernier... Non, c'était au printemps. Enfin, je crois que j'avais vraiment juste besoin de décompresser du travail, du tout. Et j'ai écrit, genre, 6 ou 7 chapitres d'une romance mafia, mais nul. Rien. Genre, vraiment, scénario zéro. Enfin, c'est mal écrit. Je l'ai rouvert ce week-end pour voir ce que ça donnait. C'était nul. Mais ça m'a fait plaisir. Et je pense aussi, genre... Enfin, les idées qu'on a quand on... Enfin, les premières idées qu'on a, surtout quand on est, voilà, encore enfant, ado. Genre, je pense qu'il ne faut pas décrédibiliser ce que tu vis avec. Parce que... Enfin, genre, moi, j'ai des... Exactement. J'ai des souvenirs de trucs hyper épiques, hyper intenses que j'ai vécu en écrivant le roman ou même des scènes que j'ai eues en tête, même qui n'auraient jamais vu le jour, quoi. Voilà. Et ouais, je pense que c'est... Comme tu dis, ça a son importance à un moment donné. Il ne faut pas le... Pardon, il y a ma mère qui m'appelle. Enfin, c'est pas... Enfin, voilà, il ne faut pas le dire en mode... Comme je ne l'ai pas abouti, ça ne vaut rien. Bah non, en fait. Enfin, genre, ça a été hyper important pour toi à un moment donné. Et comme tu dis, ça a aussi contribué à ce que tu puisses passer à autre chose derrière et faire la paix avec les épées rouges et les lions, quoi.
Ybelion — Ouais, c'est exactement ça. C'est reconnaître l'importance que ça peut avoir dans ta vie. Parce que ça en dit souvent beaucoup. Et c'est aussi pour ça que c'est douloureux de le lâcher. C'est justement ça qui te permet de le lâcher à un moment, tu vois. Et après, de passer à autre chose. Et du coup, ce n'était pas le cas pour la lagune, j'imagine. Et moi, j'aimerais bien que tu nous en dises un peu plus. Parce que tu sais que j'ai regardé très rapidement. Moi, je me suis arrêté à la couverture. Je me suis dit, c'est bon, ça m'a convaincu. Et du coup, je suis chaud que tu nous racontes un peu ce que... Ouais, un petit pitch peut-être. Oh my god. La question piège.
Ludmila Taillanter — Non.
Ybelion — Franchement, raconte ce que tu veux sur la lagune.
Le pitch de La Lagune
Ludmila Taillanter — Ouais. Bah, alors le pitch, on va dire un peu commercial. Je suis très rouillée en plus. Ça fait longtemps que je ne l'ai pas fait. Mais donc, c'est une romance contemporaine estivale qui suit trois jeunes adultes qui se retrouvent dans une espèce de bulle estivale en bord de mer, sur un camping. Ils sont tous un peu un carrefour de leur vie. Genre dans cette période un peu pleine de possibles, mais pleine de doutes aussi de fin d'études, début de vie active, quoi. Et en fait, on les suit sur cet été où ils ont le temps de se questionner, en fait. Et surtout dans une relation polyamoureuse. Donc voilà, c'est à propos du polyamour. Mais c'est en fait, d'une manière générale, beaucoup sur... Voilà, sur qu'est-ce que tu veux faire dans ta vie ? Qu'est-ce qui est important pour toi ? Et beaucoup de bienveillance, beaucoup de communication. Voilà, ils sont très mimi entre eux. Enfin, c'est vraiment un roman hyper doux et qui fait du bien et qui fait réfléchir. Là, je me base sur un peu les retours de lecture que j'ai pu avoir. Globalement, c'est ça qui m'en est ressorti. Et en vrai, c'est un roman... En fait, je pense que j'ai un peu... Aussi, je suis toujours un peu gênée de Pitié aussi, parce que... En fait, c'est un roman de base que j'ai écrit vraiment pour moi. Enfin, c'était un roman que j'ai écrit justement moi, quand j'ai commencé la vie active. Et que j'étais en mode, attendez, qu'est-ce qui se passe ? C'est horrible. Enfin voilà, j'ai vécu ça de manière un peu brutale, l'entrée dans la vie active. Alors que je pensais que ça se passerait très bien. Et en fait, je fantasmais beaucoup d'une parenthèse où je pourrais juste me poser et faire le point. Et comme je ne pouvais pas faire ça, genre juste mettre ma vie en pause et arrêter, je l'ai fait dans un roman. Et en plus de ça, j'ai mis quand même pas mal de choses, plein de réflexions que j'ai eues à ce moment-là. Vraiment, j'ai voulu en mettre dans cette bulle-là, en fait, la personne que j'étais sur différentes phases de ma vie. Et ouais, en fait, j'ai vraiment écrit pour moi, pour me faire du bien, pour me faire sourire. C'est vraiment ma petite oasis à moi. Et c'est vrai que ce n'était pas forcément le roman que je dessinais le plus à l'édition. Je me disais peut-être qu'un jour, je le ferais éditer, mais j'aimerais bien que ce ne soit pas le premier, que je ne publie d'autres avant. Enfin voilà, c'était mon plan sur la comète. Et au final, c'est lui que les gens découvrent en premier. Donc c'est vrai que pour moi, c'est un peu spécial, enfin un peu, je ne sais pas comment dire, un peu inattendu de me dire que les gens vont découvrir ma plume et mon univers par celui-là en premier.
Ybelion — Tu sais que je trouve que c'est plein d'espoir ce que tu racontes parce que moi, je m'adresse avec mon taf beaucoup à des gens justement qui écrivent pour eux et pour qui au départ, c'est toujours compliqué d'accepter que si tu as envie d'écrire pour toi, il ne faut pas que tu te mettes à penser à l'édition en fait parce que sinon, ça va te polluer tout ton processus d'écriture. Et tu vois justement, c'est une belle preuve que quand tu fais les choses dans l'ordre et donc quand tu adresses, bon d'accord, ok, d'abord mon rêve, c'est d'écrire un livre. J'ai envie de l'écrire pour moi, je vais d'abord faire ça et ensuite on verra, tu vois. Tu vois, tu es l'exemple parfait de dire en fait, ce genre d'histoire aussi existe. Et je suis très sensible, super message franchement que tu fais passer dans le bouquin, le carrefour de vie que tu as en sortant d'études, ouais, il est un peu violent et tu vois, je trouve que là où ton livre tombe super bien, c'est qu'il va probablement permettre à des gens de se poser la question, de se rendre compte qu'ils sont à ce carrefour en fait. Parce que tu vois, moi j'ai connu ça et je pense qu'il y en a plein d'autres où c'est pareil, en fait, tu ne te rends pas compte que tu es à ce carrefour là. Et à un moment, tu avances et à un moment, là tu prends un mur et tu fais attends, mais en fait, j'ai avancé sur cette route pendant des années sans me rendre compte et là, j'ai l'impression d'avoir rien accompli. C'est toute la question du sens après qui naît derrière. Et bravo de faire passer un message pareil. Tu vois, en plus, je trouve ça bien dans le thème doux, etc. Donc, trop cool.
Le carrefour vertigineux de la fin des études
Ludmila Taillanter — Ouais. Je trouve ça hyper intéressant que tu y réagisses comme ça parce que, en fait, moi je ne l'ai pas du tout vécu comme ça. Mais je pense, enfin je vois très bien ce que tu veux dire. Non, je vois très bien ce que tu veux dire. mais moi, je ne l'ai pas vécu comme ça. Après, c'est pas... Enfin là, je partage plus mon expérience, moins ce qui se passe pour les personnages dans le bouquin. Mais moi, je l'ai plus vécu en mode... Je pense que j'avais justement très fortement conscience d'être un carrefour. En mode, là, tout est possible. Genre, je sors des études, c'est bon, j'ai mon diplôme en poche. Genre, le monde entier du travail s'ouvre à moi mais du travail, la vie adulte en fait, tu vois. Je me suis dit, tout s'ouvre à moi. Je peux tout faire. Et en même temps, bah, j'ai aucun outil pour y aller. Je sais pas. Genre, en fait, je me souviens, en fait, j'ai voyagé. Enfin, comme beaucoup de gens, j'ai un peu voyagé à la fin de mes études. Et j'écrivais beaucoup pendant ce voyage. Enfin, je tenais un carnet de voyage. Et parce que j'aime aussi, entre parenthèses, j'aime aussi beaucoup écrire pour moi. Genre, vraiment, juste un dialogue avec moi, en fait. Mais ça, c'est absolument pas vocation à être lu par d'autres gens que moi. Mais je me souviens avoir écrit, justement, que je me sentais, genre, pleine de... Genre, pleine de... Je sais plus exactement comment j'avais formulé, mais en mode... Je suis capable de tout faire, mais je sais pas du tout ce que je peux faire. Genre, j'ai rien, là, actuellement. Et pour moi, c'était ça, plutôt, le sentiment. Donc, c'est marrant parce que je pense que vraiment, les expériences... Enfin, l'expérience que toi, t'as décrite est partagée par beaucoup de gens, je pense. Et la mienne aussi.
Ybelion — Et tu vois, c'est ça qui est magnifique dans les histoires. C'est que tu peux avoir une même intention, c'est-à-dire là, en l'occurrence, de parler de ce carrefour de vie et parler à des gens qui ont des vécus totalement différents. Et parce que moi, au contraire, tu vois, j'ai eu l'impression qu'on... Je pense que c'est l'ingénierie qui fait ça aussi, mais on te donne tellement d'outils et on te trace tellement une route qu'en fait, tu vois, t'es vraiment comme sur une piste de boss leg. T'as pas l'impression d'avoir le choix. Alors qu'en fait, c'est pas le cas, tu vois. Et au contraire, ce que tu partages, moi, je l'ai connu très récemment quand tu démissionnes. Et là, effectivement, tu te retrouves devant un champ des possibles et c'est un peu grisant. T'es dit, putain, c'est fou, en fait, cette liberté. Tu fais, je peux tout faire. Et tu fais, ah mais je peux tout faire, du coup. Et là, c'est un peu... Tu fais, ah, c'est un peu flippant.
Ludmila Taillanter — Ouais, c'est vertigineux.
Ybelion — C'est ça qui est beau, quoi.
Ludmila Taillanter — Ouais, en fait, je trouve que ça donne beaucoup d'énergie, en fait. Enfin, la démission, oui, je connais. Non, mais ça donne beaucoup de, je sais pas, de force et de courage, en fait, genre de se lancer dans un acte comme ça. Enfin, je connais pas le contexte que toi, t'as eu, mais je trouve que se lancer dans un truc où, genre, tu te chies dessus, mais tu te dis, vas-y, je vais y aller. Genre, tu te sens hyper... Enfin, je sais où, ouais, ça te donne beaucoup de force, beaucoup d'énergie, mais en fait, derrière, t'es un peu désemparée parce que tu sais pas comment faire. Enfin, moi, c'est comme ça que je l'ai vécu. Les quelques fois où ça m'est arrivé. Enfin, genre la fin des études et après, mais après, la démission.
Ouais.
Ybelion — Ouais, non, c'est vrai, c'est vrai. C'est vrai. Et c'est le... C'est un peu... Je fais un dernier parallèle sur ma vie et après, j'arrête de parler quand même parce qu'on est quand même là pour parler de toi. Mais tu vois, il y a des... Je sens qu'il y a certains auteurs que je peux accompagner qui, justement, vivent ça au moment, tu sais, de s'engager et de dire, OK, en fait, là, je me jette dans mon rêve, tu vois. Et effectivement, justement, moi, je suis là pour être le filet, tu vois. Alors déjà, je trouve que, de manière générale, la vie, quand tu oses aller vers ce qui t'anime, tu sautes et là, le filet apparaît, tu vois. Et en l'occurrence, mon travail, c'est justement de rendre ce filet le plus confortable et le plus durable possible. et c'est pour ça que... Et tu as raison, en fait, c'est le premier acte, au moment où tu décides de... Ça, c'est là, effectivement... Là, tu te chits dessus un peu, comme tu dis, tu vois. Il faut... C'est l'imagine. Exactement. Le premier pas est compliqué, mais après, tu te sens tellement libéré. Et ça change tout, quoi. Ça change tout. Et comment tu fais, du coup... Quand t'écris La Lagune, est-ce que t'as envie d'écrire sur cette thématique-là, en te disant, j'ai envie de parler de ce carrefour de vie, ou t'as plutôt envie d'écrire une romance et tu te dis, bah, j'y grève ça, ou alors c'est un peu... Ouais, dans quel... Enfin, comment t'as réussi à construire, du coup, l'histoire de La Lagune ?
Rosen, Marjorie, Camille : trois façons de vivre la même situation
Ludmila Taillanter — Bah, pour moi, c'est venu un peu tout ensemble, parce que... Bon, enfin, c'est pas révolutionnaire, mais la découverte de l'identité queer, c'est quand même une... Enfin, souvent vécu comme une grosse libération. Et comme une remise en question des... Bah, des repères acquis, etc. Et du coup, en fait, ça allait carrément ensemble. Parce que c'est une romance queer, et c'est des personnages qui... Bah, qui prennent le temps, justement, de faire attention, attends, je suis sur un chemin, où me mène-t-il ? Est-ce que j'irais pas faire une petite pause sur le côté ? Et prendre un peu de recul. Et justement, c'est exactement ça qu'ils font. Et du coup, ouais, pour moi, c'était vraiment... C'est venu ensemble. Et ce que j'ai trouvé intéressant aussi, c'était que... Bah... Bah, du coup, il y a trois personnages, ce qui permet d'avoir trois... En fait, on est en point de vue interne alterné de chacun. Et... Enfin, c'est un truc que j'aime bien faire, moi, parce que c'est un exercice que je trouve intéressant de vraiment rentrer dans... Dans la voix du personnage et dans ce qu'il pense, ce qu'il ne pense pas, dans ses perceptions, etc. Et... Et c'est des personnages assez différents les uns des autres. Donc forcément, ils vont pas du tout avoir la même manière de... De réagir au questionnement qui leur... Enfin, qui émerge. Il y a... En particulier... Les deux protagonistes féminines ont le plus fait réagir parmi les... Le... Lectorat. Il y a donc Rosen qui est celle qui va être en mode « Je veux expérimenter d'autres choses. » Genre « Je veux... » Enfin... Voilà, je veux sortir des sentiers battus. On reste dans la métaphore du chemin. Et... Et voilà, j'ai vraiment envie de sortir de ma zone de confort. Enfin, c'est vraiment un acte volontaire qu'elle fait tout en étant en mode « Je sais pas où je vais. » Et c'est flippant. Mais vraiment, c'est... C'est ma volonté profonde, en fait. C'est même pas tant de faire quelque chose en particulier. C'est juste de faire autre chose, en fait. Voilà. Et à l'inverse, du coup, il y a Marjorie, l'autre protagoniste féminine qui est... Qui, pour le coup, je pense qu'elle a vraiment conscience d'être sur un chemin. D'être dans un truc très... En fait, elle est très... Marjorie, elle est vraiment en mode « Je veux me conformer à certains... » Enfin, certains standards sociaux. Certaines attentes sociales. Je me les approprie pour me sentir plus en sécurité, en fait. C'est un peu ça. Et... Et du coup, il y a une discussion... Enfin, il y a pas mal de discussions que je trouve assez intéressantes entre les deux filles. Où... Bah, Rosen, elle est en mode « Mais... » Vas-y. Enfin, en fait, il y a autant de manières de vivre que de gens. Et pourquoi tu t'enfermes là-dedans, etc. Et Marjorie, elle est en mode « Mais de toute façon, en fait, meuf, tu vis dans une société. Donc, forcément, tu vas... Tu vas être le cliché... Enfin, tu vas être un cliché, en fait. Donc... Donc, voilà. Il y a un peu une discussion comme ça entre les deux que je trouve assez intéressante. Et au final, bon, Marjorie, du coup, c'est la plus flippée des trois, forcément. Et elle va quand même sortir de sa zone de confort au final. Mais sans non plus envoyer tout valser en mode « Non, mais j'avais tort ! » Enfin, voilà. C'est pas forcément une question d'avoir raison ou d'avoir tort. Enfin, c'est ça que j'ai trouvé assez intéressant aussi dans tous les dialogues qui sont entre eux et dans tous les choix qu'ils font. C'est que j'ai pas du tout cherché à montrer qu'il y avait une solution qui était plus juste qu'une autre. c'était vraiment genre trois manières différentes de vivre une situation similaire, quoi. Et c'est ça que je trouve toujours vachement intéressant aussi dans les jours, en général.
Ybelion — C'est un peu comme une... comme une exploration philosophique entre guillemets autour d'un thème, quoi. Et chacun a un peu... Enfin, sa vision des choses avec son système de valeurs et du coup, a forcément sa réponse. Et je pense que c'est aussi peut-être pour ça que ça résonne à chaque fois bien chez beaucoup de gens. c'est qu'en fait, chacun se retrouve peut-être dans chacun des personnages. Et du coup, il y a un troisième personnage, c'est ça ?
Ludmila Taillanter — Ouais. C'est un mec, Camille.
Ybelion — Ok.
Ludmila Taillanter — Lui, il est un peu entre les deux. Genre, il est en mode ok, je me rends compte parce qu'il y a des trucs qui me conviennent plus par rapport à ce que j'ai pu... aux choses que j'ai pu faire avant, à mon mode de vie par le passé. Et là, j'essaye lentement d'en sortir. En gros, il a la volonté de changer des choses mais il ne sait pas trop comment s'y prendre. Et du coup, c'est aussi... Il prend... Enfin, il saisit vraiment la main tendue de Rosène pour le coup, en mode... Oui, emmène-moi.
Ybelion — Ouais, ok. Tu sais, je trouve que c'est trop intéressant justement parce que tu as un peu comme une construction... Tu sais, tu as Rosène à l'extrémité du prisme, tu as Marjorie à l'autre extrémité. Et tu as... Du coup, j'ai mal... Peut-être pas entendu, mais Camille, c'est ça ? Camille. Ouais. Au centre. Et du coup, tu as un peu tout le prisme et donc chacun compose un peu. C'est comme en français quand tu fais thèse, antithèse, synthèse.
« La Lagune est une dissertation »
Ludmila Taillanter — Oui, c'est joliment résumé. Finalement, La Lagune est une dissertation. J'adore. En fait, en plus, c'est vrai parce que là, tu te dis, c'est un peu un dialogue, genre une discussion philosophique et tout. Et c'est vrai que c'est un roman... Je pense que c'est le roman que j'ai écrit qui est le plus assumé dans cette direction-là. Il est vraiment... Enfin, c'est beaucoup... Enfin, moi, je le qualifie toujours d'assez contemplatif. Il est vraiment beaucoup constitué de dialogues et y compris des dialogues où vraiment, genre, j'ai fait un peu comme toi et moi maintenant, genre, j'ai posé mes personnages à un endroit et j'ai fait, OK, on déroule la discussion et on va voir ce qui arrive. Et bon, évidemment, c'est toujours quand même un minimum en lien avec l'intrigue, mais j'ai quand même pris beaucoup de liberté par rapport à l'intrigue pour les laisser juste parler, en fait. Et j'ai trouvé ça trop intéressant. Enfin, c'est vraiment ce à quoi je me suis le plus consacrée dans ce roman.
Ybelion — Tu sais que là, tu me fais avoir une prise de conscience de fou. J'adore le mot contemplatif que tu as utilisé parce que... J'avoue être un peu comme toi, j'aime beaucoup l'écriture. Et comme tu as dit, c'est-à-dire que tu poses des personnages et tu te concentres surtout sur le dialogue et quelque part, ce qui se passerait si tu étais avec tes potes et que tu te posais et que tu discutais, tu vois. Et j'ai jamais réussi à trouver un mot pour décrire ça, tu vois. Et j'aime bien le mot de contemplatif. Je trouve que c'est pas mal parlant.
Ludmila Taillanter — Ouais, bah c'est... Enfin, moi, il me parle aussi pour ce roman-là parce qu'il est... En fait, moi, j'ai vraiment imaginé écrire ce roman en mode... Genre, il y a très peu de décors. Enfin, non, les décors sont quand même assez présents parce que j'ai vraiment essayé de construire une ambiance et tout. Mais dans le sens où il y a peu de lieux. C'est vraiment genre... T'as le bungalow, la plage, le café, la falaise. Enfin, grosso modo, c'est ça, quoi, tu vois. Et ils alternent entre tous ces lieux parce qu'en fait, j'ai vraiment voulu créer un truc où dans la scène, dans l'ambiance de la scène, tu poses une caméra et tu les regardes parler, en fait. Ouais. Et enfin, en tout cas, même si on est en narration interne, etc., enfin, vraiment, le ressenti que je voulais que le lectorat ait, c'était genre... Moi, je suis la caméra qui regarde comment ils sont en train de vivre leur vie, quoi, et d'être assis devant les vagues et penser à la vie, quoi. Grosse modo, c'est ça.
Ybelion — Je kiffe. En vrai, tu vois, pour le coup, moi, ça me donne trop envie de le lire parce que autant, tu vois, la partie romance, etc., je lis un peu moins, donc je suis un peu moins attiré, mais le côté contemplatif, aspect un peu, vas-y, des amis qui discutent et qui explorent un peu une thématique comme ça, ça me parle trop, ça. Je trouve que c'est trop... C'est une très bonne idée et en fait, c'est tellement représentatif de la vie de beaucoup de gens. On fait tellement tout ça entre nous que c'est trop bien de le retrouver dans des histoires aussi. Et quelque part, tu vois, on parle beaucoup d'action dans les romans, etc., mais la vie n'est pas forcément faite d'action. Tu vois, il y a des semaines, parfois, où en fait, il ne se passe pas grand-chose à part des discussions autour d'un café ou un truc comme ça, quoi.
Ludmila Taillanter — De ouf, ouais. Bon, après, attends, juste, je dis quand même, ça reste une romance. Ouais, ouais. Si tu n'aimes pas
Ybelion — les romances... Non, mais j'aime bien, au contraire, tu vois. Mais je trouve toujours intéressant de... Tu vois, tu as le genre attaché, c'est une romance et derrière, tu as toutes les spécificités qui en font un livre d'autant plus intéressant et qui peut du coup en plus aller toucher un lectorat qui est différent, tu vois. Et... Ou donner une manière différente à quelqu'un qui aime la romance de la consommer. Et je trouve que, justement, c'est ça qui donne tout le sel et le côté unique, tu vois, entre guillemets, du bouquin. Et donc, c'est vrai qu'on a surtout parlé de l'aspect pas romance, tu vois. Mais... Mais ouais, justement, je trouve ça cool, tu vois, que justement, tu n'es pas que la romance, tu vois. Et que la romance soit aussi une manière d'explorer d'autres choses.
Ludmila Taillanter — Ouais. Et c'est vrai que c'est un roman que pas mal de gens ont acheté... Enfin, lu plutôt, en n'étant pas particulièrement des lecteurs de romances. Ça, et ça m'a un peu surprise, d'ailleurs, enfin, je ne m'attendais pas plus que ça. Et ils l'ont lu et ça les a... Enfin, ils ont réussi à rentrer dedans, quoi. Donc, effectivement, je pense que c'est un roman qui peut parler... Enfin, il suit... Bon, je me suis... Évidemment, je me suis amusée avec les codes de la romance parce que moi, j'adore la romance. J'adore regarder des comédies romantiques. Enfin, voilà, c'est mon petit plaisir. Mais du coup, ouais, j'ai quand même... Je suis quand même beaucoup sortie des codes de la romance dans pas mal d'aspects. Et je pense que c'est ça qui a pu aussi accrocher à, comme tu dis, un lectorat qui, de base, ne se destinait pas à ça, quoi.
Parenthèse comédies romantiques
Ybelion — Ouais, je comprends. Je suis obligé de faire une parenthèse dans notre discussion. Mais t'as parlé de comédies romantiques. On est à l'approche de Noël. J'avais posé la question à Manon aussi. Mais ton top 3 des comédies romantiques à regarder à l'approche de Noël.
Ludmila Taillanter — Putain, mais en plus, là, je me suis mis toute seule dans la merde parce qu'en fait, je ne regarde pas tant que ça des comédies romantiques de Noël.
Ybelion — Non, mais pas de Noël, de comédies romantiques. C'est juste qu'on en regarde beaucoup à Noël, mais en vrai, n'importe quelle comédie romantique.
Ludmila Taillanter — Attends, mais là, tu me prends de cours. Hier soir, j'ai regardé Footloose, mais la nouvelle, la version 2018, un truc comme ça, mais j'ai trop, je l'aime trop. Mais après, ce n'est pas forcément une comédie romantique. C'est plus genre une romance, voilà. J'adore, j'adore Dirty Dancing. Franchement, j'aime trop Dirty Dancing. OK. Et, qu'est-ce que je peux dire encore ? Alors, ça fait longtemps que je n'ai pas regardé, mais j'avais beaucoup aimé, ça reste un peu dans le thème, mais j'avais beaucoup aimé Before Sunrise.
Ybelion — OK.
Ludmila Taillanter — Je ne sais pas si tu connais.
Ybelion — Non, je ne connais pas. Je note à chaque fois, mais je connais. Before Sunrise,
Ludmila Taillanter — c'est, je pense que ça, enfin, si tu acceptes de regarder de la romance, c'est, c'est l'histoire de deux jeunes, genre des étudiants, qui se rencontrent dans le train et ils décident tous les deux de descendre à Vienne. Genre, je crois qu'ils font un interrail, un truc comme ça, et du coup, et en fait, ils ne se connaissent pas du tout et ils décident de passer la nuit à Vienne, mais genre, ils discutent en fait pendant toute la nuit et ils vivent la vie nocturne de Vienne. Je crois qu'ils sont à Vienne. Enfin, ça fait vraiment un petit moment que je ne l'ai pas vu, mais j'avais adoré ce film et en fait, c'est vraiment eux qui discutent. Voilà. Donc, on est dans le thème.
Ybelion — Tu m'as convaincu. Je pense que c'est ça, en fait. Des gens qui discutent, c'est bon.
Ludmila Taillanter — Mais je ne sais plus si c'est Before Sunrise ou Before Sunset parce qu'il y en a deux, mais enfin bref, le premier, c'est celui où ils sont à Vienne et ils discutent toute la journée ou toute la nuit.
Ybelion — Before Sunrise, c'est effectivement un film qui se passe à Vienne.
Ludmila Taillanter — Voilà, c'est ça.
Ybelion — Et après, effectivement, il y a Before Sunset et il y en a un troisième si je comprends.
Ludmila Taillanter — Voilà, j'avais pas vu les deux autres, mais le premier m'est vraiment beaucoup marqué.
Ybelion — Trop cool. C'est des... Tout ça, tu penses que c'est des films qui ont pu t'inspirer quand tu es dans le processus d'écriture ou tes inspirations, elles ne sont pas forcément aussi marquées que de dire il y a ce livre ou ce film qui m'a vraiment inspiré ?
Ludmila Taillanter — Si, si. Bah oui, en fait, j'adore... En fait, c'est une réflexion que je me suis faite récemment que vraiment, je passe 90% de mon temps libre dans la fiction, je pense. Si je lis pas, je suis en train de regarder un film ou un animé ou lire un manga ou enfin, tu vois, je suis tout le temps, tout le temps en train de... Ou bien je suis dans mes propres histoires ou bien je suis dans mes rêveries à réfléchir à mes histoires. Enfin, franchement, je passe tout mon temps dans la fiction. Donc, évidemment que je me fais... Enfin, que je me laisse inspirer par un peu tout. les comédies romantiques, mais pas seulement. Après, j'écris pas que de la romance aussi, donc forcément... Voilà. Mais tu vois, typiquement, j'ai cité Footloose tout à l'heure, mais je cite, je précise bien le nouveau Footloose parce que l'ancien, je crois que je l'ai vu une fois il y a 10 ans. Bref. Et en fait, je me suis dit je veux écrire un protagoniste masculin comme celui de ce film. Genre vraiment, je me suis dit ok, je suis là, j'ai envie de le reprendre. À ma sauce, évidemment et tout. Mais voilà, donc je sais pas du tout. Il n'a pas de projet autour. C'est juste lui, il ira quelque part un jour. Et voilà. Et puis, ouais non, sinon, évidemment, moi je suis vraiment de la vie que l'écriture, c'est une synthèse entre notre perception, enfin ce qu'on reçoit de l'extérieur et notre monde intérieur. C'est vraiment, je n'ai aucune résonance avec les gens qui disent qu'ils écrivent, enfin qu'ils mettent rien d'eux dans ce qu'ils écrivent. Ça me fascine parce que vraiment, je suis en mode mais tu écris sur quoi du coup ?
Ybelion — Tu en dois ce que tu sors
Ludmila Taillanter — ce que tu écris ?
Ybelion — Ouais. C'est vrai que j'ai du mal à concevoir aussi qu'on puisse avoir une approche presque aussi robotique de l'écriture. Et tu vois d'ailleurs que quelque part, moi c'est pour ça que en ce moment on parle beaucoup d'IA, etc. Moi c'est pour ça que je ne me sens pas du tout menacé en tant qu'écrivain, tu vois, par l'IA parce que pour moi, justement, tout ce que tu mets de toi dans un livre, c'est ça qui fait résonne avec les gens. Et tu vois, toi, tu parles de ton livre, tu parles de Scarfour de Vie, si tu ne l'avais pas vécu, ça n'aurait pas la même saveur, tu vois. Et donc, c'est ça, effectivement, je suis assez d'accord avec toi. On met toujours un peu de nous dans nos livres et ce qui est marrant, c'est qu'on ne s'en rend pas forcément toujours compte au début et parfois, c'est des prises de conscience assez tardives. Et d'ailleurs, ça pourrait être une question que je te pose, est-ce que quand tu as écrit La Lagune ou un autre livre, est-ce qu'il y a un moment, tu t'es dit « Oh putain, mais ça parle de moi ! »
« Oh putain, mais ça parle de moi »
Ludmila Taillanter — Oui. Oui, non mais de ouf. En fait, je suis vraiment la team de... Alors, il y a des thèmes conscients que je choisis au début, mais je mets des années à me rendre compte de quoi parle le bouquin, en fait. Non mais vraiment. Enfin, en fait, j'ai besoin de l'écrire, de le réécrire, de le faire lire à d'autres gens, etc., pour me rendre compte de tout ce dont parle le bouquin. Récemment, je ne vais pas rentrer dans les détails, mais récemment, j'ai raconté, j'ai obligé une pote à moi à écouter tout le déroulé entier d'un roman que je prévois d'écrire, là, cet automne. Et elle m'a dit « Ah ouais, trop intéressant, mais du coup, ça, c'est une métaphore pour ce truc. » Et genre, j'ai bugué profondément, j'ai fait « Putain, oui ! » Et alors, je ne rentre pas dans les détails parce que c'est un peu, enfin, ce n'est pas des thématiques très joyeuses, mais en fait, j'ai vraiment eu ce bug de cerveau de « Mais oui, en fait ! » Et ça a pris, enfin, le roman a pris une toute autre dimension dans ma tête. Genre, je me suis dit « Ah ouais, en fait, d'accord, je vais pouvoir aller creuser là. » Et en fait, c'est quelque chose dont je me rends vraiment particulièrement compte cette année. En fait, je suis trop contente de pouvoir faire cet épisode avec toi parce que je suis grave en pleine réflexion en ce moment sur mon rapport à l'écriture et tout ça parce qu'en fait, je me rends plus compte qu'avant à quel point c'est difficile d'écrire déjà pour commencer. Plus j'écris, plus je me rends compte que c'est dur d'écrire. Et aussi, plus je me rends compte à quel point l'écriture me permet d'approfondir mon rapport à moi-même, d'enrichir mon rapport à moi-même. et en fait, je passe énormément de temps, beaucoup plus qu'avant, à juste penser à mon roman. En fait, je marche pour aller au travail, donc je marche environ une heure par jour et cette heure est consacrée à réfléchir à Hoki, genre, qu'est-ce qui se passe dans ce roman par rapport à moi et pas en mode narcissique, tu vois, pas en mode qu'est-ce que moi, j'ai envie de mettre dans le roman ou quoi, mais c'est plutôt genre, c'est quoi les résonances en fait et ça va passer par les personnages, je vais vraiment essayer de comprendre profondément mes personnages, mais du coup, comprendre aussi qu'est-ce que je mets dedans, quels sont nos liens, enfin, je sais pas comment dire, genre, tu vois que j'ai encore en réflexion, du coup, j'ai un peu du mal à expliquer ce que je veux dire, mais tu vois, genre, il y a des moments où je marche, je réfléchis à mon roman et d'un coup, j'ai une espèce de nœud qui se défait à l'intérieur de moi, de, ah putain, c'était ça, tu vois, un peu comme quand je fais une séance de psy, tu vois, genre vraiment, enfin pour moi, j'ai vraiment l'impression d'avoir enrichi ce rapport au roman par rapport à ce que j'avais avant, parce que disons que, pour mieux expliquer ce que je veux dire, avant, en fait, ce qui était important pour moi, c'était de raconter une histoire, de raconter une histoire qui soit genre, cohérente, avec des personnages qui tiennent la route, un truc qui se lise bien, enfin voilà, genre c'était un peu mais, ce qui était important pour moi, et ce que je trouve, enfin, ce qui est important pour écrire une bonne histoire, et je pense qu'on peut d'ailleurs écrire de très bonnes histoires en s'arrêtant là, et je pense que la lagune arrive à un moment un peu intéressant de transition où en fait, je me suis rendu compte que j'avais besoin d'aller plus loin en fait, d'essayer de rendre les personnages les plus humains possibles, on va dire, et c'est pour ça aussi qu'ils verbalisent énormément, genre, je dis, ils parlent, ils parlent, ils parlent, c'est parce qu'en fait, j'avais besoin qu'ils verbalisent tout ce qui se passe à l'intérieur d'eux pour que moi, je puisse comprendre en fait ce qu'est-ce qui se passe en eux, et du coup, par extension aussi, qu'est-ce que moi, je mets là-dedans quoi, et en fait, là, j'arrive dans un temps de mon écriture où, en fait, je suis en mode, on va dire, 70%, 80%, à la louche, au pif, enfin vraiment, la majorité de ce qui se passe dans un humain, c'est intérieur en fait, genre, en fait, ce qu'on dit aux gens, ce qu'on, enfin, les interactions qu'on a, les émotions, les pensées qu'on partage, c'est tellement peu par rapport à tout ce qui se passe, en fait, genre, moi, quand je parle, c'est la synthèse de tout ce qui se passe à l'intérieur de moi, quoi, et en fait, je me rends compte à quel point c'est intéressant, du coup, non pas de faire parler les personnages, mais d'explorer, on va dire, tout l'iceberg en bas pour ensuite remonter en haut et voir qu'est-ce qui reste et qu'est-ce qu'ils vont dire, comment ils vont se comporter, qu'est-ce qu'ils vont pas dire, etc. Je sais pas, c'est très clair.
Ybelion — Au contraire, c'est très clair et j'adore parce que, tu vois, il y a quelque chose qui transparaît dans ce que tu dis, c'est que l'écriture est une des, enfin, en tout cas, une discipline artistique, sûrement pas la seule, mais où, en fait, le message devient de plus en plus, a de plus en plus de portée chez les autres quand tu prends le temps de savoir pourquoi il est important pour toi. et justement, c'est hyper intéressant ce que tu racontes, encore une fois, je te le répète, mais tu vois, il y a effectivement, raconter une bonne histoire, c'est important pour un livre, mais en fait, c'est à mon sens presque secondaire dans le processus, tu vois. En fait, à force de voir le processus de transformation chez les gens que je peux accompagner du début à la fin, en fait, tu te rends compte que les gens savent raconter des histoires, tu vois, ils ont une vie, ils ont lu des trucs, ils ont vu des choses, bref, ils savent en fait, dans le fond. Et là où c'est souvent ça bloque, c'est vraiment sur le côté très personnel, très rapport à l'écriture, très OK, qu'est-ce que je mets dans ce livre ? Et la plupart des blocages que tu peux rencontrer en écriture, en fait, viennent énormément de ce rapport à soi et d'aller oser confronter ce rapport à soi. Et d'ailleurs, c'est ce que tu fais très bien en disant, bon ben quand je marche, justement, tu te connectes à ça et tu résous, tu déverrouilles des portes en t'autorisant à aller dire, OK, qu'est-ce que ça a fait résonner en moi ? Et tu vois, un exercice qui est toujours marrant, c'est que quand t'écris des personnages, t'en as toujours que t'aimes un peu plus, que t'aimes un peu moins, que ça soit des méchants, des gentils. Et justement, tu vois, typiquement, ça peut être hyper intéressant de se poser la question, OK, ce personnage, pourquoi je l'aime bien ? Et pas de s'arrêter, je l'aime bien. Mais OK, qu'est-ce que ça veut dire bien pour toi ? Qu'est-ce qui te rappelle qui t'intéresse ? Et après, encore mieux quand c'est des personnages qui, au demeurant, paraissent avoir des valeurs qui ne sont pas forcément les tiennes. Tu vois, pourquoi il me touche ? Pourquoi j'aime bien écrire ce personnage ? Et là, tu débloques des trucs et après, t'as des prises de conscience de fous et en fait, ça te libère ton écriture vraiment, vraiment beaucoup. Parce que c'est comme si tu retenais un... Comme si t'avais un barrage que tu retenais et à un moment, quand tu l'ouvres, là, t'as le flot d'écriture qui part, qui part, qui part. Et tu vois, on en a fait beaucoup pendant très longtemps les blocages d'écriture, on en a fait des trucs techniques. Tu vois, genre la page blanche, c'est j'ai pas d'inspiration. Le fait de... Il faut développer une routine absolument, un truc très carré, compter des chiffres, etc. Alors qu'en fait, commençons par nous connecter à nous, tu vois. La page blanche, très souvent, c'est parce que t'avais pas de page blanche avant. Là, tu l'as aujourd'hui. Ok, qu'est-ce qui a changé entre ces deux chapitres ? Généralement, tu peux être sûr que dans... Allez, on va pas faire de généralité, mais très souvent, tu viens toucher un truc personnel qui est beaucoup plus important et t'as pas vraiment envie de te confronter à ce truc personnel, tu vois. Ça fait mal, quelque part. Et pareil, la routine, etc., etc. Va te connecter à ton amour de l'écriture, va te connecter à qu'est-ce qui est important pour toi de ressentir au quotidien. Sors de ta tête, sors des chiffres, vois ce qui est important, tu vois. Un super exemple, tout à l'heure, j'étais avec une côtier qui, elle, mesure sa qualité de session d'écriture à la musicalité qui ressort de son texte à la fin. Et je trouve que c'est un super exemple de mesure pour voir si t'avances, tu vois. Dire qu'à la fin d'une session, elle regarde pas le nombre de mots, elle lit son texte et elle dit putain, ça sonne bien, je suis contente, tu vois. Et ça, c'est top. Alors du coup, j'ai digressé un peu, mais dans l'ensemble, ce que je voulais dire, et merci d'avoir amené ce sujet, c'est que l'écriture est extrêmement personnelle et c'est pour ça que c'est beau.
Plus on cherche l'intime, plus on touche l'universel
Ludmila Taillanter — Oui, et attends, où est-ce que j'entends ça ? Oui, j'écoute le podcast Le Club où on discute d'écriture sans filtre et j'écoutais justement hier l'épisode sur mettre ou non de soi dans l'écriture et c'est exactement ce qui ressortait aussi. C'était en fait, généralement, plus tu vas chercher l'intime, plus tu vas toucher l'universel. C'est une phrase que j'ai entendue déjà à plusieurs reprises et que je trouve qui résume parfaitement bien l'expression artistique. Et ouais, en fait, c'est quelque chose... En fait, je trouve ça trop... En fait, là, moi, je me... Je suis trop fascinée par là, ce qui se passe en ce moment pour moi dans l'écriture parce que je sens que je passe un step, en fait. Et genre, c'est hyper intéressant parce que vraiment, genre, le fait de parler de soi, etc., je le savais rationnellement avant. Je pense que, moi, j'ai eu un peu la phase de d'abord, genre, je veux écrire ce qui me ressemble le moins possible parce que j'ai envie juste de raconter des histoires. c'était vraiment... Raconter des histoires, c'est sortir de soi, aller chercher d'autres vies, c'est faire voyager, faire rêver. Enfin, je pense que c'était un peu la première étape que j'avais quand j'étais genre ado, je pense. Après, il y a eu l'étape de... En fait, je me rends compte que l'écriture, c'est personnel. Et du coup, en fait, je vais mettre... Je vais juste déverser, déverser et en fait, c'est un peu genre journal intime, tu vois. Des trucs qui sortent mais qui sont pas vraiment travaillés. En fait, c'est juste ça sort, quoi. Et en fait, là, je pense que j'arrive à un stade où je me rends compte que l'écriture, c'est vraiment un médium hyper, hyper intéressant pour venir travailler ça, en fait. À la fois pour travailler moi-même dans mon rapport avec ce que je fais sortir et à la fois pour l'amener aux autres. j'ai aussi diversifié, en fait, mes genres de lecture cette année. Je suis... Enfin, j'ai lu des livres que je n'aurais pas lu du tout par ailleurs avant et qui m'ont fait remettre... Enfin, qui m'ont fait comprendre à nouveau l'importance du style, l'importance de la forme du roman. Et, ouais, en fait, je me suis rendu compte à quel point c'est... Genre, ouais, en fait, toute... l'interaction entre la forme et le fond est hyper, hyper importante. Pas juste en poésie, enfin, juste en général, quoi. Et, enfin, je dis pas juste en poésie parce que la poésie, enfin, le principe de la poésie, c'est la forme sert le fond. Et, en fait, pour moi, c'est vraiment un... Enfin, je trouve que c'est dommage, en fait, de juste le dire pour la poésie parce que tout est hyper important. Genre, là, exemple, cette semaine, j'ai lu, bien sûr que les poissons ont froid de Fanny Ruvette, je sais pas comment ça se prononce. Et, en fait, elle écrit comme elle parlerait. Et j'ai trouvé ça trop bien parce qu'en fait, c'est un roman où il se passe rien, enfin, vraiment très peu, à part elle qui rumine, qui revient en arrière, qui est dans son salon en dep, enfin, genre, et, et en fait, tout d'un ton très drôle. il y a des sujets difficiles, mais c'est très drôle. En fait, j'ai trouvé ça hyper cool. Je me suis dit, mais putain, elle a pris une liberté fabuleuse, quoi, alors que tu dis, bon, elle dit proue tes merdes, quoi, genre, elle dit des mots, genre, tu te dirais, c'est pas de la haute littérature, mais en fait, c'est, ça sert l'histoire, ça sert le fond, ça sert le propos, et, et c'est, et en fait, c'est aussi un acte, enfin, c'est aussi un, une performance stylistique, en fait, d'écrire comme ça. Et je trouve ça trop intéressant. Enfin bref, j'ai lu plusieurs romans comme ça cette année, ou livres cette année, qui m'ont fait dire, waouh, en fait, genre, en fait, on peut faire tellement de trucs avec l'écriture, quoi, et le style va venir, va venir transmettre le fond d'une manière tellement percutante, quoi.
Ybelion — C'est magnifique, on sent que t'es, t'es déjà, bon, t'as déjà, t'as déjà été publié, etc., donc t'es déjà bien avancé, mais on sent que tu découvres encore plus le, le champ des possibles de ce qu'est l'écriture. Et en fait, c'est ça qui est magnifique aussi, c'est que ça s'arrête jamais, en fait, t'en apprends toujours. Et c'est, et quelque part, le point commun de tout le parcours à la fin, c'est quelle unicité tu mets dans ce truc-là. Et quelque part, tu vois, l'exemple que t'as cité avec, avec les poissons qui ont froid, j'ai pas tout à fait retenu le titre, mais voilà. C'est au regard de l'intention que t'as avec ton roman, maintenant, libre à toi d'utiliser la manière que t'as envie d'utiliser pour raconter ton histoire. Et c'est là que ça fait vraiment des choses magnifiques, quoi. Et ouais, donc soyons uniques, embrassons cette unicité quelque part, c'est ça qui est très beau. On est parti sur des parallèles, des parallèles, mais c'est vraiment trop cool.
Publier, un exercice d'humilité
Ludmila Taillanter — Ouais, en tout cas, c'est ce que tu dis par rapport au fait qu'on continue toujours d'apprendre. Ça, c'est un truc que je mesure de plus en plus, en fait. En fait, c'est une réflexion que je me faisais là. Beaucoup de réflexions que je me faisais récemment. Non, mais que, tu vois, au début de l'épisode de podcast, j'ai dit oui, quand j'ai fini mon premier roman, je me suis dit ok, je sais écrire, je sais que l'histoire que j'ai écrite tient à peu près la route, je suis prête à envoyer en maison d'édition. Et je pense que c'est vrai, genre, le roman que j'ai écrit était certes perfectible, largement perfectible, mais en soi, c'était un roman qui tenait la route, qui était correctement écrit, etc. Mais en fait, là, maintenant que j'ai, on va dire, que j'ai fait exploser ce palier là que j'avais de je vais publier, genre c'était le palier que je devais atteindre et sur lequel je me concentrais depuis des années. Là, maintenant, en fait, je peux me tourner vers le reste et me dire waouh, il y a encore tellement de trucs. et tu vois, genre, comme quand j'avais 10 ans, je me disais, j'écris rien de la fantaisie et rien d'autre. Cinq ans plus tard, j'écrivais du contemporain, de la romance, tout ça. Aujourd'hui, je me dis, mais en fait, j'ai envie de continuer à écrire tout ça. J'ai envie de publier de la fantaisie, j'ai envie de faire plein de trucs, Et j'ai envie d'écrire de la poésie, j'ai envie d'écrire de la littérature générale. Enfin bref, en fait, je suis débutante dans tous ces genres. Certes, je suis expérimentée par rapport à quelqu'un, je mets des guillemets pour les personnes qui ne voient pas nos visages, pour quelqu'un qui n'a pas encore fini un roman ou qui écrit son premier roman, etc. Mais en fait, je suis hyper débutante par rapport à quelqu'un qui a depuis 40 ans ou qui a publié 20 livres et tout. Et ouais, en fait, la publication, c'est grave en exercice d'humilité. Tu sais, tu pourrais te dire que c'est la consacration et tout, mais pas du tout. Genre, vraiment, tu publies ton roman, et en fait, tu mets un pied dans la cour des gens publiés qui sont tous là depuis des années et qui, enfin, voilà, il y a des gens juste, tu lis, tu admires, quoi. Voilà, quoi.
Ybelion — Et c'est un peu ça aussi le cycle de quelqu'un qui crée, qu'il soit un écrivain, un peintre ou quoi que ce soit, c'est que tu alternes les moments où tu te trouves naïvement génial, tu vois, où vraiment tu te dis putain, voilà ce que j'ai écrit, j'ai dead ça.
Ludmila Taillanter — C'est très bon pour l'ego, c'est important.
Ybelion — Exactement, et c'est très important d'être comme ça justement. Une des qualités les plus importantes pour quelqu'un qui entreprend quelque chose, que ce soit artistique, pas artistique, c'est la naïveté quelque part. Tu vois, la naïveté de dire, en fait, je vais réussir parce que je suis génial, tu vois. Et après, par contre, il ne faut pas tomber dans l'arrogance à la fin, mais juste avoir l'honnêteté intellectuelle de se dire, ok, maintenant que j'ai accompli tout ça, qu'est-ce que je peux faire de mieux, tu vois ? Qu'est-ce que j'ai envie d'accomplir et qu'est-ce que je peux améliorer ? Et quant à cette démarche-là, à cette boucle perpétuelle de dire, je suis naïvement génial, qu'est-ce que j'ai envie d'améliorer ? Je suis naïvement génial, qu'est-ce que j'ai envie d'améliorer ? Là, c'est tout droit vers vraiment un chemin artistique ou même un chemin de vie qui est trop cool, en fait. Ça te nourrit aussi ta confiance en toi. Bref, c'est après tout l'aspect transformatoire et d'impact partout dans la vie que peut avoir l'accomplissement de quelque chose qui te tient à cœur.
Ludmila Taillanter — C'est clair, oui. Et puis on en revient, comme tu dis, au fait que l'écriture est intimement ancrée dans la vie. Pour moi, c'est très connecté. C'est aussi pour ça que je t'ai parlé de je vais au travail, je marche, je pense à ça. C'est vraiment hyper, hyper... Enfin, c'est pas du... tout dissocié, du reste. Et du coup, oui, évidemment, j'ai l'impression que... Je reviens un petit peu à ce que je racontais sur La Lagune et que je l'ai écrit quand j'étais dans l'entrée dans la vie active et ouin ouin, c'était horrible. En fait, aujourd'hui, je suis hyper contente de ce que je fais dans mon travail et mon travail m'a énormément apportée en maturité, etc. Et en fait, c'est aussi ça, je pense, qui me permet de passer un step dans l'écriture parce que je prends du recul sur beaucoup plus de choses et je me vois, je me perçois dans une lumière différente aussi. Enfin, voilà, c'est une interaction constante, de toute façon, entre tout ce qu'on fait et puis pour faire aussi d'autres... Enfin, d'autres médias artistiques. c'est quelque chose qui se retrouve dans tout.
Le prochain roman et l'amour des mythologies
Ybelion — Et du coup, tu penses que le prochain livre que tu vas écrire, ça sera quel genre ?
Ludmila Taillanter — Ça sera Des Chasseurs d'Esprits. Cliché aussi, il pourrait y avoir un lion et une épée rouge. Non, mais j'ai trop envie d'écrire ça. Ça me fait trop qu'il fait vraiment... Là, j'ai envie de les écrire. Ça va être cool.
Ybelion — C'est trop cool ça. C'est intriguant aussi. C'est intriguant ça.
Ludmila Taillanter — Ouais, bah c'est... Tu vois, j'ai envie d'écrire une enquête. J'ai jamais écrit d'enquête. Et puis, avec des personnages... En fait, j'ai envie de... Là, pour le coup, j'ai envie d'aller dans une plume un peu style Percy Jackson ou Carrie-Anne. Enfin, un truc un peu genre où t'as des thèmes sérieux qui sous-tendent et une psychologie quand même bien, bien béton des personnages. Mais avec une plume genre complètement... Genre... complètement chaotique. Enfin bref, voilà. Et ça me... J'en salive d'avance. J'ai trop hâte.
Ybelion — Percy Jackson, j'adorais ça quand j'étais petit.
Ludmila Taillanter — Mais relis-les. Franchement, c'est trop bien. Genre, je les ai relis il y a quelques années. Et là, je prévois vraiment de me refaire une relecture. Et c'est trop drôle. Et puis, c'est vraiment hyper... Enfin, c'est hyper créatif. Franchement, c'est trop cool.
Ybelion — Je sais pas ce que tu lis
Ludmila Taillanter — comme genre par ailleurs.
Ybelion — Franchement, je lis un peu tout. Alors, j'ai beaucoup plus d'attache à la fantasy. Et d'ailleurs, c'est marrant parce que t'as dit ça un peu tout à l'heure aussi. C'est que moi, j'étais assez persuadé que j'écris la fantasy tous les jours parce que c'était un truc qui permet de t'évader. Et en fait, moi, le premier bouquin que j'ai écrit, quand j'ai écrit le deuxième, j'ai eu des prises de conscience en disant, en fait, t'écris ta vie, pas de la fantasy, tu vois. Et du coup, c'est ça qui est, je trouve, hyper intéressant au final dans la fantasy, c'est que c'est une manière détournée d'aborder des vrais sujets parfois différents, enfin, ou très importants et de la vie réelle. Et la question sur Percy Jackson, ce que j'adorais, c'était le côté ancré dans la vie qu'on connaît de la mythologie. Et je trouvais ça génial, le fait que, tu vois, en haut de l'Empire State Building, t'as tous les dieux, etc. Ouais, voilà, mon limp. Et mon seul regret est que, quelque part, tout ce qu'ils ont pu faire de cinématographie qui n'est pas forcément la hauteur de quoi que les films. Moi, j'ai un petit péché mignon, quand même. Je les aime bien. Oui, la série,
Ludmila Taillanter — j'ai trouvé complètement naze. Mais je suis d'accord. Moi, je suis rentrée dans Percy Jackson avec les films, donc finalement, je leur dois des fiers lauriers. Mais ouais, les livres, c'est un délice.
Ybelion — C'est trop bien, franchement, quelle invention. Et ouais, fascination pour la mythologie, clairement. Tu vois, moi, une série que j'avais beaucoup aimée aussi un peu dans cette vaille-là, c'est Grimm. Parce que, je ne sais pas si tu connais, mais c'est une série d'enquêtes policières, tu vois, c'est vraiment des enquêtes. sauf que c'est très lié aux contes de Grimm. Ah, Grimm avec deux M,
Ludmila Taillanter — du coup.
Ybelion — Ouais, avec deux M. T'as des personnages qui s'appellent les Grimm qui, en fait, voient des choses que les gens ne voient pas. En fait, ce qu'ils voient, c'est par exemple des gens qui se transforment en loups-garous et donc, t'explores par épisode des phases de contes, tu vois. Et donc, c'est comme ça. C'est, entre guillemets, quelque chose de mythologique intégré dans la vie réelle avec des enquêtes policières et ça a fait, putain, mais qu'elle kiffe cette série.
Ludmila Taillanter — Oui,
Ybelion — mais de toute façon,
Ludmila Taillanter — les réécritures de contes de mythologie et tout, j'ai vu. C'est très friand. Et je pense que beaucoup de gens sont friands parce que justement, ça permet de connecter les trucs avec lesquels on a grandi, etc. Et surtout, les trucs qui nous ont fait rêver où on s'est dit, ah, j'aimerais trop que ça existe vraiment. Et en fait, là, on ouvre un peu une porte en mode, mais si ça existe, juste, tu ne le vois pas.
Ybelion — Ouais, c'est clair, c'est clair. Ah putain, j'aime trop. Tu vois, ça me fait penser, je me demande s'il y a un peu la même chose, tu vois, typiquement, pour toutes les mythologies, pas forcément qu'on connaît nous, grec et romaine, mais tu vois, égyptienne ou même plutôt du côté de l'Orient, etc. Je ne sais pas. Je vais creuser ça, je vais aller découvrir.
Ludmila Taillanter — Mais oui, ça existe certainement. Sinon, il y a un truc à écrire. En tout cas, c'est ça, voilà, tu as une fenêtre, ça, vas-y. C'est ça,
La lagune n'existe pas : un refuge, une utopie
Ybelion — exactement. Toujours plein de bonnes idées. Tu as trop cool. Et si, pour reboucler quand même sur ton livre à toi et La Lagune, qu'est-ce que tu pourrais me raconter d'insolite sur La Lagune que tu ne dis pas forcément ou un truc un peu marrant, tu vois ? Sur le livre ou sur son processus ou n'importe quoi ?
Ludmila Taillanter — Alors, insolite, je ne sais pas, mais en tout cas, c'est une question qu'on me pose et je suis trop contente qu'on la pose. est-ce que le lieu où ça se passe existe vraiment et le lieu n'existe pas ? Voilà. Le lieu n'existe pas, voilà, et c'est fait exprès parce que, justement, il y avait vraiment, j'avais vraiment une volonté de créer une parenthèse hors du temps, hors de la vie, hors de machin. Et, bon, l'idée a un peu évolué avec le temps, mais, mais du coup, il y avait un truc un peu symbolique pour moi de l'utopie. Et du coup, parce que c'est un camping où il n'y a pas de surtourisme, il n'y a pas de pollution, il n'y a pas d'algues vertes, enfin, voilà. Ok, si on revient, l'utopie. Voilà, donc, et du coup, le lieu est volontairement fictif même s'il est inspiré de paysages de la côte atlantique, etc. J'adore. on ne pourra pas faire de pèlerinage vers la lagune, malheureusement, mais, c'était un, c'était un, enfin, pour moi, ça a été vraiment pendant des années un refuge, en fait, fictif. Tu vois, le truc, quand tu as besoin de t'endormir ou que, juste, dans une petite pause dans ta journée, tu sais, je m'imaginais dans la lagune, quoi. Et c'était mon petit, mon petit lieu fermé, enfin, à moi, tu vois. Et ça, je me permets une petite, une petite périphrase là-dessus, parce que c'est important pour moi de le partager. C'est quelque chose qui, ce côté un peu, genre, moi, dans ma bulle de la lagune, qui a changé avec la publication. Et ça, c'est un truc que j'ai découvert en publiant mon roman. Encore une fois, je le savais en théorie, mais je l'ai découvert en pratique, quoi. C'est que l'écriture d'un roman et la publication d'un roman, c'est vraiment deux choses différentes. L'écriture, c'est le processus artistique et la publication, c'est un processus commercial et marketing. Et en fait, il faut juste avoir conscience de ça. Je le dis parce que, voilà, j'imagine que tu as beaucoup de personnes avec qui tu travailles et qui t'écoutes qui sont, qui veulent être publié, quoi. Enfin, j'imagine que c'est pour ça qu'ils font appel à toi. Et en fait, c'est vraiment deux choses différentes. Je ne dis pas que la publication, c'est mauvais ou c'est mal, pas du tout. C'est juste, c'est une vente, en fait. On vend un roman et je pense qu'il ne faut pas sous-estimer le processus qu'on traverse fatalement quand on publie un roman de se détacher du roman et d'accepter que le roman devienne un objet commercial. Et je pense que moi, là, je suis un peu dans la phase où j'accepte et où je réapprends peut-être à chérir la version personnelle, artistique de mon roman tout en chérissant aussi le roman qui existe en tant qu'objet en fait pour les gens. Et voilà, je voulais juste partager ça parce que pour moi, c'est important.
Ybelion — C'est un très bon partage et je fais une petite correction, c'est que moi, justement, j'ai mis très bien la limite, c'est que je n'accompagne pas du tout sur la publication. Je m'adresse aussi à des gens qui parfois se lancent dans l'écriture en se disant en fait, j'ai besoin d'écrire ce livre pour moi, sans verser dans la thérapie de type psychologique parce que je suis coach, pas thérapeute. Et du coup, j'ai décidé aussi parce que ce n'est pas mon domaine de ne pas parler de publication et justement d'aider les gens à se concentrer sur ce qui est important au moment ou quand ils commencent. Parce que derrière toutes ces questions aussi de « Ah, mais en fait, je ne vais jamais être publié, etc. » il y a aussi, et je le dis un peu de manière provocante, volontairement, il y a un peu de « C'est facile » de se cacher derrière, « Non, mais je ne vais jamais être publié, du coup, je n'écris pas mon livre. » Et quelque part, allons regarder véritablement les démons qui t'empêchent d'aller écrire ton livre et on va voir qu'en fait, ce n'est pas le fait d'être publié. Oui, c'est vrai. Et donc, à la fin, bien évidemment, pour l'instant, ça ne m'est jamais arrivé d'avoir quelqu'un à la fin, quand il termine, qui se dise « Je n'ai pas envie d'être publié, tu vois. » Mais c'est, pour moi, exact comme tu as dit et c'est très, très bien que tu le dises, c'est un autre monde, en fait. Et quand tu mélanges les deux dès le début, à mon sens, ça fait des chocs à pic, mais pas que tu as envie de manger, tu vois. Et voilà. Voilà la... C'est pas cette expression. Moi non plus, mais d'habitude, quand je dis ça, je fais ça, ça fait des chocs à pic, sauf que là, je me suis dit « Non, mais en fait, ça ne fait pas des chocs à pic, justement. »
Ludmila Taillanter — Ça fait des chocs à pic qui ont trempé trop longtemps dans le lait.
Ybelion — Ouais, exactement. Mais ça, mais fictif, parce qu'il y a des gens qui aiment bien.
Ludmila Taillanter — Ah merde ! Bon, désolé à tous les gens qui aiment les chocs à pic tout mous. Qui aiment les chocs à pic tout mous.
Ybelion — qui se désagréent
La tresse et le Tetris : quand un roman est vraiment fini
Ludmila Taillanter — là, dès que tu les défais. Mais non, mais c'est vrai. Et en plus, personnellement, du coup, j'ai vraiment été dans ce mood-là en mode « Je veux être publié, je veux être publié, etc. » Et autant, c'est un moteur génial, c'est vraiment une motivation super, autant, je pense que c'est vraiment important de séparer les deux. Et j'admire beaucoup, j'ai des potes qui font vraiment bien la distinction d'entrée de jeu et je trouve ça génial. Ouais, c'est pas possible. En fait, la finalité du bouquin, c'est pas qu'il soit publié, la finalité du bouquin, c'est qu'il soit complet, enfin, complet dans le sens, pas uniquement fini, mais vraiment que toutes les... Enfin, le roman, moi, je le vois soit comme une tresse que tu tresses et après, t'as plein de cheveux qui dépassent et après, il faut les faire rentrer tous dans la tresse pour qu'après, elles soient belles. C'est ma première image et l'autre, c'est le Tetris, tout simplement, genre, t'as des trous qui matchent pas bien ensemble et après, il faut les réagencer. Voilà, c'est un peu les deux images que j'ai, donc pour moi, l'objectif, c'est que le Tetris soit parfait ou que la tresse soit toute lisse et après, la publication, c'est encore un autre processus, c'est vraiment genre amener le roman vers une autre forme mais qui n'est pas indispensable pour que le roman soit fini, quoi.
Ybelion — Très beau, très beau partage, je valide de 100% cette distinction importante dans le processus d'écriture. Est-ce qu'il y a une dernière chose que tu voudrais partager sur la lagune avant qu'on termine ?
Ludmila Taillanter — Partager, ben, non, je me sens extrêmement reconnaissante, enfin, c'est vraiment, en fait, c'est trop ouf, genre, en fait, oui, là, je vais répondre parce que j'ai la tête dans l'épisode de Chloé que j'ai écouté juste avant, du coup, de Chloé Cohen et où elle disait que c'était accomplir un rêve, etc. et c'est vrai que, ben, en fait, d'une manière générale de 2025, j'ai accompli beaucoup de rêves que j'entretenais depuis très longtemps et c'est un petit peu comme le fait que je puisse plus aller dans ma lagune, dans ma lagune, dans ma tête, en fait, j'ai fait verser dans le réel beaucoup de rêves que j'avais, y compris la lagune et c'est hyper, enfin, je sais pas, je reviens, ça me donne énormément de force et d'un côté, je me sens un peu les bras ballants et voilà, j'en suis un peu là et voilà, c'est un peu maladroit comme conclusion.
Ybelion — Non, au contraire, au contraire, tu vois, c'est tout le rapport au rêve qui, en fait, quand on l'a accompli, t'ouvre juste un champ des possibles encore plus grand, tu vois, et comme quand t'as été à un carrefour quand tu sors de tes études, en fait, quand t'as accompli tes rêves, tu te rends compte que tout est possible et quelque part, ouais, c'est vrai, voilà, donc t'as le champ libre pour explorer plein de trucs, tu vois, et maintenant, en plus, t'as des preuves que tu peux accomplir tout ça et ça, c'est ça, franchement, c'est magnifique, c'est tout le monde tous les jours. Voilà, exactement, mais exactement, tu vois, et quelque part, tu vois, pour boucler sur ta conclusion avec quelque chose que j'aurais pu moi-même dire, moi, mon livre, quand je l'ai tenu, j'ai su qu'en fait, qu'il soit vendu à 100, 200, 200 000 exemplaires, j'en avais, je m'en fichais total, tu vois, le fait est que maintenant, il est derrière dans mon décor ou sur mon côté et quand je le vois, je me dis, ah ouais, n'oublie pas que t'es capable d'accomplir les choses que t'as envie d'accomplir et donc, je trouve que c'est une très belle conclusion. Merci.
Ludmila Taillanter — Ouais, et bravo à toi aussi, c'est ça,
Ybelion — on s'envoie des fleurs à la fin, voilà.
Ludmila Taillanter — Exactement.
Ybelion — Merci beaucoup d'être venu parler de la langue.