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Pochette de l'épisode 58 du podcast Ose Écrire

ÉPISODE 58AVEC INVITÉ22 OCTOBRE 202554 MIN

Discussion avec Kenneth McAllow

Clarté · Identitéacceptation de soi
00:0053:46

FACE A — LES 23 CHAPITRES · CLIQUE POUR ÉCOUTER

Comment on écrit du neuf dans un genre que tout le monde connaît par cœur ?

CE QUE RACONTE CET ÉPISODE

Kenneth McAllow s'est posé la question avant d'écrire Jingle Breizh, sa comédie de Noël bretonne. Sa méthode a le mérite d'être simple. Il liste ce que la comédie romantique répète depuis toujours : une provinciale filiforme montée à Paris, un boulot dans la com ou l'événementiel, des doutes, un retour à la campagne. Puis il retourne chaque paramètre. Son héroïne habite déjà la campagne. Elle est serveuse. Elle n'est pas filiforme, elle est enrobée.

Ce qui rend l'exercice intéressant, c'est ce que l'inversion ouvre. En changeant le corps de son héroïne, il change le sujet du livre. Le roman parle d'acceptation de soi, et surtout du fait que cette acceptation dépend du regard des autres. Son petit ami lui répète qu'elle est trop grosse, que la danse irlandaise c'est de la légèreté et que ce n'est pas pour elle. Le concours de danse devient le moteur de son émancipation.

Il aurait pu faire une héroïne filiforme et pleine de doutes, il le dit lui-même. Ça a déjà été fait des tas de fois. Et écrire du point de vue d'une femme est chez lui la norme plutôt que l'exception, ses deux romans le font.

Dans cet épisode, on parle aussi de ses 200 mots à l'heure et de pourquoi les comparer ne veut rien dire, du twist qu'il n'avait pas prévu à la fin de son premier roman, et du restaurant indien perdu au fond de la Bretagne qui a fait naître le livre.

LE CAROUSEL DE L'ÉPISODE

CAROUSEL À VENIR

Les slides de cet épisode arrivent bientôt dans la bibliothèque visuelle.

Face B — le transcript

L'ÉPISODE MOT À MOT · LES TIMECODES LANCENT L'ÉCOUTE

Évidemment, tu te doutes bien que ce n'est pas moi qui ai tapé tout ce transcript à la main… Alors oui, il y a parfois des incohérences et des erreurs. Et sur les discussions, il arrive même que les voix se mélangent. Comme quoi, rien de mieux que d'écouter l'épisode plutôt que de le lire !

Intro : Jingle Breizh, une romcom bretonne

Ybelion — Yo yo yo, c'est Ybelion, vous êtes dans le 58e épisode d'Ose Écrire et aujourd'hui j'accueille Kenneth, auteur de Jingle Brace. C'est une romcom qui se passe en Bretagne et c'est notamment de ça qu'on parle aujourd'hui. C'était super cool, je vous laisse avec l'épisode et je vous dis à très vite. Moi c'est Sam, Ybelion de Mon Nom de Plume. Je suis écrivain, coach et j'accompagne celles et ceux qui veulent renouer avec leurs rêves d'écriture. T'écoutes un podcast dont l'intention est simple, te donner inspiration, outils, motivation, discipline, bref, tout ce qui peut te permettre d'oser écrire. En gros, c'est un peu dans le titre quoi, Ose écrire. On vise 11h, comme ça je garde un oeil sur le timing. Ok, ça roule, pas trop bien. Écoute, je suis trop content de ta QR, je te connaissais pas mais c'est Manon qui m'a parlé de toi. En plus, c'est comme je te disais, vraiment des termes élogieux. Elle disait que tu étais, parce que du coup tu as écrit de la romance. Et déjà ça, ça m'a beaucoup intrigué. Mais elle a dit que tu le faisais très bien et si j'ai bien compris, tu as écrit une romance aussi du point de vue d'une femme. Et elle disait que tu le faisais très bien. Voilà l'introduction que j'avais eue de toi. Merci à elle. Et cette romance, c'est du coup, c'est bien écrit du point de vue d'une femme, c'est ça ?

Deux romans écrits du point de vue d'une femme

Kenneth McAllow — En fait, j'en ai même écrit, enfin j'ai écrit deux livres du point de vue d'une femme. Ok. Un premier qui était sorti aux éditions Rival, dont j'ai repris les droits, donc il n'est plus disponible. On va dire que c'était une comédie, enfin une comédie romantique mais il y avait un peu plus, c'était un peu le bordel dans le sens où il y avait une petite enquête, pas mal de choses. Mais c'était déjà du point de vue d'une femme. Et là, le livre dont parle Manon, c'est Jingle Brest qui est aux éditions Pélagie. Donc qui est plutôt une comédie de Noël et qui est également écrit du point de vue d'une femme. Ok. Et ça change quelque chose pour toi ou finalement rien du tout ? Ça change, non, ça change pas grand chose, surtout qu'en vrai, j'ai principalement toujours écrit du point de vue d'une femme. Finalement, ce qui changerait pour moi serait d'écrire du point de vue d'un homme.

Ybelion — C'est beau, dis comme ça. Je te pose la question avec beaucoup de curiosité parce que la romance m'intéresse beaucoup en ce moment. Et je me rappelle avoir eu une discussion avec ma soeur qui est une très grande consommatrice de romances. Et qui me disait, il faut que tu fasses attention quand même parce que c'est un genre qui est quand même très lu par des femmes. Et il faut faire attention à pas... J'ai plus ces termes exacts, j'ai même pas dénaturer ce qu'elle disait, mais elle me disait de faire attention à ça. Et du coup, je trouve ça cool. Je trouve ça cool de voir qu'en fait, on peut le faire finalement.

« J'ai pris tous les clichés et je les ai retournés »

Romance ou comédie romantique : la nuance

Kenneth McAllow — Oui, on peut le faire. Après, c'est vrai que la petite nuance que j'apporterais, c'est que ce que j'ai écrit n'était pas tout à fait dans le genre romance, new romance. C'est pour ça que j'utilise volontairement le terme comédie romantique. Parce que la romance est quand même un genre relativement codifié. J'en sors un petit peu, je suis vraiment plus du côté comédie romantique. Est-ce que je saurais écrire une romance pure telle que celle que ta soeur lit ? Je ne sais pas parce que c'est encore autre chose. Je pense qu'on va peut-être plus loin dans les sentiments et les ressentis que dans une comédie où il y a des sentiments, des ressentis. Mais le but, c'est aussi d'amuser, de divertir et ne pas faire vibrer de la même manière. Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire, mais je pense que quand tu lis mon livre, si tu pleures, c'est que tu es vraiment très sensible. Ou alors, tu pleures de rire. Mais tu vois, ce n'est pas tout à fait la même palette d'émotions que j'essaie de transmettre. Donc peut-être que c'est plus facile. Après, je ne sais pas. Je ne me suis jamais posé la question.

Ybelion — C'est vrai que je n'avais jamais pensé. Effectivement, la palette d'émotions est importante. Ça rejoint l'intention que tu peux avoir avec ton roman. Et ça, c'est quelque chose auquel tu prêtes attention. Toi, quand tu te mets dans le processus d'écriture, tu as plutôt une histoire en tête ou tu as plutôt des émotions ? Tu vises certains types d'émotions pour ton lecteur ?

Le livre qu'on lit après le boulot

Kenneth McAllow — Non, je ne dirais pas ça. Je dois être plus... J'ai une histoire en tête, des situations en tête, des scènes en tête que je vais essayer de lier. Ou souvent, même plutôt des personnages que j'ai en tête. Donc après, indirectement, comme j'ai des personnages en tête, j'ai la palette d'émotions qui va aller avec ce personnage. Maintenant, ce que j'essaie plutôt de viser, moi, c'est vraiment le divertissement du lecteur. Ok. C'est vrai que je ne me suis jamais tellement focalisé sur le fait de me dire, tiens, je vais écrire une histoire qui va faire pleurer le lecteur. Il faut que je mette telle ou telle émotion. C'est plus... J'ai envie d'écrire un livre que les gens vont pouvoir lire après le boulot, sans que ça leur prenne trop la tête, en même temps que ce soit assez prenant. Et ouais. Comme je travaille à côté, moi, quelque part, j'écris un peu le genre de livre que j'aimerais lire après le boulot. Les essais philosophiques, c'est bien le dimanche quand tu as le temps. Mais quand tu veux te vider la tête après le boulot, je préfère des livres un peu plus dévertissants, plus simples d'accès, pas forcément plus simplistes. Tu peux quand même aborder des thématiques importantes, mais arriver à ce que ce soit dynamique et facile à lire. C'est vrai.

Ybelion — Et c'est vrai que ça me fait penser au... C'est vrai que quand je travaillais, moi, à l'époque aussi, quand je rentrais, j'ai toujours effectivement bien aimé lire des trucs un peu plus philosophiques, on va dire. Et je me rappelle qu'effectivement, le soir, c'était très, très compliqué de se pencher sur des trucs compliqués comme ça. Et donc, je lisais toujours deux livres à la fois, en fait. Un livre le matin quand tu avais le temps et que tu avais l'esprit un peu réveillé. Et le soir, un truc qui te détend un peu plus et qui te permet de poser un peu ton cerveau et de passer un bon moment. Oui, c'est exactement ça. Mais tu as raison. Les thématiques sont quand même hyper... Enfin, peuvent être très intéressantes. Et toi, dans ton livre aux éditions Pélagy, là, Jingle Brace, c'est ça ? Du coup, si je le prononce bien. Ouais.

Kenneth McAllow — Ouais, je ne sais pas s'il y a vraiment une prononciation juste, étant donné que c'est un jeu de mots. C'est vrai. Anglo-Breton.

Ybelion — En tout cas, très bien trouvé. C'est quoi les thématiques principales que tu voulais aborder avec ce livre ?

Une Bretagne crédible, pas un village vacances

Kenneth McAllow — Alors, les thématiques principales, il y a des thématiques autour de la Bretagne. Donc, c'est assez évident dans le titre. L'idée, c'était quand même d'arriver à dépeindre une Bretagne un peu crédible, mais un petit peu enjolivée quand même, parce qu'il faut que ça donne envie. Donc, on retrouve quand même un certain nombre de clichés, mais que ce soit quand même écrit par quelqu'un qui y vit, comme Manon peut écrire sur la Bretagne. Parce que c'est vrai que j'ai lu un certain nombre de livres, et je ne sais pas comment dire, l'image qui en ressort parfois de la Bretagne est un petit peu... C'est beau, quoi, cette village vacances. Là, je joue un peu sur le fait que ça se passe en hiver, pour parler que la ville est un petit peu désertée quand les souris ne sont pas là, et donc il y a le maire de cette ville qui est quand même un petit peu motivé pour essayer de faire vivre sa ville le reste de l'année. Donc, c'est juste une petite thématique un peu abordée comme ça. Mais le gros pavé en thématique, en fait, c'est l'héroïne qui, surtout à travers les yeux de son petit ami, a une très mauvaise perception de son corps. Il n'arrête pas de lui reprocher d'être trop grosse, clairement. Donc, c'est un petit peu sur la grossophobie, mais pas tellement, parce que, en fait, c'est un prétexte plutôt à parler du travail pour l'acceptation de son corps, et en particulier du fait que ce soit énormément dépendant du regard des autres. J'ai envie de dire, si tu vis dans une grotte sans jamais rencontrer personne, tu ne te poses pas toutes ces questions sur ton corps. Donc, c'est la grosse thématique, en fait. C'est vraiment le parcours d'une jeune femme, d'une trempenaire, qui se trouve trop grosse, et qui va évoluer à travers ses rencontres, et à travers un concours de danse, de danse irlandaise, où, justement, son petit ami lui dit, clairement, mais la danse irlandaise, c'est des petits sauts, c'est de la légèreté, c'est pas pour toi. Ça a l'air d'être un gars sympa. Ouais, ouais, ouais, ouais. C'est un gars sympa, ouais.

Le vrai sujet : le regard des autres sur son corps

Ybelion — Non, mais après, c'est ça qui est touchant aussi. C'est un vrai sujet, d'autant plus aujourd'hui, avec tous les réseaux sociaux, etc., où, parfois, les comparaisons ne viennent même pas du cercle proche. C'est encore pire quand ils viennent du cercle proche, évidemment. Et, ouais, c'est un vrai sujet important. Comment tu as... C'était un sujet qui, toi, t'as touché, ou comment tu l'as choisi, finalement, ou peut-être qu'il était juste... L'instinct parle à un moment.

Prendre le cliché de la romcom à l'envers

Kenneth McAllow — Il y a une part d'instinct. Il y a le sujet du rapport au corps, oui, me touche, me parle, parce que je trouve ça toujours triste de voir des gens qui s'auto... qui s'auto-dévaluent, qui ont du mal à avoir confiance. Et, en fait, finalement, ça touche tout le monde. Tu peux être bien gaulé, aller à la salle tous les jours et continuer à trouver que c'est pas assez. Donc, oui, c'est un sujet qui me parle, qui me touche. Et j'y ai pas mal réfléchi, en fait. Enfin, c'est bête à dire, mais quand tu prends des comédies romantiques, ou peut-être même des... les romances qui marchent le mieux, t'es assez souvent dans le cliché, en fait, l'héroïne est une provinciale qui est montée à Paris, qui a un boulot dans la com, dans l'événementiel, ou quelque chose comme ça. Et qui est souvent... une fille qui doute d'elle, mais qui, en fait, est filiforme, mais clairement dans les standards. Et souvent, le départ de l'histoire, c'est qu'elle en a marre son boulot, ou je sais pas trop quoi, et elle retourne dans sa campagne. Et là, en fait, l'idée de base, c'est que je suis parti à l'envers. La fille habite directement à la campagne. Elle est sur un job, je dirais, concret, elle est serveuse. Et du coup, par rapport à l'aspect filiforme, je l'ai faite plus enrobée. Mais je pense que j'aurais pu la faire filiforme aussi, et douter, mais comme ça a déjà été fait des tas de fois, je voulais prendre l'autre côté.

Ybelion — Oui, je comprends. Et puis, pour le coup, ça rejoint quand même beaucoup ce que tu disais au début. Ça ajoute une profondeur au texte. Au-delà du côté cool que t'as en lisant le roman, t'as de vrais sujets de société qui sont traités derrière. C'est aussi à ça que servent tous les gens un peu moins sérieux, entre guillemets, si vous utilisez ce mot. C'est trop cool, en vrai. Et le... Du coup, c'est une histoire qui... Je vais me spoiler, donc je ne vais pas poser la question, en fait. j'irai lire le livre. Je vais m'arrêter là. Du coup, je vais changer. C'est un livre que t'as écrit il y a longtemps ?

Écrit en 2023, sorti pour Noël 2024

Kenneth McAllow — Attends, c'est une bonne question. Je vais me remettre dans le... refaire le filet à l'envers. Il est sorti, donc, en novembre 2024. Et le contrat, je l'ai signé, je pense, avril-mai 2024. OK. Donc, j'ai dû le terminer en janvier 2024. OK. Dans ces eaux-là. Donc, je l'ai écrit globalement en 2023. OK. OK.

Ybelion — C'est quand même... C'est quand même plutôt rapide, rapide comme processus d'écriture.

Le rush : trois mois pour lancer une maison d'édition

Kenneth McAllow — Là, dans le cas des éditions Pélagy, oui, ça a été très rapide. C'est pas souvent le cas dans l'édition. Mais en fait, la maison Pélagy, c'est... Elle était pas encore tout à fait montée quand je leur envoyais le manuscrit. Donc, j'étais dans les premiers textes, ce qui a facilité, je pense, sa lecture et que ça traîne pas trois mois. Donc, j'étais dans les premiers textes et puis, l'éditrice a flaché dessus. Donc, elle a réagi très vite et puis, il lui fallait de toute manière un texte pour lancer sa maison. Et comme c'est une maison d'édition bretonne, je pense que la thématique Bretagne et le côté positif de l'histoire lui a parlé. Et l'autre chose, c'est comme c'est une comédie qui se passe à Noël, en termes de saisonnalité, il faut pas rater le coche. donc, on a été... On a condensé le travail édito en quelques mois pour aller au plus vite. Il y a eu beaucoup d'heures de boulot, mais condensé sur trois mois pour que tout soit prêt.

Ybelion — Un beau rush pour sortir de Noël. C'est vrai que du coup, ça serait con de sortir en plein mois d'août. Quoi que ça doit bien se lire aussi, en plein mois d'août.

Kenneth McAllow — Ça se lit très bien. Moi, je ne suis pas du genre à lire forcément en fonction des saisons, mais il y a quand même un gros public qui lit les comédies Noël à Noël. Oui, complètement.

Ybelion — C'est vrai que dès que Noël arrive, il y a toutes les... les comédies romantiques un peu classiques qui passent à la télé. Je me rappelle même, Noël dernier, on avait offert à ma sœur un espèce de... Enfin, pas un espèce, un livre qui concaténait un peu toutes les comédies romantiques un peu célèbres, que ce soit des bouquins ou des films. et c'était hyper marrant à feuilleter comme livre. Et tu as remarqué effectivement ce dont tu parlais, les tropes très classiques avec le travail qui se passe mal, le besoin de déconnexion. Et puis là, on se retrouve dans un cadre totalement différent. Et ça a vraiment quelque chose de réconfortant. Rien qu'en le disant comme ça, c'est vrai que tu te dis que c'est un genre qui est très réconfortant. Oui, parce que...

Kenneth McAllow — Enfin, quand je dis que je voulais faire différent, je ne critique pas forcément le fait que ces histoires parlent de quitter son job un petit peu alienisant sur Paris. Parce que si on le retrouve dans autant d'histoires, c'est qu'il y a vraiment une problématique là-dessus aussi. Et que ça réconforte quelque part les gens de se dire je m'échappe de toute cette fureur de la ville et je retourne à la campagne d'où je viens où on prend plus le temps de faire les choses. Et forcément, oui, c'est rassurant.

Ybelion — Mais au contraire, je trouve ça trop bien que tu aies mis aussi de... que tu aies transformé un peu le genre que tu te le sois approprié et que tu en aies fait une histoire unique. Je trouve que c'est aussi un beau message pour tous ceux qui veulent écrire de savoir que en fait, oui, il y a des règles, oui, il y a des trucs classiques, mais ça n'empêche pas de pouvoir sortir du cadre pour pouvoir répondre à ce que nous, on a envie d'écrire. Et je trouve ça cool de... de voir le genre d'une manière différente, entre guillemets. Donc, bravo pour ce livre, finalement. Merci. Et dans ton processus d'écriture, du coup, tu fonctionnes comment à ton côté ?

Jardinier, mais avec un plan

Kenneth McAllow — Comment je fonctionne ? C'est une bonne question que je ne me pose pas assez souvent. Je fonctionne beaucoup à l'instinct. Trop bien. Je suis, on va dire, plutôt jardinier dans l'ensemble. Plutôt jardinier, mais avec quand même un plan en tête de ce que je vais faire du jardin. Je ne jette pas les graines n'importe comment. J'ai une idée de là où je veux arriver, j'ai une idée de mes thématiques. et donc, je... C'est un peu réfléchi. Même si tu me demandes de raconter mon histoire avant de l'avoir écrite, je ne saurais pas le faire parce qu'il y a beaucoup

Ybelion — de zones d'ombre que je lève en écrivant. Si je peux essayer d'expliquer,

Théâtre d'impro : jouer les scènes dans sa tête

Kenneth McAllow — de résumer un petit peu mon processus d'écriture, quelque part, il y a une partie théâtre d'impro où je me plonge dans la tête des personnages et ils sont définis, ils ont leur petit caractère puis je me projette dans les personnages et je joue les scènes dans ma tête sans que le texte soit écrit. Et c'est ça que j'écris, c'est ça que... Alors, les scènes, je peux les refaire 15 fois dans ma tête jusqu'à ce que ça fonctionne. C'est retravaillé. Mais je déroule vraiment le film dans ma tête et quand la scène me paraît à peu près prête, là, je l'écris. donc en fait, j'ai un processus d'écriture avec un premier jet assez lent parce que je me repasse vraiment en boucle les scènes dans ma tête et en une heure, certaines fois, j'écris que 200 mots.

200 mots par heure, et alors ?

Ybelion — c'est hyper intéressant. Quand tu dis du coup que tu t'imagines là, les scènes, etc., tu le fais, tu te mets dans une ambiance particulière, tu fais quelque chose de particulier ou juste...

Kenneth McAllow — Non, non, je... J'ai une tendance naturelle de toute manière à rêvasser aux petits oiseaux donc je n'ai pas forcément besoin toujours d'une ambiance particulière. Après, c'est vrai qu'il vaut mieux que ce soit calme autour. Je ne fais pas ça dans la salle d'attente du médecin avec 15 personnes qui discutent autour mais... Non, je n'ai pas... Je sais qu'il y a vraiment des auteurs, des autrices qui ont des petits rituels. Je m'installe à mon bureau avec ma petite tasse de café. Moi, ça peut être sur mon canapé, ça peut être souvent le soir dans mon lit. Je n'ai pas forcément un rituel. Après, c'est vrai qu'une fois que je suis rentré dans mes personnages, je ne suis pas forcément toujours dérangeable. Parce que quand on me pose une question, je vais ressortir du personnage et il faut rentrer dedans. Oui, c'est ça. Donc, en fait, finalement,

Ybelion — tu entres dans le personnage et puis après, il vit sa vie en quelque sorte et c'est là

Kenneth McAllow — que c'est dessiné l'histoire. Oui.

Ybelion — Je trouve ça trop cool de t'entendre raconter ça parce que très souvent, on se rattache à des mesures très têtes, très chiffrées pour voir si on avance. Et tu as dit, par exemple, OK, parfois, ça m'arrive d'écrire une heure et d'écrire que 200 mots. sauf qu'en fait, si ton ressenti instinctif est que tu as avancé et que tu t'es imaginé et que la scène est dessinée et qu'après, tu vas pouvoir rentrer dans le personnage et dérouler tout ça, je trouve que c'est tout aussi bien. Et en fait, il y a beaucoup de gens qui fonctionnent avec des métriques plutôt comme ça, des métriques plutôt d'instinct où les images se dessinent ou alors des métriques très émotionnelles de dire, là, je suis vraiment heureux d'avoir passé cette session d'écriture.

Kenneth McAllow — Et en se rattachant à, enfin, du coup,

Ybelion — un travail que je fais beaucoup avec les auteurs, c'est ça, justement, de réussir, qui réussissent à trouver leurs mesures et qui est très souvent pas forcément un nombre de mots brut comme ça, en tout cas, pas pour tout le monde. Même si, évidemment, à la fin, on écrit un livre et que, bon, c'est quand même une suite de mots et donc, c'est quand même intéressant de se voir progresser et donc de noter la progression. Mais c'est important de se connecter à ce qui résonne en nous, à mon sens. C'est pour ça que c'est trop cool de tant qu'on repartage ça. Ben,

Kenneth McAllow — sur les métriques, en fait, enfin, sur le nombre de mots, le nombre de caractères, tout ça, c'est quand même plus ou moins un passage obligé parce que les éditeurs, c'est ce qu'ils vont regarder. Bien sûr. Et parce que, eux, ils veulent sortir un livre de 250 pages, ils ne veulent pas en sortir un de 700 pages ou l'inverse. Donc, évidemment, j'ai regardé. je trouve que, avec tout ce qui est réseaux sociaux, ben, forcément, c'est facile de mettre en avant les chiffres. Et du coup, ceux qui fonctionnent avec des chiffres, les mettent en avant parce qu'ils sont contents et je les comprends. Et puis, ceux qui vont être plus lents ou qui ne fonctionnent pas avec les chiffres vont être un petit peu influencés et parfois, ça va être déprimant pour eux. Totalement. Typiquement, moi, je ne peux vraiment pas regarder les chiffres des autres qui vont dire que j'ai fait une super erreur d'écriture,

Ybelion — j'ai écrit mille mots. Je n'écrirai jamais mille mots en une heure. Je le sais.

Kenneth McAllow — Il me faut six mois au minimum pour écrire un premier jet. Et puis, en fait, c'est une question de maturité peut-être aussi. On se rend compte qu'il y a plein de manières en effet de mesurer son texte. Et voilà,

L'amie qui écrit un premier jet en deux semaines

Ybelion — j'ai une pote, elle, ses premiers jets, elle les écrit en deux semaines. C'est fou. J'ai fait, waouh, un premier jet en deux semaines. Moi,

Kenneth McAllow — la première fois qu'elle m'a dit ça, ça m'a paru complètement dingue et irréalisable. Et après, en fait, on a comparé quelque part nos premiers jets et ça n'a rien à voir. C'est-à-dire que moi, je mets 8, 10 mois pour écrire mon premier jet mais je vais mettre peut-être un mois simplement à la partie qu'on va appeler réécriture qui pour moi finalement n'est pas tellement de la réécriture, c'est du retravail, c'est du peaufinage parce que je vais avoir un premier jet très propre parce que, bah oui, j'écris 200 mots en une heure mais c'est 200 mots choisis. Elle, elle a besoin de dérouler toute l'histoire. Donc, elle écrit à fond sans regarder le style, sans regarder les fautes et compagnie. C'est quelque part, c'est du synopsis ultra détaillé qu'elle écrit et par contre, elle va travailler derrière ce texte pendant 4 mois. donc, on peut parler de nombre de mots parce qu'à un moment il faut en parler mais la réalité c'est qu'il ne faut pas se comparer si finalement tu n'as pas du tout la même technique d'écriture, ça ne suffit pas.

Ybelion — je valide à 100% ton message. C'est extrêmement important d'aller s'interroger sur ce qui nous drive, ce qui nous connecte à l'amour de l'écriture et ce qui nous fait avancer finalement puisque quand tu regardes sur les réseaux sociaux comme tu disais en fait ça revient à... souvent tu compares ton moteur

Ne pas comparer son moteur à la carrosserie des autres

Kenneth McAllow — à la carrosserie de quelqu'un d'autre en fait.

Ybelion — Ça n'a pas de sens et... Oui. Et c'est extrêmement déprimant en fait en plus parce qu'il y a très peu de gens qui te partagent en disant moi j'ai fait une semaine d'écriture j'ai écrit 500 mots parce que c'était horrible. Il y en a assez peu qui partagent des chiffres négatifs entre guillemets même si 500 mots sur une semaine c'est mieux que zéro. Bon. Clairement. Mais oui, c'est important de ne pas se comparer. De ne pas se comparer. Et toi ça t'est venu assez naturellement de trouver cette manière de fonctionner ou alors c'était à itérer ? Non, c'est venu

Kenneth McAllow — assez naturellement. Enfin, oui et non. Disons qu'il y avait une base qui est venue assez naturellement. Après par contre

Ybelion — je l'ai peaufiné et j'ai essayé

Kenneth McAllow — de l'adapter parce que c'est pareil quand tu traînes sur les réseaux sociaux tu vas quand même trouver plein de gens

Ybelion — qui te donnent des cours.

Truby, la culpabilité et les outils qui ne sont pas des règles

Kenneth McAllow — À un moment c'était la mode de l'anatomie du scénario de John Truby qui lui te dit de décomposer ton histoire en X phase et compagnie donc c'est ultra réfléchi c'est pas du tout jardinier c'est architecte et là c'est pareil il y a une forme de culpabilisation tu te dis ben mince moi je le fais à l'instinct finalement je le fais mal mes histoires sont peut-être mal construites il faut que j'essaie de faire comme ça et ça marche pas pour tout le monde tu pour certaines personnes comme moi c'est plus simple d'écrire un texte à l'instinct et puis finalement après de venir le critiquer en disant ça ça fonctionne pas là j'ai une incohérence et de le retravailler on n'est pas obligé d'avoir posé toute la trame scénaristique avant on a le droit aussi de revenir en arrière de remodifier de faire des changements

Ybelion — exactement et puis au delà de parce que c'est vrai que Truby a un découpage extrêmement chirurgical on se rappelle pas l'anatomie du scénario pour rien mais ce qui est intéressant je trouve c'est que très souvent même si c'est les auteurs instinctifs tu remarques en fait si tu récupères juste les intentions qu'a le découpage de Truby tu remarques que tu les retrouves en fait assez naturellement chez des auteurs instinctifs parce qu'en fait toutes les inspirations que tu peux avoir ce que tu as lu ce que tu as regardé même ce que tu vis au quotidien c'est des histoires c'est une manière dans ta tête après hop ton cerveau en fait des histoires et quelque part la plupart des gens savent raconter une histoire et effectivement quand tu es instinctif et qu'on te dit de respecter un cadre ce qui est complètement à l'opposé de l'instinct c'est carrément destructeur en fait et puis c'est là que tu te mets à écrire des trucs qui ne te ressemblent pas trop et moins ça te ressemble et plus c'est dur en plus parce que ça t'éloigne de ce que tu aimes faire et là c'est vrai qu'on le dit toujours mais je le dis toujours pardon je peux faire de généralité mais écrire un livre c'est quand même un processus qui est long dans l'ensemble bon il faut bien 6, 7, 8 mois pour faire quand même un peu tout quoi et et c'est long et donc c'est bien d'aimer ce que tu fais parce que sinon c'est douloureux en plus d'être long et

Kenneth McAllow — c'est oui l'écriture est longue le retravail est long les dossiers de soumission c'est long passer dans l'édition c'est long aussi tout est long donc il faut aimer et il faut enfin moi clairement j'ai pas aujourd'hui forcément l'envie d'en faire mon métier à 100% donc il faut que ça reste un plaisir il faut pas que ce soit une torture je vais pas dire il y a toujours des passages qui sont de la torture monter son dossier de soumission écrire son synopsis pour moi c'est de la torture attendre le retour des éditeurs c'est de la torture mais mais il faut essayer de la limiter donc je dis pas qu'il faut jeter Troubi à la poubelle je dis juste qu'il y a plusieurs manières de l'utiliser ou en effet tu découpes tout ton texte avant de l'écrire ou alors tu l'écris tu suis ton instinct et puis après tu réanalyse ton texte avec le prisme de Troubi ou un autre

Ybelion — il faut pas oublier à mon sens que tout ce qu'on peut raconter sur les techniques d'écriture ou de construction d'histoire ça reste des outils et pas des règles absolues à respecter et parce que si tout le monde respectait les mêmes règles il y aurait aucune créativité finalement et c'est ça aussi la créativité c'est avoir connaissance des règles et d'en faire après de choisir de déroger à certaines ou d'en contourner d'autres ou d'en modifier certaines et c'est ça qui fait après l'évolution créative finalement quand tu regardes depuis depuis le départ qu'on raconte des histoires et le et j'ai oublié ma question désolé quand tu quand toi tu tu construis ton histoire donc tu m'as dit que tu étais plutôt instinctif donc en fait c'est c'est comme si t'avais j'essaie de me le représenter mais c'est comme si t'avais ton point A ton point Z et au milieu c'est j'ai quelques points au milieu

Kenneth McAllow — et t'as comment dire forcément des des séquences clés des séquences charnières et puis en fait t'essaies de relier les points du mieux que tu peux et puis quand t'écris certaines fois tu te rends compte que tu vas être obligé de changer tel point charnière parce que parce que t'arriveras jamais à l'atteindre c'était un chemin trop détourné pour aller vers le vers le point final mais ouais

Le twist qu'il n'avait pas prévu : elle plante le mec

Ybelion — ça t'est arrivé sur sur Jingle Breath de d'avoir un vrai changement de d'histoire

Kenneth McAllow — je pense pas sur Jingle Breath je je

Ybelion — je refais le film

Kenneth McAllow — non je pense pas avoir de vrais changements si j'ai été assez clair assez assez simple il n'y a pas de gros de gros twist fou furieux qu'il faut savoir amener je dis pas qu'il n'y a pas de suspense mais donc non celui-ci t'es plutôt simple à écrire celui d'avant oui il y avait eu un gros changement sur la fin il y a un gros changement sur la fin parce que est-ce qu'au final ça matchait pas enfin je je peux je peux en partie spoiler

Ybelion — puisque de toute façon il n'est plus il n'est plus disponible mais

Kenneth McAllow — enfin c'était une histoire dit comme ça assez classique avec avec l'héroïne et puis il y a le gars de qui il va tomber amoureux et puis il y a des péripéties

Ybelion — ils se mettent ensemble ils rompent

Kenneth McAllow — ils se mettent ensemble et et la fin ils devaient finir ensemble sauf que en déroulant l'histoire je me suis rendu compte que cette héroïne était totalement indépendante et ingérable et qu'il n'y avait aucune aucune raison qu'elle finisse avec ce mec qui était gentil posé parce que voilà elle c'est un ouragan donc la fin c'est elle plante le mec

Ybelion — ok mais du coup

Kenneth McAllow — c'est une fin qui est un petit peu surprenante et qui est un petit peu intéressante aussi parce que ça a un peu transformé le livre en arrivant sur la fin c'est se dire que d'une comédie romantique je suis passé à l'idée d'une femme qui qui ne sait pas être célibataire qui a toujours besoin d'aller chercher un mec mais qui ne s'en rend pas compte elle passe elle passe son temps à dire qu'elle est indépendante mais en fait elle est ultra dépendante de ses relations amoureuses et et justement le twist final c'est c'est qu'elle se rend compte de ça et qu'elle plaque tout et qu'elle se barre ouais ok et donc en fait

Ybelion — elle prend conscience de voilà de cette dépendance c'est c'est hyper sympa tu m'as aussi c'est intriguant comme comme histoire et ça d'ailleurs c'est est-ce que est-ce que c'était une intention que tu avais initialement tu vois avant que tu commences de dire ok je vais parler un peu de cette dépendance qu'on peut avoir dans les relations

Kenneth McAllow — bah non justement quoi c'était j'étais parti sur une comédie romantique rock'n'roll et en fait en créant ce personnage féminin rock'n'roll même carrément punk quoi finalement dans dans ses relations aux gens c'est c'est là qu'il y a eu quelque part le petit truc en plus c'est quand je suis arrivé à dérouler mon histoire et qu'à la fin je me suis dit non ça marche pas il faut que je reprenne l'histoire et que je transforme ça en en bah finalement un peu comme jingle break quelque part une histoire d'émancipation différente puisqu'on n'était pas sur le regard de son corps mais sur une émancipation quand même vis-à-vis des relations amoureuses

Ybelion — c'est trop cool effectivement quand tu dis le côté rock'n'roll ça ça ça résonne bien avec la fin la nouvelle fin entre guillemets et comme quoi on peut avoir une intention initiale et et une fin qui peut changer sans changer forcément l'intention qu'on avait initialement en racontant l'histoire c'est c'est intéressant comme comme comme travail du genre de de récupérer la rancôme et d'en faire un truc un petit peu différent à chaque fois c'est trop cool et ça fait c'est des idées que t'avais que t'as eu depuis longtemps par exemple je sais pas c'était une passion d'enfant ou alors finalement c'est ça t'est venu un moment ouais globalement ma question c'est ton rapport à l'écriture commence quand

La boîte à histoire de l'institutrice

Kenneth McAllow — mon rapport à l'écriture il commence il y a fort longtemps je pense à l'école primaire on avait une une institutrice qui qui qui avait mis en place une boîte à histoire et t'étais t'étais libre d'écrire des petites histoires de mettre dedans et puis

Ybelion — elle les lisait elle les corrigé et elle mettait ses commentaires

Kenneth McAllow — parfois d'ailleurs elle aurait fait

Ybelion — une très bonne éditrice parce que

Kenneth McAllow — ses commentaires ils disent quand t'as 8-9 ans t'es pas toujours prêt à les encaisser mais et je sais pas parce que c'est trop vieux

Ybelion — je vais pas te dire que ma mémoire est parfaite je suppose que j'étais peut-être un peu faillot à l'école et que je voulais

Kenneth McAllow — mettre un max d'histoires dans la boîte pour faire bien je sais pas comment c'est parti mais en tout cas j'ai mis des histoires et j'ai aimé j'ai aimé inventer ces histoires quoi quelque part c'était un peu la même chose

Ybelion — que quand tu joues avec tes figurines

Kenneth McAllow — t'inventes des histoires sauf que là

Ybelion — je les mettais par écrit

Kenneth McAllow — ensuite j'ai plus essayé de faire des BD

Ybelion — mais je me suis rendu compte qu'il y avait trop de travail

Kenneth McAllow — pour apprendre à dessiner j'en ai écrit ouais

Ybelion — quelques-unes collège lycée

Kenneth McAllow — mais c'est vrai que c'est la période

Ybelion — aussi où tu découvres les jeux vidéo

Kenneth McAllow — tu découvres enfin

Ybelion — tu deviens un ado classique qui a juste envie

Kenneth McAllow — de rien branler avec ses potes dans un canap' donc là bon ça a un petit peu un petit peu ralenti puis après avec les études c'est vrai t'es concentré sur ton truc t'es concentré sur se lancer dans la vie active et

Ybelion — et aussi pour

Kenneth McAllow — côté enfin

Ybelion — aussi concentré sur la musique de mon côté mais

Kenneth McAllow — il a fallu attendre que ouais je sois un peu

Ybelion — plus posé dans

Kenneth McAllow — dans ma vie professionnelle pour pour revenir un petit peu un petit peu

Ybelion — à l'écriture ça a été quoi le déclic même ce rattache qui te fait revenir à l'écriture

Le frein, pas le déclic : « vas-y, essaye »

Kenneth McAllow — je sais pas si ! c'est tellement un déclic je pense que

Ybelion — ce qui m'empêchait de revenir

Kenneth McAllow — c'est de me dire parce que en fait quand t'es petit même quand t'es ado lycéen t'es jeune et t'es t'as cette impression que que le monde est grand ouvert et que tu seras capable de tout faire et plus t'avances

Ybelion — plus tu vieillis plus t'es plein de doutes plus tu vois justement les autres qui sont

Kenneth McAllow — que tu juges meilleur que toi et tout et je pense c'est pas tellement un déclic pour revenir à l'écriture c'est plutôt j'avais un frein à ne pas y revenir en me disant de toute façon ça sert à rien je serai jamais assez bon

Ybelion — pour être publié quand je vois tous les livres qui sont dans les librairies pardon je me dis c'est impossible d'égaler déjà

Kenneth McAllow — toutes ces personnes et ce frein il est tombé avec ma femme qui m'a dit vas-y essaye on s'en fout moi je dirai ce que t'écriras et puis si c'est mauvais je te le dirai et et si ça me fait rire bah t'essaieras quoi et puis quand t'auras réussi à écrire un roman bah t'essaies de l'envoyer aux éditeurs on verra ce que ça donne donc spoiler les premiers

Ybelion — les premiers que j'ai écrits

Kenneth McAllow — n'ont pas trouvé parce que

Ybelion — c'est pas qu'une question de talent

Kenneth McAllow — c'est aussi une question de travail et

Ybelion — et de maturité mais ouais je pense que le déclic c'est surtout

Kenneth McAllow — d'avoir quelqu'un qui m'a dit qu'est-ce que t'as à perdre vas-y

Ybelion — c'est c'est hyper touchant comme partage ça c'est on voit on voit l'écriture souvent comme un truc extrêmement solitaire que tu dois faire dans dans une grotte ou dans une tour d'ivoire en étant ermite et quelque part être bien entouré c'est quand même hyper important pour pour enfin pour vivre le processus le processus d'écriture finalement et il y a autre chose aussi qui m'a touché dans ce que t'as raconté c'est que entre guillemets tu t'es posé la question de de l'édition à la fin quand ton texte était écrit et pas pas au début quand il n'existait pas parce que je pense que parfois certains se posent des questions dans le mauvais ordre tu vois la question de savoir comment tu vas être édité et par qui elle est quand même intéressante quand t'as un manuscrit à proposer et à envoyer et et donc se poser les questions dans l'ordre à mon sens c'est quand même important surtout quand c'est un rêve d'écrire un livre qu'on le fait beaucoup plus pour nous que pour que pour un public cible qui serait pas qui serait pas forcément nous c'est important de faire de faire ces choses là dans l'ordre mais peut-être que d'ailleurs c'est vrai que j'ai supposé mais peut-être que toi t'avais déjà en tête que tu voulais que tu visais l'édition etc

Écrire d'abord, publier ensuite

Kenneth McAllow — non non parce que le le premier le premier pas c'était déjà quelque part d'écrire un texte pour ma femme et pour quelques amis pour savoir si j'en étais capable si t'es pas tellement l'édition après et je vais un petit peu nuancer je suis entièrement d'accord avec toi il faut écrire parce que t'as envie d'écrire il faut il faut pas enfin à mon sens il faut pas que l'envie d'écrire si je la fasse à l'envers en disant

Ybelion — j'ai envie d'être publié donc j'ai envie d'écrire ! exactement

Kenneth McAllow — pour moi il faut que ce soit j'ai envie d'écrire et après

Ybelion — j'ai envie d'être lu et donc j'ai envie d'être publié

Kenneth McAllow — c'est pas je veux devenir une star donc il faut que je sois publié enfin qu'est-ce que je peux faire pour devenir une star alors je sais pas chanter donc je vais pas faire de musique je sais pas enfin tu vois il faut pas que ça fonctionne dans ce sens là maintenant avec le recul et l'expérience il faut essayer d'écrire ce que tu as envie d'écrire mais il faut quand même malgré tout se poser la question

Ybelion — si tu veux être publié et quel

Kenneth McAllow — quel texte les éditeurs ont aussi envie de publier parce que voilà si tu as envie d'écrire une fresque romanesque sur 3000 pages clairement tu vas en chier pour être publié donc il faut malgré tout enfin comme je dis

Ybelion — si tu as envie d'être publié

Kenneth McAllow — par un éditeur il faut quand même que ton texte tu te poses quelques questions dessus pour savoir quelles sont les concessions que tu vas faire entre ton idée d'origine

Ybelion — et ce qui peut séduire un public exactement c'est très vrai donc et c'est vraiment la question de de de pour ces gens là parce qu'en fait l'objectif c'est d'abord que le livre existe et pas que il soit publié par x ou y

Auto-édition : les 70 lecteurs qui comptent

Kenneth McAllow — tu peux très bien avoir envie

Ybelion — d'écrire un livre et

Kenneth McAllow — et de ne pas avoir envie spécialement qu'il soit publié chez achète et et là dessus l'autoédition est parfaite et tu peux aussi trouver ton public parce que tu vas tu vas aller chercher des thématiques que les éditeurs n'iront jamais chercher parce que c'est c'est de la niche mais mais néanmoins le public existe donc peut-être que que tu t'épasseras pas les 70 ventes mais néanmoins les 70 lecteurs auront été très contents de trouver je sais pas enfin

Ybelion — l'artiste une histoire

Kenneth McAllow — sur une thématique complètement voilà c'est et puis des fois ça peut aussi créer un public est-ce que est-ce que la dark romance si personne s'était lancé est-ce que

Ybelion — est-ce qu'il y avait des attentes

Kenneth McAllow — des lecteurs et des lectrices je sais pas c'est bien parce que quelqu'un quelqu'un a lancé le genre

Ybelion — qu'il y a des gens qui ont aimé

Kenneth McAllow — que derrière il y a il y a eu cet engouement

Pourquoi il a besoin d'un éditeur

Ybelion — tout à fait tout à fait tu as pensé toi à l'auto-édition

Kenneth McAllow — j'y ai pensé mais c'est clairement pas pour moi dans le sens où bah tu l'as dit enfin je suis pas solitaire dans l'écriture et c'est vrai que j'ai besoin déjà que le texte soit confronté à un éditeur qui en quelque sorte va être le juge du bon goût de ce qui est publiable en auto-édition moi je suis un petit peu bloqué déjà par le fait que finalement c'est toi qui garde le dernier mot à la fin donc tu es un petit peu juge et parti quoi enfin tu es tu es tu es l'artisan et en même temps le propriétaire des lieux à la fin donc il y a ce point là et puis après il y a tout l'aspect toute la démarche commerciale qui ne m'attire pas du tout

Ybelion — marketing etc communication effectivement

Kenneth McAllow — ouais c'est pas je suis pas très bon pour les réseaux sociaux et j'ai pas forcément envie de d'y passer du temps ça rejoint en plus un peu ce que je disais sur l'aspect

Ybelion — vie professionnelle et tout

Kenneth McAllow — moi j'ai pas forcément beaucoup de temps pour écrire donc le temps pour écrire j'ai envie de le consacrer à l'écriture et pas au marketing ou à faire faire des devis pour des des couves ouais

Ybelion — c'est bien tu vois t'agis de manière alignée avec ce que t'as envie de faire et le temps que t'as de disponible donc c'est c'est ce que je peux conseiller à tout le monde de trouver cet équilibre là justement et c'est ça c'est plus intéressant que de copier une méthode que tu verrais chez tel ou tel auteur et qui te correspond peut-être tout simplement pas parce que lui il écrit à 6h du matin et que toi à 9h t'es encore décalqué quoi ah oui

Kenneth McAllow — alors toi clairement chacun doit trouver son rythme et son bon moment

Ybelion — exactement et sur la fin pour revenir un peu plus sur ton livre sur Jingle Breath est-ce que qu'est-ce que tu pourrais me raconter d'un peu insolite sur ce livre que ça soit dans le livre ou dans son processus créatif que tu racontes que tu dis pas forcément au premier abord

Le restaurant indien perdu en pleine campagne

Kenneth McAllow — en aspect insolite sur l'idée originelle du livre j'ai pas eu tout de suite cette idée de cette héroïne et de son émancipation j'avais envie d'écrire un livre sur la Bretagne et je cherchais un petit peu un angle d'approche et l'idée est venue je me souviens plus on devait être un peu au sud de Painpol ou quelque chose comme ça on était sur les petites routes bretonnes où tu peux pas te croiser et on traverse un village tout en pierre

Ybelion — tout petit enfin c'est même plutôt

Kenneth McAllow — presque un mot qu'un village et dans ce village sur la place centrale tu avais un seul restaurant et le cliché que tu retrouverais justement dans beaucoup d'autres livres qui te parlent de la Bretagne c'est que ce serait une crêperie et là c'était un restaurant indien

Ybelion — oui effectivement paumé

Kenneth McAllow — paumé en pleine campagne dans un hameau minuscule et avec des routes merdiques pour y aller et là je me suis dit c'est génial en fait parce que la vraie Bretagne c'est aussi que les Bretons ils savent faire des galettes et quand ils vont au resto ils ont pas envie encore forcément d'aller bouffer des galettes et du coup ça m'a donné l'idée et le point de départ c'est pour ça que l'héroïne est serveuse c'est que j'ai créé le village où se passe l'action et l'héroïne en fait travaille dans un restaurant mexicain c'est alors après ça amène des situations cocasses mais ça a pas une réelle importance pour l'histoire mais c'est parti d'un restaurant indien dans un dans un village que je saurais même pas retrouver

Ybelion — j'adore j'adore ces petites ces petites anecdotes c'est là qu'on voit vraiment que la vie qu'on a au quotidien fait toute l'unicité de ce qu'on met après dans nos livres et je trouve ça génial comme partage c'est marrant c'est vraiment marrant tu vois c'est vrai tu te dis pas et puis pourtant en fait c'est incroyable incroyable et c'est le livre il est dispo partout à peu près partout en tout cas sur la FNAC au moins je l'ai vu tout à l'heure ouais il est dispo partout

Kenneth McAllow — les éditions Pélagie c'est pas une grosse

Ybelion — maison d'édition mais ils sont diffusés et distribués

Kenneth McAllow — donc il y a eu un tirage initial il doit être encore

Ybelion — dans quelques librairies il l'était vachement plus

Kenneth McAllow — l'année dernière puisque c'était son année de sortie mais oui il est commandable partout aucun souci

Ybelion — trop cool trop cool moi je retiens l'anecdote l'anecdote du petit village c'est vraiment le genre de truc qui me donne envie d'aller creuser d'aller creuser et découvrir tout ça merci beaucoup merci…?

Épisode 58 avec Kenneth McAllow

AU MICRO AVEC

Kenneth McAllow

Remets un disque

UN AU HASARD, ET LES DEUX D'À CÔTÉ

Ose Écrire, épisode 119

ÉPISODE AU HASARD · N°119

Écrire le week-end, enseigner la semaine - Discussion avec Fany Simon

Épisode 119 avec Fany ! Et si le bon moment pour écrire n'arrivait jamais, et qu'il fallait l'arracher au week-end entre deux copies de classe ? On parle d'écriture, de Saint-Malo et de reconstruction avec Fany Simon, autrice de Tout ce que j'aimerais te dire paru aux Presses de la Cité. On aborde ses 25 ans d'enseignante, ces enfants aux parcours déjà cabossés qui la questionnent depuis toujours et ont fait naître Rose, son héroïne qui a grandi dans la violence et cherche à s'en sortir grâce aux rencontres. On parle de ces héroïnes ordinaires dans lesquelles chacun se reconnaît, du message d'une lectrice reçu un matin sur Instagram qui lui a mis les larmes aux yeux, et de l'écriture à la première personne qui plonge le lecteur dans la tête de Rose. On évoque ce mémoire universitaire sur l'orthographe qui a déclenché l'envie d'écrire pleinement, sa sœur bêta-lectrice qui relit une dizaine de versions d'un même chapitre, et son passage par l'auto-édition puis Librinova jusqu'à décrocher les Presses de la Cité sans connaître personne. On aborde le top 100 Amazon et les 2000 ventes avant l'été. On découvre enfin l'anecdote des boucles d'oreilles, et pourquoi écrire n'a pas de routine mais un rythme qu'on finit par s'autoriser.

Toi aussi, tu as une histoire à raconter ?

Les discussions du podcast sont ouvertes à celles et ceux qui osent. Viens partager ton chemin d'écriture au micro.

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