Aller au contenu principal
← La bibliothèque
Pochette de l'épisode 46 du podcast Ose Écrire

ÉPISODE 46AVEC INVITÉ10 SEPTEMBRE 202567 MIN

Discussion avec Orane Dupont

Clarté · Intentionpsychologie
00:001:07:11

FACE A — LES 19 CHAPITRES · CLIQUE POUR ÉCOUTER

Est-ce que ton livre doit te soigner ?

CE QUE RACONTE CET ÉPISODE

Orane Dupont est psychologue clinicienne en libéral et autrice de cinq romans. Sa position tranche avec ce qu'on entend partout. En consultation, elle recommande beaucoup l'écriture à ses patients : écrire ses émotions, ses besoins, ses projets, parce que poser les mots rend concret ce qui, pensé, reste flou. Pour elle-même, écrire n'est pas un soin. C'est une passion, un amusement.

La distinction paraît anodine et elle change beaucoup de choses. Demander à son roman de réparer quelque chose, c'est lui confier un travail qui n'est pas le sien, et le texte devient très lourd à porter. Le plaisir d'écrire mérite d'exister pour lui-même.

Son métier nourrit quand même sa fiction, en direct. Son premier roman est né de ce que ses patients lui disaient après le confinement : l'impression d'avoir perdu du temps de vie, l'envie de tout quitter. Elle en a fait l'histoire d'un étudiant parisien qui plaque tout pour la Mongolie.

Dans cet épisode, on parle aussi du conseil qui a débloqué ses fins de romans, de ce que la pole dance lui a appris sur les vitesses différentes, et de cette prise de conscience récente : quand elle ne sera plus là, ses livres, eux, seront encore lus.

LE CAROUSEL DE L'ÉPISODE

CAROUSEL À VENIR

Les slides de cet épisode arrivent bientôt dans la bibliothèque visuelle.

Face B — le transcript

L'ÉPISODE MOT À MOT · LES TIMECODES LANCENT L'ÉCOUTE

Évidemment, tu te doutes bien que ce n'est pas moi qui ai tapé tout ce transcript à la main… Alors oui, il y a parfois des incohérences et des erreurs. Et sur les discussions, il arrive même que les voix se mélangent. Comme quoi, rien de mieux que d'écouter l'épisode plutôt que de le lire !

Bienvenue dans Ose Écrire #46

Ybelion — Yo yo yo, c'est Ybelion, vous êtes dans le 46e épisode d'Ose Écrire, dans lequel j'accueille avec grand plaisir Orane Dupont, avec laquelle j'ai la chance d'échanger sur la passion de l'écriture, l'immortalité à travers les livres, le parallèle sport-écriture, et le fait de fêter ses petites victoires. Bref, on balaye tout un tas de sujets super intéressants, je vous laisse avec ça et je vous souhaite une très très bonne écoute. Moi, c'est Sam Ybelion de Mon Nom de Plume. Je suis écrivain, coach, et j'accompagne celles et ceux qui veulent renouer avec leurs rêves d'écriture. T'écoutes un podcast dont l'intention est simple, te donner inspiration, outils, motivation, discipline, bref, tout ce qui peut te permettre d'oser écrire. En gros, c'est un peu dans le titre, quoi. Ose Écrire. Du coup, le conseil que je peux te donner, c'est de garder un peu d'espace pour le mariage, parce qu'a priori... Ouais, ouais, ouais. Ouais, ouais, j'essaye de me donner ce conseil. Mais tu sais qu'en plus, tout à l'heure, j'ai essayé de trier mes photos, mais non, mais c'est trop dur. Ouais, c'est infernal. Moi, à la fin, ce que je fais, c'est que je les mets toutes sur mon ordinateur et je les mets dans un dossier.

Orane Dupont — Et puis, je me dis, un jour, peut-être, j'aurai le courage de les trier. Probablement jamais, mais... Après, c'est des souvenirs aussi. C'est dur de supprimer. C'est un peu, tu vois, justement, c'est des inspirations aussi, parfois. Tu sais, tu retournes dans tes trucs, tu fais... Ah, putain. Carrément.

Ybelion — Carrément, tout le temps. Et du coup, tu me disais... T'étais en réécriture, là, en correction. Et tu disais que c'était la première phase, c'est ça ? Ouais, ouais, parce qu'en fait, du coup, c'était la première correction. Là, tu vois, je l'ai réécrit, mais je sais qu'il a encore plein de défauts et qu'il repassera en correction.

Orane Dupont — Mais là, je l'ai mis en forme et en première correction pour l'envoyer en maison d'édition, tu vois. Ok, ok, ok. Ouais, d'accord. En fait, ça, c'est... Après, il y aura sûrement du travail éditorial ou d'autres encore corrections. Ouais, carrément, c'est sûr. Et c'est le combienième, là ? C'est le cinquième, là. Cinquième. Je viens de dire, ouais.

Cinquième roman : la petite déprime de la fin

Ybelion — Et alors, ça fait quoi, quand c'est le cinquième, de terminer comme ça, là ? Ben, écoute, je sais pas trop. En fait, là, comme je sais que je vais encore le travailler, tu vois, je suis pas dans ce truc ou... Parce que moi, j'ai toujours une petite déprime après l'écriture. Parce que je me dis, purée, mais je vais plus voir mes personnages. Enfin, je vais plus les avoir avec moi, quoi. Mais là, comme je sais que je vais les retrouver pour une autre phase de correction, ça va. Je suis pas en déprime. Je comprends, ouais. Et il s'appelle comment, celui-là ? C'est pas encore sûr, mais il s'appellera sûrement le parfum des frangipanis en fleurs. Oh, c'est joli. C'est joli. On va voyager. Ouais. Et c'est... Ça fait... En fait, j'ai plein de questions qui me viennent, là. J'essaie de trier dans ma tête. Parce qu'il y a un truc qui m'a beaucoup intrigué. Je te partage comme ça, viens. Ouais, mais tu parles. Un truc qui m'a beaucoup intrigué dans ton profil. Alors déjà, je trouve que t'as des posts super drôles.

Orane Dupont — Des posts que tu faisais sur les trucs complètement ahurissants qu'on t'a dit en salon. Enfin, en salon, en dédicace, tout ça. Ça serait super marrant. On pourra peut-être en reparler. Et l'autre côté qui m'a vachement intrigué, c'est le côté ton métier aussi. Le fait que tu sois psychologue. Et je me demandais à quel point les deux métiers se répondaient. Tu vois. Ouais. Comment ils se... Ouais, je sais pas. Comment tu gères ces deux casquettes, entre guillemets ? En fait, pour moi, c'est hyper important d'avoir les deux. Parce que dans mon métier de psychologue, je suis vraiment dans le concret, dans le réel. Et puis dans l'accompagnement, dans le soin. Et en fait, l'écriture, ça me permet vraiment de m'évader. Tu vois. Même si j'écris pas de la fantaisie. Ben en fait, malgré tout, c'est vraiment moi qui invente tout. Et ça me permet vraiment de m'évader, de créer mon univers à moi. Et du coup, je trouve que c'est intéressant parce que c'est moi qui tire les ficelles à ce moment-là. Tandis que dans mon métier de psychologue, c'est le patient qui vient avec son histoire. Et on travaille ensemble avec son histoire. Tandis que moi, là, quand j'écris, c'est moi qui crée l'histoire. Et j'aime bien ça, du coup. Et puis, c'est vrai qu'en fait, mon métier de psycho, il m'aide beaucoup dans le développement de mes personnages quand je les crée. Parce que même si à chaque fois, c'est de la fiction, malgré tout, j'ai à cœur d'avoir des personnages qui puissent être...

« Elle prescrit l'écriture, mais pas pour elle »

Psychologue et romancière : deux casquettes

Ybelion — qui puissent exister dans la vraie vie, tu vois. Donc, mes connaissances sur la psychologie, c'est vrai que ça m'aide dans leur développement. Et j'aime bien aussi écrire... Ça peut paraître bizarre dit comme ça, mais j'aime bien écrire des personnages qui sont un petit peu traumatisés, tu vois, des choses comme ça. Donc, ça m'aide aussi de savoir justement quelles peuvent être potentiellement les répercussions d'un traumatisme ou de choc ou de choses comme ça. Et j'utilise tout ça dans mes romans. Oui, ça sert la cohérence. Forcément, du coup, tu connais vachement bien tout ça. En vrai, c'est hyper intéressant. Ça doit être du coup hyper prenant quand tu... Je ne sais pas, j'ai la sensation... Moi, j'avoue que le coaching est un peu différent, tu vois. Il y a moins le côté « traumatique », entre guillemets.

Orane Dupont — Parce que là, le pied est vraiment là pour aider à soigner quelqu'un. Et quelque part, j'ai la sensation que ça aide aussi à pouvoir se détacher aussi de ce qu'on peut t'amener parfois, qui probablement est parfois un petit peu douloureux. Ou vraiment, tu dis qu'il y a des gens qui ont une vie... C'est sûr. C'est clair. Après, on n'est pas... Enfin, en tout cas, moi, je ne suis pas une psychologue complètement détachée. Je m'autorise à pouvoir dire impatience.

Ybelion — Et à un moment donné, on ressent des trucs. Même si on est psychologue, on est humain avant tout. Et dans des descriptions très, très douloureuses de choses hyper dures, je m'autorise à dire « c'est vraiment grave ce que vous avez vécu et ça me touche ».

Orane Dupont — Et en fait, les patients, ils aiment bien aussi qu'on puisse dire ça parce qu'ils sentent compris aussi quand on peut dire des trucs comme ça. Et qu'est-ce que tu penses du côté parfois très thérapeutique que peut avoir l'écriture ? Pour moi, tu veux dire ou globalement ? Peut-être pour toi et peut-être globalement aussi. Oui. Alors, pour moi, l'écriture, ce n'est pas une thérapie. C'est vraiment une passion. Je m'amuse, en fait, dans l'écriture. Donc, voilà. Pour moi, ce n'est pas une thérapie. Mais par contre, je le conseille vraiment beaucoup d'écrire en tant que processus thérapeutique. C'est hyper intéressant parce que... Alors, ça dépend de ce que tu veux écrire.

« L'écriture, pour moi, ce n'est pas une thérapie »

Ybelion — Moi, je conseille beaucoup d'écrire sur les émotions qu'on a vécues. Je conseille aussi d'écrire sur ses besoins, sur ses projets. Et en fait, ça permet vraiment de formaliser les choses, de les rendre plus concrètes que si simplement on les pense. Et en fait, ça permet aussi de se dégager, tu vois, de ses émotions, de pouvoir les écrire. Donc, vraiment, en tant que processus thérapeutique, l'écriture, c'est un truc absolument génial. En vrai, ça me touche beaucoup ce que tu dis parce que j'ai grandi en n'étant pas trop à l'aise avec les émotions. Tu vois, on n'a pas trop appris à les exprimer. Et c'est vrai que l'écriture m'a beaucoup aidé sur ça. Et c'est quasiment la seule chose qui a marché avec moi. En tout cas, dans mon processus d'apprentissage, tu vois, de mettre ses limites, de exprimer la colère, la tristesse, enfin, tout ce qui n'était pas la joie, parce que la joie, c'est un côté entre... Enfin, en tout cas, pour moi, ça avait un côté facile et où je m'autorisais. Et c'est vrai que dans l'écriture, tu as ce truc de s'autoriser, mais qui est hyper intense parce qu'en fait, même l'émotion, quand tu ne la partages pas, tu la ressens quand même.

Orane Dupont — Mais c'est différent que de la faire sortir, quel que soit le moyen, que ce soit en parlant ou en écrivant. Et c'est vrai que c'est hyper précieux. Et tu vois, moi, j'avoue que dans l'écriture, j'ai un peu un côté thérapeutique parce que j'ai l'impression de découvrir des choses sur moi en écrivant. Et je suis toujours un peu étonné, tu vois, de ce que je laisse de moi dans les personnages. Oui, mais ça, c'est hyper intéressant. Je pense effectivement qu'il y a toujours un petit peu de nous dans certains personnages. Et ça, c'est vraiment hyper intéressant. Je pense que moi aussi, je peux laisser des petites choses de moi dans mes personnages.

Ybelion — Mais en fait, surtout, mes écrits, c'est des questionnements que je peux avoir, tu vois. Sur découvrir une autre culture, sur partir, sur l'amour, sur... Ouais, potentiellement, soit des questionnements qu'on a pu m'amener où je me suis dit, ah ouais, ça, c'est hyper intéressant.

Orane Dupont — Soit des questions que j'ai moi aussi. Et puis, du coup, écrire, ça me permet d'avoir une trame, une ébauche de réponses. Et justement, dans ces questions, dans ces sujets que tu as envie d'amener, comment tu les trouves ? Et finalement, le premier livre que tu as écrit... Enfin, en quelque sorte, pourquoi c'est le premier que tu as écrit, tu vois ? Est-ce que tu serais capable de dire ? En fait, l'écriture, déjà, c'est un truc qui m'a toujours passionnée. J'ai toujours beaucoup écrit. Donc, en fait, je me suis arrêtée pendant les études de psycho parce que je ne pouvais pas tout faire. Mais sinon, au lycée, vraiment, j'écrivais beaucoup, beaucoup. J'ai fait L. C'était bizarre pour aller après faire des sciences. Mais j'ai quand même fait L parce que j'adorais écrire. Et du coup, voilà, j'écrivais. Mais avant de publier mon premier roman, j'ai écrit pas mal de trucs. Mais pourquoi celui-là ? Je crois qu'en fait, je ne sais pas. Peut-être qu'être psychologue, ça me rendait, dans ma tête, légitime d'un truc. Alors que ce n'est pas du tout vrai. Mais oui, comme si je me disais, peut-être que je suis plus légitime à sortir un livre. Je ne sais pas trop. Mais en tout cas, ce premier roman-là, il parle d'un jeune étudiant parisien qui n'est pas bien dans sa vie et qui décide de tout plaquer pour aller en Mongolie.

Premier roman : tout plaquer pour la Mongolie

Ybelion — Et en fait, je l'ai vraiment écrit, ce livre-là, après Covid. Parce qu'au cabinet, j'avais beaucoup, beaucoup de jeunes qui, suite au Covid, étaient... Enfin, ils avaient beaucoup l'impression qu'ils avaient perdu du temps de vie à rester confinés chez eux. Et en fait, il y en a beaucoup qui me disaient, mais j'ai envie de tout quitter, j'ai envie de partir. Et je me suis dit, ça, c'est quand même super intéressant. Et ça m'a fait écrire ce roman-là. Putain, c'est hyper touchant. Je me reconnais dans ces gens-là. Ok, je comprends. Je te fais un partage, mais j'ai eu 30 ans tout récemment. Et c'est une des premières années où, justement, je ne sens pas le temps qui passe. J'ai réaligné ma vie, entre guillemets, cette question du sens qui est très importante de nos jours. Et c'est la première fois que j'ai la sensation que si le temps passe, ce n'est pas grave. Et que c'est tant mieux parce qu'il va se passer plein de choses exceptionnelles maintenant que je suis aligné.

Orane Dupont — Et c'est la première fois que je ressens ça. Et donc, franchement, c'est un beau message que tu as voulu transmettre. Et qu'est-ce que quelqu'un dont l'envie serait justement d'écrire son livre, et qui a l'impression justement de perdre son temps, ou en tout cas de mouliner un peu sur ça, qu'est-ce que tu lui dirais de faire ? Franchement, conseil très basique, genre juste écrit. C'est-à-dire, si tu as envie d'écrire, écris. De toute façon, Rome ne s'est pas fait en un jour. Je pense que si tu as envie d'écrire, juste écris tout ce qui te passe par la tête. Tu n'arriveras peut-être pas à faire un roman du premier coup. Peut-être que si, je n'en sais rien. Mais en tout cas, il faut vraiment écrire si tu en as envie. Si tu as envie d'écrire un livre, vas-y, fond. Si tu as juste envie d'écrire pour toi, écris pour toi. Mais vraiment, il faut s'autoriser à faire les choses. C'est hyper important. Et en fait, je pense que vraiment, plus tu écris, et plus tu as envie d'écrire, et plus aussi tu es bon dans ce que tu fais. Tu vois, c'est normal, c'est en t'entraînant que les choses arrivent. D'un moment, quand on parle de mon premier roman, du coup, je me dis, mais il y a certaines choses que je ne réécrirais pas comme ça aujourd'hui, alors que finalement, mon premier roman, il n'a que trois ans. Mais il y a des choses que je ne réécrirais pas comme ça aujourd'hui, parce qu'il y a eu d'autres romans qui sont arrivés après, et je pense que j'ai affiné mon écriture. Mais en fait, c'est OK, parce que chaque livre fait écho à un moment de ta vie, avec ce que tu étais à ce moment-là, et avec comment tu écrivais à ce moment-là. Et je pense que c'est hyper OK, tout ça.

Ybelion — Et malgré tout, ce premier roman, c'est quand même le préféré de certains.

Orane Dupont — Donc je me dis, chacun trouve son compte aussi dans les histoires. Et le seul conseil que j'aurais, c'est vraiment écrit, si tu en as envie. Après, c'est un conseil qu'on m'avait donné au début que je commençais à écrire ce roman-là,

Connaître sa fin avant même de commencer

Ybelion — c'est n'hésite pas à avoir ta fin directement. Parce qu'avant d'écrire mon premier roman, je n'écrivais pas de roman, j'écrivais beaucoup de nouvelles, de choses comme ça. Mais le roman, je n'arrivais jamais à le terminer. Et en fait, un jour, on m'a dit, il faut que tu aies ta fin avant même de commencer. Et bien, ça a tout débloqué chez moi. Depuis que je fais des plans et depuis que je sais comment l'histoire se termine, et bien, j'arrive à écrire des romans. Donc voilà, écris et imagine ta fin avant de commencer et c'est bon. En vrai, c'est extrêmement pertinent ce que tu dis. Ça fait écho aussi à des choses que je peux partager. Alors moi, j'aime bien le mot d'intention. Je ne sais pas pourquoi, mais il me parle beaucoup. Et effectivement, ça change tout quand tu as les idées claires. C'est l'équivalent de partir en vacances, mais de ne pas mettre de GPS,

Orane Dupont — c'est juste de partir et tu ne sais pas où tu vas. Alors, ce n'est pas forcément mal. Il y a des gens qui s'en sortent comme ça, mais la plupart des gens, on a besoin d'un GPS. Et donc, ouais. Et toi, du coup, toi, ce que j'entends, c'est que tu as aussi trouvé ta manière de fonctionner avec le juste plan dont tu as besoin pour avancer. Ouais, tout à fait. Et ce premier roman, alors c'est vrai que toi, en plus, c'est une passion qui t'a accompagnée pendant longtemps. Tu saurais dire combien de temps tu as mis pour l'écrire ? Mon premier roman,

Ybelion — je l'ai écrit hyper rapidement. Non, non. J'ai plus forcément les chiffres en tête,

Orane Dupont — mais ça se compte en semaines, peut-être que je l'ai écrit, tu vois, en 3-4 mois, un truc comme ça. Bon, sans compter les réécritures et tout, mais je l'ai écrit super rapidement parce qu'en fait, justement, quand j'étais étudiante en psycho, comme je ne pouvais pas écrire, je n'arrivais pas à tout faire, j'avais un petit côté frustration en moi où je me disais, purée, c'est quand même pénible de ne pas arriver à écrire pendant ce moment-là. Donc, quand je me suis remise à écrire après,

Ybelion — en fait, c'était de la boulimie, de l'hyperfragie, le truc. J'écrivais tout le temps, je vivais ce roman-là. C'est toujours un petit peu le cas. J'ai un peu un côté très passionnel où, du coup, je ne peux pas me coucher

Orane Dupont — avant je ne sais pas quelle heure du mat' parce qu'il faut que je finisse ce chapitre-là, mais particulièrement pour mon premier roman parce que j'avais 5-6 ans de frustration avant où je ne pouvais pas écrire. Donc, oui, j'avais vraiment besoin de ça. Oui, c'est fou. On ressent cet appel que tu as été appelé par ton roman. C'est trop bien, en vrai. C'est clair. Et tu l'as auto-édité, celui-là ? C'est ça, si j'ai bien... Oui, exactement. Je l'ai auto-édité parce qu'en fait, tout simplement, je ne pensais pas pouvoir aller en maison d'édition. Je me suis dit, franchement, ce n'est même pas la peine de tenter. Ça n'intéressera personne. Et en fait, juste, ça me faisait plaisir. Je me suis dit, voilà, je vais le faire pour moi. Je serai contente. Je vais le partager à mes amis, à ma famille. Et puis, si ça plaît à plus de monde, tant mieux. Et au final, je me suis un peu prise au jeu. On m'a proposé... Parce que j'ai ouvert mon compte Insta et puis on m'a proposé de faire un salon du livre. Et j'ai accepté. Et puis, ça m'a bien plu. Et je me suis dit, finalement, peut-être que je peux toucher plus de monde. Et il a bien plu, ce roman-là. Donc, je me suis dit, pour le deuxième, pourquoi pas essayer la maison d'édition.

De l'auto-édition à la maison d'édition

Ybelion — Et ça s'est fait hyper rapidement. Donc, tout s'est enchaîné comme ça. Et voilà. Mais c'est pour ça, l'auto-édition. Après, il y en a qui... Pour qui, c'est un but en soi, l'auto-édition. Et c'est génial. Moi, j'avoue que la maison d'édition, quand j'ai pu y avoir accès, j'étais contente parce que l'auto-édition, c'est un boulot énorme. Comme tu gères absolument tout, c'est un travail colossal. Et je me suis dit, si je peux déléguer deux, trois trucs, je serais contente. Je comprends. En vrai, c'est hyper inspirant, le parcours, parce que tu as dit un truc que je trouve très intéressant. C'est le moment où tu as dit, je le fais pour moi. Et je pense que c'est... Tu vois, je parlais d'intention. Tu as l'intention de ce que tu veux raconter. Il y a aussi l'intention que tu as en faisant l'acte d'écrire. Et la plupart... Enfin, beaucoup de gens se bloquent parce qu'ils ont cette image, justement, des maisons d'édition parfois inaccessibles, etc. Et ce n'est pas forcément faux ou vrai. Tu vois, ce n'est même pas le débat. Mais en fait, souvent, le premier roman a quelque chose de très personnel. Et en fait, tu as besoin de l'écrire pour toi, pour l'accomplissement personnel et pour tout ce que ça t'amènera après. Et quand tu le clarifies, tout de suite, l'exercice paraît vachement plus facile

Orane Dupont — parce que tu n'es pas en train de te dire... C'est comme si tu n'avais même pas commencé encore la musique et que tu étais en train de déjà penser à ton stade de France, tu vois. Et tu fais... D'abord, il y a quelques étapes et ne commence pas à vouloir... En fait, tu prends peur avec ça alors que tu n'as pas besoin de prendre peur. C'est juste de faire le step by step. Et en vrai, ton parcours, du coup, est vraiment en témoignage de ça parce que la vie t'a amenée aussi

Ybelion — ensuite aux maisons d'édition. Oui, c'est ça. Mais je suis hyper d'accord avec toi sur le fait de... En fait, si tu ne te fais pas plaisir en écrivant, je pense de toute façon, tu passes peut-être à côté d'un truc, tu vois. Je pense que dans l'écriture, c'est important de le faire pour soi d'abord. Et puis, si ça touche d'autres gens, tant mieux. Mais déjà, fais-toi plaisir, quoi. Parce que sinon, je pense que tu passes à côté d'un truc si tu ne te fais pas plaisir dans l'écriture. Et puis, franchement, alors moi, j'ai un rapport à l'écriture très personnel, tu vois, quand même. Donc, j'aurais du mal, moi,

Orane Dupont — à me dire que j'écris vraiment pour, par exemple, une cible particulière ou quelqu'un en particulier. Mais quelqu'un qui écrit et qui n'aime pas ça, il en faut du courage

Écrire, c'est courir un marathon

Ybelion — parce que c'est quand même un processus qui est long, en fait. Et faire pendant des mois, parce que même si toi, tu l'aies... En vrai, trois mois pour un premier geste, c'est quand même très rapide. Ouais, ouais. Il en faut du courage pour passer trois mois sur un truc que tu n'aimes pas, tu vois. Ah ouais, non, mais c'est sûr. Mais je... Enfin, je ne sais pas s'il y a des gens qui n'aiment pas et qui écrivent parce que, comme tu dis, en fait, c'est un tel travail, un tel investissement, c'est un marathon. Ça m'étonnerait qu'il y ait des marathoniens qui n'aiment pas courir, tu vois. Je ne pense pas. Je pense qu'il y a forcément quelque chose que tu aimes. Je pense que certains, au-delà de l'acte, parfois, peuvent vouloir démarrer parce qu'ils ont une envie de challenge, d'accomplissement personnel. Et tu prends plaisir à l'acte parce que, dans cette volonté de réussir à vouloir faire quelque chose, tu es obligé de commencer à apprécier ce que tu fais. Et il y a quelques témoignages, effectivement, de gens qui se disaient… Mais j'en suis l'exemple, on en reparlera en avril prochain parce que moi, mon grand-père a couru plein de marathons. Je me suis inscrit au marathon de Paris

Orane Dupont — l'année prochaine et je n'ai toujours pas commencé, tu vois. J'ai couré un peu, donc je me doute, tu vois. Mais je sais que je ne vais pas particulièrement apprécier l'acte, mais je pense qu'à la fin, je l'apprécierai, tu vois. Parce qu'en fait, forcément,

Ybelion — tu es obligé de te dire « Bon, OK, comment je développe l'habitude pour l'ancrer dans ma réalité et me mettre à l'apprécier ? » Mais le parallèle avec le marathon est à mon sens un des parallèles sportifs les plus pertinents pour l'écriture. Je ne sais pas, après je te dis ça, je n'ai jamais couru de marathon, donc je suis la mieux placée pour tout ça. Mais en tout cas, tu vois, c'est le fait

Orane Dupont — que ce soit un processus long qui demande un sacré investissement. Ouais, je le perçois comme ça, en tout cas. Et du coup, tu as dit tout à l'heure aussi quelque chose d'autre qui m'a vachement intéressé, c'est le côté passion et parfois, tu te laisses emporter quelle que soit l'heure, etc. Et comment tu inscris, toi, l'écriture dans ta vie, par exemple, avec ton métier aussi ? Ou alors, ouais, est-ce que tu as

Le matin, le thé et le chat : sa routine

Ybelion — une habitude très fixée ? J'ai pas une habitude hyper fixe, mais en fait, au fil des mois et des années d'écriture, je me suis rendu compte de certains trucs et c'est ce qui m'aide

Orane Dupont — à rentrer dans le processus aujourd'hui. Déjà, je suis beaucoup plus créative le matin.

Ybelion — Je sais pas pourquoi, c'est comme ça. Écrire l'après-midi, c'est toujours

Orane Dupont — un peu plus dur pour moi. Donc, je sais en fait que le matin,

Ybelion — c'est le moment le plus propice pour moi pour écrire.

Orane Dupont — Est-ce que tu... Pardon, je suis désolé, avant de passer sur les autres, parce que c'est... Est-ce que tu saurais dire pourquoi le matin plutôt que l'après-midi ? Franchement, j'en ai aucune idée. Tu sais que j'essaye un moment de me questionner là-dessus, mais en vrai, je ne sais pas. Je ne sais pas pourquoi. Après, ça revient en plus en fin de journée. C'est pour ça, je me dis, est-ce que... C'est un truc très pratique. Est-ce que c'est la digestion qui m'aide pas, tu vois, après le déj ? Je ne sais pas. Mais en tout cas, le matin, c'est mon moment. Après, tu me diras, le matin, je bois du thé et franchement, j'écris toujours avec du thé. Donc, est-ce qu'il y a un peu de ça aussi ? Tu vois, j'ai mon petit thé, mon chat, pas très loin. c'est le matin, je ne sais pas. Mais en tout cas, c'est mes petites habitudes. Et du coup, par rapport à mon travail, en fait, avant d'être en libéral, aujourd'hui, je suis en libéral, avant, j'étais à l'hôpital et je travaillais en 39 heures, comme beaucoup de gens. Et franchement, le soir, j'arrivais, comme beaucoup de gens, j'étais claquée et c'était hyper dur pour moi d'écrire. Donc, c'est surtout quand je me suis installée en libéral où j'ai pu commencer

Ybelion — à vraiment pouvoir écrire parce que j'adapte mes horaires. Je travaille plus tard en fin de journée, mais du coup, je commence plus tard le matin. souvent, avant d'aller au cabinet, en fait, j'écris. Donc, ça me fait un peu des journées à rallonge, mais pour le coup, je me fais plaisir. Mais voilà, c'est vrai que j'ai cette chance-là de pouvoir aussi adapter mes horaires en sorte de pouvoir écrire. Donc, comme je te dis, ça fait des journées longues, surtout qu'après, le soir, il y a le sport, mais c'est du plaisir. Oui, voilà, c'est ça. De toute façon, on en revient souvent là. Développer l'habitude est forcément basé déjà sur le plaisir d'écrire. Et après, il faut essayer. Effectivement, c'est intéressant ce que tu disais. Moi, je suis comme toi, j'écris le matin. Et alors, j'ai assez longtemps réfléchi, mais je pense qu'à force, l'explication que j'arriverai à donner, c'est que, en fait, j'étais, avant le premier livre, j'étais tellement frustré de ne pas pouvoir écrire ou de ne pas l'avoir fait qu'il y a un moment où je me suis dit, OK, le soir, quand je rentre, je suis claqué. Donc, le seul moment où je peux écrire, c'est le matin. Et si je ne le faisais pas le matin, en fait, toute la journée, je me disais, putain, mais il va falloir que j'écrive aujourd'hui. Il va falloir que j'écrive aujourd'hui. Et du coup, ça m'obsédait.

Orane Dupont — Et du coup, à un moment, en fait, je me suis rendu compte

Ybelion — que quand j'écrivais le matin, après, j'étais là en mode, aujourd'hui, j'ai écrit. Et donc, je me sentais beaucoup plus à l'aise. Et alors qu'en fait, j'y passe moins de temps qu'avant, quand j'écrivais un peu n'importe quand. Et il faut essayer quelque part de trouver ses créneaux. Et après, il se passe des trucs un peu inexplicables, comme tu disais,

Orane Dupont — où tu as des horaires où vraiment,

Ybelion — c'est catastrophique et ça ne sert à rien d'essayer.

Orane Dupont — Mais ça, tu ne le sais que quand tu essaies. quelque part. Moi,

Ybelion — le 14-16, tu vois, impossible. Du coup,

Orane Dupont — c'est malin d'avoir décalé les horaires de travail pour pouvoir inscrire l'écriture dans ta vie. C'est bien.

Toujours à l'étape d'après

Ybelion — Et quand tu finis ton premier livre,

Orane Dupont — qu'est-ce qui se passe ? Quand j'ai fini mon premier livre,

Ybelion — ou à chacun de mes romans

Orane Dupont — finis ? Comme tu veux. En fait, ça, c'est un truc que j'essaie de corriger chez moi. C'est que je suis toujours à l'étape d'après. Donc, du coup, en fait, quand je finis mes romans, je n'ai pas ce truc-là où je me dis « Oh là là, trop bien ! » Parce qu'en plus, comme je te disais tout à l'heure, j'ai un petit côté, je ne les reverrai pas, donc je suis un peu triste. Mais je suis beaucoup dans l'anticipation des choses

Ybelion — et dans l'étape d'après. Donc, je n'ai pas de moment où je me pose et où je me dis « Waouh, trop bien, c'est fait, j'ai réussi

Orane Dupont — à accomplir ça. » Mais vraiment, c'est un truc que moi-même, j'essaye de travailler

Ybelion — parce que c'est important en plus, je trouve,

Orane Dupont — de se poser et de se dire « Waouh, tu as accompli ce truc-là, c'est trop bien. » Moi, je suis déjà dans l'étape d'après donc au final, ça ne me fait pas de grand-chose, j'avoue. Oui.

Ybelion — Et c'était déjà le cas

Orane Dupont — quand tu as terminé le premier

Ybelion — et que tu l'avais en main, etc. C'était déjà le cas ou c'est à partir du 2, 3e ? Le premier, quand même, il a résonné particulièrement. Non, tu as raison. Le premier, oui, je me suis quand même dit « Ah ouais, chouette, tu as réussi à sortir un roman, tu as réussi. » Puis l'avoir dans les mains, c'est quelque chose. Mais malgré tout, rapidement, on peut peut-être en écrire en deuxième et puis voilà quoi. Mais sincèrement, je partage ton avis parce que moi, c'est vrai que j'ai eu ce truc très vite, c'était « C'est incroyable, c'est moi qui l'ai écrit. » Mais la phrase d'après, c'était « Ah mais attends, si ce rêve-là, il est possible, genre tout le reste est peut-être possible aussi. Mêlez de… Et le deuxième, il est où ? » Tu vois ? Et ouais, ça nourrit un espèce de feu assez inexplicable. Et après,

Orane Dupont — je te rejoins, c'est bien d'avoir ce truc-là. Et je pense que ça témoigne aussi de la passion que tu peux avoir, etc. Et effectivement, c'est bien de réussir à en profiter au moins un petit peu

Ybelion — et pas se jeter directement. Mais bon, après,

Orane Dupont — c'est l'éternel problème des gens

Ybelion — qui ont des ambitions et qui veulent faire des choses. J'entends ambition

Orane Dupont — au terme de réaliser des choses, pas forcément… Je comprends complètement. Et je pense qu'il y a de ça aussi, très sincèrement. Cet ambition de toujours plus.

Ybelion — Mais malgré tout, le toujours plus, je pense qu'il peut rendre malheureux. de malheureux, tu vois. C'est quelque chose que je travaille hyper souvent en plus avec les patients. Ce n'est pas toujours les coordonnées les mieux chaussées, comme on dirait. Moi aussi, tu vois, je travaille ce genre de truc-là. Me dire, ouais, être ambitieux, vouloir faire plus, c'est génial. Mais essaye de te poser et de te dire c'est chouette ce que tu as déjà fait. Ça, c'est hyper intéressant que tu amènes ça. Parce que c'est un truc que je répète très souvent et récemment avec les quelques coachés que j'ai là, que c'est important de fêter ses fiertés et ses victoires. Mais oui. Et hier, j'ai pris conscience de quelque chose en séance avec quelqu'un. On parlait du rapport à la progression. Et elle me disait, en fait, elle a vraiment eu un moment, un déblocage où en fait, elle est passée de j'ose pas écrire à j'écris 500, 800, 1500, 2000 mots, tu vois. Et genre ça, sur une semaine, et un truc d'une progression exponentielle, tu vois. Et elle me disait, mais en fait, ça va pas, genre il y a un moment, ça va descendre, tu vois. Et du coup, j'ai pris conscience quand elle m'a dit ça, j'ai pris conscience qu'en fait, la progression qu'elle observait, c'était la vitesse d'augmentation des jours. Mais en fait, entre le jour où elle écrit 1500 et le jour où elle écrit 500, celui d'après, il y a une progression de 500 mots, tu vois. Et donc, en fait, quelque part, le recadrage sur cette progression, et donc, c'est sur ça qu'on travaillait et ça a été hyper intéressant. Je n'avais jamais fait vraiment attention à ça. Et parfois, ce truc-là est un peu un piège. C'est un engrenage dans lequel tu mets le doigt et après, ça peut t'emporter, ouais. Moi, je pense qu'il faut être vigilant. C'est ça, c'est le mot. C'est vigilant et faire les choses en conscience et se féliciter. Franchement, on le mérite,

Fêter ses victoires, sabrer le champagne

Orane Dupont — on fait quand même de belles choses. Donc, c'est dommage de ne pas sabrer le champagne de temps en temps, tu vois. C'est clair. Est-ce que toi, tu t'attelles à écrire ? Alors, du coup, j'ai l'impression que tu n'as vraiment pas de problème pour te mettre à écrire ou ce genre de choses. Mais est-ce que tu mesures ? Est-ce que tu fais attention à écrire tous les jours ? Non, non, pas du tout. Franchement, non, pas du tout. C'est intéressant. Du coup, comme je te disais, grâce à mon libéral, j'ai des temps vraiment définis où je peux écrire. Et du coup, ces temps-là, je sais que je les passe à écrire. Mais il y a des jours où vraiment, je ne peux pas quand je commence trop tôt et qu'en plus, le soir, il y a sport jusqu'à 22h, 22h30. Ces jours-là, en fait, je sais que je ne pourrais pas écrire et c'est OK pour moi. Je me dis, en fait, il y a d'autres choses dans ma vie. L'écriture ne peut pas être l'unique chose dans ma vie. J'aime faire du sport, j'aime voir des amis. Je suis assez tranquille avec ça. Par contre, si pendant une semaine entière, je n'ai pas écrit, là, je commence à me dire OK, pas cool, j'ai très envie d'écrire et puis j'ai besoin d'écrire et ça va me poser des questions.

Ybelion — Mais de moment aussi, on a besoin de faire des pauses. Donc, j'essaie de ne pas trop me mettre la pression.

Orane Dupont — Je n'ai pas trop eu de syndrome de la page blanche, des choses comme ça.

Ybelion — ça revient. Je suis contente

Orane Dupont — assez vite, finalement, quand j'ai besoin d'écrire. ouais, je... Voilà, je n'ai pas de temps défini, mais quand j'ai l'occasion d'écrire, je fonce, quoi. Et comment tu as réussi

Ybelion — à avoir ce... C'est OK si je n'écris pas aujourd'hui ? Franchement, ce n'est pas quelque chose que j'ai obtenu. Je crois que je l'ai depuis toujours. Je ne me mets pas... Franchement, je ne me mets pas la pression par rapport à ça. Encore une fois, comme je te dis, si pendant plusieurs semaines, je ne peux pas écrire, là, ça va commencer à m'embêter. Mais ça arrive assez rarement. donc, ce n'est pas trop un problème pour moi. OK. Je vous pose la question parce que c'est vrai que c'est des trucs sur lesquels je peux moi-même encore vivre de temps en temps. Ouais. De moins en moins, mais c'est vrai que le côté frustrant... Mais en fait, je remarque un peu un schéma et du coup, tu n'es pas du tout dedans. C'est que quand tu as la... Quand tu as plus, entre guillemets, peur de te mettre à écrire, la frustration, elle disparaît. Parce que tu sais que du coup, tu saisis chaque moment pour te mettre à écrire dès que tu en as l'occasion.

Orane Dupont — À part sur les temps, comme tu disais,

Ybelion — où tu as la vie et la vie et il y a des impératifs et c'est tout. Voilà, il faut manger, il faut dormir,

Orane Dupont — etc. Et donc, c'est un peu ça que je remarque. C'est qu'en fait, souvent, il faut travailler sur cette... Enfin, il faut, il n'y a pas

Ybelion — d'injonction ou ce genre de choses,

Orane Dupont — mais c'est intéressant de travailler sur le rapport qu'on a à commencer et à se mettre dans l'action d'écrire et quelque part, derrière, la frustration de se dire « je n'ai pas le temps », elle disparaît presque. Ouais, ouais. Je peux faire un partage un peu... Ouais, non, mais c'est intéressant. Je pense que c'est important, en fait, de repérer aussi si demain, on a besoin d'une pause, tu vois. parce que peut-être que si, à un moment donné, tu n'arrives pas à écrire, c'est peut-être que soit tu es dans autre chose, soit que tu as besoin d'une pause. Enfin, tu vois, moi, je compare beaucoup avec le sport. De hautement, en fait, le corps, il a besoin de se reposer parce qu'on a peut-être trop forcé et on a peut-être une petite blessure, un truc comme ça. Et je pense que l'écriture, c'est un peu comme ça aussi. De hautement, on a besoin d'une pause, on souffle, ça peut être quelques jours, peut-être quelques semaines, mais ce n'est pas grave. Je pense que l'essentiel,

Ybelion — c'est de pouvoir s'écouter et pouvoir être en confiance sur le fait de pouvoir après, se remettre à l'écriture. Mais si tu as besoin d'une pause, prends une pause. Après, si ça t'angoisse trop, tu te fais des objectifs, tu te dis, je ne sais pas, moi, peut-être ce jour-là,

Orane Dupont — je me remets à écrire, j'aurais fait cette pause-là, c'est OK pour moi, là, je me remettrai à écrire,

Ybelion — mais je pense que la pause est parfois nécessaire, franchement. Oui, oui, l'image que je prends souvent et qui m'a beaucoup aidé, moi aussi, dans mon rapport au travail, notamment depuis que je suis à mon compte et tout seul,

Orane Dupont — c'est qu'une voiture qui ne s'arrête jamais, il y a un moment, elle tombe en panne. c'est très vrai, c'est très vrai, c'est très vrai. Si ce n'est pas indiscret, tu fais quoi comme sport ? Alors, je fais pas mal de sport, je fais de la pôle. OK, ah, trop stylé. Oui, c'est vrai, je t'ai vu partager, putain, c'est impressionnant ça. C'est très impressionnant. Au début, donc moi, je ne suis pas très impressionnante pour l'instant. En fait,

Pole dance : persévérance et vitesses différentes

Ybelion — c'est vraiment du challenge pour moi, la pôle, parce que, enfin voilà, je n'ai jamais été très aventurière ou quoi que ce soit, mettre la tête en bas, faire des ATR et tout, ce n'était pas trop mon truc. Donc là, autant se dire

Orane Dupont — que je me challenge à fond et ça me fait un bien fou en fait de me challenger. Je serais très loin

Ybelion — de faire des choses extraordinaires, mais je me fais plaisir. Je fais aussi de la danse classique

Orane Dupont — et je fais un peu de muscu, de choses comme ça. Voilà. Et qu'est-ce que, si je fais le parallèle, parce que je suis d'accord avec toi, je pense qu'il y a beaucoup de parallèles entre sport et écriture, si tu devais retenir une leçon que tu as appris le sport qui te sert dans l'écriture, ce serait quoi ? Franchement, c'est la persévérance. C'est, en tout cas, en fait, il y a plein de trucs, mais il y a plein de persévérance. Il y a aussi un truc que je remarque beaucoup, notamment en pôle, c'est qu'on ne va pas tous à la même vitesse et c'est complètement OK comme ça. C'est-à-dire que, moi, je mets un temps infini pour comprendre déjà la position du corps dans l'espace pour faire une figure. Tu vois, il y a des nanas, elles vont tester la figure, elles vont la voir direct. Moi, ça me prend un temps infini. Mais au final,

Ybelion — au bout de quelques répétitions, peut-être qu'à la fin, soit on sera au même niveau, soit moi, je le ferais peut-être mieux, mais j'aurais mis plus de temps. Mais en fait, c'est OK, chacun fonctionne différemment. Et du coup, ça revient sur cette idée de persévérance où il ne faut pas lâcher. Si je m'arrêtais à chaque fois que je n'arrive pas à faire quelque chose au sport, en fait, je n'en ferais pas du tout. Mais c'est en répétant, en essayant que tu arrives à faire des trucs. Je suis 100% d'accord. Et il y a quelque chose que tu as dit et auquel je n'avais jamais vraiment pensé. Le côté persévérance, je partage. Et le côté chacun avance à sa vitesse, c'est vrai que je ne l'avais jamais vraiment mis en lumière. Et tu as raison. Moi aussi, je fais un sport à figure. Et c'est vrai que je fais ce qu'ils appellent du street workout ou calisthénie en français. Donc, tu vois, les ATR, les planches, bref, toutes les figures de force, on va dire, qui sont un peu un mix entre la gym et de la muscu.

Orane Dupont — Et ouais, tu as des gars, c'est vrai, qui captent très vite

Ybelion — comment fonctionne leur corps

Orane Dupont — dans l'espace, qui sont juste beaucoup plus rapides. Et tu as raison, chacun sa vitesse. Et quelque part, ces gens-là sont aussi hyper inspirants parce qu'ils montrent, tu vois que c'est possible, tu vois. Et tu te dis, putain, ça veut dire que c'est possible. Complètement. Mais, ce n'est pas parce que toi, tu mets plus de temps à réaliser le mouvement que c'est moins bien derrière. Exactement. Au final, tu vois, il y a des gens, moi, je suis impressionnée par les gens qui arrivent du premier coup, tu vois, ou qui écrivent. il y en a sur les réseaux, on les voit, ils ont un objectif de 1500 mots par jour. Moi, c'est impossible. Je ne peux pas. Il y a des jours où je vais écrire, mais de toute façon, je ne compte pas, donc je ne pourrais même pas dire, mais j'écris beaucoup, beaucoup de pages. Il y a des jours où je n'écris pas du tout. Mais je pense que vraiment, chacun son rythme. Et c'est complètement OK pour ça. Et peut-être que ton roman, tu l'écriras aussi vite parce que, eh bien, tu seras plus performant à d'autres moments. Peut-être que tu l'écriras moins vite,

Ybelion — mais peut-être que tu auras moins à recoriger derrière parce que peut-être que de l'autre côté, la personne écrit beaucoup plus vite, mais il n'y aura plus besoin de correction. Enfin, voilà. Donc, je pense que... Et c'est aussi un truc qu'on doit aussi tous travailler, je pense, surtout avec les réseaux sociaux. La comparaison aux autres, elle est... elle peut parfois porter et je pense parfois elle est aussi compliquée à vivre. Donc, c'est hyper important, je pense, d'éviter de trop se comparer aux autres. Chacun son chemin et c'est très bien comme ça. Oui, je suis d'accord. Moi, c'est... J'aurais tellement de choses à dire sur ce que tu as, mais pour vraiment rebondir dans le flow sur la comparaison. Moi, quelque chose qui m'a aidé sur ça, c'est... Généralement, quand il y a ce rapport à la comparaison, tout de suite, c'est des émotions qui sont très... qui peuvent être... Putain, il a de la chance ou alors... Mais pourquoi lui, ça marche et pas moi ? Et en fait, dans ces cas-là, ce que moi, j'aime bien me poser comme question, c'est en vrai, qu'est-ce qu'il a fait de différent par rapport à moi ? Et encore mieux, qu'est-ce qu'il ose faire que moi, j'ose pas faire ? Et tu vois, à chaque fois, je prends l'exemple le plus aberrant possible. Tu vois, on dit souvent avec les réseaux sociaux est né aussi beaucoup ce truc de culture du vide, de gens de télé-réalité qui partagent un peu rien, tu vois, quelque part. Et tu vois, moi, pendant très longtemps, je me disais, putain, mais c'est fou, pourquoi ces gens... Pourquoi on leur donne du gaz ? Pourquoi ces mecs fonctionnent alors que finalement, ils ont l'impression qu'ils font rien ? Et en fait, tu vois, quand je me suis posé cette question, je me suis dit, en fait, ces gens-là osent, parfois des jeux d'acteurs, machin, mais ils osent faire des trucs face caméra que moi, j'oserais pas faire. Ouais, complètement. Après, il s'agit pas de se mettre à faire la même chose. Mais sauf qu'en fait, une fois que t'identifies ça, tu te dis, mais en fait, moi, j'ai juste pas envie de faire ça, donc c'est normal

Orane Dupont — qu'on ait pas le même résultat. Et du coup, là, tu vois, ça m'a fait dire, ah, je suis OK avec ça. Et là, j'ai cité un exemple très extrême, mais ça marche dans beaucoup de cas. Et c'est vraiment... ça permet un peu de s'apaiser parce qu'effectivement, c'est très toxique. Et sur les réseaux, en fait, les gens montrent que ce qu'ils veulent montrer. Et ils te montrent pas toutes les galères, tous les trucs qui se passent pas bien, etc. Et ça, c'est un message, bon, qui apparaît de plus en plus et c'est bien de le partager, de faire la prévention. Mais je suis complètement d'accord avec toi. Et il y a une phrase qui me porte beaucoup. Alors, je vais pas pouvoir te redire qui l'a dit, il faudrait aller chercher, mais pourtant, j'adore, moi, ça me porte beaucoup. c'est... Attends, je te dise pas de bêtises, il faut que je te la ressorte quand même, sinon ça va foirer. C'est ça. Je crois beaucoup en la chance et je remarque que plus je travaille et plus elle me sourit. Oui, c'est magnifique. En fait, c'est ce truc-là de la chance. Alors, oui, il peut y avoir des facteurs chance, bien sûr, mais franchement,

« Plus je travaille, plus la chance me sourit »

Ybelion — travail et déjà, la chance, elle devrait arriver parce que le concept de chance, bon, il est très bien. Encore une fois, il peut y avoir des choses qui font que ça fonctionne mieux que d'autres, mais les gens, on le voit pas, mais sincèrement, ils bossent. Les influenceurs, ils travaillent, c'est des travailleurs parce que c'est du boulot de faire des vidéos, de monter, de machin. c'est pas de la chance, c'est du boulot qu'ils font, tu vois. Et ça, c'est un truc moi qui me porte. Je suis d'accord avec toi. Et tu vois, même le côté, même si tu fais que des danses TikTok, mais que tu publies cinq vidéos par jour, t'as vraiment mon respect parce que ça prend un temps de temps. C'est clair. Ça, c'est clair. Et d'ailleurs, ce que t'as dit sur le travail et la chance se reflète aussi dans ton parcours que t'as pu partager parce que quand t'écris ton premier livre et puis après, finalement, ça t'ouvre l'opportunité d'aller dans un salon et puis en fait, c'est tous ces petits hasards qui font les belles aventures.

Orane Dupont — Et ce qui est exceptionnel, c'est que

Ybelion — tous ces trucs-là, c'est toujours des trucs

Orane Dupont — que tu peux pas prévoir. Et à chaque fois que tu te fixes des objectifs ou que tu dis j'aimerais faire ci, j'aimerais faire ça, en fait, tu sais jamais vraiment ce qui va se passer. Et souvent, les choses les plus exceptionnelles,

Ybelion — c'est que des trucs que t'aurais jamais imaginés.

Orane Dupont — Et ça, c'est sympa quand tu lâches prise, tu en parlais de lâcher prise tout à l'heure, et quand tu lâches prise sur ça, la vie devient... Mais justement, pour arriver à tout ça, selon moi, il faut pousser les portes. Peut-être qu'il y a des gens où ça tombe tout cru dans l'assiette, mais sincèrement,

Ybelion — j'y crois pas trop. Je pense vraiment que pour que les choses arrivent, il faut que tu travailles et il faut que tu oses pousser les portes. C'est vrai. Renseigne-toi, appelle des gens et essaye de faire des trucs et là, ça fonctionnera. Parce que si t'attends sur ton canapé qui est Alba Michel qui t'appelle, sincèrement, ça va être chaud. Donc, envoie ton roman à des maisons d'édition et c'est là où ça peut fonctionner. Je suis d'accord avec toi. C'est vraiment le fait d'oser faire des petits pas tous les jours vers tes rêves et de demander de l'aide si besoin. Parce qu'il y a plein, maintenant, on trouve plein de choses. En fait, il y a plein de gens qui partagent des choses. Et tu vois, c'est aussi pour ça que j'aime bien parce que vous, alors je dis vous, mais je suis auteur aussi, c'est vrai, mais comme je suis l'hôte, je me mets pas forcément dans la case. Mais vos parcours sont hyper inspirants sur ça parce que ça montre plein de petits détails. Tu vois, typiquement, cette histoire de doser, faire des petits pas,

Orane Dupont — juste d'être en action, ça, c'est quelque chose

Ybelion — que je répète souvent et le fait que tu le dises et en fait,

Orane Dupont — tu es une preuve que ça fonctionne, tu vois. Et c'est ça qui est dingue et je trouve ça trop, trop inspirant. Merci pour tes partages. Et il y a une question qui est un peu traître, mais si tu devais, si sur tes cinq romances, tu devais en garder lequel est ton préféré ? Mais tu sais que ça, c'est une question qui revient hyper souvent. Ouais, ouais, je comprends. Je suis désolée à laquelle je n'ai pas de réponse. T'as pas de réponse. Tu vois, je dis souvent, alors j'ai pas d'enfant, mais j'imagine que quand t'as des enfants, tu peux pas choisir entre tes enfants,

Ybelion — j'espère. Mais du coup, pour moi, mes romans, c'est comme des bébés, quoi. et du coup,

Orane Dupont — je pourrais pas, je pourrais pas choisir un de mes romans. En fait, tu vois, ils m'ont tous apporté quelque chose à un moment donné et j'ai partagé des mois avec ces personnages-là à chaque fois. Ça a toujours été un bonheur de les avoir. Franchement, je pourrais pas. Je comprends. Du coup, je vais changer ma question et je vais te dire au regard de tout ce qu'on a échangé, là, t'aurais envie de parler duquel. Je crois que j'ai toujours envie de parler du dernier parce que c'est une étape en plus à chaque fois, tu vois. Et comme je suis toujours en plus, tu sais, comme je te disais

Ybelion — dans l'anticipation et tout, ouais, le dernier, en plus, il est toujours

Orane Dupont — très frais dans ma tête et puis les personnages, ils sont encore pas loin. quand on m'interroge sur mes romans, j'adore parler de ceux qui sont venus avant, mais généralement, le dernier en date, c'est toujours celui avec lequel j'ai le plus envie de parler finalement. Et qu'est-ce qu'il raconte, du coup, ton dernier roman ? Eh bien, je me suis lancée dans ce projet de parler d'une relation intergénérationnelle. On repart dans le voyage parce que c'est quelque chose qui m'anime

Une grand-mère, un EHPAD et un grand voyage

Ybelion — beaucoup voyager et du coup, c'est le sujet

Orane Dupont — de mon premier roman et là, dans ce cinquième roman, on repart en voyage et cette fois, eh bien, on part avec une femme de bientôt 30 ans et sa grand-mère de bientôt 80 ans qui vient en fait récemment d'être institutionnalisée en EHPAD et qui est très malheureuse et du coup, elle décide de partir toutes les deux en voyage. C'est magnifique. C'est magnifique comme message. Franchement, je me suis fait un plaisir de dingue à l'écrire ce roman. Je crois que c'est le roman qui fait le plus appel à des choses de moi et c'est un roman qui me touche beaucoup. C'est un roman dans lequel j'ai beaucoup voyagé. Pour le coup,

Ybelion — on s'envole dans un pays dans lequel je suis allée aussi. Donc,

Orane Dupont — j'avais aussi plein de choses à dire

Ybelion — de mon vécu sur place, toutes les choses que j'ai pu voir, entendre, sentir et cette relation entre cette femme et sa grand-mère, le lien filial comme ça, en plus, c'est une histoire de femme, ça me tenait vraiment à cœur. Ça me touche beaucoup parce que il y a quelque chose dans l'intergénérationnel qui est assez dingue. C'est comme quand tu changes de culture,

Orane Dupont — c'est des périodes de vies totalement différentes et quand tu échanges avec tes grands-parents, par exemple, ils ont tellement d'expériences de vie que c'est toujours... Moi, je pense que tu peux les écouter parler pendant des heures de tout ce qu'ils ont vécu. Et franchement, pour le coup, j'ai vraiment hâte de découvrir ça. Chouette. Mais c'est vrai que pour le coup, ce roman-là, c'est vraiment un hommage à mes grands-mères parce que mes grands-mères,

Ybelion — elles ont, j'ai la chance de les avoir encore, elles ont une place importante dans ma vie même si on ne se voit pas beaucoup, même si c'est difficile dans nos vies de dingue d'avoir beaucoup de temps. Mais malgré tout, elles comptent beaucoup pour moi. Elles ont été très présentes aussi quand j'étais enfant et j'avais envie de leur rendre hommage à travers ce roman-là. C'est beau.

Orane Dupont — C'est un très bel hommage. Et c'est... Le livre est un des... est un des hommages qui reste... qui dure le plus longtemps en plus. C'est pour ça aussi que c'est tant... ça te marque tant quand tu tiens le premier dans tes mains. C'est fou. Pendant cette ère ultra-numérique, en fait, le livre n'a jamais disparu. Le physique, c'est dingue. Oui, c'est sûr. Et ça, c'est une réflexion que je me suis faite récemment. Je me suis dit, purée,

Les livres, notre part d'immortalité

Ybelion — mais c'est fou parce qu'on n'est pas éternel. Mais par contre, les livres qu'on écrit, alors je ne sais pas

Orane Dupont — s'ils sont éternels, mais en tout cas, c'est quelque chose qu'on va laisser ensuite. Et je me suis rendue compte de ça il n'y a pas si longtemps que ça. Et je me suis dit, c'est quand même dingue. Même quand je ne serai plus là, il y aura encore mes livres et les gens pourront lire mes histoires et tout. Franchement, je trouve ça trop chouette. Oui, je suis d'accord avec toi. C'est quoi le déclencheur qui t'a fait prendre conscience de ce... de ce sujet ? Je crois que c'est une discussion avec mon conjoint. Je ne sais plus exactement d'où s'est sorti ce truc-là qu'on n'était pas éternel, mais que

Ybelion — ça allait rester. Peut-être justement parce que... Alors moi, j'ai lu beaucoup de contemporains, mais mon conjoint, lui, il est plus de classique. Et je crois qu'on parlait de ça d'un roman classique et je crois que ça vient de lui, justement, où il me disait il est mort, mais au final, je lis son roman et tout. Tu vois, ça vient de ce truc-là et on a pu associer au fait que moi aussi, du coup, ça restera. C'est trop touchant parce que c'est... Je trouve que les gens sont un peu des déclencheurs de ça, tu vois. discuter avec un psy, discuter avec un coach, sert à ça, tu vas te faire prendre conscience de choses, mais c'est vrai que... Alors là, c'est dans un cadre professionnel, c'est fait pour vraiment avancer entre guillemets le plus vite possible, machin, etc. Mais ça marche avec n'importe qui, en fait, l'échange avec les gens, n'importe qui que tu peux rencontrer, au-delà du fait que ça t'ouvre plein de portes, comme on disait tout à l'heure, ça te fait aussi réaliser des choses très précieuses et qui impactent beaucoup après, que ce soit ta vie ou les écrits, quoi. Moi, j'aime bien voir le livre comme un peu la recette de l'immortalité. Tu vois, quelqu'un qui lit ton livre, il s'approprie ton histoire, il lui donne une nouvelle vie, tu vis à travers ça et il y a autant d'interprétations que le lecteur et quelque part, ça te donne une infinité de vie. Et c'est marrant, tu vois, je te fais le partage parce que j'y repense là. J'avais fait un podcast sur ça justement et en plein podcast, à un moment, je prends conscience, je me dis, putain,

Orane Dupont — mais en fait, Voldemort,

Ybelion — c'est ça qu'il aurait dû faire, tu vois. Il aurait dû écrire des livres et il serait devenu immortel. Il aurait réussi à vaincre son truc. C'est vrai.

Orane Dupont — Je sais pas pourquoi j'aime bien cette vision du livre qui te rend, qui te permet de laisser une trace, tu vois. Et quelque part, je pense qu'il y en a aussi qui écrivent beaucoup pour cette raison-là et ça, c'est souvent un déclencheur, tu vois, quand tu te rends compte que ton intention, c'est parce que t'as envie de laisser quelque chose à tes enfants, tu vois. Et là, souvent, tu prends confiance de ça et tu fais, ok, en fait, là, il faut que je m'y mette. Et parfois, c'est ça qui te lance. Ouais, c'est sûr. Et pour rebondir sur ce que tu disais sur les gens qui s'approprient l'histoire, ben, c'est, pour moi, c'est la plus belle récompense, tu vois, quand les gens, justement, ils s'approprient ton histoire et le truc qui me fait le plus plaisir à chaque fois, c'est quand les gens, ils parlent de mes personnages comme s'ils existaient. Je sais pas, ça fait un truc en moi où je suis trop heureuse parce que moi,

Des personnages qu'on croit vivants

Ybelion — je sais que c'est de la fiction, mais je les considère comme des vraies personnes, tu vois, mes personnages. Et quand on vient me voir en dédicace

Orane Dupont — et qu'on me dit, ah,

Ybelion — mais Roxane, je l'aime trop, j'aimerais trop la rencontrer dans la vie et tout, mais je suis trop heureuse. Et justement, ben, comme on parlait d'immortalité, je me dis, ben, ça rend aussi des personnages, même s'ils existent pas, ben, immortels. Et... Oui.

Orane Dupont — C'est vrai, c'est vrai que tu es

Ybelion — et tu donnes naissance à des personnages qui auraient jamais existé sans toi. Et ça, c'est quand même très beau aussi. Vraiment, les gens ont plein de bonnes idées en tête, plein de bons personnages en tête. C'est dommage

Orane Dupont — qu'ils y restent, quoi. Ouais, c'est clair. Je suis assez convaincu que le... que chaque lit trouve son lecteur un jour, tu vois. Quelque part, ça peut faire un effet papillon absolument dingue, marquer quelqu'un... Ouais, très très fort. Et est-ce que ça t'est arrivé que quelqu'un te partage une compréhension ou une prise de conscience après avoir lu ton livre à laquelle tu t'attendais pas forcément ? Euh... À laquelle je m'attendais pas, je crois pas. mais... Mais... Mais ça me fait hyper plaisir quand... quand on me dit ben... cette histoire-là, ce roman-là, ce personnage-là m'a hyper touchée.

Ybelion — Il y a un de mes romans qui parle de... de situation de handicap. et ce roman-là, il plaît quand même pas mal, surtout aux personnes qui se sont concernées, pas que, mais ces personnes-là, eh ben, quand elles viennent me dire ben, la colère de ce personnage, ben, ça m'a parlé, ça m'a fait écho, c'est ce que j'ai ressenti moi aussi. Ça, c'est... J'avoue, c'est un bonheur

Orane Dupont — quand on me dit ça. Ouais,

Ybelion — c'est que t'as visé juste. Ouais. Et ouais, je suis d'accord, c'est très touchant. Et pour revenir sur un truc que j'évoquais au début, le... On a parlé de comparaison, alors pas forcément du regard que peuvent porter les autres. Mais toi, du coup, t'as,

Les phrases les plus loufoques des dédicaces

Orane Dupont — de manière assez rigolote, t'as partagé plein de... de phrases ubuesques qu'on avait pu te dire. C'est quoi ton rapport au... au retour que tu peux avoir ou aux critiques même. Et parfois, ces phrases... Et là, les gens qui nous écoutent, je vous invite à aller voir parce que c'est vraiment parfois, tu te dis, mais putain, tu tombes des nus, quoi. Ouais, ouais, je me suis lancée sur une petite série de... les phrases les plus... les plus loufoques qu'on m'est sorties en dédicace. Bah, en fait, ça me fait rire. J'avoue qu'au tout début, quand j'avais pas encore trop d'assises, tu vois, dans ce métier-là de romancière, ça me faisait mal. Il y avait certains trucs qui me faisaient un peu mal. Genre, ah non, mais vous avez pas gagné de prix. Moi, je l'ai que les primés. Je me disais, bon, bah, ok, tant pis pour moi, mais ça me faisait un peu mal quand même. aujourd'hui, je pourrais dire, bah, si, ça y est, j'ai gagné un petit prix, donc c'est bon, vous pouvez me lire. Mais, mais ouais, en fait,

Ybelion — je trouve ça drôle aujourd'hui et je me suis dit, c'était rigolo de les partager parce que, en fait, c'est des expériences de la vie et les gens, de l'encore, sont très surprenants. en fait, c'est quand je les partageais autour de moi à mon conjoint, à mes amis, à ma famille, en fait, à chaque fois, j'avais des réactions où tout le monde se marrait. Je me suis dit, vas-y, je vais le partager à tout le monde comme ça, on rigolera tous ensemble, quoi. Et puis, c'est un côté un peu, enfin, d'un point de vue extérieur, je trouve que c'est un côté du dédramatisme ce que toi, tu peux recevoir aussi en te disant, ouais, mais en fait, des gens bizarres

Orane Dupont — avec des avis bizarres, des phrases bizarres, il y en a partout. Et quelque part, moi, ce que je dis toujours sur ça, c'est que ça en dit beaucoup plus sur eux que sur toi, tu vois. Plus. Et donc, et donc, donc, c'est, ouais, moi, j'ai trouvé que c'était, tu vois, encore une fois, très inspirant de partager, de partager ces petites expériences parce que tu te dis, ah ouais, en fait, mais je ne suis pas tout seul à recevoir des critiques ou ce genre de choses et ça te fait, ça te fait, ça te fait du bien. Mais c'est vrai que j'ai beaucoup de réactions de lecteurs que ça choque ou que ça fait rire ou quoi que ce soit. mais j'ai aussi beaucoup d'écrivains et bien qui viennent

Ybelion — qui viennent me dire, ah bah ça me fait plaisir que tu partages ça parce que moi aussi, on me sort des dingueries mais je n'osais pas trop en parler

Orane Dupont — et je pense que justement, bah c'est hyper important de parler de tout et de parler de,

Ybelion — bah pas que de nos réussites, de, ouais,

Orane Dupont — il n'y a pas que des réussites dans la vie et demain, on vit des trucs quand même pas faciles en tant qu'auteur. donc autant, ben,

Ybelion — les partager et puis voir qu'on est tous dans le même panier et que parfois, on galère tous ensemble. Ouais, totalement,

Orane Dupont — je partage ton avis. Et le livre là dont tu parlais qui a gagné un prix, c'est lequel ? Alors, je n'ai pas de roman qui a gagné un prix mais en fait, j'ai participé

Ybelion — à un concours de nouvelles et, ah oui, ok. Et ouais, j'ai, voilà, j'ai été lauréate de ce petit concours. Alors, c'est loin d'être un truc de malade mais non, je suis contente. C'est un prix quand même, tu vois, et on disait fêter les victoires, franchement, franchement, c'en est une belle. Oui, non, franchement, ça m'a fait plaisir malgré tout. C'est une reconnaissance,

Orane Dupont — une petite reconnaissance mais une reconnaissance quand même. non, non, je prends, je suis contente. Ouais, bravo, effectivement. Et la suite de tes aventures, tu vas, du coup, entamer après la, tu vas envoyer en maison ton manuscrit sur la relation intergénérationnelle, là, et tu vas commencer à écrire tout de suite autre chose, ouais ? Oui. Oui, oui, oui, oui. En fait, souvent, pour l'instant, ça a toujours été comme ça,

Le prochain roman : les fondations de la maison

Ybelion — avant même de finir le roman précédent, j'ai d'un coup une idée qui pop dans ma tête après, quand l'idée et quand je commence

Orane Dupont — à écrire, il peut se passer quand même de longues semaines mais, ouais, j'ai eu, il y a plusieurs semaines maintenant, une nouvelle idée et je viens tout juste de finir, d'écrire le plan. J'ai commencé à écrire deux, trois trucs et tout et ça y est, ça commence à, ça commence à me titiller, là, je crois que, je commence à écrire. Ah, ça se voit que tu bouillonnes.

Ybelion — Ouais, c'est clair. Non, et puis, j'adore écrire les plans parce que j'ai l'impression, tu vois, de faire les fondations de ma maison et franchement, c'est un exercice hyper intéressant que j'adore d'écrire les personnages, écrire mon plan, je pose tout ça. Déjà, ça me réjouit de faire quelque chose comme ça mais commencer à écrire, ça a quand même une autre saveur. Donc là, bon, je vais partir en vacances, je ne vais pas pouvoir tout faire donc on verra à la rentrée mais j'ai hâte.

Orane Dupont — Ouais, je comprends, je comprends. C'est vrai qu'il y a un côté quand tu construis le plan,

Ybelion — un peu de, je ne sais pas, tu as l'impression

Orane Dupont — d'être un peu un, comme si tu construisais une maison de Lego ou je ne sais pas, un puzzle, je ne sais pas, tu assembles des, alors moi, dans ma tête, j'ai un peu genre, c'est comme si je voyais plein de pièces et qu'il fallait que je réussisse à tous les relis entre elles mais c'est extrêmement satisfaisant quand à la fin, tu fais, waouh, c'est bon, là, ça marche. Ouais, c'est clair. Moi aussi, je ne sais pas si c'est un trait de personnalité qu'on a en commun du coup ou pas, tu vois, mais je pense que c'est les personnes qui aiment être organisées parce que tu vois, on parle des architectes VS jardiniers dans l'écriture et moi, je pense que je suis quand même pas mal architecte dans mon genre. Il y en a, les plans, ça va les stresser et bon, ok, fais ça. Moi, je trouverais ça impossible pour moi mais bon, chacun son truc mais alors moi, ça me satisfait d'écrire des plans, j'adore ça et du coup, finir cette étape-là de l'ego comme tu dis, je trouve ça génial. Moi,

Ybelion — je n'avais pas le truc de l'ego mais ça me parle bien mais ça peut paraître bizarre mais je ne sais pas si tu as Netflix mais tu sais, à chaque épisode d'une série, tu as une phrase tu vois, qui va annoncer l'épisode et du coup, moi, j'ai l'impression de faire ça, tu vois, d'écrire des phrases qui vont annoncer le truc et j'adore, c'est comme si j'ai l'impression de me teaser moi-même, tu vois et je ne sais pas, j'aime bien. Ah ouais, c'est hyper intéressant parce que justement, le juste milieu que j'ai trouvé sur ce spectre jardinier-architecte là, c'est que quand je suis trop dans le côté architecte,

Orane Dupont — j'ai un côté un peu, je ne suis jamais surpris par ce que je découvre en écrivant et donc, j'aime bien laisser un peu de latitude et je trouve que ce que tu dis rejoint un peu, je n'avais jamais conscientisé,

Ybelion — mais rejoint un peu ça, c'est-à-dire que je suis assez conscient des moments forts qui vont rythmer l'histoire mais entre ces trucs-là, pas forcément et ouais, c'est intéressant, ça te fait comme une... Écoltement comme toi, c'est-à-dire que

Orane Dupont — je mets les moments forts et après, je me laisse surprendre quand même dans certains points. Sur ça, je te parle de petits teasings, moi, c'est comme ça que je le perçois, c'est comme si je me teasais moi-même. Ah, franchement, ça me parle beaucoup ça et puis, tu as raison, ça fait un côté excitant parce que du coup, tu as envie aussi de dire putain,

Ybelion — ce chapitre-là, je sais que et comment on va explorer ce truc-là ? Ouais, ouais. C'est toujours un épisode quoi, tu vois, tu ne sais pas trop ce qui va se passer dans les grandes lignes, tu as cette idée-là mais après, comment tu vas y arriver ? Ben, tu peux encore te laisser surprendre. C'est pour ça, c'est trop génial, c'est trop génial d'écrire parce que tu te fais tes propres scénarios et tu te laisses surprendre par tes propres épisodes de série quoi, c'est trop bien. J'aime trop, j'aime trop, je vois qu'on est arrivé à une heure là. Moi, j'aime bien cette conclusion, l'écriture, c'est trop génial, je partage totalement ton avis. Merci beaucoup, Orane, de t'être pliée à l'exercice avec moi. Avec grand plaisir, et à toi, c'est trop bien. Avec plaisir, on pourra en refaire quand tu auras des actus brûlantes ou des choses que tu as envie qu'on explore avec grand plaisir. Merci beaucoup, merci beaucoup. Merci à toi. Merci à toi. avec Dieu.

Épisode 46 avec Orane Dupont

AU MICRO AVEC

Orane Dupont