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Pochette de l'épisode 42 du podcast Ose Écrire

ÉPISODE 42AVEC INVITÉ27 AOÛT 202579 MIN

Discussion avec Raphaël Ominis

Clarté · Identitélégitimité
00:001:19:29

FACE A — LES 19 CHAPITRES · CLIQUE POUR ÉCOUTER

Qu'est-ce que tu fais des jours où tu te trouves génial ?

CE QUE RACONTE CET ÉPISODE

Raphaël Ominis, auteur de la saga Lumières et Origines, le raconte sans se cacher dans l'épisode 42. Il traverse des phases où il pense sincèrement que personne n'écrira aussi bien que lui. La plupart des auteurs connaissent ça et n'en parlent jamais, parce que les deux réponses habituelles sont mauvaises. Y croire rend sourd à tout retour. Se punir de l'avoir pensé éteint l'envie d'écrire.

Sa troisième voie tient dans une image que je trouve parfaite. Prends ça comme un brownie. Un truc que tu peux manger, mais pas tout le temps. Tu reconnais la phase pour ce qu'elle est, tu en profites un moment, et tu passes à la suite.

Ce qui rend son propos solide, c'est qu'il vient de la psychologie et d'un burn-out. Il a étudié la psycho, il en a fait la matrice de son écriture, et il a appris à ses dépens ce qui arrive quand la voix qui juge prend toute la place.

Dans cet épisode, on parle aussi du manager toxique qu'on garde dans sa tête bien après avoir quitté le salariat, du matin où il s'est réveillé avec une douleur électrique dans tout le corps, et de ces cinq minutes d'entretien après un mois d'attente qui l'ont décidé, par terre et en larmes, à lancer sa campagne de financement. Elle a réussi.

LE CAROUSEL DE L'ÉPISODE

CAROUSEL À VENIR

Les slides de cet épisode arrivent bientôt dans la bibliothèque visuelle.

Face B — le transcript

L'ÉPISODE MOT À MOT · LES TIMECODES LANCENT L'ÉCOUTE

Évidemment, tu te doutes bien que ce n'est pas moi qui ai tapé tout ce transcript à la main… Alors oui, il y a parfois des incohérences et des erreurs. Et sur les discussions, il arrive même que les voix se mélangent. Comme quoi, rien de mieux que d'écouter l'épisode plutôt que de le lire !

Introduction

Ybelion — Yo yo, c'est Ybelion, vous êtes dans le 42e épisode d'Ose Écrire, dans lequel j'ai l'immense plaisir d'accueillir Raphaël Ominis, avec lequel j'ai eu la chance d'échanger sur la santé physique et mentale des écrivains, sur le fait de se trouver génial et de se remettre en question, et bien sûr de lui, son univers et ses inspirations. Sur ce, je vous souhaite une très bonne écoute et je vous dis à très vite. Moi, c'est Sam Ybelion de Mon Nom de Plume. Je suis écrivain, coach et j'accompagne celles et ceux qui veulent renouer avec leurs rêves d'écriture. T'écoutes un podcast dont l'intention est simple, te donner inspiration, outils, motivation, discipline, bref, tout ce qui peut te permettre d'oser écrire. En gros, c'est un peu dans le titre quoi, Ose Écrire. Et je me rappelle un truc qui m'avait beaucoup touché dans ce que tu partageais, c'était vraiment le message que tu avais fait passer sur la légitimité.

Auteur ou écrivain : la police des étiquettes

Raphaël Ominis — Ah oui, il est récent celui-là en plus.

Ybelion — Ouais, il est récent, ouais. Et ouais, ça m'avait touché de fou parce que, tu vois, tu parlais d'intuition et tout. Pas très longtemps avant, j'avais vu une vidéo d'un type, j'ai oublié son nom d'ailleurs, parce qu'on partageait pas du tout les mêmes valeurs, donc il a disparu de mon algorithme, mais de quelqu'un de sait qui faisait le, je sais pas comment dire autrement que le casse-couille sémantique, tu vois. C'était un auteur ? Ouais, je crois.

Raphaël Ominis — Je suis presque sûr de savoir qui c'est, mais bref, ouais. Ok, ouais, on dira, on taira le nom, tu vois.

Ybelion — Mais de dire, voilà, auteur c'est que quand machin, écrivain c'est que quand machin, les mots ont une importance, ça m'a fait souffler, putain.

Raphaël Ominis — Honnêtement, j'ai, enfin, j'ai un, je partage, j'ai une vision un peu partagée de ça parce que j'ai un peu été cette personne, putain, tant, donc je comprends un peu cette vision des choses, mais, enfin, c'est ma façon de voir les choses maintenant, mais je pense qu'il faut être capable de sortir un peu, de voir au-delà du bout de son nez, en fait, deux minutes, et de regarder quelles sont les autres expériences et de comprendre comment les livres sont écrits, comment se fait le parcours d'une personne qui apprend une discipline, pas juste l'écriture, d'ailleurs. Déjà, on peut parler de discipline artistique. Il y a le dessin, enfin, l'illustration, la musique, tout ça, l'écriture, mais il y a aussi tout simplement une discipline. Il y a le sport, il y a une discipline, par exemple, des matières, scientifique ou littéraire, etc. J'arrive pas à comprendre qu'on reste vraiment dans une idée de nomination aussi simple, en fait, pour les choses, sans essayer de comprendre quelle est la base, en fait. Et du coup, c'est ça qui me détache un peu. Et puis ça, moi, quand j'avais fait la publication, je crois que je l'avais dit, d'ailleurs, au début, que c'était à cause d'un trade que j'ai vu passer. Je m'avais un peu fait péter un plomb, quoi. Je me suis dit, non, attends.

Ybelion — Et toi, maintenant, tu te définirais comment si tu devais te coller plusieurs étiquettes ?

Raphaël Ominis — Franchement, si tu avais collé plusieurs étiquettes, ça prendrait trop de temps de toutes les données.

Ybelion — Ouais, j'aime bien cette réponse, en vrai.

Raphaël Ominis — Franchement, quand tu commences à écrire, tu prends les étiquettes petit à petit. Moi, je me considère comme auteur parce que mon activité principale, c'est l'écriture. Actuellement, je reste sur hauteur parce que toutes les autres casquettes, en ce moment, j'en ai laissé tomber plein parce que ma tête n'est pas assez grosse pour porter autant de casquettes. Clairement, en fait, c'est ça, le truc. Même si, voilà, je peux dire, forcément sur Insta, ta salle de Community Manager, quand j'ai fait la campagne, j'ai eu celle de chef de projet. Il y en a des tonnes, en fait. Un peu de graphiste, quelque part. Quand tu mets aussi tes publications sur Insta, tu fais un peu de graphisme. Donc, ouais, déjà, je mettrais celle-ci pour l'instant. Et si je dois réfléchir plus, je pense qu'il y en aura d'autres.

Ybelion — Très bien. Ouais, je comprends. C'est vrai que c'est quand tu choisis les voies de l'auto-édition ou en tout cas même juste de partager des choses. Inévitablement, tu deviens autodidacte aussi dans tout ce que tu apprends. Et tu balayes vraiment beaucoup de choses. Et dans ta casquette d'auteur, ça fait combien de temps que tu la portes ?

« Prends ça comme un brownie »

Auteur depuis ses 13 ans, et les longues coupures

Raphaël Ominis — Pour moi, je la porte depuis que j'ai commencé à écrire. Donc pour moi, je la porte depuis mes 13 ans. Puisque je considère qu'on n'est pas auteur à partir du moment où on a publié quelque chose ou à partir du moment où on a acheté quelque chose, on est auteur à partir du moment où on écrit. Donc c'est valable pour moi autant que ça devrait être valable pour, de mon point de vue, tout le monde. Et du coup, voilà, depuis mes 13 ans, si je fais le calcul, ça va faire quoi ? Ouais, c'est 17 ans, un truc comme ça.

Ybelion — Pas mal. Voilà, et ça fait... T'as toujours écrit depuis tes 13 ans ? Ou t'as eu des moments de creux, de pause, etc.

Raphaël Ominis — Je dirais que j'ai commencé un peu avant, déjà, puisque l'idée d'écrire des histoires... Je me rappelle qu'on avait une nouvelle à faire, à un moment donné, en 6ème, ça m'a fait kiffer. En vrai, je me suis dit, ah c'est cool, je m'inspirais le jeu et tout. Mais voilà, c'était resté dans un coin de ma tête. Ouais. Voilà.

Ybelion — Elle parlait de quoi, cette nouvelle-là ?

Raphaël Ominis — Je me rappelle plus exactement, je sais juste que je m'étais inspiré d'un jeu que j'aimais bien, qui était Children of Mana, sur DS. Ok, ouais. Je me rappelle qu'il y avait un truc, je crois, il y avait une ville où je m'étais inspiré de, je crois, Wendel, qui est un village dans le jeu. Et il y avait une histoire d'épée, de ténèbres, je sais plus quoi. Il y avait un truc comme ça, je me révèle plus en détail. Je crois que j'avais même pas eu une super note, mais je me suis juste dit, ah mais... Moi j'ai aimé faire ce devoir, je m'en fous de la note, j'étais un peu dans autre chose. Et après, ça s'est arrêté, parce que c'était juste sur le devoir. Et ensuite, il y a eu ce moment où j'avais commencé à écrire dans l'avion pour aller en vacances. Et je sais pas, je me suis dit, ah, je sens que là c'est sérieux. Et j'avais noté la date. Je me suis dit, pourquoi je sens que c'est sérieux ce truc ? Et du coup, c'était resté, c'était le 5 juillet, je me rappelle. Putain, le 5 juillet... Voilà, ça a continué petit à petit, parce que du coup, j'ai un peu digressé, tu m'as demandé si j'avais eu des coupures, et oui, j'en ai eu énormément des coupures.

Ybelion — Ok. Des coupures, tu saurais dire à quoi elles étaient dues ?

Raphaël Ominis — Ouf, mes coupures, elles étaient dues à mille choses. Elles étaient dues à l'adolescence, elles étaient dues à... Pfff, aller en cours, arrêter d'aller en cours. Si. Puisque moi, j'ai pas fini mes études dès le départ, quoi. Dès la seconde, je crois, j'avais retapé ma seconde, et puis après, j'ai... J'ai juste... Pfff, été au lycée. Donc il y a eu des coupures dues à ça, il y a eu plein de moments complexes. Il y a eu des reprises où je me suis complètement engouffré dedans. Et puis après, d'autres coupures, puisque reprises d'études plus tard. Travail, arrêt de travail, donc reprises d'écriture, etc. Ça a souvent été comme ça, en fait. J'ai rien que ça a toujours été comme ça.

Ybelion — Ok. Et à ton sens, c'est toujours le cas où t'as l'impression d'avoir lancé une phase où t'as inscrit l'écriture dans ta vie ?

Raphaël Ominis — Pfff, oui et non. Si j'écris, c'est parce que j'ai encore perdu mon boulot. Du coup, non, c'est pareil. C'est toujours la même chose. Après, je dirais que c'est plus maîtrisé. Puisque quand j'écrivais, n'étant pas scolarisé à ce moment-là, j'écrivais parce que je me disais j'ai le temps, j'ai envie, je veux boucler un projet. Je fonctionnais toujours dans cette idée-là. J'écrivais dans l'idée de me dire je rejette foncièrement l'oisiveté, en fait. Ça, ça a toujours été mon truc. J'aime pas rien faire. Maintenant, j'écris parce qu'il y a une idée plus précise dans ma tête. Je communique quand même sur les réseaux. Même si en ce moment, c'est plus discret. J'ai eu le lancement de la campagne. J'ai collaboré avec du monde. Il y a quelque chose de plus concret, de plus maîtrisé. Je rends ça... C'est pas qu'avant, c'était pas un vrai travail, mais je pense que je le percevais pas comme ça. Dans ma tête, plus jeune, c'était un loisir. C'était pour sortir ce que j'avais dans la tête. C'était des inspirations. Ça restait quand même assez sérieux dans la manière dont je m'organisais, mais moi, je le vendais autour de moi comme un passe-temps, comme une passion. Là, c'est pas que je l'aurais plus comme une passion. Ça l'est toujours aussi. Mais je le vois de manière plus concrète. Il y a un objectif plus clair derrière. C'est peut-être ça la différence, je dirais.

Ybelion — C'est passionnant, en vrai. J'aime beaucoup ce que tu as dit sur l'oisiveté. Surtout quand ça touche à la passion, au sens de la vie, etc. Je fais un parallèle un peu, tu vois. Mais c'est des questions qu'on se pose beaucoup actuellement, de savoir qu'est-ce qu'on a envie de faire de notre vie. Et de temps en temps, on a tendance à oublier que ça ne veut pas dire être oisif, être rien faire, refuser la valeur travail, par exemple. Et moi, je sais que ça a été quelque chose d'assez difficile, tu vois, dans le changement de parcours, de faire comprendre aux gens que ça n'allait pas pour être oisif, justement. Et c'est pour ça que ça m'a beaucoup touché, ton partage. Merci. Et tu as dit que c'était l'objectif qui avait changé entre le début et maintenant. Et c'est quoi cet objectif ?

En vivre, et donner à comprendre la tête des autres

Raphaël Ominis — L'objectif premier, clairement, c'est de pouvoir normalement en vivre. Puisque ça aussi, c'est une publication que j'ai faite il n'y a pas longtemps sur le fait que je sois assez mécanique. Je ne dis pas qu'il n'y a pas de passion, il n'y a pas d'envie intérieure. Je prends plaisir quand même à écrire, même si pas tout le temps. Il y a des moments où je me force. Ça, c'est un peu aussi un truc, j'ai l'impression, qui est presque tabou des fois sur Insta. Pour moi, même quand on a une passion, même les choses que j'adore faire, des fois, je n'ai pas envie de les faire. Parce que je suis une personne plurielle, je ne suis pas juste un auteur. Je suis aussi un geek, je suis aussi quelqu'un qui aime sortir, je suis aussi quelqu'un qui aime aller dans des bars. Je ne suis pas juste un auteur. Donc des fois, je suis dans une période de ma vie où je n'ai pas envie d'écrire. Des fois, j'ai envie de faire autre chose. Donc des fois, je me force un peu. Il faut pousser un peu la machine. L'objectif, c'est de pouvoir en vivre, de pouvoir boucler ce que j'ai en tête. J'ai commencé la saga de Lumières et Origines, qui normalement est censée compter 7 tomes. Bon, j'en ai rédigé que 2, dont un seul qui est sorti. Mais tout est fait dans ma tête. Là, l'objectif clair que j'avais, normalement, c'est de pouvoir terminer la saga, de la vendre, de pouvoir en vivre. Même si là, je pars sur des nouvelles, puisque pour des raisons logistiques, ce serait mieux que je fasse ça pour l'instant. Mais mon objectif principal, c'est ça. Après, il y en a d'autres aussi. Écrire, pourquoi passer par ce média-là ? Parce que je pars du principe que j'ai pas mal de choses à dire. Dans l'écriture, je transmets une partie de mes expériences, une partie de l'expérience de personnes que j'ai côtoyées, de près, de loin, de très loin, ou de très près. Mes études aussi, je les ai faites en psychologie. J'ai appris énormément de choses dans mes études. J'ai appris énormément de choses dans des recherches que j'ai faites tout seul dans mon coin. En neurosciences, en psychologie plus directe appliquée, des fois en mythologie, en histoire du monde, des fois en physique, en chimie, en chute à recherche, dans tout et n'importe quoi. Donc, à un moment donné, mon cerveau fait des dambouilles et je me dis, je pense que j'ai des choses à faire. Et j'aimerais surtout permettre aux personnes qui me lisent, à long terme, de comprendre un peu ce qui peut se passer dans les têtes de personnes qui peuvent être complètement différentes. C'est pour ça que j'ai des personnages comme Sarah, qui revient beaucoup, qui est un personnage assez froid, très axé, objectif. Souvent, c'est le genre de personnage qu'on apprécie pas forcément dans des séries ou dans des histoires. Et j'essaye de beaucoup travailler sa psyché parce que mon but, c'est de pouvoir avoir des lecteurs qui sont complètement aux antipodes de ce personnage ou d'autres personnages et qui puissent se dire « Ah ouais, c'est pas quelqu'un que je comprendrais à la base, mais la manière dont je la lis, j'arrive mieux à comprendre pourquoi certaines personnes qui ressemblent à un tel peuvent fonctionner ou prendre leur décision de cette façon-là. » Ça, c'est un truc que j'aimerais bien réussir à attendre, par exemple.

Ybelion — J'ai un milliard de questions à te poser. Je réfléchis à l'ordre dans lequel je les posais. Je veux les poser comme elles me viennent. Je suis assez admiratif de tout ce que t'as partagé parce qu'on sent qu'il y a une grande curiosité de plein, plein de domaines. Et je suis assez d'accord avec toi. Je pense que l'écriture est nourrie beaucoup par ça, par toutes ces expériences. On est un peu des espèces de... Je sais pas, on attire à nous toutes ces influences. Et puis on distribue ça dans un livre qui contient finalement, concentré tout ce qu'on a pu nous ressentir, etc. Et tu vois, quand t'as dit même ce que des gens de très loin peuvent t'apporter, effectivement, il y a des choses qui te marquent dans la vie parfois. C'est juste quelqu'un qui passe dans la rue, qui dit un truc. C'est même pas à toi. Juste cette phrase te marque, peut changer ta vie, alors que cette personne-là, elle le sera peut-être jamais. Et je suis très fan de cette philosophie de vie un peu de lâcher prise, entre guillemets, et de transmettre tout ça dans le futur. Et bref, je ferme cette petite parenthèse pour dire toutes les études que t'as pu faire en psycho, etc. Tu penses que ça t'a apporté quoi exactement qui t'aide aujourd'hui dans l'écriture ?

Ce que la psycho lui a apporté : l'empathie

Raphaël Ominis — Plus que dans l'écriture, même si ça en fait partie, je crois que mes études en psycho, ça m'a apporté l'empathie. Parce que c'était vraiment un truc que j'avais pas. Je dis pas que je suis la personne la plus empathique du monde aujourd'hui, mais ça m'a permis d'apprendre à comprendre comment d'autres personnes fonctionnent. Moi j'avais vraiment cette idée que... Ça me fait rire de dire ça aujourd'hui, parce que j'osurais plus dire ça je pense maintenant. Mais moi dans ma tête quand j'étais ado, les gens ils étaient cons quoi. J'avais ma vision des choses qui pour moi était la meilleure. Et si les gens faisaient pas comme ça, c'était pas que je faisais une erreur, c'était que les gens ils arrivaient pas à comprendre pourquoi je fonctionnais de cette façon là. Et si on comprenait pas ma façon si logique et si organisée de faire les choses, bah c'est qu'on était débiles en fait. Moi dans ma tête c'était ça quand j'étais ado. Et après bon voilà, il y a l'autisme aussi qui joue sur ma vision qui peut être des fois particulière, mais ça m'a permis aussi de comprendre que les émotions c'était pas juste un truc comme ça qui passe. Je diabolisais beaucoup ça. Et la psycho m'a appris à comprendre que ça avait un sens dans le processus décisionnel d'une personne. Et du coup ça, tout ça, ça s'est versé dans l'écriture en fait. Parce que ça m'a permis de créer des personnages pas forcément un peu plus humains, moins clichés. Puisque clairement, quand j'écrivais quand j'étais ado, mes personnages c'était des copies, copy-pastés de ce que je pouvais voir dans des jeux, dans des animes, concrètement il y avait des clichés, des trucs pas possibles. Que même aujourd'hui, des fois quand je relis des vieux documents que j'ai dans mon PC, je suis là genre, ah ! C'est dans un vieux document, ça va rester dans un vieux document, c'est mieux pour tout le monde. Mais du coup voilà, c'est... Vraiment je resterais sur cette réponse, ça m'a apporté je pense l'empathie. L'empathie en écriture, l'empathie en tant que personne aussi. Un truc que j'ai voulu développer, que j'essaye encore de développer aujourd'hui.

Ybelion — C'est super beau. Ouais. J'ai pas d'autres conclusions. Franchement, ouais c'est beau. L'empathie. Ouais. Et le... Dans ton processus d'écriture, dans toute la saga dont tu m'as parlé, est-ce que c'est une saga que t'as imaginée quand t'étais plus jeune, tout de suite ? Ou alors que t'as construit plus récemment ?

De la trilogie à la saga en sept tomes

Raphaël Ominis — C'est les deux.

Ybelion — Les deux.

Raphaël Ominis — Je vais m'expliquer. A l'origine, cette histoire elle a eu plusieurs noms. Des noms tous aussi... Tous aussi nuls, je trouve, les uns que les autres avant. Enfin, en vrai non, mais... Parce que justement c'est... Pour moi chaque nom qui a existé, c'était un peu une marche d'un escalier vers le nom final. Sans chacun de ces noms, j'en serais pas arrivé là. Donc je dirais qu'au départ c'était... Une histoire en elle-même, que j'avais créée, que j'avais conçue. Ça avait déjà été une trilogie, que j'avais terminée.

Ybelion — Ok.

Raphaël Ominis — Et en fait, un ami qui m'a lu, qui lit pas mal, m'avait expliqué... Ah, c'est bien, mais il manque... Il manque des détails. Moi j'aurais voulu en savoir plus sur les lieux, sur les... Sur les origines des peuples, sur le monde en lui-même et tout. Et je me suis dit, ah ! Et à pas tort ! Et à ce moment-là, j'ai fait du world building absolument massif et compulsif. Et j'ai recréé l'histoire avec un regard nouveau. Donc la base est la même. Donc j'ai envie de te dire du coup, oui et non. La base est la même, les personnages... La structure est la même, j'avais déjà six personnages, tout ça. Mais l'histoire n'est plus tout à fait la même. Ça a vraiment changé. Au départ, on était sur... Des personnages qui découvrent, en fait, que fut un temps, dans leur monde, on avait la possibilité de jouer avec les éléments, concrètement. Et dans leur époque actuelle, c'était plus le cas. Bah là, c'est le contraire. Maintenant, on peut toujours le faire, dans le passé comme dans le présent. Avant, c'était plutôt, on va dire, du fantastique. Vraiment, il y avait cette notion de... Des éléments surnaturels interviennent dans la vie de personnes qui n'y connaissent rien. Là, maintenant, c'est vraiment de la fantasy. On sait ce que c'est. On connaît, on comprend. Ils vivent quand même quelque chose de traumatique et d'anormal. Mais c'est pas autant une surprise que ça l'était dans la première version. Et puis, la manière dont les tomes évoluent, on est parti sur complètement autre chose. Puisque d'ailleurs, à l'origine, c'était une trilogie. Maintenant, ça, c'est une... Je sais plus comment on dit. Septi ou Septi ? Septi ?

Ybelion — Je crois. Ouais, je cherchais le mot tout à l'heure, mais j'ai abandonné.

Raphaël Ominis — Je regarde, je crois que c'est... Enfin, bref, c'est Sept.

Ybelion — Ouais, Sept, du coup. Comment t'es passé à Sept ?

Raphaël Ominis — Comment je suis passé à Sept ? En partant, je suis Sept, dans ma tête. Voilà. En plus, ça fait une triple rime. Franchement, j'ai pas de meilleure réponse parce que ce qui s'est passé, je crois que c'est en voulant avoir plus de précision. Quand j'ai compris que... J'avais beaucoup plus de choses à dire, je me suis dit, 3, ça va pas suffire. 3, ça va être bâclé. 3, ce sera pas assez. Et 3, je vais rester sur ma faim. Les lecteurs pourraient rester sur la leur aussi. Et en fait, j'ai vraiment déroulé dans un plan assez précis ce que je voulais raconter. Je me suis dit, si tu veux bien raconter ça, il va falloir diviser en plus que 3. Je crois qu'à un moment donné, dans ma tête, c'était 5. Et j'ai redivisé. Je me suis dit 7. Je crois que c'est ce qu'il faut.

Ybelion — Ok. Puis 7, j'aime bien. Ouais. Là, c'est un chiffre, effectivement, qui est plein de symbolisme. Et alors, je mets les pieds dans le plat parce que parfois, genre 7, ça peut faire peur, tu vois, de dire, je vais devoir écrire 7 romans. Comment, toi, t'arrives à te dire, c'est OK, et je vais commencer par le premier, le deuxième, etc. ?

La montagne qui fait peur tous les jours

Raphaël Ominis — Franchement, déjà d'une, je ne dirais même pas que j'y arrive, et de deux, ça fait peur tous les jours. Tous les jours, ça fait peur parce que même si j'ai des plans, ça, j'en parle souvent, je pense, sur Insta. Des fois, je me dis, je devrais arrêter, mais en fait, c'est vrai. Moi, mon plus gros ennemi sur ça, ce n'est pas l'organisation, ce n'est pas les mots, ce n'est pas de savoir quoi mettre, c'est la fatigue, vraiment. C'est toujours de me dire, waouh, la montagne, et c'est le fait d'y croire aussi, c'est le fait de se dire, je fais tout ça, j'y prends plaisir, mais est-ce que ça va marcher ? Est-ce que vraiment ça a du sens ? Est-ce que vraiment, on va cerner, à travers mes lignes, à travers mes mots, ce que j'ai envie de dire ? Est-ce que cette montagne que j'essaye de gravir, je le fais pour quoi, en fait, finalement ? Est-ce que je le fais vraiment pour transmettre quelque chose ? Est-ce que je le fais pour moi ? Des fois, ça crée une avalanche de questions qui fait qu'à certains moments, on ne sait pas toujours si c'est possible. Maintenant, je garde toujours à l'esprit que, me connaissant, quand je commence quelque chose, je le termine. Si ça doit prendre 5, 10, 20, ou 30 ans, je sais que je terminerai ça. Ça, ce n'est pas une question que je me pose. Maintenant, la question, c'est surtout quand. Quand ? Comment ? Qu'est-ce que je vais laisser derrière moi ? Parce que pour moi, quand on écrit un roman ou qu'on crée une pièce artistique, quelle qu'elle soit, on laisse tomber quelque chose. On laisse tomber de la sueur, on laisse tomber du sang, on laisse tomber plein d'autres choses. Pour moi, on laisse tomber énormément de trucs. Et je suis assez incisif là-dessus, mais pour moi, quelqu'un qui me dit que non, il y a deux options. C'est quelqu'un, soit, qui ne s'en rend pas compte. J'ai même trois options. Soit, c'est quelqu'un qui ment. Soit, c'est quelqu'un qui utilise autre chose, une autre méthode et qui finalement dépense tellement peu de lui-même dans le processus qu'en fait, il ne perd pas grand-chose. Je le vois comme ça.

Ybelion — Oui. Je suis totalement d'accord avec toi. C'est d'ailleurs quelque chose que je répète beaucoup. Écrire un livre, il n'y a pas de secret. Il n'y a pas de méthode secrète qui te fait écrire un livre sans effort. Écrire un livre, c'est du travail et tu as dit, c'est de la sueur, c'est du sang, c'est de soi-même, ça remue les tripes. On touche des sujets très personnels. On déterre des cadavres. C'est vraiment... C'est clairement ça. C'est très, très... Oui, non mais de fou, tu vois. À titre perso, moi j'ai découvert, j'ai fait des... Tu vois, il m'a fallu deux tomes d'écriture pour comprendre un truc sur le personnage principal comme miroir de moi-même, tu vois. Et le jour où j'ai pris cette claque-là, tu vois, genre tes limites, tu étais un peu en mental breakdown, tu vois. Tu fais, putain, c'est dingue tous les états par lesquels je passe. Et effectivement, il n'y a pas de méthode secrète. Il faut juste accepter le fait qu'il faut faire un pas après l'autre. Et bon, après moi, voilà, c'est typiquement tout mon métier revient à faire ça, à permettre aux gens de réussir à faire leur pas l'un après l'autre tout en leur disant écoutez, vous allez devoir travailler parce que c'est pas moi qui vais écrire votre histoire, tu vois. C'est clair. Et ça n'aurait aucun sens, en fait. Les gens sont les seuls. Tu vois, tu parlais tout à l'heure mes influences sont un mélange de tout ce que j'ai connu, des gens, etc. Pour arriver au même point que toi, il faudrait que je revive ta vie en entier, tu vois. C'est pas possible. Et donc, il faut embrasser cette unicité et accepter que ça va être un chemin. Mais je pense qu'il est extrêmement... Il te transforme. Tu ressors pas pareil après avoir écrit un livre.

Raphaël Ominis — Non, jamais, ouais. T'apprends quand même quelque chose dans la manière dont tu vas poser tes mots déjà même quand tu relis. Moi, des fois, j'écris un peu... Je peux pas dire à l'aveugle parce que j'ai trop de plans. Donc, ce sera un mensonge de dire ça. Mais il y a des moments où dans mes plans, je vais écrire un peu en automatique. Et puis, quand je vais relire certaines phrases, je vais me dire « Ah ouais, j'avais dit ça ! » Pourquoi j'avais dit ça déjà ? Ah, ça me rappelle... Enfin, tu vois, c'est comme si tu t'auto-enseignais des trucs. Ça fait un peu... Enfin, j'aime pas dire ça de cette façon-là parce que je trouve ça fait un peu pédant quand même, mais c'est comme si tu trouvais des choses plutôt à l'intérieur de toi.

Ybelion — Ouais, et j'ai eu la chance de rencontrer Ouajdim Ouahad qui est un auteur franco-libanais, enfin, plutôt libanais. Bref, on s'en fout. C'est un super auteur français. Je conseille ses bouquins à tout le monde. Et il m'avait dit, un truc qui m'a marqué, que l'écriture, c'était se surprendre soi-même. Et ça rejoint ce que tu dis. Il y a des moments, tu te dis « Putain, c'est moi qui écris ça ? C'est quand même pas mal. » Et t'apprends des choses, tu vois, sur toi et c'est... c'est juste trop bien. Et du coup, je te conseille, si tu connais pas, de lire Anima qui est un de ses premiers livres qui est génial. Je dis rien parce que c'est... Il fait partie des auteurs. Quand tu les lis, tu te dis « Ah ouais, c'est inimitable. » Tu vois, il y a une patte, il y a un truc qui fait que tu sais que personne d'autre que lui n'aurait pu écrire ça. Et moi, c'est assez ma vision de l'écriture, tu vois. Je me dis « J'ai envie d'écrire des trucs que personne d'autre que moi serait capable d'écrire. » Tu vois. Et c'est ce que je fais à tout le monde aussi. Donc ouais, c'est pas pédant. Je trouve qu'au contraire, c'est assez... C'est... Il faut l'accepter, tu vois. Il faut être assez fier de ça aussi. De se surprendre soi-même en écrit, tu vois.

Raphaël Ominis — Ouais, après, c'est toujours dans la... Pour moi, quand je dis ça, c'est dans la sémantique. Je fais toujours... Je suis dans un travail depuis, je pense, quelques années à toujours réfléchir aux mots que j'utilise pour un truc. Autant quand je parle que quand j'écris. Surtout qu'en plus, dans la langue française, on a tellement de synonymes pour dire la même chose que... Du coup, des fois, je me dis où sont les nuances. Tu vois. Et autant, il y a des moments où c'est vrai que t'as raison, il faut l'accepter. parce qu'on est aussi dans... Je trouve ça, c'est peut-être très français, la culture du... Je trouve, on a des fois un peu un nivellement par le bas dans la manière dont on exprime les choses. J'en parlais avec mon beau frère et pas longtemps, c'était intéressant. On se disait quand on a un compliment à dire à quelqu'un ou même sur notre propre travail, on va rarement dire ah ouais, c'est cool, c'est bien, ça va souvent être c'est pas mal. C'est... Tu vois, c'est pas que c'est bien, c'est... On va revenir par du négatif. Tu vois, tout le temps. Souvent, c'est des trucs qui se... Je sais pas, une habitude. Du coup, j'essaie de trouver souvent les bons mots pour exprimer les choses, ce qui est pas toujours évident.

Ybelion — Ouais. Et tu dis, c'est vrai qu'on dit beaucoup, c'est pas mal, mais c'est bien, on le dit aussi énormément et c'est intéressant d'aller questionner qu'est-ce que c'est, ça veut dire quoi bien ? Tu mets quoi derrière bien ? Ça te touche où ? Comment ? Pourquoi ?

Raphaël Ominis — Souvent bien, je trouve, c'est un peu cette idée de ça va, acceptable. Pour moi, le bien, souvent, il veut dire 10 sur 20 un peu.

Ybelion — Ouais, ouais. Il est mieux. Si jamais,

« T'as le droit de briller »

Raphaël Ominis — ça reste moyen, médiocre, on a du mal, je trouve, à accepter de dire j'ai fait un excellent travail. Ce que j'ai fait, c'est pas juste bien, c'est génial, c'est super. Personnellement, moi, c'est la manière dont je le vis, je sais pas si c'est le cas de tout le monde, je pense pas, quand même, tout ça c'est singulier. Je sais que pendant un long moment, je me disais, ah, si je dis ça, je me la pète un peu. Tu vois ? Je voulais pas paraître supérieur, entre guillemets, ou autant. Alors qu'en fait, c'est un peu une idée reçue. Pourquoi est-ce qu'on paraîtrait supérieur ou autant ? Parce qu'on est fier de son travail. C'est une question des fois que j'essaye de me poser où je me dis, en fait, tu crains de quoi ? Tu crains de paraître supérieur ? Pourquoi ? Tu crains d'embarrasser des personnes ? Tu crains de te positionner au-dessus ? Et pour moi, justement, en fait, je me dis, si je donne cette impression-là, j'aurais tendance à dire à une personne qui, parce que ça m'est déjà arrivé, qu'on me dise, ah, il faut rester discret, il faut pas se mettre trop en avant. Et j'essaye d'apprendre à me dire, mais si t'as l'impression que quelqu'un se met en avant, mais mets-toi en avant, toi aussi, t'as le droit d'exister, t'as le droit de briller, en fait, c'est pas un crime, tant que ton besoin de briller ne se fait pas dans le besoin de mettre les autres dans l'ombre, en fait. Pour moi, elle est là toute la différence. Mais c'est une réflexion que je me fais souvent, ça.

Ybelion — Je la partage totalement. Je dis toujours que l'écriture, c'est un espèce de mix entre, enfin, une boucle plutôt, entre se trouver naïvement génial à un moment donné, tu vois, et être vraiment fier de son travail, et quelques mois après, elle réinterroger avec un œil nouveau de la personne qui a écrit un bouquin et qui aura écrit plein de choses et de se dire, ah ok, c'était pas tout à fait génial, mais sans ça, je serais pas là où je suis et maintenant, qu'est-ce que je peux encore améliorer pour aller encore plus loin dans ce que j'ai envie d'être, tu vois. Et, ouais, il y a du travail à faire effectivement sur ce naïvement génial, ce féliciter. je sais pas, j'ai pas suffisamment de recul culturel sur d'autres pays par exemple, mais j'ai l'impression que c'est quand même très français de pas se féliciter, de toujours se focus sur ce qui est pas bien, tu vois, ou c'est pour ça qu'on dit c'est pas mal, tu vois. Et, effectivement, c'est important, à mon sens, de se féliciter de plein de choses et, ouais, de le faire tous les jours, franchement, tous les jours, il y a des choses dont on peut être reconnaissant, dont on peut être fier, donc, ouais, faut franchement,

Raphaël Ominis — faut pas se prêter.

L'élève, le pixel art moche et le juste milieu

Raphaël Ominis — C'est ce qui permet aussi de s'améliorer, je pense que ça aussi, c'est une vision tronquée qu'on a et qu'on peut garder en nous, moi je l'ai toujours, de se dire, il faut se focaliser sur ce qui est à, focalise-toi sur ce qui est à corriger pour avancer. C'est comme ça qu'on en arrive, par exemple, ça me rappelle les expériences de travail, mon premier emploi où, du coup, j'étais un peu professeur, en fait, en programmation, où j'intervenais en lycée et, en fait, moi, j'étais pas le prof direct des élèves, j'intervenais avec leur professeur. Donc, des fois, c'était professeur de maths, de français, peu importe. Et, en fait, j'avais souvent droit à des scènes un peu dégueulasses auxquelles j'ai eu moi-même droit quand j'étais scolarisé, de ne jamais dire à un élève ce qu'il fait de bien, toujours vraiment le marquer avec ce qu'il a mal fait pour le corriger, pour lui permettre d'aller plus loin. Et, enfin, moi, je me rendais bien compte que ça ne servait à rien parce que souvent, les gamins, ils étaient là, genre, ouais, bah, j'ai fait de la merde, bah, soit, je ne fais plus rien puisque de toute façon, je ne fais que de la merde, donc à quoi bon dépenser mon énergie puisqu'à chaque fois ce que je ferai, ça ne servira à rien, soit, j'ai mis énormément d'énergie et je vais continuer, continuer comme ça. Et, en fait, j'ai essayé vraiment, moi, quand j'intervenais, de dire, de trouver le juste milieu entre l'honnêteté réelle et l'encouragement. Parce que l'idée aussi de dire à des élèves ou à des personnes, ah oui, t'as tout fait bien alors qu'elles ont fait des erreurs, alors ça, c'est nul aussi. J'aime pas, en fait, ces deux extrêmes-là. J'avais eu un cas où j'avais eu une élève qui a essayé de faire une animation en pixel et c'est vrai que c'était moche. Elle m'a dit, ah, c'est moche ce que j'ai fait et tout. Et je voyais qu'elle attendait que je la rassure et je ne l'ai pas rassuré et en fait, je lui ai dit, ben, tu sais quoi, c'est vrai, ce que t'as fait, c'est moche, mais tu sais quoi, moi aussi, en fait, quand j'essaye de faire des trucs en pixel, c'est moche aussi. Et je lui dis, par contre, t'as eu une qualité, là, sur l'instant, t'as été capable de venir me voir et de me dire que ton truc était mal fait. T'as eu un regard critique sur ce que t'as fait et en fait, si tu réessaye et que t'appliques ça, tu vas pouvoir avancer et je lui dis, en fait, ok, il y a des trucs qui sont pas bien dans ce que t'as fait mais il y avait d'autres détails. Je me rappelle qu'elle avait plutôt bien joué avec les couleurs, etc. Je lui dis, ça, tu l'as bien fait, ça, tu l'as bien fait aussi, ça, tu l'as bien fait. Donc, en fait, essaye de regarder point par point ce qui est bien et ce qui l'est pas. Et pour revenir, pour pas trop digresser sur d'autres trucs, c'est ce que j'essaye d'appliquer aussi maintenant sur moi quand j'écris. Je me dis, ok, tel chapitre, des fois je relis et je me dis, ouf, là, mon ressenti, sur le coup, c'était pas dingue. Mais j'essaye de voir, par exemple, voilà, par contre, t'as pas fait énormément de fautes à recorriger. Il y a plein de choses qui sont correctes et voire même qui sont très bien. Mais j'essaie vraiment de garder le juste milieu. Parce que si tu t'encenses trop aussi dans ce que tu fais, il y a le risque de tomber dans des délires un peu mégalomaniaques, genre, wow, ce que j'écris, c'est trop bien et tout, personne ne fera aussi bien, c'est parfait. Et je pense que des fois, on peut avoir des phases comme ça. Moi, j'en ai, clairement. Des fois, je suis à fond de mon truc, je me dis, wow, mon truc, il est trop bien et tout. Mais en fait, j'ai conscience que c'est des phases que j'ai et je me dis, tu sais quoi, prends ça comme un brownie, tu vois, genre, c'est un truc que tu peux manger, mais pas tout le temps. Je vois, c'est un peu comme ça

Le brownie de la mégalomanie

Ybelion — que je le conçois. Exactement. C'est vraiment, il y a une vague de kiffes qui arrivent, il faut la surfer, tu vois, il faut en profiter. Autant, elle est là, donc on en profite et on sait que, de toute manière, ça ne sera jamais que ça. Parce que, oui, sinon, ça devient un délire mégalomaniaque et tu t'enfermes un peu dans une case. Après, c'est vrai que j'ai croisé beaucoup plus d'auteurs qui étaient dans l'autre catégorie, tu vois, de dire en permanence que ce qu'ils font est absolument nul et que, de toute manière, comme Victor Hugo existe, c'est impossible de faire des trucs qui sont mieux que ça, tu vois. Je ne suis pas encore tombé sur quelqu'un de purement mégalomaniaque, tu vois.

Raphaël Ominis — Alors, j'ai observé quelque chose là-dessus, c'est un peu délicat, mais en étant sur des forums, parce que j'ai fréquenté beaucoup de forums d'écriture quand j'étais ado et j'ai trouvé que la plupart d'expériences, là, en étant sur Insta, j'ai trouvé que c'était diffus un peu plus, mais j'ai vu que beaucoup d'auteurs, en fait, simplement des hommes passaient un certain âge quand ils mettaient ce qu'ils écrivaient, c'était tout le contraire, avaient tendance à trouver que ce qu'ils font était exceptionnel et magnifique. Et en revanche, les autrices avaient tendance à plutôt se dégrader. Sur les forums, en tout cas, c'était beaucoup comme ça. Il y avait aussi, par rapport à l'âge, que ce soit des hommes ou des femmes, j'avais vu qu'il y avait pas mal d'auteurs ou d'autrices qui, je dirais, entre la vingtaine et la trentaine, c'était plutôt soft. Par contre, passé 35-40, ils avaient l'impression d'écrire tous des chefs-d'oeuvre et tout, on ne pouvait rien leur dire. C'est incroyable. Et sur Insta, c'est pour ça, d'ailleurs, que j'arrive à rester dessus, c'est plus, je trouve qu'il y a plus place à la remise en question. Parfois un peu trop, pour le coup.

Ybelion — Oui, surtout, je trouve surtout que c'est très, enfin, c'est plus, c'est plus dans ce sens-là. Et à mon sens, c'est simplement important de surtout replacer ce qu'on attend de notre texte, tu vois, déjà, parce que ça donne beaucoup de questions. Tu vois, la question de se dire, OK, quand je partage un texte, pour quelle raison je le fais ?

Pourquoi est-ce que je partage ce texte ?

Raphaël Ominis — C'est hyper important que d'une question, c'est même primordial,

Ybelion — je pense. Oui, tout à fait. Pour moi, ça rentre, tu vois, on oublie très souvent ça. Moi, quelqu'un que j'accompagne, c'est une des premières questions que je lui pose, tu vois, c'est au-delà de l'intention qu'il a avec le roman, au-delà du lectorat qu'il veut toucher, c'est qu'est-ce que tu veux accomplir toi avec ce livre ? Parce qu'en fait, ça drive beaucoup la suite. Ça répond à énormément de questions que tu te poses quand tu écris. Si tu ne sais pas si tu dois mettre une scène ou pas, parce que machin truc. Alors déjà, rappelle-toi, qu'est-ce que tu veux faire toi avec ce roman ? Si tu veux simplement te faire kiffer, est-ce que cette scène te fait kiffer ? Et souvent, ça résout beaucoup de questions et on ne se la pose pas assez parce que tout de suite, on se projette, avant même d'avoir écrit une ligne, on se dit, ah mais attends, est-ce que vraiment je vais écrire ça alors que quand je serai interviewé par Léa Salamé sur France Inter, est-ce que je vais pouvoir défendre ce truc-là ? Tu fais, attends, tu es en train de vouloir organiser un concert au Stade de France, tu n'as pas fait tes gammes, tranquille, pose-toi ces questions après. C'est des questions qui remettent l'église au centre du village et qui t'alignent en fait. Tu deviens congruent avec tes actions et tes rêves. C'est très important.

Raphaël Ominis — C'est clairement ça, d'ailleurs, pendant la période où j'ai déjà bétalé quelques personnes, c'est pour ça que je trouve que c'est important parce que pour moi, tu ne vas pas te poser, tu ne vas pas faire la même, enfin, plutôt, ton autocritique n'aura pas autant de pertinence que tu sois, par exemple, en autoédition, que tu cherches à être dans une maison d'édition, que tu écrives pour toi, que tu écrives pour des proches, que tu écrives pour ton enfant, pour ta famille. Enfin, il y a tellement de choses qui changent que par exemple, quand je vois des personnes qui sont extrêmement critiques envers elles-mêmes, mais qui justement veulent entrer en maison d'édition, j'ai du mal à leur dire t'as tort parce que je sais que c'est difficile et je sais que le regard n'est pas le même. Par contre, quand on est en autoédition, même s'il faut quand même avoir un regard critique un minimum, pour moi, on peut quand même un peu lâcher du laisse puisque de toute façon, quoi que tu fasses, ton livre, il sortira. Déjà, pour commencer, ensuite, c'est toi qui gères. Donc, par exemple, là, l'autre côté du temps, c'est déjà arrivé qu'on m'envoie des messages en me disant ah, j'ai trouvé une faute à la page 173 et tout et d'ailleurs, je suis très reconnaissant aux gens qui le font parce qu'il y a des gens qui n'aiment pas qu'on leur fasse ça mais moi, je suis reconnaissant parce que je me dis en fait, je suis en autoédition donc demain, je corrige le fichier et je peux le mettre à jour sur Amazon, il n'y a pas de souci. Bon, désolé pour ceux qui l'ont déjà acheté avec une faute au moins, c'est une version collector avec la faute dedans voilà mais je veux dire pour la... je peux changer ça et ça, c'est pratique mais par exemple, quand on est en édition classique, je peux comprendre qu'on ait ce regard plus complexe bien sûr, voilà, pour avoir essayé Futin d'An et pour avoir été édité aussi, je sais qu'on n'a pas le même regard quand on cherche et c'est normal en fait, même s'il faut quand même toujours un moment où on s'arrête de critiquer puisque l'oeuvre parfaite n'existe pas donc il faut savoir à quel moment on s'arrête et à quel moment la critique devient contre-productive aussi.

Ybelion — Ouais, chimère inattrapable, effectivement, le texte parfait et je trouve que ça rejoint un peu ce qu'on disait juste avant à savoir que c'est bien de se trouver génial de temps en temps parce que ça permet aussi de mettre un point final quelque part, de dire ok là, ce texte-là, j'en suis fier maintenant et de l'accepter et puis de le lancer et de le partager parce que c'est quand même pour ça qu'on le fait aussi. Et tout à l'heure, au début, tu as dit un truc hyper intéressant, tu disais que parfois l'écriture, tu te forçais à lancer la machine. Je serais curieux que tu m'en dises un peu plus sur ça.

Se forcer à démarrer : donner le squelette

Raphaël Ominis — Alors, c'est un processus que j'ai surtout beaucoup fait si plus t'es mai ou avant... Ouais, c'était avril dernier que j'ai terminé le tome 2 et en fait, j'étais face à la mécanique que j'ai pour écrire, c'est-à-dire tout est prêt, le plan global de cet tome est prêt et en fait, quand j'ai un tome que je vais commencer à écrire, moi je divise tout par bloc, enfin par chapitre. Je vais faire par exemple le chapitre 1. Il va y avoir un tel et un tel et un tel qui vont intervenir. Globalement, il va se passer ça. Ensuite, je vais reprendre ce résumé et je vais le diviser en 3 mini-zorks. Mais malgré tout, quand je commençais à me dire bon, demain, il va falloir que tu écrives, tu te lèves, tu écrives et tout, et il y avait toujours une espèce de pression intérieure de je le sens pas, je suis pas dedans, ça va être nul. Ce que je vais faire là, ça va être nul. Et en fait, quand je dis que je me force, c'est que j'essaye de me dissocier un peu et de me dire ok, écoute, arrête un peu tes conneries, c'est bon, à chaque fois que tu te dis ça, ça vraiment, je l'applique à moi, je dis pas que tout le monde doit le faire, mais moi je me connais et je me dis ok, à chaque fois, je suis tellement perfectionniste en fait que je me dis oh non, là ça va pas le faire, il faut que ce soit fluide. Par exemple, dès que je me mets à écrire, si moi ça file pas droit, s'il y a la moindre anicroche, je me dis ah, tu vois là, t'abuter sur ce paragraphe, c'est-à-dire que t'es pas prêt. Et en fait, il faut que j'essaye d'arrêter ce truc-là et je me dis non mais c'est bon, c'est pas grave, si t'abuter, c'est parce que tu réfléchis. Et du coup, je me force en ce sens. En fait, je prévois un peu tout ce truc-là dans ma tête, je me dis arrête, vas-y, écris, et même si t'as l'impression que ce que t'écris c'est de la merde, écris, vas-y. Et puis, si c'est effectivement de la merde, de toute façon, t'es sur ton premier jet. La réécriture, elle est là pour ça. Les bétas lectures, elles sont là pour ça. Vas-y, donne le squelette, en fait. Et j'essaye de faire un peu cette parallèle où je me dis voilà, c'est vraiment c'est le squelette, tu referas les os après, c'est pas grave. Et la plupart du temps, je me suis rendu compte que, en fait, je refais pas tant les os que ça, parce que ce que j'ai relu pour le tonne 2 là, je me suis dit ouais, en fait, c'est bien, je m'amuse en lisant et surtout qu'en général, ma relecture, ça me fatigue. Souvent, je me dis waouh, je l'ai trop vu ce livre et tout, ça me saoule. Et là, je me suis dit bah en fait, ça va, ça va, fais-le. En ce moment, je le fais aussi pour ma nouvelle puisque là, j'ai vraiment du mal à écrire ces derniers temps. J'essaie de trouver un juste milieu. En général, j'écris, quand j'écrivais pour le tome 2 ou même pour les autres, j'étais souvent entre 3500 ou 6000 mots dans la journée. Je faisais beaucoup. Et par contre, ça me crevait. Je dis pas que c'était une bonne chose parce que là, je voulais vraiment charger. Et des fois, ça pouvait me laisser sur, je sais pas, on était entre 4 et 6 heures d'un coup où je me levais un peu mais voilà, j'étais vraiment les yeux rivés sur le manuscrit. Et là, comme c'est une nouvelle, déjà, c'est une nouvelle à 607, quand même beaucoup plus petit. Aujourd'hui, je crois que j'ai fait, je sais plus, je crois que j'ai fait 480 mots, un truc comme ça. Et des fois, je me dis ah, c'est nul, tu te rappelles ce que tu faisais avant, t'aurais pu faire plus. Je me dis non, mais stop. Je me dis là, j'ai écrit, c'est l'important, vas-y, fais un truc. Et j'essaye de garder à l'esprit que ça doit plutôt être une forme de marathon plutôt qu'un sprint. Pour l'instant, en tout cas, c'est ce qui me convient. Et j'essaye de rester là-dessus. Donc, pour bien répondre à la question, quand je dis que je me force, c'est, j'essaye de comprendre pourquoi j'y vais pas. J'ai peur de quoi ? J'ai peur de rater, j'ai peur de pas me satisfaire, moi, j'ai peur d'être fatigué. Ça arrive aussi des fois. Des fois, j'ai une forme d'anxiété, je disais ça à mon copain tout à l'heure, la période où je m'étais remis à faire beaucoup de sport. Je me rappelle que pendant un stade, quand je faisais, j'étais arrivé à, je crois que je faisais, je devais faire 50 pompes. En fait, j'avais une anxiété d'épuisement. Avant de me mettre à faire mes pompes, j'avais un... Ah, j'ai peur de... J'ai peur d'être fatigué et des fois, ça me reprend. Dans la moindre activité, ça me fait ça. Donc des fois, je me dis, ok, si t'es fatigué, c'est pas grave, t'arrêtes, tu reprends après. C'est vraiment travailler sur ce perfectionnisme et cette... cette espèce d'angoisse de performance, de tout faire d'un coup, de tout faire bien. Et j'essaye d'apprendre à comprendre que on peut faire bien en divisant. On peut faire bien en ne sprintant pas aussi. Donc c'est un peu l'idée.

5000 mots par jour, le vilain calcul

Ybelion — Je partage ton avis. Encore une fois, je suis assez... Merci pour ton partage, sincèrement, parce que c'est vraiment hyper intéressant. Et ça me fait rire parce que j'ai eu un peu ces deux phases. Il y a eu une très brèvement où je me suis dit non mais en fait, t'écris un livre, dans le fond, il suffit d'écrire 5000 mots par jour pendant 10 jours et c'est bon, tu vois. Oui, je me fais des fictions comme ça. Tu vois, 10 jours, il y en a 365 dans une année, tu peux en écrire beaucoup des livres, tu vois. Vilain calcul. Oui, très vilain calcul. Vilain calcul, ça. Très vilain calcul. Parce que du coup, ça c'était à l'époque où je bossais encore et je n'avais pas du tout travaillé sur moi, je n'avais pas travaillé sur ce que je voulais accomplir avec l'écriture, etc. Donc j'étais dans une lutte permanente de la frustration de ne pas écrire, tu vois. Et donc j'avais posé des vacances exprès en me disant tu vas écrire 5000 mots par jour. Je suis sorti de là, j'étais mais lessivé avec une espèce de dégoût d'écriture, tu vois. C'était trop dur, trop dur. Et j'ai appris, comme tu l'as dit et c'est pour ça que c'est hyper intéressant que tu le partages, j'ai appris à apprécier écrire que 200, 400, 500 mots par jour. Et j'ai pris conscience de ça très récemment dans un coaching avec une autrice qui justement rentrait dans ce truc, tu vois. Je la débloque, enfin pardon, pas moi, elle se débloque grâce à mes questions mais c'est elle qui fait le travail, c'est ça qui est important. Et elle arrive à écrire quotidiennement, tu vois. Elle fait 1000, 1200, 1500, 1600, ça augmente, tu vois. Et elle me dit, putain, mais il y a un moment, ça va arrêter d'augmenter. Et c'est juste que tu ne regardes pas la progression de la bonne manière. Effectivement, la vitesse de progression va changer. Mais entre le jour où tu n'as pas écrit, enfin que tu as écrit 1600 mots et les jours d'après où tu as écrit 500 mots, tu en as écrit 500 de plus. Tu es en progression, tu vois. Et ce déclic-là, effectivement, il n'est pas évident à avoir. Et c'est assez, assez admirable que tu arrives à travailler sur ça tout seul, je trouve.

Raphaël Ominis — Ben, après, je me dis, j'ai trouvé plein d'outils aussi il y a longtemps pour bosser un peu sur moi. J'en ai un petit peu parlé aussi. j'ai beaucoup aimé tout ce qui est test psychométrique. Je ne sais pas si tu as déjà entendu parler de ça, tout ce qui est MBTI, etc. C'est un truc dans lequel je suis tombé très longtemps que j'ai pensé, qui m'a permis aussi un peu de comprendre où étaient mes points de... mes talons d'Achille un peu et mes forces. Et ça, ça m'a aidé aussi à comprendre où est-ce que j'avais tendance à tomber très facilement. Après, il y a aussi le fait que... ça, je sais... Enfin, c'est une possibilité. Il y a beaucoup de choses que j'ai eues à ce niveau-là. La génération dans laquelle on est actuellement, je crois que toi, t'as quoi ? T'as 30 ans.

Génération performance et méritocratie

Ybelion — Oui, je les ai eues là il y a 14 jours.

Raphaël Ominis — Une génération, moi j'arrive sur mes 29. Notre génération, elle est quand même vachement marquée aussi par la... la performance et la méritocratie. On a grandi autour de ça. on est une génération qui avons grandi autour de... si tu te donnes les moyens et que tu fais des études, que tu fais énormément et tout, t'auras des choses et il faut bosser tout le temps. On a beaucoup entendu ça. Donc je pense que c'est propre aussi à notre génération d'avoir des fois ces impressions qu'il faut tout le temps faire beaucoup, tout le temps faire plus, tout le temps progresser. On est aussi une génération où il faut dire les choses comparé à celle de nos parents. Économiquement, il faut faire beaucoup de choses, il faut faire beaucoup d'efforts pour avoir ce qu'on veut. Donc du coup, on a cette idée-là, je pense, intégrée, qu'il faut tout le temps, tout le temps, tout le temps, tout le temps, tout le temps faire plus et du coup, en le voyant, forcément, quand on t'en prend conscience, je pense que tu travailles plus sur toi. Tu te rends compte qu'il y a un truc qui ne va pas. Tu vois ? Et moi, c'est un des trucs qui m'a beaucoup aidé. Le fait de me rendre compte que ce n'était pas que moi parce que souvent, je pensais que c'était que moi. Je me suis dit qu'il n'y a que moi qui suis comme ça, qui suis aussi perfectionniste et tout. en regardant un peu plus loin, je me suis dit mais non, en fait, c'est juste la manière dont ça se manifeste. Peut-être que je le manifeste de cette façon parce que c'est ma façon à moi de le faire mais ça se manifeste de partout chez plein de gens. Donc du coup, je me suis dit ça t'amène où ? C'est aussi le constat de voir que ça ne te fait pas du bien où tu te dis attends, il faut changer un truc. Peut-être. Tu vois ? Et ça, ça aide beaucoup. Je dirais même que c'est... En fait, je n'arrive pas à dire que j'ai travaillé sur moi tout seul. je dirais que j'ai travaillé sur moi des fois grâce aux erreurs d'autres personnes des fois en observant et grâce aux expériences des autres.

Ybelion — Beaucoup. Ouais, c'est très beau. Est-ce que tu pourrais partager par exemple une prise de conscience forte que tu as eue en écoutant quelqu'un ou en... une erreur de quelqu'un par exemple qui t'a marqué ou vraiment tu t'es dit putain c'est fou c'est ça que... c'était une clé qui me manquait.

Raphaël Ominis — J'essaie de réfléchir C'est un peu niche comme question mais... Non mais la question elle est intéressante parce que je sais que j'en ai forcément eu mais des fois ma mémoire elle se fout grave de moi donc là je n'ai rien qui me vient comme ça mais je sais que enfin on ne peut rien à voir mais les insights des fois qui me viennent comme ça moi souvent c'est par la douleur en fait quand j'ai quelque chose qui... ou plutôt par l'inconfort plus que la douleur je dirais quand je vis un inconfort qui est très violent ou très important c'est là en général que je me dis il y a quelque chose qu'il faut changer parce que... je suis quelqu'un qui visite beaucoup à la douleur et du coup quand l'inconfort ou la douleur deviennent très fort chez moi je me dis si toi tu le sens c'est que il y a... là il faut vraiment changer quelque chose je pense que le premier qui me vient à l'esprit c'est pas le dernier que j'ai eu mais je pense que c'est celui qui me vient parce que pendant que je parle je réfléchis à des questions pour essayer de trouver une réponse et je dirais que... c'est un peu horrible à dire je crois que c'est quand j'ai fait mon premier burn out qui m'a fait arrêter mon boulot ça s'est un peu mélangé avec l'écriture je dirais parce que je m'étais déjà remis à écrire je m'étais levé enfin je m'étais pas levé je m'étais réveillé j'ai eu une douleur électrique dans tout le corps au premier degré j'ai cru que j'avais crevé tellement j'étais épuisé de bosser et je me suis dit vraiment là il va falloir changer des choses il va falloir changer ton mode de vie et je me rappelle que ma première pensée c'était tu retourneras plus au travail tu n'iras plus je sais pas ce que tu vas faire mais tu ne retourneras plus bosser et c'était assez fort parce que même si je me disais ça dans ma tête j'avais ma raison qui me disait t'es sérieux ? tu vas décider comment tes factures là ? t'es con ou quoi ? mais c'est quand même ce qui s'est passé et de ça a découlé le tu vas pas retourner au travail tu vas écrire tu vas faire ton truc deuxième insight aussi que j'ai eu tu vois en parlant il y en a d'autres qui viennent j'étais dans un truc où j'ai attendu pendant un mois dans mon travail de trouver on m'avait promis entre guillemets la possibilité de changer de poste pour avoir un emploi à distance puisque c'est ce dont j'avais besoin par rapport à mon état de santé et en fait je me rappelle que j'ai attendu un mois cet entretien pour lequel je m'étais préparé et tout et en fait en gros on m'a donné 5 minutes pour me dire en fait il n'y a pas de poste genre rigole mais je crois que j'avais pleuré de rage ce jour là parce que j'en avais besoin j'étais trop pas bien et je me rappelle je me suis dit tu sais quoi je m'en fous je vais trouver une solution pour me débrouiller et que j'avais cherché tous les trucs financement participatif et tout je me rappelle j'étais dans le mal et tout et il y a un copain à côté de moi qui essayait de me consoler qui ne savait pas quoi faire je lui ai dit tu sais quoi j'en ai rien à foutre bah moi je vais lancer une campagne de financement et je vais la faire et voilà je sais pas je la ferai quand et ça aussi pareil c'était un detail où je me suis dit ça ce truc là que t'as dit là ça va arriver et du coup je me suis donné ouais je l'avais fait et ça c'était un truc fort je me rappelle que ça m'avait vraiment traversé en fait parce que bah j'étais dans le mal en fait tu te sens tellement dérespecté et puis tu te sens par terre donc c'était assez lourd

Cinq minutes d'entretien, et la campagne lancée par terre

Ybelion — apprendre à s'écouter finalement c'est ça aussi le détecter l'inconfort tu vois dont t'as parlé c'est pas et c'est pas évident je trouve c'est pour plein pour plein de raisons plein de blocages plein d'injonctions qui viennent de plein de plein de raisons différentes c'est vrai que réussir à se à s'interroger sur cet inconfort et réussir c'est pas évident mais je pense que réussir à se demander d'où vient cet inconfort où est-ce qu'il apparaît tu vois même physiquement émotionnellement ça permet de reconnaître des schémas et de réussir à pas faire péter les barrières tu vois et à pas tomber dans des parce que tu vois par exemple le burn-out est vraiment le symbole d'une barrière que tu franchis tu vois et c'est tellement dur de trouver comment s'arrêter juste avant tu vois ouais je sais pas je sais pas je sais pas où je vais ça m'a touché ce que tu disais parce que c'est le sujet du burn-out moi est un truc qui me fait un peu peur tu vois parce que travailler pour soi ça c'est tellement passionnant qu'il y a un truc derrière qui te dit quand est-ce que je vais savoir que j'en fais trop

Devenir son propre manager toxique

Raphaël Ominis — ça c'est un très bon sujet parce que c'est intéressant qu'on l'aborde là j'ai regardé il y a pas longtemps une vidéo de blast à ce sujet à quel moment on en fait trop je veux dire c'est un peu je crois que c'était un peu l'idée de à quel moment tu deviens ton propre manager toxique ça c'est une question qu'on se pose pas assez je trouve parce qu'on est un peu aussi aujourd'hui dans cette idée que seul le salariat est un monstre pour nous alors qu'en fait bah le temps qu'on passe juste en grandissant on introjecte beaucoup de choses ça aussi c'est un truc que j'ai dit il y a pas longtemps à mon copain j'ai eu entre guillemets la chance d'avoir des parents qui m'ont jamais dit de faire des études qui n'ont jamais fait pression sur moi là dessus mon père s'en foutait concrètement ma mère voulait que je sois plus dans d'autres choses et en fait n'ayant pas eu ce truc là au niveau parental je lui ai dit moi j'ai directement introjecté en fait mes parents dans ma tête c'est pas mes parents c'est les institutions sociales en fait moi ma voix intérieure c'est ce que je veux entendre littéralement c'est un peu drôle de sortir cette phrase là mais moi ma voix intérieure ça va être Macron qui dit non mais tu trouves du travail en sortant de la rue tu vois c'est ce genre de trucs moi qui sont rentrés dans ma tête directement il n'y a pas eu le filtre et du coup je pense pas du tout être le seul à avoir eu ça dès qu'on est gamin on introjecte plein de petits trucs comme ça et en fait même si on n'est pas salarié même si on n'a plus de manager au sud de nous la société pour moi elle sait faire son travail pour que s'il n'y a pas de manager concret t'inquiète pas elle a créé un manager psychique dans ta tête ça arrivera il n'y a pas de soucis et du coup puisqu'on a enfin on a des besoins on doit on doit remplir son frigo on doit payer ses factures c'est ce que je dis souvent aussi j'ai eu des fois des prises de tête avec des proches qui me disaient mais non fais pas trop prends du temps pour toi etc et c'est déjà arrivé que je m'énerve un peu et que je dise bah ok pas de soucis mais viens faire mes courses viens payer mes factures viens payer mon loyer il y a un peu ce truc là pour moi quand on abandonne tout pour se mettre à son compte quoi qu'on fasse il y a cette vision là qui est à l'intérieur et du coup bah on essaye de bosser à fond parce que bah on doit subvenir à nos besoins et on se rend pas toujours compte que bah des fois bosser à fond il y a une charge qui est à part je sais plus comment on appelle ça bon je vais l'utiliser par rapport à la cognitive parce que c'est le seul truc où là mes connaissances elles peuvent revenir mais le temps de concentration je crois d'un déjà je crois que d'un enfant c'est je sais plus par rapport à l'âge des fois 20 minutes au delà de 20 minutes déjà ça sert à rien tu retiens plus rien et je crois que pour un adulte je sais plus si t'es 45 minutes ou une heure où il faut tout le temps faire des pauses et en fait quand t'entends par exemple je crois que ça s'appelle la hustle culture où on te dit qu'il faut ah tout le temps ne dors pas tu dormiras quand tu seras mort ne vois pas tes potes laisse tomber les gens qui te disent de sortir de prendre du temps pour toi parce que la détente tout ça c'est le diable et tout ça te fera pas atteindre ton objectif ça te fera pas faire ton chiffre mais en fait à partir du moment où tu travailles déjà je crois que déjà même deux heures non-stop je crois que même à partir de moins que ça tu baisses en capacité tu baisses en compétences et tout donc si on a envie de rester dans cette idée de performance c'est paradoxal parce que du coup c'est en gros repose-toi pour être plus performant c'est un peu bizarre quelque part mais si on a envie d'être là-dedans et je pense qu'il faut passer par là pour passer à un autre stade on peut pas devenir on peut pas être dans du workaholisme et passer directement du workaholisme à j'apprends à me connaître à me détendre il faut passer par d'autres stades et je pense que pour passer par ce stade on se détend totalement je fais une parenthèse je fais genre j'apprends à me détendre totalement alors que pas du tout je sais même pas à quel stade je suis mais je suis clairement pas celui-là mais je pense qu'il faut apprendre à déjà saisir que non quand tu bosses à 1000% d'un coup t'es moins productif et je l'ai vu même là quand j'ai fait mon tonne 2 j'ai eu ma bêta lecture on m'a ressorti des fautes je me suis dit mais non j'ai pas écrit ça c'est pas possible j'ai pas écrit ça parce que ma concentration elle a baissé à écrire je sais pas comme j'ai pu faire à écrire 6000 mots dans la journée alors que j'ai dormi 3h la veille mais t'imagines quoi en fait c'est nous faire croire qu'on est des qu'on est des surhommes nous faire croire qu'on peut devenir des dieux et tout en fait c'est même nous mettre dans la tête une espèce de une espèce de croyance mégalomaniaque encore j'y reviens c'est de finalement croire qu'on peut être quelque chose qu'on peut pas être en fait c'est nous faire briser toujours plus les limites jusqu'à ce que oui le burn out sur notre propre projet ça existe et je pense que c'est vraiment important de l'aborder parce que il y a beaucoup de personnes qui pensent qu'en se lançant à leur compte en l'écriture en dessin etc comme elles vont être dans leur passion elles ne vivront pas le travail alors que si à un moment donné ton corps il te rattrape déjà parce que ça reste en fait ça reste un processus cognitif tu utilises tes compétences tu utilises du savoir ton cerveau ton corps ils utilisent de l'énergie pour ça même quand on fait quelque chose qu'on a dedans on utilise de l'énergie et puis le temps il passe et quand le temps passe on grandit on vieillit on utilise de plus en plus d'énergie tout ça c'est un truc je pense qu'il faut savoir et si je le dis comme ça autant en détail c'est parce que tu m'as posé la question mais c'est aussi pour me l'ancrer aussi moi dans la tête parce que j'ai pas forcément l'occasion de parler de ça avec beaucoup de personnes et c'est trop important en fait

Ybelion — c'est hyper intéressant et tu vois t'as bouclé aussi au milieu par rapport à ce qu'on disait juste avant sur le processus d'écriture c'est oui tu peux écrire 6000, 10 000 même mots par jour mais c'est pesant c'est pesant et c'est à mon sens important de ne pas oublier que l'objectif c'est d'écrire c'est d'écrire son livre tu vois et donc de l'inscrire dans sa vie tu vois et la vie c'est des impératifs et dans ces impératifs là pour moi je range alors le fait de réussir à payer ses factures mais aussi dormir manger être en bonne santé etc et tu ne peux enfin à mon sens c'est à long terme dangereux je prends des pincettes parce que j'évite de faire des généralités tu vois mais ça peut devenir dangereux de voler le temps sur cet impératif tu vois et au contraire je pense que la première étape c'est de s'interroger une fois qu'on a compris ce qu'était le temps impératif de regarder le temps libre qu'on a et de se dire ok j'ai ce rêve là j'ai ce temps libre là maintenant qu'est-ce que je fais sur ce temps libre là tu vois et peut-être que la réponse ça sera bah en fait je peux écrire 1000 mots tous les deux jours et bah c'est parfait voilà en écrivant 1000 mots tous les deux jours t'arriveras à l'objectif que tu t'es fixé tu vois

Raphaël Ominis — ouais avec les deadlines aussi qu'on se pose et tout

Deadlines : un respect envers soi-même

Ybelion — voilà c'est ça c'est ça et d'ailleurs le sujet de la deadline aussi est un est un vaste sujet je serais curieux de savoir si toi tu t'en mets

Raphaël Ominis — je m'en suis mis ok pour moi ça c'est vraiment personnel mais les deadlines pour moi c'est une question de période il y a des moments où je suis en mode très product et à fond dans mon écriture et où surtout quand je travaille avec plusieurs personnes par exemple quand on a lancé la campagne les deadlines j'étais obligé d'en poser parce que quand on est nombreux bah on se heurte au fait qu'on est des personnes différentes avec des vies différentes avec des impératifs différents etc avec une énergie différente et du coup si on laisse tout partir en sucette en fait on n'en arrive jamais à rien la campagne elle a réussi mais c'est loin d'être le seul projet de groupe si je peux dire le seul projet collectif que j'ai mené et ils se sont tous cassés la gueule les autres parce que justement je ne mettais pas de deadline donc moi ça dépend vraiment de ça le contexte et aussi la période dans laquelle je suis par exemple là pour la nouvelle c'est une expérience un peu particulière parce que je crois que je ne sais même pas si c'est déjà arrivé que je sois aussi souple avec moi-même dans un projet parce que j'écris un peu quand je veux et je me force sans me forcer c'est à dire je me force à démarrer la machine mais je ne me force pas à la laisser allumer ce que j'entends par là c'est que par exemple tout à l'heure j'ai fait 480 mots à peu près j'aurais pu continuer j'ai eu un peu envie mais je me suis dit t'as envie de continuer pourquoi ? t'as envie de continuer parce que t'es à fond dans l'histoire ou t'as envie de continuer parce que tu t'es rendu compte que t'as fait que 480 mots et t'as envie de pouvoir brosser ton ego en te disant ah aujourd'hui j'ai réussi à faire mille et quelques réponse 2 j'ai arrêté je me suis dit là t'écris pas dans le t'écris pas parce que t'es dedans et je me suis pas mis de deadline pour la novella parce que je sens que je vais pas la respecter ou alors que si je la respecte je vais la respecter avec du stress et du coup voilà pour ça j'y suis pas il y a d'autres choses pour lesquelles je m'étais fixé une deadline mais c'était pas une deadline claire parce que pour moi une deadline que j'ai pas écrit quelque part c'est pas une deadline c'est un truc que je me suis dit c'est une pensée comme ça je pense que ça reste important d'en avoir et de s'en fixer parce que pour moi c'est une façon d'atteindre un objectif une deadline c'est se dire pour moi c'est se donner du respect aussi à soi-même à ce niveau là c'est voilà je me suis fixé un rêve un but je sais que là il faut que ce soit fait

Ybelion — c'est très bien dit c'est du respect envers soi-même j'adore récemment j'ai été frappé par une phrase vis-à-vis des deadlines qui était la différence entre un rêve et une réalité c'est une date et j'aime beaucoup cette phrase parce qu'effectivement ça permet d'ancrer le rêve dans la réalité maintenant une fois qu'on a dit ça j'aime bien toujours répéter que en fait ce qui est important quand on se fixe une deadline et une date c'est pas de savoir si l'objectif sera atteint à cette date ou cette deadline c'est simplement d'embrasser le processus d'essayer d'aller l'atteindre et ce qui est important c'est toute la transformation que tu vas vivre quand tu vas aller petit pas par petit pas vers ce truc là

Raphaël Ominis — ça me rappelle le livre de l'Alchemist

Ybelion — c'est toujours c'est toute la théorie c'est une manière différente de dire chemin supérieur destination c'est très bateau mais en fait c'est quand même très vrai

Raphaël Ominis — je pense ça se décortique parce que c'est vrai que quand c'est dit comme ça fait un peu ça fait un peu phrase facebook des parents genre l'important ce n'est pas la destination c'est le voyage oui mais en fait je me dis si ces phrases elles existent c'est que quelque part il y a toujours une part de vérité dedans je pense que c'est un peu des fois l'emballage qui est un peu dégueu mais en vrai c'est l'expérience on apprend puisque dans ce processus je sais pas je dis une bêtise on est le 24 août je vais dire ouais pour le 24 septembre je veux avoir fini ma nouvelle par exemple j'ai dit ça complètement comme ça là au hasard mais je pense qu'au fond j'aimerais bien que ça soit terminé à ce moment là tu viens de l'ancrer

Ybelion — là dans ta tête inconsciemment je vais y penser à mon avis

Raphaël Ominis — et ce que je veux dire par là c'est que d'ici là forcément il y a des moments où j'écrirai il y a des moments où j'écrirai pas et j'en tire quelque chose j'en tire déjà quelque chose parce que c'est un processus qui est différent et peut-être que même si j'arrive au bout même si j'arrive pas au bout je vais peut-être réajuster c'est aussi ça on parle de deadline il y a beaucoup de personnes la plupart des gens que je fréquente et que je connais n'aiment pas ça les deadlines n'aiment pas se mettre des dates et tout et ils me disent souvent tu te prends beaucoup la tête sur des dates sur des trucs et tout et en fait je pense que il y a une vision un peu tronquée des fois genre la deadline c'est maintenant ou jamais et tout mais il n'y a pas de soucis la deadline elle peut être décalée c'est con en vrai à dire si c'est pas fait je peux la décaler de deux semaines ça arrive bon je vais peut-être pas la décaler de trois ans non plus voilà mais ça je l'avais vu aussi sur Ulule j'en avais pas eu besoin mais ça m'avait surpris de voir qu'on pouvait faire des prolongations si on avait pas atteint son objectif je me suis dit ah c'est cool quand même tu sais ça fait respirer si tu dis ok ça va il y a une sorte de matelas au cas où et puis surtout de se dire si c'est une deadline que t'as fixé avec toi même si tu l'as pas respecté il va se passer quoi le ciel il va s'effondrer il va te tomber sur la tête bah non tu vas juste constater que c'est pas arrivé et puis au pire ça va te permettre de te poser des questions pourquoi je l'ai pas respecté cette deadline qu'est-ce qui s'est passé il peut y avoir des imprévus qui font que bah je sais pas imaginons là je sors je me casse la tronche d'or et je me pète les bras bah j'aurai du mal à écrire tu vois c'est con mais ça peut arriver

Ybelion — tout à fait tout à fait et ça me fait penser une question que j'aime bien poser aux gens qui ne veulent pas se fixer de deadline souvent la première raison qui vient c'est j'ai pas envie de me mettre la pression qui est tout à fait entendable et du coup la question qui est intéressante parfois de se poser c'est de se dire ok quel est le pire qui pourrait se passer si je m'en fixais une et que je la respectais pas tu vois et en fait la vérité c'est que souvent quand tu détricotes ça et que tu creuses un petit peu tu vois avec ce qui vient souvent en fait c'est juste que quand tu parles de deadline tu ancres dans la réalité et tout devient réel les peurs que t'as et qui sont inconscientes vis-à-vis de ce que t'as envie d'accomplir deviennent réelles et après ça peut être plein de choses ça peut être je sais pas la peur de décevoir la peur du regard des autres la peur d'échouer la peur de réussir parfois même tu vois et voilà et une fois que t'as identifié ça là on retombe dans ce qu'on disait avant c'est le travail sur soi etc et c'est pour ça que c'est intéressant de se poser ces questions c'est en tout cas toujours des questions qui me font beaucoup rire à poser alors ça marche moins par message tu vois mais les coachings que je fais en visio à chaque fois tu vois les gens qui font tu sais le regard part et là tu sens qu'ils sont partis dans leur réflexion et tu les laisses tu vois t'as 2-3 minutes de silence et ça revient et tu fais bah ouais en vrai en fait je crois que j'ai peur d'eux tu vois et tu fais ok c'est intéressant que t'amènes cette peur qu'est-ce que ça veut dire et en quoi ça peut t'aider pour ton process tu vois et c'est passionnant c'est passionnant juste des petites questions comme ça parfois sont hyper intéressantes et d'ailleurs je me permets de te faire ce partage mais dans tout ce que tu m'as dit depuis le début on sent que ces questions là tu te les poses un peu naturellement et c'est cool alors j'ai l'impression tu vois tu as souvent cité ton copain j'ai l'impression que du coup il t'aide aussi pas mal dans ces réflexions et c'est cool

Raphaël Ominis — mais tantôt de toute façon on est assez différents lui ça va être un profil un peu plus rêveur un peu plus spontané un peu plus tranquille c'est plus quelqu'un qui vit au jour le jour là où moi je suis une horloge sur pattes tout doit être préparé par exemple rien que ça moi j'ai une espèce de côté un peu j'ai des potes qui me disent c'est un peu maniaque moi je suis capable de prendre un plaisir profond et personnel à l'idée d'organiser n'importe quoi ces derniers temps par exemple j'aime bien que mes repas soient prêts à l'avance et tout je peux passer des heures et des heures à cuisiner à ranger tout dans des sachets avec la date et tout à tout mettre au fond je suis vraiment très voilà faut que tu roules de la manière dont je l'ai prévu et c'est vrai que là dessus quand on est très différents lui il m'apporte quand même pas mal de légèreté en me disant bah attends calme toi on va pas mourir là c'est bon et c'est vrai que moi ça me prend quand même à lâcher du lest là dessus et puis même d'avoir un regard un peu plus souple de manière autant sur les choses que sur moi

La novella, la santé, et la validation qui compte

Ybelion — pour reboucler un peu plus sur toi et ce que tu racontes dans tes histoires la novella que t'écris tu veux peut en dire plus

Raphaël Ominis — ouais je peux en dire plus maintenant surtout que ouais c'est cool j'ai pu la reprendre un peu qu'est-ce que je pourrais dire dessus exactement c'est la première fois que j'en parle à l'oral à quelqu'un concrètement de cette nouvelle donc je vais improviser un peu ce que je peux dire c'est qu'elle parle de elle parle de troubles psychotiques de schizophrénie et ça va raconter l'histoire d'un père de famille qui essaye de soigner sa fille qui est prise de crise assez grave et qui va pour la sauver en fait essayer de combattre une créature qui a des comment je pourrais dire ça une créature qui peut exaucer les voeux concrètement et le truc particulier de cette nouvelle là c'est que déjà d'une mon personnage principal est clairement dans de schizophrénie et surtout contrairement à ce qu'on a pu voir dans l'autre côté du temps où on a plein de personnages qui savent utiliser l'ethnologie etc lui ne peut pas voilà il n'est pas il ne peut pas utiliser les éléments en tout cas de cette façon là et il va essayer de d'atteindre en fait son objectif en combattant à la fois le fait qu'il ne peut pas utiliser d'éléments naturels et qu'il est clairement atteint de schizophrénie donc j'avais voulu explorer ça parce que c'est quand même la base de ce que j'ai voulu transmettre aussi même si j'en ai pas parlé tout à l'heure quand tu m'as demandé ce que je voulais transmettre mais c'est une des choses principales dont je veux parler c'est toujours la maladie mentale les afflictions mentales parce que c'est quelque chose qui m'avait passionné au tout départ avant même que je trouve mes études que je prenne mes études en psycho et aussi parce que on est dans une on est dans une société où concrètement les personnes atteintes je trouve de handicap invisible même si on fait beaucoup de choses pour leur donner de la visibilité je trouve que malgré tout ça aujourd'hui on s'en fout quand même un peu beaucoup et étant concerné et ayant beaucoup de personnes autour de moi qui sont concernées moi c'est ma façon de combattre ça d'avoir des personnages principaux qui sont atteints de troubles mentaux et que ce soit pas juste des jetons qu'on met dans une série à côté voilà ça c'est un truc qui est super important pour moi même si ça peut être des afflictions que je ne connais pas j'ai pas de proches qui sont atteints de schizophrénie j'en ai connu il y a très longtemps et j'aimerais aussi aborder des troubles que je ne connais pas forcément mais faire des recherches apprendre comprendre parce que voilà pour moi on ne peut pas mener forcément tous les combats mais moi ça c'est un de ceux que j'ai envie de mener

Ybelion — c'est vraiment beau et c'est une novella que tu sortiras en auto-édition ouais toujours en auto-édition

Raphaël Ominis — elle est censée faire partie d'un groupe de 16 novellas encore un truc pas possible et d'ailleurs je me suis vachement fait avoir par ça parce que je me suis dit le même truc je me suis dit ah mais t'es habitué t'écris des fois des 5000 mots par jour la novella est censée être toute petite vas-y en 3 semaines t'en écris une c'est fini et tout bah du coup non j'ai réduit vraiment de manière proportionnelle je sais qu'à un moment donné ça risque d'arriver que je tape 2000 ou 3000 mots sur la novella si je suis à fond dedans mais je le ferai pas pour les mêmes raisons

Ybelion — ok trop cool et vis-à-vis de ton tome 2 qui est du coup a été bétalue c'est ça

Raphaël Ominis — ouais

Ybelion — et là il est en il est dans quelle phase

Raphaël Ominis — alors là il est dans la phase je dois appliquer les corrections mais j'ai la flemme c'est clairement cette phase là normalement je dois le faire rebétalir par quelqu'un d'autre ok et ensuite faudrait que je vois normalement pour le sortir avec une campagne encore ou le sortir normalement sur Amazon et en édition classique ok je suis dans la réflexion pour l'instant

Ybelion — ok après c'est bien tu vois tu dis oui la flemme etc après tu coupes au moment aussi où je trouve que c'est toujours intéressant de faire une coupure entre la bêta lecture et le moment où on reprend c'est bien aussi de prendre parfois un peu d'air et de recul sur le texte

Raphaël Ominis — c'est aussi pour ça que j'avais fait ça après la bêta lecture elle a duré un mois donc normalement si j'avais voulu reprendre sans prendre en compte enfin tout en ayant pris en compte le fait que j'ai pas touché au manuscrit franchement j'aurais pu mais là c'est vrai que bon je dis la flemme puisque c'est un mot qui me fait un peu rire aussi mais j'essaye aussi de je pense respecter d'autres deadlines que j'ai en tête et c'est le fait d'en parler là je pense que je m'en rends compte moi quand j'écrivais j'ai toujours mis ma santé complètement de côté je dormais peu je mangeais n'importe comment j'avais pas vraiment de setup pour écrire c'était vraiment organisé dans ma tête mais pas organisé dans l'environnement et en fait j'ai commencé à essayer de faire attention à ma santé donc je suis je pense dans un changement drastique dans ma façon d'être et de vivre aussi et du coup je pense que j'ai des deadlines que je me fixe inconsciemment sur ma santé actuellement et c'est peut-être pour ça que je mets un peu l'écriture de côté où je me dis déjà je vais essayer de remonter à neuf de reprendre des bonnes dispositions pour moi puisque bah en fait l'écriture c'est forcément ma santé si je suis pas en bonne santé comment je veux bien produire c'est con à dire mais en fait moi c'est une question que je me posais pas je me disais bah t'as des facilités en écriture bah écrit mais en fait je mettais toujours ma santé à mal là j'ai envie de changer un peu ça et je pense que quand je me sentirais en vraiment meilleure santé j'arriverais peut-être à reprendre un rythme qui me permettra de me refixer à nouveau des deadlines en termes de production en écriture

Ybelion — c'est super c'est un super message ouais franchement je suis très content de l'entendre parce que c'est vrai que tu vois je conscientise aussi à mon échelle je me rends compte que tu vois j'avais poussé la pause entre l'envoi en bêta lecture et la reprise et quand tu le dis je me sens pas mal concerné aussi par ça tu vois parce que parfois c'est salvateur de recharger les batteries et d'accepter que parfois ça peut prendre un peu de temps et du coup bravo de prendre conscience de ça et de faire en sorte de te remettre à neuf comme tu dis

Raphaël Ominis — bah merci parce que c'est pas c'est pas facile moi la santé l'instant présent tout ça c'est mon talent d'achille c'est pas mon truc du coup c'est un gros travail ouais

Ybelion — mais tu vois la première étape et de l'identifier tu vois c'est clair et ça une fois que tu l'as identifié tu peux travailler dessus et puis et puis et puis voilà c'est trop cool est-ce que t'aimerais ajouter quelque chose d'autre sur ton univers ou ton ou ton livre qui est déjà sorti du coup

Raphaël Ominis — humm qu'est-ce que j'ai pas dit il faudrait dire parce que j'ai beaucoup parlé bah je dirais que mon univers c'est quand même je dirais que c'est le fruit de mon évolution personnelle aussi c'est ça que je garderais et que ce que j'écris c'est aussi le fruit de mon évolution personnelle c'est le fruit de mes de mes insights de mes observations autant sur moi que sur les autres que sur le monde aussi j'essaye de faire une critique assez souple et discrète de la société je sais pas si elle est discrète en tout cas ce que j'essaye de faire et sur le livre en lui-même bah la même chose de toute façon c'est le produit c'est le produit de l'univers que j'ai créé donc ouais je pense si je devrais dire un dernier mot là-dessus c'est ça et par contre si je devais dire un autre mot autant surtout à l'attention des personnes qui écrivent déjà ont déjà écrit ou voudraient écrire c'est qu'il y a que vous qui pouvez savoir ce que vous voulez faire et vous motivez vraiment c'est pas les autres c'est pas c'est que soi-même en fait à ce niveau-là

Ybelion — c'est des déclencheurs clairement des déclencheurs tu peux avoir des déclencheurs externes mais la mise en mouvement elle est interne mais n'attendez pas de validation voilà

Raphaël Ominis — c'est surtout ça que je veux dire ça fait toujours plaisir d'avoir de la validation externe ça fait toujours du bien on est aussi fait comme ça l'être humain il est grégaire il a besoin de savoir que ses pairs sont d'accord avec ce qu'il fait même ceux qui me disent non bah je vous vois et je sais que c'est vrai voilà maintenant il faut savoir à quel moment la validation ou le besoin de validation devient toxique et devient infreint c'est super important et la première validation à avoir dans un dans un travail artistique c'est la sienne on va leur résoudre après

Ybelion — c'est une très belle conclusion merci pour tes mots justes et tous tes partages Raphaël

Raphaël Ominis — merci à toi

Ybelion — avec grand plaisir

Raphaël Ominis — pour ce petit podcast c'était bien sympa

Ybelion — on se refera ça avec grand plaisir bah peu de soucis

Raphaël Ominis — bah peu de soucis b Sous-titrage ST' 501

Épisode 42 avec Raphaël Ominis

AU MICRO AVEC

Raphaël Ominis