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Pochette de l'épisode 112 du podcast Ose Écrire

ÉPISODE 112AVEC INVITÉ17 MAI 202676 MIN

Écrire pour changer le monde - Discussion avec Léonie Bloom

Clarté · Intentionpourquoi écriretransmission
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FACE A — LES 20 CHAPITRES · CLIQUE POUR ÉCOUTER

Et si tu osais répondre vraiment à cette question : pourquoi tu écris ?

CE QUE RACONTE CET ÉPISODE

Léonie Bloom écrit. Et un jour, son éditrice chez HarperCollins lui pose LA question. Celle qu'on redoute parce qu'elle exige une vraie réponse.

Léonie inspire. Et elle lâche : « j'écris pour changer le monde ».

Elle s'attendait à un sourire poli. Elle s'attendait à voir l'éditrice penser « bon, encore une qui se prend pour quelqu'un ». Elle s'attendait à devoir se défendre.

L'éditrice lui répond : « super, comment on peut t'aider ? »

Changer le monde, ça paraît démesuré. Et pourtant, dans cet épisode, Léonie raconte sa version à elle. Changer le monde, c'est offrir un sourire à un inconnu dans la rue. C'est faire oublier ses soucis à un lecteur pendant 300 pages. C'est ouvrir la porte de la lecture à quelqu'un qui n'avait jamais ouvert un roman. C'est recoudre le lien entre un père marin et sa fille qui ne savait rien de ses aventures.

Si tu te demandes encore à quoi sert ton livre, écoute cet épisode. Ta réponse est peut-être plus grande que tu le crois.

🎙️ Épisode 112 du podcast Ose Écrire, avec Léonie Bloom, autrice de Le Voyage de mille lieux chez HarperCollins.

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LE CAROUSEL DE L'ÉPISODE

CAROUSEL À VENIR

Les slides de cet épisode arrivent bientôt dans la bibliothèque visuelle.

Face B — le transcript

L'ÉPISODE MOT À MOT · LES TIMECODES LANCENT L'ÉCOUTE

Évidemment, tu te doutes bien que ce n'est pas moi qui ai tapé tout ce transcript à la main… Alors oui, il y a parfois des incohérences et des erreurs. Et sur les discussions, il arrive même que les voix se mélangent. Comme quoi, rien de mieux que d'écouter l'épisode plutôt que de le lire !

Intro et présentation de Léonie Bloom

Ybelion — Bienvenue dans cet épisode où j'accueille Léonie Blum. On parle de son livre à paraître chez HarperCollins, Le voyage de mille lieux. On évoque son parcours d'écriture, ses inspirations, le fait de changer le monde avec sa plume, l'inspiration que sont les élevages de cochons, mais aussi le fait d'être une licorne. Je vous laisse avec toutes ces surprises et je vous souhaite un très bon épisode. Moi c'est Sam, Ybelion de Monde en Plume. Je suis écrivain, coach ICF, et j'ai créé Ose Écrire, un accompagnement pour celles et ceux qui veulent enfin accomplir leur rêve d'écrire un livre. Ce podcast a la même intention. C'est ton rendez-vous, inspiration, discipline et passage à l'action. Et si ça te parle, abonne-toi, mets 5 étoiles et partage autour de toi. Parce que plus il y a de gens qui osent, plus d'autres oseront à leur tour. Allez, c'est parti et bonne écoute. J'ai vu que tu avais reconnecté avec l'écriture en 2022 et que tu avais eu en plus avant un prix littéraire quand tu étais toute jeune. J'étais finaliste. Finaliste, ok. Finaliste, c'est déjà très bien. Et j'aimerais bien que tu me racontes un peu comment tu as pu reconnecter avec l'écriture. Ouais, tout simplement, pour commencer.

Léonie Bloom — Alors pour la reconnexion, c'est un truc très bizarre. Alors déjà, il faut savoir qu'en y ayant réfléchi, j'ai jamais totalement abandonné l'écriture. J'ai abandonné l'écriture de fiction. Sans m'en rendre compte, il n'y a pas eu de décision nette et précise. Par contre, il se trouve que j'ai développé, par exemple, une passion pour les newsletters. En tant que j'étais directrice d'hôtel. Et donc, j'ai décidé que c'était dans mon job d'écrire à mes clients. Et donc, j'écrivais une lettre par mois pour leur dire ce qui se passait à l'hôtel, si on avait fait des travaux, des petites anecdotes qui s'étaient passées, leur dire ce qu'on avait prévu dans les mois à venir. Et du coup, je prenais un plaisir fou à faire ça. Et j'ai plein de gens qui me répondaient. Donc, j'étais hyper contente. Et à chaque fois, on me disait, j'écris drôlement bien. Je fais, oh, c'est cool. Puis genre, oh, bah, chouette, c'est pas comme si avant, j'écrivais. Et donc, ouais, j'ai complètement occulté tout ça. Et pour la reprise de l'écriture de fiction, ça arrivait d'un coup d'un seul. C'est un moment assez bizarre dans ma vie. Je pense que je suis pas prête d'oublier. J'étais, à l'époque, j'étais en galère de serveurs aussi déjeuners. Et donc, quand on est directeur d'hôtel et qu'on a une galère d'employés, bah, on fait bouche-trou. En fait, on est bouche-trou de luxe et polyvalent de tout. Et donc, ce matin-là, 6h du matin, tranquillement, en train de préparer le petit déjeuner pour des clients. Et j'étais en train de faire couler le café. Et j'étais moi-même pas très réveillée. Et je regardais... Franchement, j'étais tellement pas réveillée que je regardais... Franchement, je regardais le café passer. Pour te dire le nouveau déveil. J'étais hyper productive. Et en regardant le café passer, je me disais... Tiens, c'est marrant. Je verrais bien une souris soir de vieille dame empoisonnée dans sa chambre. Est-ce que c'est le café de l'hôtel ou pas ? En mode arsenic et vieille dentelle. Et je commence à me faire un scénario de la cliente de la chambre 214. Enfin, tout un délire. Et puis, à un moment, je m'arrête. Mais au fait, je voulais être écrivaine, moi. Et puis, je me revois. J'étais avec ma cafésaire à la main. Et je me dis... Mais pourquoi je ne suis pas écrivaine ? Et qu'est-ce que je fais là ? Et... Et du coup, j'ai fait ma journée de travail normale. Je suis revenue à la maison. J'ai ouvert un PC. J'ai commencé à écrire des lignes de l'histoire, de me dire... Et puis, ça m'a vraiment travaillé, cette histoire de... Ouais, au fait, on en est où ? Et qu'est-ce qu'on fait ? Et en fait, j'ai repris l'écriture ce jour-là.

Le café à 6h qui réveille un rêve d'écriture

Ybelion — Waouh, c'est dingue. C'est... Je comprends pourquoi tu ne l'oublieras pas. Parce que c'est à la fois... C'est assez ordinaire et en même temps assez extraordinaire, en fait. Comme manière de reconnecter.

Léonie Bloom — Ouais, complètement. Et c'est... Enfin... C'était une évidence, quoi. Là, ça m'est... Il était temps, je pense, qu'il y avait de la place à ce moment-là pour se dire « Il est temps de passer à autre chose ».

Ybelion — Ouais, ok. Et c'était... C'était un rêve que tu avais... Enfin, c'était une envie que tu avais depuis toute petite d'être écrivaine ?

Léonie Bloom — Ouais, ouais. Enfin, pas depuis... Depuis l'adolescence. Enfin, depuis... Tu vois, parce que... Enfin, en tout cas, moi, quand j'ai commencé à écrire... Enfin, quand j'ai commencé à lire... Donc, c'est devenu une passion dévorante tout de suite. L'écriture, c'est venu après. Je pense qu'il fallait un moment pour se dire que moi aussi, je pouvais écrire. Et que, du coup, j'avais envie d'écrire. Et c'était une deuxième étape.

Reconnecter avec l'écriture, une évidence

Ybelion — Ok. Et tu te rappelles, quand tu étais adolescente, ce qui t'a donné le truc de dire « Ah, moi aussi, j'ai envie d'écrire des histoires ». Ou alors, c'est quelque part...

Léonie Bloom — Non, il n'y a pas vraiment eu de déclic très net, pour le coup. Par contre, j'ai toujours eu ce rapport à l'écriture où j'ai besoin d'écrire pour comprendre ce que je pense.

Ybelion — Ok.

Léonie Bloom — Et du coup, dès que je commençais à me prendre la tête sur quelque chose ou que quelque chose me heurtait ou que c'était... Enfin, j'ai besoin de l'écrire. Ça passe par l'écriture.

Ybelion — Ok. Je comprends. Et l'écrit que tu recommences, après avoir regardé le café couler à 6 heures du matin, est-ce que c'est le premier roman, du coup ? Non, même pas. Ok.

Léonie Bloom — Même pas. Je n'ai pas encore écrit ce roman.

Ybelion — Oh.

Léonie Bloom — J'ai eu quelques pieds, je sais, j'ai une vague idée de ce que je veux faire. Alors, c'est assez marrant, parce qu'en fait, j'ai revu mes ambitions à la baisse de... Baisse, baisse. Parce qu'en fait, ce premier roman, j'ai pensé avoir une idée et c'était... Enfin, j'aime cette idée. C'est un genre de policier avec une partie historique à double temporalité. Et j'ai fait, waouh ! Trôlement compliqué pour un premier roman. Et je ne l'ai pas écrit. Et je me suis dit, je le garde de côté, je vais faire un truc plus simple. Puis j'ai eu une deuxième idée qui était très chouette. Et sauf que j'ai lu trois romans dans ma tête et j'ai fait, waouh ! Trois romans, pour commencer, c'est un peu compliqué. Et non. Et du coup, je l'ai mis de côté aussi. Et du coup, c'est ma troisième idée qui est devenue mon premier roman.

Ybelion — Ok. Ce qui est marrant, c'est que l'histoire de la double temporalité, on le retrouve dans ton roman qui va sortir ou qui sera sorti au moment où l'épisode sort. C'est ça. Le voyage de milieu. Ok.

Léonie Bloom — Ouais, ça travaillait quand même. En fait, j'aime bien cette histoire de double temporalité quand même.

La double temporalité et la résonance entre époques

Ybelion — Qu'est-ce que tu aimes bien dans cette double temporalité spécifiquement ?

Léonie Bloom — C'est le jeu des résonances, en fait, entre deux époques qui ont l'air très différentes et qui en même temps, tu vois des choses qui résonnent. Et c'est ça que j'aime bien. C'est de trouver des lignes, de trouver des échos, trouver, enfin... Et tu vois, j'ai réfléchi, parce que je me suis rendue compte que j'ai un plaisir fou à écrire de historique. Et là, j'ai eu même des lecteurs qui m'ont dit « Ah, tu devrais faire que de l'historique, t'es vraiment bonne là-dedans. » J'étais un peu vexée, je me suis dit « Du coup, le contemporain, moins bien. » Enfin, bizarre. Et puis, en fait, c'est vrai que j'y prends beaucoup de plaisir, mais pour l'instant, j'ai aucune envie d'écrire un roman historique pur parce que j'aime jouer sur la... Enfin, je peux pas le dire autrement, c'est la résonance, c'est ça qui me plaît.

Ybelion — Ouais. J'entends la résonance de l'historique dans le présent aussi.

Léonie Bloom — C'est ça. Et qui donne du sens au présent et qu'en fait, utiliser l'historique pour éclairer le présent, en fait, c'est ça qui me plaît.

Ybelion — Ouais. Tu sais que c'est la phrase qu'il y a écrite sur le roman, Le voyage de milieu. Moi, elle m'a beaucoup... Elle me fait tourner la tête parce que du coup, je l'ai juste noté là, tu vois, c'est les histoires qu'on nous lègue peuvent-elles changer une vie ? Et j'adore cette question parce que je sais pas qui... Enfin, si c'était une discussion avec ton éditrice ou comment vous l'avez trouvé, mais je trouve que c'est... Souvent, on voit les histoires qu'on nous lègue comme, tu sais, un espèce de poids sur les épaules. On parle souvent des... Un, deux, trois, pardon, je vais arriver, mais des bagages que peuvent porter nos parents, qu'on porte à notre tour, de ça, dont on doit se libérer parfois, des croyances de petits, etc. Et je trouve que cette question, elle le tourne de manière beaucoup plus positive, tu vois, de ce qu'on nous lègue, comment ça change la vie. Et tu sais, je me suis dit, putain, c'est une belle manière de retourner un truc qu'on a depuis petit en quelque chose de très positif.

Léonie Bloom — Ouais, parce que, bah, j'en suis convaincue que, bah, c'est... C'est une de mes... Je me rends compte que c'est une de mes obsessions, la transmission, parce que c'était un des thèmes, c'était le grand thème du petit vieux qui a fait le tour du monde, trois fois. Et là, c'est à nouveau un des thèmes, mais sous une autre facette, sous un autre angle, en fait. Et c'est vrai que j'aime voir comment, bah, on est les héritiers de tellement de choses. et, bah, voir comment ça nous affecte, voir comment ça nous... Et il y a des... Il y a des héritages extrêmement positifs, évidemment. Et, bah, c'est chouette de s'attarder là-dessus et de voir comment tout ça nous façonne, nous propulse, en fait.

Yvonne, Colombe et la lignée bretonne

Ybelion — Est-ce que tu peux en dire un petit peu plus sur le... Sur, quelque part, l'héritage qui joue dans le voyage de milieu ou c'est... Ou c'est un petit peu à découvrir ?

Léonie Bloom — Non, je peux... Alors, je peux donner quelques... Donc, pour mettre le contexte, donc, double temporalité, au présent, on a donc Colombe qui a 26 ans, qui a une fleuriste qui est... Qui se trouve... Qui ne trouve pas sa place dans la vie. Et qui... Bah, qui se sent pas bien. Et, on va suivre au passé l'histoire d'Yvonne. On commence l'histoire avec Yvonne qui a 10 ans et qui s'apprête à rentrer à l'usine de sardines. Et, en fait, Yvonne, on va suivre toute sa vie. C'est ça que j'ai trouvé très chouette, c'est de suivre Yvonne sur une vie entière et suivre aussi ses descendantes. Et Yvonne, elle va marquer sa famille. Ça va être la première... Pour moi, c'est la première que de la lignée. Elle a sa propre maman, mais pour moi, c'est vraiment Yvonne qui marque le début de l'histoire de cette lignée de femmes en s'engageant énormément dans la grande grève des Sardinières de 1925. Et donc, un combat ouvrier, collectif et féminin au tout début du 20e siècle. Et cet engagement va avoir des répercussions sur toute sa descendance, en fait. Et c'est ça que je trouve chouette et de voir comment ça... bah... commence son action et je pense, enfin, au moment où elle l'a fait, elle l'a fait beaucoup pour sa propre fille, pour lui assurer un avenir meilleur, mais sans imaginer tout ce que ça va avoir de... toutes les conséquences, en fait, sur des décennies, sur les femmes de sa famille.

Ybelion — C'est hyper intriguant de choisir un événement aussi précis, quelque part, que la grève des Sardinières, que je ne connaissais pas. Et ça, je me rappelle que c'est une question que je t'avais posée dans notre première itération, mais elle me revient là, du coup. C'est comment tu choisis ces thématiques quelque part assez spécifiques, tu vois ?

La grève des Sardinières de 1925 et Plogoff

Léonie Bloom — En fait, je les croise sur mon chemin de recherche. Là, en l'occurrence, c'est ma belle-mère qui m'a mis sur cette piste-là, puisque j'avais déjà choisi qu'une partie de l'action allait se passer au Cap 6, et notamment à Plogop. je m'étais intéressée à la lutte contre la centrale nucléaire de Plogop. Et j'avais décidé de placer mon Équahmo imaginaire à Plogop.

Ybelion — OK.

Léonie Bloom — Équahmo, où Colombe ira à un moment du roman.

Ybelion — C'est Pointe du Finistère, c'est ça ? Je dis une bêtise. C'est ça,

Léonie Bloom — c'est la toute Pointe du Finistère, Finistère Sud, avec la Pointe du Ra. Donc, il y a Douarnenez, Plogop, Cap 6, et Pointe du Ra. Et j'aime bien, parce que c'est un audio, mais je fais des signes avec les voix. Et donc, j'ai dit à Mabelbert qu'il y avait une partie de l'action de mon prochain roman qui se passerait à Plogop. Et elle me dit, oh là là, Plogop, la lutte, ah là là, souvenir de jeunesse, de toute façon, les capistes, nous les capistes, parce qu'elle a de la famille originaire du Cap 6, nous les capistes, on est des gens, quand même elle dit ça, on est des gens qui tiennent tête, qui se défendent et qui se rebellent. Les peines sardines à Douarnenez, la centrale de Plogop, la lutte contre l'amour au Cadiz, tout est lié. Et j'étais là, comment ça, tout est lié ? Je ne vois pas le rapport du chméblique entre eux. Et du coup, j'ai dit oui, parce que bon, c'est clair quand même. Et puis, j'ai voulu creuser, du coup, retrouver ça et essayer de comprendre pourquoi pour elle, c'était lié. Et du coup, j'ai relié moi-même du coup, les pointillés et j'en ai fait une lignée de femmes en fait, justement, qui va traverser ces événements-là et trouver ce qu'il y avait de commun dans ces événements-là pour que ça devienne une mémoire collective et une fierté en fait. Et c'est ça que je trouvais intéressant.

Ybelion — Ouais, ok, je comprends tout à fait du coup la thématique de la résonance que tu as amenée. Et donc, du coup, quelque part, on part de cet événement de la grève des Sardinières et puis petit à petit, ça résonne jusqu'au présent de Colombes. Ok, ça, c'est assez cool. Et en même temps, je sens dans ton partage que du coup, tu construis beaucoup ton histoire en faisant les liens. Comment tu fais ? Tu t'imagines, là, dans cette double construction, quelque part, tu pars du présent de Colombes en te disant, ok, comment je petit à petit remonte à l'événement initial ou alors c'est plutôt l'inverse, tu te laisses porter par quelque part ce que Yvonne fait et puis ce qu'elle lègue petit à petit ?

Construire un arbre généalogique de fiction

Léonie Bloom — Je ne sais pas trop. Je suis partie de Colombes pour arriver à Plogov. De Plogov, du coup, ma belle-mère m'a emmenée à Douarnenez. Et du coup, là, je suis repartie de Douarnenez et c'est là que j'ai eu l'idée de l'aligner et que j'ai voulu incarner tout ça, avoir une dépendance. Et là, du coup, j'ai retravaillé j'ai construit d'abord tout l'arbre généalogique par rapport aux événements qui m'intéressaient et ce qui était logique en fait qu'elle vive. Voilà, donc j'ai fait vraiment et j'ai eu un énorme boulot pour recréer cet arbre généalogique. Une grosse galère. Et ensuite, je suis repartie de chaque personne pour comprendre ce que chacun avait vécu, ce que chacun avait reçu comme héritage et ce que chacun transmettait. Et j'ai voulu voir quelles tensions ça allait amener à chaque époque. Et c'était assez logique après, quand tu développes le personnage, il a son... Enfin, pour moi, c'est logique, il a sa façon de voir le monde. Du coup, sa réaction aux événements est assez logique. Et du coup, c'était aussi logique que les petits conflits, les petits points de tension qui allaient naître et aussi les loyautés, les valeurs qui allaient se transmettre par-dessus tout. Donc, j'ai repris après chronologiquement. quand j'écris la lignée et les passages historiques, j'ai tout écrit à suivre et dans l'ordre chronologique. De toute façon, j'écris toujours dans l'ordre chronologique.

Ybelion — OK. Quand tu dis dans l'ordre chronologique... Parce que c'est vrai que la dernière fois, tu m'avais dit que tu étais plutôt...

Léonie Bloom — !

Ybelion — t'organisais beaucoup et puis tu structurais beaucoup avant de commencer à écrire. Et donc, là, quand tu dis que tu écris dans l'ordre chronologique, c'est que tu construis tout à peu près tout avant et puis ensuite, tu adresses point par point. Mais à la fin, tu les déplaces ?

Léonie Bloom — Exactement ça. En fait, du coup, là, j'écris toute la partie historique avant et ensuite, j'écris toute la partie contemporaine. Et du coup, au fur et à mesure que j'écrivais la partie contemporaine, j'essayais de voir comment intercaler mes chapitres pour que ça fasse sens. Alors, surtout qu'en plus, il y a une troisième trame narrative parce qu'il était une grosse galère. Donc, c'était une petite surprise dans le roman. Mais donc, il y a une troisième toute petite trame narrative et c'était très galère d'agencer les trois trames ensemble. Et ça, je l'ai fait dans un deuxième temps et il a fallu plusieurs itérations pour trouver le bon intercalage, intercalement, enfin bref, le bon rythme

Ybelion — le bon rythme. Oui, je vois. Et tu me racontais que ça, c'était le voyage de milieu, était ta première aventure avec une maison d'édition. et pour le coup, là, je me rappelle avoir été énormément touchée par le partage que tu avais fait sur quelque part la rencontre avec ton éditrice et puis tout ce qui en avait découlé. Et ça, j'aimerais bien que tu le racontes parce que je trouve que c'est une super histoire.

La rencontre avec HarperCollins

Léonie Bloom — Donc, on banne tout ce qu'on a fait la dernière fois.

Ybelion — Oh non,

Léonie Bloom — il faut tout recommencer.

Ybelion — Il faut tout recommencer.

Léonie Bloom — Donc, je te disais donc, avec le succès du petit vieux, j'ai été contactée par plusieurs maisons d'édition effectivement et il y a une des maisons d'édition qui s'appelle Arthur Collins qui m'a contactée d'abord pour me proposer la version poche du petit vieux, ce qui m'intéressait et qui ensuite m'a demandé qu'on discute de mon prochain roman ce qui m'intéressait moins. Et finalement, l'éditrice qui s'appelle Gaudel Desnoyers est venue me voir à Nantes parce que je n'avais pas envie d'aller à Paris. Et donc, on s'est rencontrées dans un café, on a longuement discuté et en fait, ça a été la première personne dans une maison d'édition à me demander ce que moi, j'avais envie d'écrire, ce qui me plaisait, ce que j'avais envie de faire de ma plume, de quoi. Et elle m'a demandé aussi du coup, pourquoi j'écrivais et qu'est-ce qui me... qui était mon moteur. Et en fait, j'étais très honnête ce jour-là puisque je lui ai répondu que moi, j'écrivais pour changer le monde.

« J'écris pour changer le monde »

Ybelion — Ça me fait toujours les mêmes frissons.

Léonie Bloom — Et... C'est pas quelque chose que j'avoue facilement. Alors... Et oui, donc on avait discuté la dernière fois. Et oui, changer le monde, c'est le fait d'écrire pour partager des valeurs, pour faire découvrir des choses aux gens, pour... Enfin, c'est... C'est de... éclairer le chemin de quelqu'un ou même, faire oublier les soucis de quelqu'un et changer un peu, juste même... Pour moi, changer la journée d'une personne, c'est déjà changer le monde. C'est ça qui est magique. Et pour moi, c'est vrai que j'ai envie de porter des valeurs aussi. J'ai envie de... Il y a des choses que j'ai envie de faire via l'écriture. Et donc, j'ai eu cette discussion avec mon éditrice et sa seule réponse a été... Moi, je m'attendais à ce qu'elle dise « Ok, elle est complètement timbrée, elle a un melon, mais c'est même pas la peine. » Et donc, moi, j'étais tranquille, les mains dans les poches, je lui annonce ça comme ça et elle m'a répondu « Super, comment on peut t'aider ? »

Ybelion — Ouah.

Léonie Bloom — Et du coup, là, j'étais super séduite.

Ybelion — C'est une super question parce que c'est vraiment une question qui est orientée autour de toi et donc là, tu te retrouves un peu « Ah mince, maintenant, il faut que... » Ok, c'est vrai. Et tu n'as pas forcément réfléchi en plus à la réponse. Et moi, j'aime bien ce que tu as partagé parce que, en fait, je pense que c'est ça aussi qu'elle a dû ressentir quand tu lui as dit « J'ai envie de changer le monde » parce que quelqu'un qui a le melon quelque part, on le sent, ça se ressent aussi. Mais toi, quand tu le partages, tu dis déjà changer la journée de quelqu'un, c'est déjà changer le monde et je le vois vraiment comme ça. Tu vois, c'est comme si tu avais parfois des... Les romans sont comme des petits soleils, tu vois. Et parfois, les gens tombent dessus et puis tout de suite, leur journée change. Puis, ils se mettent à rayonner et en fait, rien que le fait qu'ils rayonnent, ça fait rayonner tout le reste. Je ne sais pas, je le vois un peu comme ça. L'image n'est pas très claire.

Léonie Bloom — C'est exactement comme ça que je le vois. En fait, c'est de... Tu sais, c'est une des raisons pour lesquelles, des fois, quand je... Enfin, parfois, dans la rue, je croise quelqu'un qui fait une tête genre pas contente, tu vois. Et du coup, je lui dis bonjour en souriant d'un air super joyeux. Juste parce que... Enfin, pour casser le truc parce que tu sens que c'est mal parti, cette histoire. Et puis, ça se trouve, juste ça, ça va le faire sourire cinq minutes et puis, peut-être que lui va aussi sourire à quelqu'un. Est-ce que j'en mette ?

Le pouvoir des micro-rencontres

Ybelion — Ouais, carrément.

Léonie Bloom — Et un bouquin, c'est ça.

Ybelion — Ouais, carrément, carrément. Mais tu sais que c'est hyper... Ça, pour le coup, je pense qu'on sous-estime le pouvoir qu'on a au quotidien parce que les sourires, l'amour, la joie, ce genre de choses, c'est hyper communicatif. Et puis, tu sais, quand tu le donnes à quelqu'un, c'est pas comme un billet de 10 euros. Si je te donne un billet de 10 euros, je ne l'ai plus, si je te donne un sourire, j'ai toujours le mien, mais sauf que je te le véhicule en plus. Et puis, du coup, ça se transmet comme ça et t'imagines assez bien le truc qui se répand. C'est trop cool, en vrai.

Léonie Bloom — Ouais, puis moi, ça m'est déjà arrivé aussi d'avoir des fois des trucs pas faciles et puis, enfin, où il se passe un truc drôle dans un supermarché, puis je ne sais pas, il se passe un petit truc rigolo et il y a quelqu'un qui te lance un regard entendu et un sourire. Puis du coup, tu souris aussi puis tu rigoles et voilà, ça s'est passé genre quatre secondes, mais ça t'a mis de bonne humeur. C'est vrai,

Ybelion — c'est vrai. Ça m'étonne toujours, enfin, de moins en moins depuis que j'y suis attentif, mais en fait, si quand même, ça m'étonne toujours de voir, il y a parfois des petites phrases ou des petits moments avec souvent des inconnus dont on se rappelle quasiment toute notre vie et cette personne-là, c'est pas parce que, tu vois, elle n'a pas forcément fait attention ou dans l'intention de changer quelque chose chez nous et puis ça reste comme ça et c'est effectivement parfois juste un sourire à un conde rue ou quelqu'un qui s'excuse parce que vous busculez ou je sais pas, tu vois, et ça me fascine toujours ça, ça me fascine. Les petites choses ordinaires qui font changer de trajectoire quelque part.

Léonie Bloom — J'avoue que c'est un sujet romanesque inépuisable parce que c'est, moi, c'est aussi quelque chose qui me fascine évidemment et tu peux en faire tellement de choses, enfin, c'est... Et je pense que la réalité dépasse largement la fiction, ouais.

Ybelion — Ouais, ah, ouais, je l'avais, tu vois, avec le... Ouais, je suis totalement d'accord. Je suis totalement d'accord. Et t'as raison, ça fait des... Tu peux prendre quasiment n'importe quelle petite scène quotidienne comme ça de micro-rencontres qui paraissent anodines et puis quasiment en dérouler toute une histoire derrière. Ah, c'est beau. j'aime bien, j'aime bien ça. Et pour rejoindre du coup l'ambition que tu peux avoir, tu vois, de dire, ok, j'ai envie que mes livres aussi changent le monde ou ne serait-ce que changent la journée d'une personne qui en soit atteint cet objectif, mais avec le petit vieux qui a quand même touché énormément de gens, est-ce que t'as eu un partage ou un retour qui t'a fait dire quelque part, ok, je suis sur la bonne voie et quelque part, mon ambition, elle commence à être cochée.

Quand un livre ouvre la porte de la lecture

Léonie Bloom — Ouais, j'en ai eu plusieurs sur des choses différentes. Alors, j'ai eu plusieurs fois un retour qui m'a fait très, très plaisir. J'en ai eu quatre ou cinq parce que c'est vrai que j'ai eu la chance, j'ai beaucoup de gens qui m'écrivent des emails et comme j'adore écrire au jour, du coup, ça tombe bien parce que du coup, il y a des gens qui m'écrivent, je peux leur répondre. Et là, c'est, c'était des gens qui m'ont dit et ça m'a vraiment surpris, ça ne m'était pas arrivé sur le précédent roman. Des gens qui m'ont dit c'est la première fois que je lis un roman et parce que le titre, la couverture, il y a quelque chose qui m'a appelé et j'ai essayé, du coup, j'ai lu votre roman. Donc, il y avait des gens qui ne disaient jamais le livre et d'autres qui disaient, je disais que de la non-fiction. Et donc, j'ai eu quelques emails comme ça et qui m'ont dit, j'ai adoré, c'était hyper facile à lire et du coup, ça m'a donné envie de découvrir d'autres romans. Et là, j'ai fait... Non mais là, en termes de toi, là, changer le monde, c'est cool, ça veut dire d'avoir été une porte d'entrée vers la lecture. Parce que moi, je considère que la lecture, c'est un monde, c'est un univers, c'est un multivers. Et de me dire que mon petit vieux, il a ouvert la porte à des gens pour qu'ils puissent rentrer dans ce multivers, mais c'est juste génial. Ça m'a fait vraiment... Ça, ça m'a transportée toujours. C'était le... Et je ne m'y attendais vraiment pas. C'est pas quelque chose que... Tu sais, quand tu écris un roman pour adultes, tu t'as... Moi, je ne pensais pas spécialement aux gens qui n'isaient jamais de roman et qu'il y avait peut-être parmi eux qui allaient du coup avoir la curiosité et je ne comprends même pas pourquoi mon roman, tu vois, plutôt qu'un autre. Mais ça doit arriver, il y a plein de romans. Mais du coup, ça m'a fait super plaisir. Et des choses comme ça, il y a aussi des... Je me rappelle, c'était une petite fille, enfin une petite fille, si, pour moi, une petite fille, elle a 12 ans, tu vois. Pareil, je n'ai pas spécialement écrit mon roman pour des enfants de 12 ans. Donc, très, très surprise de recevoir un mail pour me dire qu'elle a lu mon roman, qu'elle a adoré, qu'il y avait des choses qui étaient un peu compliquées, mais papa lui a expliqué. Et c'est pareil, j'ai trouvé ça magique de me dire, waouh, c'est... Ben ouais, je trouve ça cool.

Ybelion — Je te sens touchée par... En tout cas, presque surprise de voir que tu touches des gens que tu ne pensais pas forcément toucher.

Léonie Bloom — Ah ouais, complètement. Le petit vieux, pour ça, a touché énormément, une palette extrêmement large de gens que... Tu sais, quand on écrit, on sait toujours à peu près vers quel type de lecteur, on s'oriente. Et alors, le petit vieux, à ce côté magique, alors lui, il coche une... Enfin, aucune case, il va partout. Donc, j'ai aussi bien des gens de 90 ans, de 70 ans que du coup, une fillette de 12 ans. Hommes, femmes, enfin, c'était vraiment très hétérocrite et c'était... Ben, c'était assez inattendu et très cool, en fait. Enfin... Et alors, c'est vrai que du coup, j'ai eu beaucoup d'anciens marins dans mes lecteurs. Il n'y a pas de coïncidence. Mais... En même temps, ce n'est pas du tout un roman qui a été écrit pour eux. J'avais la pression dès qu'un monsieur commençait à m'écrire en disant « Bonjour, je suis un retraité de la marée nationale. Je me suis dit « Alors, il va me reprendre tous les détails ou un truc comme ça. » Pas du tout. Bon, ça arrivait deux, trois fois sur des petits détails. J'ai fait mon mea culpa. Mais non. Et tu vois, ça paraît de me dire dans les choses qui m'ont touchée aussi, c'est des enfants de marins qui m'ont écrit pour me dire « Papa ne m'a pas raconté. Et grâce à vous, j'ai l'impression que mon père me raconte ce qu'il a vécu. » Et du coup, c'est comme si tu réparais un peu un lien, tu vois. Enfin... Ouais, c'est ça. Il y a un côté de raccommoder un peu quelque chose qui n'était pas... Bah, qui n'était pas bien cousu, je ne sais pas comment dire, mais du coup, ce lien, de le raccommoder un petit peu et d'avoir apporté ça à des gens, je trouve ça trop chouette.

Ybelion — C'est là, l'image qui m'est venue, c'est très image ce matin. Mais tu vois, on dit souvent les tisseurs d'histoire, tu racontes. Et en fait, quelque part, il y a aussi cet effet de recoudre le lien parfois qui peut être un peu cassé entre deux personnes. Et... Ah, c'est beau. À ton avis, c'est quoi qui rend le petit vieux aussi... Enfin, qu'est-ce qui fait qu'il a une portée qui touche autant de gens ?

Léonie Bloom — Sincèrement, je ne sais pas, je ne comprends pas. Enfin, ça me déplace. Je ne sais pas.

Ybelion — J'avoue que je te posais la question, ça serait un peu comme te demander c'est quoi la recette miracle d'un best-seller ? Ça n'existe pas. Il y a quelque chose d'assez magique, effectivement. Effectivement, c'est beau. C'est peut-être le nom. Moi, je me suis demandé... Moi, ce qui m'intrigue le plus dans le nom, c'est le trois fois entre pas en présent. À la fin.

Léonie Bloom — Alors, je remercie mes lecteurs parce qu'en fait, du coup, c'est mes abonnés qui m'ont aidé à choisir le nom et qui m'ont fait rajouter le trois fois. J'avais fait des propositions, etc. Mais du coup, ils ont tous voté, ils m'ont envoyé plein de messages et tout le monde m'a dit c'est quand même une super idée ce trois fois. Il faut absolument le mettre. Et je crois que de base, l'idée vient de... Alors, elle vient de deux personnes en même temps. Parce que moi, j'avais écrit... Le titre, c'était Le petit vieux qui a fait le tour du monde. Alors, c'était un débat sans nom parce que... Il y a eu... D'abord, il y a un super pote qui est écrivain qui m'a dit « Oh, mais le petit vieux, c'est péjoratif. » Et en fait, j'étais hyper embêtée parce que tout le bouquin, l'héroïne appelle Pierre le petit vieux. Donc, je me suis dit en même temps, si ça choque les gens, il vaut mieux qu'ils sachent dès le titre. Comme ça, ils n'osent vraiment pas le livre. Si les gens trouvent ça péjoratif. Et enfin, que pour moi, c'était pas du tout péjoratif mais je voyais le point de vue. J'étais là, bah ouais, mais bon. Et puis du coup, j'ai demandé l'avis de mes lecteurs. Et puis, mon mari me dit « Tu devrais rajouter un truc à la fin, un petit truc genre... » Je lui dis « Bah, trois fois ! » Et puis, il me dit « Bah, ouais, ça c'est bien ça. » Et puis, je lui dis « Bon, ça fait un peu long. » Et en fait, j'ai un autre ami qui m'a dit exactement le même conseil. Et donc, j'ai demandé au lecteur et donc, tout le monde m'a dit « Le petit vieux qui a fait le tour du monde trois fois, il n'y a pas de doute, c'est ça qu'il faut. » Et donc, j'ai fait « D'accord ! »

La lettre, une vraie correspondance avec les lecteurs

Ybelion — C'est incroyable parce qu'il y a effectivement les autres qui t'aident aussi beaucoup dans tes histoires. Alors, j'entends déjà dans tes inspirations, tu vois, tu disais tout à l'heure par exemple, ta belle-mère qui fait un peu le lien dans le voyage de milieu et là, tes lecteurs, j'entends tes lecteurs de ton premier livre, c'est ça ? Oui, c'est ça.

Léonie Bloom — Et qui sont abonnés à ma lettre, du coup, avec qui je discute tous les 15 jours. À peu près parce qu'il y a des moments où ça dure un peu plus longtemps le télé.

Ybelion — Et donc, c'est ça qui est génial parce que tu vois, c'est vrai, je me rends compte que moi-même, je ne suis pas forcément énormément consommateur de newsletters parce que j'ai dans mon imaginaire du coup, puisque je comprends que ce n'est pas le cas pour toi, qui a un côté un peu de très distance entre la personne qui l'envoie et la personne qui le reçoit. Et en fait, j'entends chez toi qu'il y a un vrai échange dans cette newsletter que tu utilises et que tu appelles Lettre, qui est quand même vachement plus classe que simplement une newsletter.

Léonie Bloom — Oui, la newsletter, c'est surtout que ça te prête à confusion, tu as l'impression que tu vas te taper un truc commercial et c'est une newsletter, mais du coup, c'est vrai que je préfère dire Lettre parce que moi, j'écris vraiment comme à une amie en fait et ça donne des nouvelles et d'ailleurs, quasiment tous mes potes sont abonnés à ma lettre. Alors des fois, ça me frustre parce que des fois, ils ne répondent pas forcément et ils se disent, on a des nouvelles et je dis, ben oui, mais moi, je n'en ai pas en fait.

Ybelion — Oui, je comprends, je comprends très bien ce que tu dis parce que moi qui raconte parfois un peu ma vie dans les podcasts, effectivement, tu en as certains qui, quand je les revois, ils me disent, ah, trop bien, tu as fait ça, tu as fait ci et je fais, ben oui, mais moi, je ne sais toujours pas ce que tu as fait du coup. C'est marrant, comment ça t'est venu, cette idée de assez vite, du coup, te mettre à échanger avec tes lecteurs ?

Léonie Bloom — Ben, j'ai toujours eu, je dis, j'ai toujours aimé le format de la lettre et puis, après, quand tu as une auto-audition, clairement, il faut trouver un moyen de communication qui te correspond. Donc, maintenant, tu as un choix de fond, tu as les réseaux sociaux, Instagram, TikTok, Facebook, tu as les podcasts t'as plein de choses et tu as un truc super old school qui sont les new letters. Et moi, c'est vraiment le format que j'aime le mieux. C'est celui où je suis la plus à l'aise et c'est ce qui me plaît. Alors, autant, tu vois, je peux déserter les réseaux sociaux pendant six mois, autant, je suis à peu près toujours fidèle à ma lettre. Je le fais vraiment tous les 15 jours, je m'y tiens, c'est rare que je me rate et si je me rate, je me rate une fois et puis, bon, la suivante, je suis là, quoi. Et je m'excuse entre temps d'avoir fauté. Et du coup, dès que j'ai commencé à écrire un peu sérieusement, je suis quand même allée sur Instagram parce qu'il fallait y être, j'ai commencé ma lettre et avec des gens, du coup, au début, il n'y avait vraiment pas grand monde, mais merci, heureusement que j'ai des amis qui sont sympas qui sont assis. et puis, après, avec le temps, les lecteurs s'y sont mis, etc. et on commençait à répondre et puis, du coup, c'est devenu vraiment un vrai médium. Mais en fait, au début, je me cherchais un peu sur la lettre à savoir quoi raconter, enfin, exactement, et maintenant, ça devient vraiment la lettre que je raconte ce qui s'est passé depuis 15 jours dans ma vie, très liée à l'écriture, ça reste sur le sujet de l'écriture, mais je trouve ça assez chouette aussi parce que, c'est comme ouvrir la porte du bureau, tu vois, tu dis ce que tu es en train de faire, quand j'étais en train de faire des recherches, je leur disais que j'étais en train de faire des recherches, qu'est-ce que j'avais trouvé amusant, surprenant, ou que, voilà, quelle galère j'avais eue, et puis, il y a d'autres moments où, du coup, c'est carrément des réflexions sur l'écriture, mais c'est toujours adressé au lecteur, tu vois, je ne fais pas du tout de conseils d'écriture ou quoi, ce n'est pas quelque chose que je veux faire, moi, je parle à mes lecteurs, donc c'est vraiment, je leur retrouve la porte de mon bureau, je leur dévoile les coulisses, et en fait, je trouve ça hyper intéressant parce qu'au-delà du lien que tu as avec les gens, ça te fait réfléchir sur sa pratique aussi, de, et enfin, j'ai eu des illuminations en écrivant ma lettre, en me disant, mais c'est vrai ça, en fait, et du coup, c'est marrant parce que des fois, je leur dis, ben là, je suis en train de me rendre compte en vous l'écrivant qu'eux, et puis, ben eux, ils trouvent ça génial parce qu'ils assistent en direct à la prise de conscience et au, voilà, c'est un exercice vraiment beau.

Ybelion — C'est trop cool, il y a énormément de choses hyper intéressantes dans ton partage, il y a déjà effectivement cette prise de recul sur ton propre processus parce que quand tu le partages, du coup, tu es obligé de l'expliquer, donc tu mets des mots sur des trucs qui sont juste dans ta tech et sur lesquels tu n'as pas forcément de recul, et là, effectivement, ça fait un peu l'effet d'un recadrage et là, tu fais, ah ouais, ok, tiens, c'est intéressant ça et puis du coup, ça te permet aussi d'évoluer toi dans ton processus et tu as évoqué la partie, la partie quelque part marketing, marketing du livre, notamment quand tu es en auto-édition et l'importance, enfin en tout cas, moi, là où je te rejoins, c'est l'importance de trouver son médium de communication et parce qu'il y a notamment ce truc au début où quand tu commences, quel que soit celui que tu choisis, tu es un peu tout seul dans ton délire, quoi, donc tu écris à pas beaucoup de gens, tu parles à, voilà, j'osais pas le dire mais globalement, tu parles tout seul ou tu écris tout seul et moi, j'avoue que ça m'a fait, c'est bizarre mais c'est ça qui m'a permis de vraiment commencer, tu vois. À un moment, j'étais là en essayant d'enregistrer le premier podcast et puis à un moment, je me suis dit de toute façon, personne ne va t'écouter, tu peux dire ce que tu veux, tout va bien, tout va bien se passer. Et ça, j'avoue que ça m'a énormément soulagé. Je ne sais pas si toi, c'est quelque chose qui te parle ou...

L'angoisse avant la sortie d'un deuxième roman

Léonie Bloom — Ouais, si au départ, tu te dis, bon, c'est pas très grave, j'écris à 20 personnes, on va s'en remettre, quoi, du coup, si ça ne plaît pas, enfin bon, il y a 20 personnes qui ne seront pas très contentes mais elles ont ouvert le mail. donc ouais, non, mais c'est... Effectivement, au départ, c'est l'avantage et que du coup, ça permet de faire tes gammes un peu et de trouver... Mais moi, je trouve ça vraiment fort, ce que je trouve chouette, c'est du coup, d'avoir cette communauté, de l'avoir construite, de l'entretenir puisque je le récris, je réponds, enfin, on s'envoie des... Voilà. Et c'est que moi, je reçois tous les 15 jours, je reçois des mails d'encouragement, en fait. Enfin, ce n'est pas forcément les mêmes personnes, ça tourne, mais du coup, il suffit qu'il y en ait quelques-uns qui m'écrivent 15 fois par an, ça s'additionne, ça fait que tous les 15 jours, j'ai des... ça m'aide énormément face au... enfin, au moment de stress et d'angoisse, quand tu reçois des petits mots doux de trop bien, vraiment hâte de voir le prochain sortir, je suis sûre qu'il va me plaire, enfin... Ça...

Ybelion — Ouais, c'est vraiment... Tu remets de l'énergie dans le moteur, quoi.

Léonie Bloom — Ouais, complètement.

Ybelion — Ouais. Et puis ça fait le lien aussi avec même... Par exemple, l'ambition que tu pouvais partager tout à l'heure, tu vois, ça aussi, ça la nourrit, quoi. Tu te dis, OK, en fait, tout ce que je fais a aussi le... a aussi du sens et je le touche du doigt parce que je le vois, en fait.

Léonie Bloom — Oui.

Ybelion — Ah, c'est hyper important.

Léonie Bloom — Parce qu'il y a tellement des moments de doute et d'angoisse. Et en fait, c'est pour ça, à la fin de mes livres, je dis toujours que je laisse mon adresse email. En fait, c'est aussi pour ça que j'ai pas mal de gens à écrire. C'est qu'à la fin de mon livre, je laisse une adresse email en disant, n'hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé du livre, etc. C'est un peu plaisir. Et donc, je réponds systématiquement à les reçois. Mais pour moi, c'est de l'or en barre, en fait. Quand je reçois un mail de quelqu'un qui vient de finir le livre et qui te dit, oh, j'avais plein de soucis personnels en ce moment. Mais du coup, pendant que j'ai lu votre livre, j'ai arrêté d'y penser, ça m'a fait un bien fou. Bah, moi, ça me fait un bien fou de lire ça, en fait. Wow, de rien que ça, de te dire, je t'ai fait oublier tes soucis. T'as pu respirer un peu plus librement, t'as voyagé. Bah, wow, cool, quoi. Ça me...

Ybelion — et puis tu te dis, en fait, ouais, je vais continuer. Ouais, finalement,

Léonie Bloom — ça va.

Ybelion — Le chemin sur lequel je suis, il est trop cool. Et le moment où... Parce que le petit vieux a quand même eu un succès de dingue. Comment tu... Alors, je... Pardon. Est-ce que ça a été un succès vraiment qui a été progressif ou d'un coup, d'un seul, ça a... Comment tu l'as vécu, toi, quelque part, l'apparition de ce succès ?

Léonie Bloom — Au départ, il a mieux marché que le premier tout de suite. Il l'a fait... En fait, je me rappelle que j'avais noté qu'en six semaines, j'en avais vendu autant que le premier en six mois. Et donc, je me suis dit, waouh, ça... C'est cool. C'est très, très cool quand même. Et ça se passait bien. Donc, il est sorti en juillet 2024. Donc, ouais, fin août, début septembre, là, j'ai senté que ça se passait bien, quoi. Et en novembre, j'ai eu le prix des plumes francophones. Et déjà, là, il se vendait déjà bien, bien. Et c'est ensuite que ça s'est vraiment enchaîné. Alors, Noël 2024 a été une foulie furieuse. Il s'est vendu par palette sur Amazon. Donc, c'était dingue. C'était vraiment dingue. Et même, c'était limite, enfin, moi, sur le moment, c'était limite angoissant de me dire c'est trop, en fait, ça. Ça ne mérite pas tant. enfin, c'est... Il est bien, mais pas à ce point. Et donc, ouais, puis après, à l'époque, avec Amazon, il y avait un plan marketing qui était inclus dans le prix. Et du coup, il y a eu, en fait, surtout, une agence de presse qui a été missionnée pour démarcher la presse. Et grâce à ça, j'ai commencé à décrocher des interviews dans la presse locale en Loire-Atlantique, donc les journaux, la télé Nantes, radio, à l'époque, France Bleue. Et, bah, clairement, ça a eu un impact énorme sur le livre. Pareil, bah, des librairies où j'avais fait des dédicaces, on m'avait dit que... des dédicaces auquel, mais du dépôt-vente, non, pour l'auto-édition, tu vois, je les ai rappelés en disant, en fait, j'ai gagné un prix, je passe sur Télénante. Est-ce que j'aimerais bien pouvoir dire que mes bouquins sont disponibles chez vous ? Et là, du coup, ça s'est mieux passé avec... Ouais,

Ybelion — c'est ce que j'allais... Le discours change.

Léonie Bloom — Ouais. Bon, on va faire une petite plate quand même. Et donc, il a commencé à être vendu en librairie à ce moment-là. Et puis, bah, moi, après, j'ai développé le truc. Enfin, comme je voyais qu'il y avait sa place et en fait, que les gens le réclamaient en librairie. Et on me mettait en message de, ah, bah, j'ai été voir la librairie, ils l'ont pas, j'ai été voir la librairie, ils l'ont pas. Bah, non, je peux pas faire du dépôt-vente dans 150 librairies non plus. Et du coup, bah, j'ai commencé à le distribuer via BookElys pour qu'il soit en librairie. Et donc là, pareil, bah, ça a fait boule de neige en fait, encore plus. Et ouais, donc c'était... Donc, t'as eu des phases, en fait, d'accélération, de... Voilà, et de grossir. Et d'emballement.

Ybelion — Et le... J'ai entendu tout à l'heure le petit moment où tu te dis, est-ce que c'est pas trop... Ouais. Ça, c'est un sentiment qui a été passager ou, je sais pas, comment tu l'as géré quelque part un peu, parfois, peut-être ce syndrome de l'imposteur si on devait mettre un terme. Ah, mais,

Léonie Bloom — complètement syndrome de l'imposteur et puis, enfin, tu vois, j'étais contente qu'il marche, tu vois, mais je me disais, enfin, bon, c'est mon deuxième roman, je suis pas si fière. Tu sais, on en a parlé la dernière fois, je suis super exigente par rapport à mon écriture. Enfin, dès que j'ai fini un roman, je pense déjà à comment le prochain va être mieux. Et donc, tu vois, quand le petit vieux a eu ce succès, moi, j'étais déjà tournée vers le roman suivant, comment il serait plus ambitieux, comment l'écriture serait plus aboutie, comment, enfin, voilà. Et, et donc, ouais, j'étais un peu dépassée par le succès du petit vieux et ben, ce qui m'a aidée, c'est mon mari et mes meilleurs amis qui m'ont, qui m'ont pourri la figure en me disant que c'était n'importe quoi, que j'allais pas me plaindre en plus. Et, et ouais, c'est, et en fait, c'est d'admettre que c'est quelque chose qui te dépasse et que ton, ton ressenti de ton roman, c'est pas ce qui est décisif, en fait. Ce qui est décisif, c'est le ressenti des lecteurs et que la façon dont le roman va toucher les lecteurs, c'est quelque chose qui te dépasse. Et pourtant, je le sais, j'en suis persuadée, tu vois, il y a une phrase que j'aime beaucoup qui dit que un roman, c'est une co-construction entre l'auteur et le lecteur. Et je l'ai toujours pensé, mais, bah, là, c'était admettre que, bah, vraiment, oui, il fallait lâcher prise et que les lecteurs s'en étaient emparés et que ça avait créé une résonance avec eux qui était au-delà de ce que moi, j'avais pu anticiper ou, enfin, ça a dépassé toutes mes espérances, tu vois, enfin, et que je ne le comprenais pas. Et quand tu m'as demandé tout à l'heure pourquoi un tel succès, bah, je ne le comprends toujours pas. Il y a une alchimie qui s'est faite entre ce roman et le lecteur. Mais, pourquoi ?

Ybelion — C'est ça qui est incroyable, c'est que tu peux, tu peux essayer d'imaginer ce que tu veux sur comment fonctionnera le livre ou pas, etc. Et en fait, tu es toujours très loin de la vérité. Il se passe toujours quelque chose, mais c'est ça qui est magique aussi, c'est toutes les émotions que tu ressens quand le livre sort, quand il commence à marcher ou quand il ne marche pas, quelle que soit l'émotion à la fin, et tout ça, c'est imprévisible et c'est pour ça que c'est très beau aussi que ça te donne beaucoup d'indications. Enfin, ça t'apprend énormément sur toi, quoi. Et c'est marrant parce que j'aime beaucoup le terme de co-construction que tu as utilisé et c'est hyper paradoxal parce que c'est quelque part une co-construction où du coup, tu as la moitié qui ne construit pas vraiment le début, tu vois, tu es un peu tout seul en fait au début et puis à la fin, tu le livres et c'est là que quelque part, les gens décident... Enfin, ouais, c'est...

La co-construction entre auteur et lecteur

Léonie Bloom — Oui, c'est une co-construction avec une temporalité qui n'est pas... avec un décalage de temporalité.

Ybelion — Exactement. Et c'est là ton mot de résonance que tu utilisais tout à l'heure à la fois dans tes arcs temporels et à la fois entre le lecteur et l'écrivain et d'autant plus important parce qu'il y a un délai en fait. C'est comme quand tu vois un éclair et il y a toujours un petit moment, bon, à part s'il est au-dessus de ta tête, mais c'est ça qui est beau je trouve dans le processus de réception d'un livre et puis ça peut être... La résonance peut mettre peut-être 10, 20, 100 ans, on ne sait pas, tu vois, à prendre ou alors ne toucher qu'une seule personne mais ça changera tellement sa vie qu'est-ce que c'est déjà pas super, tu vois. Donc, c'est assez fascinant tout ça. C'est pour ça qu'effectivement la question de... Alors, c'est quoi le secret, Léonie, pour écrire un livre qui marche ? Bon, super, ça nous fait une belle jambe.

Léonie Bloom — Désolée. Mais tu vois, du coup, ça explique que je suis... Là, on est... Je ne sais pas quand sortira l'épisode mais là, on est... Pour moi, on est à J-9 de la sortie du prochain et je suis malade d'angoisse parce que justement, je n'ai pas la recette et c'est hyper flippant en fait de se dire est-ce que... Est-ce que ce que j'ai essayé de faire, ça a marché ? Est-ce que... Enfin... Et toi, le fait d'avoir eu un roman à succès avant, ça ne te rassure pas du tout. Enfin, moi, ça ne me rassure pas du tout. Au contraire, c'est plus la... Ça met la pression de fou et voilà.

Ybelion — Comment tu arrives à la gérer quelque part ? Alors, j'ai entendu peut-être ton mari et tes amis aussi sont là aussi pour te recaler dans le présent, mais...

Léonie Bloom — bah... Tu fais avec. C'est marrant parce qu'il y a beaucoup de gens qui... Beaucoup de mes proches me disent bah c'est bon enfin avec le succès que tu as eu avec le petit vieux, tu ne peux pas vraiment stresser. Tu vois, pour beaucoup, c'est une... C'est presque une coquetterie, tu vois, de dire ah là là, je ne sais pas si ça a marché. Ah non, j'en suis... Enfin, j'en fais des cauchemars toutes les nuits, j'en suis malade d'angoisse. C'est la vérité vraie, quoi. Et après, bah là, les premiers retours commencent à sortir. Justement à voir parce qu'il y a des retours très positifs qui m'ont rassurée puis il y a eu des retours plus mitigés qui m'ont... Je me dis ah ouais, donc on peut le prendre comme ça aussi. Donc, il n'y a rien... Pour moi, il n'y a rien trop à faire, c'est juste bah se... Attendre la sortie, attendre que... Tu te dis bah il faut attendre qu'il y ait suffisamment de retours pour avoir une bonne idée de ce que les gens pensent. Et puis bah, j'essaye de... En fait, je bosse pour... Pour ne pas y penser. Ouais, je comprends.

Ybelion — C'est... Je trouve aussi que c'est... Alors bon, c'est un avis, c'est le mien, ça vaut ce qu'il veut, ça vaut, tu vois, mais je trouve que d'avoir des retours aussi qui peuvent être à la fois bons et à la fois mitigés, ça veut dire que ton roman résonne plus ou moins chez les gens et généralement, je trouve que ça veut dire aussi que tu touches juste dans ce que... Dans ce que tu véhicules donc... En tout cas, je...

Léonie Bloom — Ouais. Après, c'est fou, bah, t'as quand même envie que ton bouquin, il marche, donc il résonne avec suffisamment de monde, tu vois, avec le plus de gens possible. ça m'aime pas, ça m'aime pas du tout. Là, quand c'est des tout premiers, des tout premiers retours, t'es beaucoup plus sensible aussi parce que tu sais pas encore la valeur qu'il va avoir pour les gens et que du coup, bah, t'es en mode... Les commentaires plus négatifs ont un poids démesuré, quoi. Alors qu'évidemment, ça va plaire à tout le monde et en plus, je sais que j'ai fait des choix qui étaient, enfin, bah, pas forcément, enfin, comment dire, je fais des choix artistiques qui font que, bah, je comprends que ça puisse pas plaire. C'est... Mais bon.

Ybelion — Et dans cette aventure, justement, là de... Avant que le livre sorte, qu'est-ce que ça change d'avoir, du coup, ton éditrice qui est là aussi pour t'accompagner dans tout ce processus ?

Travailler avec une éditrice

Léonie Bloom — Bah, du coup, bah, dans le... Bah, ça m'a quand même beaucoup aidée tout au long, enfin, surtout pendant la phase de correction, etc., pour affiner le roman, pour aller plus loin, pour mettre en garde contre le fait que, bah, c'était un très gros roman. Que, bah, couper éventuellement des passages qui étaient... qui étaient pas nécessaires au récit. On a eu pas mal de discussions sur le sujet, et effectivement, elle avait raison. Et, c'est surtout ça pour affiner. et en fait, j'ai beaucoup appris sur l'écriture, après aussi, en période de... vraiment de correction très fine, parce que, donc, t'as les métacorrections, ce qui concerne vraiment le récit, voilà, les passages en trop, les passages au contraire manquants, puisque j'ai rajouté un... j'ai rajouté deux chapitres, finalement, après... enfin, en fin de travail. Et... et après, t'as la passage vraiment d'affiner sur la langue française, sur... et là, j'ai trouvé ça hyper intéressant, parce que j'ai appris plein de choses sur la langue littéraire française, qui est quand même très différente de la langue qu'on parle dans la vraie vie. Et là aussi, tu fais des choix avec des choses, tu vois, par exemple, un des trucs que j'ai appris, c'était que... enfin, je devais le savoir, mais j'avais pas fait attention, les verbes de parole, t'as une liste autorisée, tu vois, de...

Ybelion — J'ai découvert ça aussi en discutant avec ma correctrice sur le deuxième roman.

Léonie Bloom — Voilà, donc moi, j'ai découvert ça là. Du coup, c'est mon troisième, tu vois, j'ai mis plus de temps que toi. Et... et on m'a dit que, par exemple, grognat, c'est pas un... c'est pas un verbe de parole. Rucula, non plus. Mon petit vieux, souvent, rucoulait.

Anacolutes et verbes de parole : pas le boulot de l'auteur

Ybelion — Rucoulait.

Léonie Bloom — Et... du coup, on a eu le gros débat et en fait, finalement, j'ai laissé parce que je me suis dit non, c'était vraiment important pour moi. Et... il y a un moment, en fait, pour moi, tu as du moment que tu fais un... si tu... tu peux... enfin, la littérature, c'est fait aussi pour outrepasser les règles, mais tu le fais en connaissance de cause, du coup. Tout à fait. Et ouais, ça m'a fait rire. Donc là, c'est des choses où moi, j'ai pas trop prêté attention et d'ailleurs, dans mes romans et... d'ailleurs, vu le nombre de vers de parole fautifs qu'il y a dans mes romans, enfin, si tu l'enlèves, tu... enfin, ça change quand même du coup beaucoup au bout d'un moment. Donc, je les ai laissés. Par contre, il y a d'autres sujets où j'ai suivi. Par exemple, j'ai découvert les anacolutes.

Ybelion — Ah ouais, j'adore ce mot. Pareil, c'est tout récent, ma découverte, mais j'adore ce mot. Je le trouve super beau.

Léonie Bloom — Moi, je me suis sorti tellement bête que du coup, j'avais un commentaire de la correctrice sur le petit vieux qui est repassé en correction avant de sortir en poche et on m'a dit... On m'a proposé une correction et explication à la fin pour éviter l'anacolute.

Ybelion — Oui, bien sûr.

Léonie Bloom — L'anacolute quoi ? Et quand au lieu de chercher dans le dictionnaire pour comprendre les commentaires de ta correctrice, tu te sens quand même bien bête. Et donc, j'ai découvert que je faisais plein d'anacolutes et la maison d'édition m'a rassurée en disant que tous les auteurs font plein d'anacolutes. C'est quelque chose de très normal. Ok, mais qu'il faut les enlever. D'accord.

Ybelion — C'est... J'adore parce que j'ai vraiment le souvenir la même chose que toi. De voir le commentaire, de dire fautif anacolute, je te propose une correction et d'être là de regarder la fameuse anacolute. Très bien. Et ouais, c'est vrai, c'est marrant. C'est marrant quand même tout ce qu'on apprend dans le processus et même des années après. Et tu vois, quelque part, ça apprend et puis ça fait écho au sujet de l'exigence que tu as de toi-même qu'on pourra aborder un petit peu après. En fait, si tu attends de connaître toutes les règles, tu n'écriras jamais. C'est ça, la vraie conclusion. Et derrière tout ça, tu as simplement, bon, ok, une fois que tu les as découvertes, tu les connais. Et après, il s'agit de jouer avec en conscience, comme tu l'as dit. Ok, est-ce que je laisse grogner ou alors est-ce que je ne le mets pas ? Et puis, c'est ça qui fait aussi la magie de l'écriture. Les règles qu'on a aujourd'hui, c'est un moment, un gars qui s'est dit, un gars ou une nana d'ailleurs, qui s'est dit... Souvent un gars,

Léonie Bloom — pour l'orthographe, souvent un gars.

Ybelion — Et qui se dit, bon, en fait, ça sera comme ça. Oui, d'accord, sauf qu'il a quand même décidé un jour que la règle soit celle-là. Et donc, avant, ça veut dire que ce n'était pas la règle. Et donc, si on décide de plus jamais briser les règles, il n'y a plus aucune créativité quelque part. Et moi, j'aime bien rappeler ça aussi aux gens pour qu'ils se libèrent un peu du poids, de toutes les pressions qu'on peut se mettre vis-à-vis de ces choses fautives. On les découvrira quand il sera pertinent et de les découvrir, quoi.

Léonie Bloom — Ah, mais complètement. Surtout que c'est de... T'as pas besoin de ça pour bien écrire. Et la preuve, le petit feu, il y avait des anacolutes. Il y avait des marchés. Je les ai enlevé. Mais il a très bien marché avant ça et avec tous ses défauts, ses verbes de parole fautives, ses anacolutes et j'en passe. Et c'est pas important. Et d'ailleurs, c'est un débat que j'ai eu et je trouve ça hyper important parce que je l'ai eu... Enfin, un auteur, son boulot, c'est pas d'être beau en orthographe. Ça, c'est le boulot d'un correcteur en fait ou d'une correctrice. Il est donc auteur-autrice. Mais notre boulot à nous, c'est de raconter des histoires. Et le reste, ça s'apprend. Oui, effectivement, c'est mieux si on parle bien français, si on respecte les règles. Mais c'est dans un deuxième temps. Et il y a des gens pour nous aider, heureusement. et du coup, c'est vraiment, il ne faut pas se mettre un frein parce que c'est vrai qu'il y a des joies parfois des auteurs qui commencent et qui disent ah là là, mais je ne suis pas bon en orthographe. On s'en fiche, ce n'est pas ton boulot. Laisse ça aux autres.

Se former pour faire progresser sa plume

Ybelion — C'est un des conseils les plus précieux que tu puisses donner à quelqu'un, je pense surtout qu'il commence. Donc, merci de le partager mais effectivement, c'est vrai, ce n'est pas ton boulot. Fais ce que tu fais très bien en fait, de raconter l'histoire que tu as envie de raconter et que tu es le seul à pouvoir raconter et puis tu verras après toute l'orthographe ou pas quoi. Et du coup, ça rejoint le sujet de l'exigence dont tu parlais et tu disais que tu étais exigeante vis-à-vis de ce que tu pouvais écrire. Comment tu la gères cette exigence et surtout, comment tu fais pour qu'elle ne t'empêche pas de raconter des histoires ?

Léonie Bloom — Alors moi, je me forme. C'est mon... C'est vraiment comme ça que je fonctionne. C'est-à-dire que si je ne me sens pas à l'aise sur un sujet, pour me sentir à l'aise, je vais me former. Il paraît que ce n'est pas une solution viable dans la vie mais... Enfin, à long terme et poussée à l'extrême. Mais ça permet de progresser vachement. Donc, je me forme beaucoup, beaucoup sur... Et tu vois, j'ai réfléchi il n'y a pas longtemps et je me forme sur deux types de sujets. Les sujets où je me sens à l'aise parce que je veux être vraiment bonne dessus, parce que ça me tient à cœur. Et les sujets où je me sens nulle parce que du coup, je n'ai pas envie d'être nulle. Et que je me sens vraiment empêchée et que j'ai besoin de béquilles et d'aide pour avancer sur ça. et du coup, je lis des bouquins sur les sujets et encore, je n'en lis pas autant que je voudrais. J'ai toute une liste de livres sur l'écriture que je voudrais lire. Mais voilà, de me former sur des... Je me forme beaucoup sur des sujets spécifiques avec des formations que je trouve en ligne, des podcasts, voilà, que j'ai repérées. Et ça, j'aime bien des sujets très spécifiques, tu vois, de comment travailler le suspense dans un livre et comment améliorer ses descriptions, comment gérer les points de vue. Et du coup, des choses soit qui m'attirent, je me dis que je me sens douée ou attirée sur le sujet et que j'ai envie de creuser et approfondir, soit les sujets où vraiment, il y a besoin d'aide.

Ybelion — Moi, je ne sais pas. Moi, je pense que c'est une très bonne solution. En tout cas, je suis moi-même très consommateur de ça, mais c'est peut-être pour ça que j'abonde dans ton sens, mais on gagne tellement de temps en allant demander à des gens qui savent mieux que nous quelque part et qui peuvent nous indiquer les bonnes directions. Après, je sais que par exemple, moi, dans ma pratique d'accompagnement, j'essaie justement de mettre énormément en valeur l'autonomie que développe la personne parce que l'objectif, ce n'est pas de la rendre dépendante à quelque chose pour qu'elle puisse avancer. tu vois ? Et c'est ça. C'est tout le but aussi que les gens arrivent à capter qu'ils ont déjà une grande partie des réponses et puis qu'ils peuvent ensuite avancer plus naturellement. et on gagne plus de temps.

Léonie Bloom — Ça rassure justement. Moi, je me rappelle au tout début, quand j'ai fait des premières formations, j'ai fait hop, en fait, je le savais.

Ybelion — Oui, exactement.

Léonie Bloom — Et du coup, tu te sens plus légitime quand tu fais ton truc de se dire tu le fais, mais tu sais pourquoi tu le fais parce que tu l'as entendu et que ça te parlait et que ça tombe bien que tu le faisais avant. Mais du coup, ça aide sur la confiance en soi. Oui,

Ybelion — tout à fait. Et je ne sais pas si toi, c'est quelque chose qui te parle, mais moi, je sais que dans ces processus-là, que ce soit de l'accompagnement ou de la formation, le côté de me dire bon, ok, j'ai investi sur moi, maintenant, je suis un petit peu redevable, notamment de ma version plus tard et de la personne avec qui je travaille. Moi, j'avoue que ça me pousse un petit peu. C'est peut-être le côté un petit peu élève, un peu scolaire, mais moi, ça m'aide beaucoup aussi dans ces processus-là.

Léonie Bloom — Moi, j'avoue, toute la formation que j'ai faite, j'ai fait en autonomie totale, en consommant pas avec des gens. Ok. J'aime bien faire mon truc dans mon coin, à mon rythme. Mais oui, tu as ce côté, du coup, ça représente quand même un investissement en temps et financier, généralement une formation. Et oui, tu te dis, il faut que ça serve. il faut que ce soit utile. Après, moi, c'est de toute façon, franchement, je veux tellement progresser de me dire, voilà, ça, d'aller, que de toute façon, je vais travailler le truc. toi, quand j'ai...

Ybelion — Pardon, Voltaire qui nous protège de... Je ne sais pas ce qui arrive, mais...

Léonie Bloom — Il te prévient.

Ybelion — Voilà, exactement. Je t'en prie, continue.

Léonie Bloom — Tu vois, quand j'ai travaillé sur les descriptions, j'étais pas du tout en confiance sur les descriptions. Au tout début, c'est un truc où j'ai très peur, de me dire, ça va être chiant, enfin, si j'ai écrit. Et après, j'ai bossé, rebossé sur ça. Et maintenant, quand on me dit, ah là là, tes descriptions, elles sont dingues, ça fait...

Ybelion — Ouais, ça fait du bien.

Léonie Bloom — De fou quand même. Alors que c'était un des sujets où j'étais le moins en confiance, quoi.

Ybelion — Ouais, je comprends.

Léonie Bloom — Je comprends.

Ybelion — C'est... Ça permet de se voir progresser. Et c'est ça aussi qui facilite le processus d'écriture, en fait. Tout ça, ça joue sur la confiance. Ouais, c'est incroyable. J'ai une question que j'ai dans la tête depuis le début quand j'avais lu tes j'aime et j'aime pas. C'était les topinambours et les licornes.

L'anecdote de la licorne en entretien

Léonie Bloom — Bah oui ! j'aime bien les topinambours et j'aime bien les licornes. Et j'avais dit que c'est une longue histoire. C'est... Alors, les topinambours, je me rappelle pas, je retrouve le post Instagram parce que c'est lié à l'histoire de la licorne. Je vais te raconter les histoires de la licorne. Ok,

Ybelion — vas-y, vas-y.

Léonie Bloom — Quand... Faut que je retrouve le... Oh là là. Je me rappelle du... Je sais pourquoi j'en parle. Bon, tant pis. J'ai passé assez un peu flou, mais... l'histoire, c'est que ça a commencé quand j'étais en... à Sciences Po, à Rennes. On avait un cours pour nous préparer à... à la vie professionnelle et aux entretiens, etc. Et donc, on avait des... Je sais pas, c'était un cours d'initiation. C'est pas un vrai cours, tu vois, c'était un... genre de mini-séminaire vite fait pour te préparer aux entretiens et aux questions qu'on te pose, etc. Et donc, t'avais un moment où il dit, bah tiens, ce qui est intéressant, c'est par exemple, on vous demande de vous dire quel animal vous êtes.

Ybelion — Ouais.

Léonie Bloom — Et donc, dans la classe, tout le monde commence avec, bah putain, il y avait que des lions, des... J'allais le dire. Franchement, c'était un truc de malade, quoi. Enfin, ah, t'avais des aigles. Enfin, j'ai fait, waouh. Et puis, ça arrive à moi. Et c'est mort, je pourrais jamais dire. Je veux dire, je ne vois pas, je suis un lion. Non, pas du tout. Je ne suis pas non plus une panthère, ni une tigresse, pas mon délire. Et donc, dans un moment de grande sincérité, je réponds, je suis une licorne. Et là, gros blanc. Et l'intervenant professionnel me regarde et me dit, alors ça, ça ne va pas du tout.

Ybelion — Oh là là.

Léonie Bloom — Mais, il fait, c'est la pire réponse à donner. Vraiment, enfin, tu vois, en fait, il fallait dire lion.

Ybelion — Je ne suis pas d'accord avec lui du tout.

Léonie Bloom — Et donc, du coup, il me dit, ça ne va pas du tout parce qu'en plus, c'est un animal qui n'existe pas. Donc, vous êtes en train de dire aux gens que vous n'existez pas.

Ybelion — Ça, c'est vous qui le dites, monsieur. Je suis désolé.

Léonie Bloom — Et moi, je me suis dit, ben non, enfin, pour moi, c'est logique. Ben non, parce que c'est un animal imaginaire, oui, mais du coup, qui inspire les gens, qui ouvre des mondes imaginaires. C'est un animal magique. Et moi, je me vois bien dans ce truc. Alors, je ne dis pas que je suis magique, pas déconner, mais que, d'ouvrir des mondes imaginaires, oui. Donc, ça, je sais faire. Et du coup, je me trouvais bien licorne. Et, et ben, du coup, maintenant, je me dis, je fais à l'aise pour le dire, à l'époque, j'avais eu très honte. il m'a vraiment mis la, la honte de l'entre la classe en mode, ça puisse rester de, ah, elle est tellement débile, elle a dit qu'elle est une licorne, quoi. Elle licorne. Bref. Et, maintenant, j'ai plus de 40 ans. Et maintenant, je suis très fière de dire, oui, si je faisais un animal, je serais une licorne. Et j'aime les licornes. Et je m'en fous, c'est des animaux qui n'existent pas. Voilà.

Ybelion — Tu sais que, moi, je suis totalement d'accord avec toi. Et, et je trouve que, il a, quelque part, il a, il n'a pas compris le, le sens de sa propre question. Parce qu'au contraire, toutes ces questions, elles sont hyper utiles pour, s'ouvrir à la personne que tu as en face de toi. Et, et d'ailleurs, c'est un truc, tu vois, que je peux conseiller de manière générale aux gens, que moi, j'utilise en coaching quand j'ai des gens qui sont très coincés sur quelque chose. Ça peut être n'importe quel sujet. Et, et tu, tu leur demandes spontanément, ok, si cette situation, c'était un animal, ça serait quoi, tu vois ? Ou dans cette situation, si tu étais un animal, tu serais quoi ? Et en fait, tu pars de cette, de ce que représente l'animal dans l'imaginaire collectif, puis tu tires le fil. Et ça te donne énormément d'indications sur, ça te donne une nouvelle vision de la situation dans laquelle tu es. Et, et c'est hyper, et dans les entretiens, on a souvent moqué, si vous étiez un animal totem, vous seriez quoi ? Mais je trouve que les gens ne saisissent pas vraiment, parce que cette question-là, elle est hyper puissante pour comprendre le monde intérieur de la personne que tu as en face de toi. et, et quelqu'un qui te dit avec authenticité ce qu'il pense, tu vois, ça en dit très long sur les qualités qu'il a. Et, et j'adore, j'adore cette question, j'adore cette question. T'as bien fait de, t'as bien fait de répondre avec toute authenticité que tu étais une Nicole.

Léonie Bloom — à l'époque, c'était pas, mais, ouais, je comprends. parce que, tu vois, dans le monde professionnel, du coup, c'est complètement dévié, le truc, enfin, est perverti, parce que, du coup, on te dit que, en fait, tu dois répondre que, dans l'entreprise, que t'es un, que t'es un putain de lion. Ouais, parce que,

Ybelion — c'est exactement, c'est exactement, t'es un lion parce que t'as de l'ambition, t'es un tic parce que t'es fort et rapide, enfin, voilà, et du coup, tu perds tout le sens de la question. Si tu veux une réponse toute faite, donne-la moi, comme ça, ça va plus vite, tu vois.

Léonie Bloom — Ouais, non, c'est dommage, et c'est, bah, c'est un des trucs, alors, toutes les boîtes sont pas comme ça, mais quelque part, tu vois, quand tu dis, il avait tort, je lui dis, en même temps, il représentait vachement une époque et un système aussi, enfin, il était en tant que rôle de, mais bon, il m'a brisé mon petit cœur ce jour-là, je vois, 20 ans après, je m'en souviens, mais, mais ouais, c'est, bah, ça donne aussi un, je trouve ça intéressant de voir ce que ça montre du monde de l'entreprise, des attentes de la société, tu vois, moi, c'est le genre de choses qui me fait beaucoup, ça pourrait faire un roman.

Ybelion — Ouais, c'est ce que j'allais dire, je vais dire, tu vois le début de l'histoire, là, c'est bon. Ouais, non, mais si, c'est vrai en plus, parce que, tu vois, c'est très bête, mais là, ça t'arrive, t'es entre, enfin, t'es à Sciences Po, donc, t'es déjà adulte, ou, ouais,

Léonie Bloom — j'ai une vingtaine d'années,

Ybelion — vingtaine d'années, un peu moins. Donc, tu sais, t'as déjà un petit peu de recul aussi sur ce qu'on peut dire, donc, ça te marque, mais ça t'empêche pas aussi, toi, après, d'embrasser ta propre voix, mais c'est tout bête à dire, mais, comme on disait tout à l'heure que les sourires au coin d'une rue peuvent changer une vie, et bah, ce genre de phrase, dit par un professeur, ne serait-ce que d'école primaire ou de sixième, bah, ça peut vraiment changer la vie d'un gamin aussi. Et, quelque part, c'est là aussi que les mots sont si puissants, c'est pour ça que les livres changent le monde, tu vois, vraiment, c'est qu'en fait, une toute petite phrase peut, peut changer les trajectoires, vraiment, pleine, pleine puissance, quoi. Et, voilà, donc, laissons les, laissons les gens être des licornes, quelque part. Donc, effectivement, il n'a pas tort, tu vois, c'est représentatif d'un, d'un système dans lequel il s'inscrivait, et dans lequel il, il aidait les gens à s'inscrire aussi, mais, c'est vrai que, dans ma construction, par opposition un peu à ce système-là, à force, j'ai tendance à dire qu'il avait tort, mais, je vais un peu vite en besoin.

Immersion chez un éleveur de porcs

Léonie Bloom — Enfin, il a tort et raison à la fois, quoi. Enfin, les deux sont vrais, elles sont vrais.

Ybelion — Exactement. Et, c'est pour ça que ça ferait une bonne histoire, parce que friction, du coup, est, trop cool. Pour, pour reboucler sur le voyage de, de mille lieux, qu'est-ce que tu aurais envie de, de raconter, peut-être d'un, d'un peu, d'un peu cocasse sur, le livre, la construction, n'importe quoi qui te vient ?

Léonie Bloom — Ah, un des trucs les plus cocasses, ça a quand même été, mon mini-stage immersif, dans un élevage de porc artisanal. C'était, ça restera un de mes grands souvenirs, et un de mes meilleurs souvenirs d'écriture.

Ybelion — Ah, ça nous place dans des situations, parfois. que,

Léonie Bloom — donc, en fait, je voulais écrire un roman, et ça se passe dans une ferme, un écho à mots, et une ferme, et, à la base, c'est censé, enfin, quand je commence à réfléchir, je pars sur, un de mes personnages, et donc, il y a plusieurs personnages, mais, il y a un personnage qui était censé être maraîcher. Et, j'avais choisi le maraîchage, parce que, bah, c'est quelque chose que, enfin, moi, je jardine beaucoup, j'ai un potager, enfin, donc, de là, à me mettre dans les bottes d'une maraîchère, c'était assez facile, en plus, j'en côtoie dans ma vie, enfin, c'était facile. Et puis, bah, à un moment, je me suis dit, mais justement, c'est facile. Et, et puis, je ne sais pas comment je suis arrivée sur l'élevage de porc, qui n'était pas facile du tout, qui n'est pas quelque chose de... C'est un jour, je devais tout plaquer pour élever des chèvres. Moi, ce serait plutôt élever des tomates, sincèrement, que des chèvres. Et, donc, et clairement, ce ne serait pas élever des porcs. Ce serait, ce n'est pas le truc qui me... Mais, je me suis dit, bah, justement, je voulais voir comment, bah, comment ça pourrait être d'élever des porcs. Et, je voulais que finalement, ce personnage, il fasse plutôt ça. Et, j'ai lu un bouquin qui m'a beaucoup impressionnée sur le sujet, du nana qui élève des porcs, de façon artisanale, et vraiment à petite échelle, très respectueuse du vivant, en plein air, enfin, quelque chose de bien, tu vois, enfin, et, je me dis, ok, bah, moi, mon perso, il va faire ça aussi. Ok, j'ai juste lu un bouquin. Ça va être un peu léger pour moi, du coup, et écrire un autre bouquin. Et, du coup, j'ai commencé à appeler des éleveurs de porcs pour leur poser des questions. Puis, tu sais, des fois, tu as des questions très cons, en fait, enfin, quand tu écris, tu es vraiment sur, des fois, des détails, bah, faut que les détails concrets soient très clairs dans ta tête pour que tu puisses décrire les scènes. Et, du coup, il faut vraiment que tu aies une, bah, que tu aies une maîtrise de ton sujet de façon pragmatique, quoi, enfin, donc, j'ai appelé des gens, on a discuté, je leur ai posé mes questions bêtes, ils m'ont répondu. Puis, il y en a un qui était vraiment très, très sympa, et qui m'a dit, bah, si tu veux, viens passer une journée sur la ferme. Je dis, bah, carrément, et me voilà partie. Donc, je suis allée le matin, et donc, j'ai passé la journée avec lui, à nourrir les bêtes et tout, j'avais trop peur, évidemment. Et, parce que je ne suis pas hyper courageuse non plus, en vrai, enfin, et, et donc, du coup, bah, je l'ai aidée, et c'est un de mes meilleurs souvenirs de ma vie d'écrivaine, c'est cette journée que j'ai passée, parce que, je ne serai pas écrivaine, je n'aurais jamais passé cette journée-là avec cette personne, enfin, je n'aurais jamais osé l'appeler, enfin, déjà, appeler quelqu'un que je ne connais pas, tu vois, enfin, d'abord, j'avais fait un mail, on s'est mis d'accord pour qu'on s'appelle, mais, démarcher quelqu'un pour le déranger dans sa vie, pour lui poser des questions débiles sur son métier, enfin, c'est super dur, mais là, je me dis, oui, mais j'ai un bouquin à écrire, enfin, à un moment, il faut choisir, et, et donc, bah, sans, sans l'écriture, jamais je n'aurais connu ça, et j'ai trouvé ça super, et j'ai énormément discuté avec ce gars-là, et j'ai appris plein de choses, et, plus qu'après, j'ai compris d'où il parlait, tu vois, de sa vision du monde, enfin, de, enfin, j'ai peut-être pas tout compris, mais j'ai compris des choses, et j'ai trouvé ça hyper précieux, et donc, ouais, ça restera un de mes meilleurs souvenirs, et grâce à ça, j'ai découvert l'odeur du petit lait, ça ne sent pas très bon, je vais me tirer à le tir, que je m'en suis mis sur moi, et, alors qu'on m'avait dit de faire attention, je ne suis pas très douée non plus, et, et grâce à ça, ça m'a fait une super scène dans mon roman, où ça arrive à l'héroïne, voilà,

Ybelion — c'est génial,

Léonie Bloom — un des meilleurs souvenirs,

Ybelion — c'est génial, ces petits morceaux d'authenticité, que, du coup, qui se glissent dans le roman, c'est trop cool, c'est trop cool, tu sais que c'est, c'est marrant, que tu m'aies raconté l'élevage de porcs, parce que, du coup, je raconte, je te raconte une petite anecdote, perso, mais, c'est moi-même, un truc qui m'a beaucoup inspiré, pour l'écriture, je me rappelle de, il y a un, d'ailleurs, c'était un jour de, c'était un pont de mai, mais en 2024, donc c'était il y a deux ans, et je passe un week-end avec un copain, et puis le dimanche matin, tu sais, très classique, tu te réveilles un peu tard, puis tu allumes la télé, puis tu laisses les trucs zapper, et on tombe sur un reportage, d'une nana dans le sud-ouest, qui élève des cochons, spécifiquement pour une certaine, un certain jambon, enfin bref, je ne sais plus exactement.

Léonie Bloom — C'est elle qui a lu son bouquin, c'est obligé, c'est elle.

Ybelion — Peut-être, peut-être.

Léonie Bloom — Des cochons noirs, elle a fait science, voilà.

Mot de conclusion

Ybelion — Je crois que c'est elle. Et en fait, Noémie,

Léonie Bloom — alors c'est Clément Osé qui a écrit, qui a co-écrit le bouquin, et c'est Noémie Calais.

Ybelion — Noémie Calais. Je vais aller regarder, parce que c'est possible que ça soit elle. Et en gros, la chose, tu vas me confirmer si c'est ça, mais la chose qui m'avait marqué dans ce reportage, c'est que les cochons femelles, elles leur donnaient des noms de célébrités.

Léonie Bloom — Oui.

Ybelion — Et alors, il y avait plusieurs parties dans le reportage, donc je ne sais pas si je mélange tout, mais en tout cas, il y a un moment, il y avait un élevage, où elle donnait des noms de célébrités à ces cochons femelles, qui du coup, étaient un peu les... vraiment ce qu'il fallait protéger dans l'élevage, tu vois. Et donc, elle avait Britney Spears, Rihanna, etc. Et ça m'avait fait mourir de rire, à tel point qu'après, je m'étais mis à écrire des petites histoires sur une ville d'animaux anthropomorphes, avec genre, tu vois, j'avais inventé, il y avait Don Puccino, qui était un tout petit poussin jaune, inspiré de Don Corleone, tu vois. Et j'avais inventé plein de trucs comme ça, et tout ça à cause d'un reportage sur les cochons, tu vois. Et j'étais là, je me dis, mais putain, c'est quand même fou, la vie parfois, tu te retrouves à faire des trucs, je ne sais pas, c'est fascinant, tu vois, le fonctionnement de la créativité, quand tu es juste, tu t'ouvres un petit peu au monde qui t'entoure.

Léonie Bloom — Oui, il y a des choses qui font des clics, et qui, du coup, ça part tout seul.

Ybelion — Oui, exactement. Et du coup, je regardais Noémie Calais, et effectivement, sa tête m'a dit quelque chose. Donc, je ne sais plus ce qu'était ce reportage, mais en tout cas, il y avait ces cochons noirs, et ça parlait de tout ça. Putain, c'est fou. C'est fou. Merci beaucoup, Léonie, pour tout ce que tu m'as partagé. Je te laisse le mot de conclusion sur le voyage de mille lieux, qui est disponible d'ailleurs en précommande, donc si l'épisode sort avant le 20 mai, vous pouvez déjà le précommander, et sinon, il est déjà disponible. voilà, je te laisse, je te laisse, ouais, je te laisse le mot de conclusion.

Léonie Bloom — Oh là là, c'est dur. Non, bah, si vous aimez les histoires qui se passent en Bretagne, et qui a double temporalité, n'hésitez pas, voilà. Mais, de toute façon, il y a tellement de romans bien, lisez, tout simplement, voilà. Ouais,

Ybelion — c'est une très belle conclusion, en vérité. Ouais, lisez, vous verrez, il se passe des choses extraordinaires après, quand on accueille tout ce qui se passe. Merci beaucoup Léonie, pour tout tes partages.

Léonie Bloom — Merci pour ton accueil, et merci pour cette grande discussion.

Ybelion — Merci. Merci d'être là, épisode après épisode. Si ce podcast t'inspire, t'aide ou te met du baume au cœur, t'abonner, mettre 5 étoiles et le partager, c'est le meilleur moyen de m'aider à toucher le plus de gens qui ont un livre en eux. Parce qu'après tout, plus il y a de livres écrits, et mieux le monde se porte. A très vite. Ose Écrire. Merci.

Épisode 112 avec Léonie Bloom

AU MICRO AVEC

Léonie Bloom