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Pochette de l'épisode 64 du podcast Ose Écrire

ÉPISODE 64AVEC INVITÉ12 NOVEMBRE 202576 MIN

Discussion avec Florence Stevenson Tirard

Clarté · Identitélâcher-prise
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FACE A — LES 30 CHAPITRES · CLIQUE POUR ÉCOUTER

À quel âge est-il trop tard pour écrire son premier livre ?

CE QUE RACONTE CET ÉPISODE

Florence Stevenson Tirard a découvert son amour de l'écriture il y a trois ans. Elle aura soixante-dix ans en avril. Entre les deux, il y a Le Ballet d'Augustine, un prix de primo-romancier, et une dédicace où Éric-Emmanuel Schmitt repart avec son livre sous le bras.

Ce qui rend son parcours utile, c'est ce qui s'est passé au milieu. Après deux ans de travail sur son manuscrit, son amie romancière lui dit qu'elle a le sujet et la plume, mais pas la construction, et qu'il faut tout recommencer. Beaucoup auraient arrêté là. Elle a désossé des romans pour comprendre comment ils tiennent debout, trouvé son personnage d'Augustine, et repris de zéro. On ne pouvait plus lui parler pendant cette période.

Ses deux mots pour résumer le chemin sont ténacité et humilité. Et sa formule de fin est encore plus directe : osez, osez, osez.

Dans cet épisode, on parle aussi de son travail avec les chevaux auprès d'enfants à l'enfance fracassée, de Johnny qui entre dans le rond de longe en jurant qu'il n'a pas peur, et du dépanneur à qui elle a vendu un livre au bord de la route.

LE CAROUSEL DE L'ÉPISODE

CAROUSEL À VENIR

Les slides de cet épisode arrivent bientôt dans la bibliothèque visuelle.

Face B — le transcript

L'ÉPISODE MOT À MOT · LES TIMECODES LANCENT L'ÉCOUTE

Évidemment, tu te doutes bien que ce n'est pas moi qui ai tapé tout ce transcript à la main… Alors oui, il y a parfois des incohérences et des erreurs. Et sur les discussions, il arrive même que les voix se mélangent. Comme quoi, rien de mieux que d'écouter l'épisode plutôt que de le lire !

Introduction : Florence, les chevaux et Le Ballet d'Augustine

Ybelion — Yo yo, c'est Ybelion, vous êtes dans le 64e épisode d'Ose Écrire. Et aujourd'hui, j'accueille Florence Stevenson, membre de l'association Cheval d'Espoir. Elle a écrit un livre, Le Ballet d'Augustine, qui retrace le chemin d'Augustine, une petite fille de 11 ans, qui, grâce à l'amitié qu'elle lit avec un cheval, retrouve tout simplement goût à la vie. Sur ce, je vous laisse et je vous souhaite une très bonne écoute. A bientôt. Moi, c'est Sam, Ybelion de mon nom de plume. Je suis écrivain, coach et j'accompagne celles et ceux qui veulent renouer avec leurs rêves d'écriture. T'écoutes un podcast dont l'intention est simple, te donner inspiration, outils, motivation, discipline, bref, tout ce qui peut te permettre d'oser écrire. En gros, c'est un peu dans le titre, quoi. Ose Écrire. Je suis curieux de savoir du coup comment... En fait, j'ai tellement de questions, je ne sais pas par où je vais commencer. Vas-y. En fait, je suis extrêmement touché par les sujets que tu abordes, parce que ça touche deux points qui sont, je trouve, hyper essentiels, en tout cas pour moi. C'est la nature et les animaux, et leur respect, et l'écriture. Voilà. Donc forcément, c'est pour ça que quand Adeline m'a parlé de toi, je me suis dit, putain, ça va être fou, trop bien. Oui, oui. Et du coup, je suis curieux de savoir comment toi, tu t'es mis à lier les deux, justement, aussi.

Cheval d'Espoir : réparer les enfants avec des chevaux médiateurs

Florence Stevenson Tirard — Alors, c'est une histoire de chevaux, c'est toujours pareil. Tu vois, la nature, la vie t'envoie des choses extraordinaires. En fait, si tu as vu le site de Cheval d'Espoir, tu vois qu'avec ma sœur, moi depuis 10 ans, elle depuis 20 ans, on travaille à réparer les enfants qui ont une enfance fracassée en utilisant les chevaux comme médiateurs. Ce sont des êtres avec une intelligence émotionnelle tout à fait exceptionnelle, et ils sont un pilier pédagogique absolument extraordinaire. Et donc, si tu veux, pourquoi est-ce que je me suis mise à écrire ? C'est parce que les gens qui passent à la maison, qui viennent avec leurs enfants, avec leurs ados, qui eux-mêmes ont des problèmes et suivent des cours avec nos chevaux médiateurs, me disent tous, il faut écrire, il se passe des choses tellement extraordinaires, il faut écrire. Mais bon, moi, ça a mis du temps dans ma tête de me dire que j'étais capable d'écrire, tu vois, j'en savais rien. Et au fond, j'ai toujours aimé écrire mon journal, je me suis mise à, depuis toute petite, et puis je suis surtout une grande, grande lectrice. Et donc, je me suis mise à noter le soir ce qui se passait dans la journée. Et comme il se passe des tas de choses avec des émotions de dingue, on pleure, on rit, il y a des révélations, il y a des, enfin, c'est le cheval qui se met à bailler parce qu'il est une éponge et qui prend toutes les émotions négatives qu'il y a de l'enfant qui lui est présenté. Bon, il se passe des trucs complètement dingues. Et en écrivant tout ça, je l'ai envoyé à une amie romancière qui m'a dit, mais Flo, tu as un vrai sujet, tu as un vrai sujet et tu as une plume originale. Donc, elle me dit, inscris-toi à, je me suis inscrite à The Artist Academy. Et j'ai passé à Paris, donc je suis allée à Paris et j'ai passé une journée extraordinaire avec Eric Emmanuel Schmitt qui est un de nos auteurs français les plus lus au monde. Je ne sais pas si tu vois qui est-ce, mais Eric, c'est des millions, des millions de livres vendus. Et c'est un humaniste, un philosophe. Et là, cette démarche qu'il a de venir faire le coach, tu vois, dans une masterclass, c'est une démarche humaine extraordinaire. Et je l'ai m'assiné avec mes histoires de chevaux. Je peux te dire qu'il se souvient de moi. Je l'ai bassiné, bassiné. Et puis bon, on a fait des exercices d'écriture et tout. Et puis à la fin du stage, une journée, il m'a dit, Florence, vous avez un vrai sujet, vous avez quelque chose à dire. Et pour moi, c'est ça qui est vraiment important. Et vous avez une belle plume, lancez-vous. Mais promettez-moi, allez jusqu'au bout de votre envie, de votre désir, de votre projet. Parce que je vois tellement de défilés, des gens qui ont envie d'écrire, mais qui, au fond, c'est tellement difficile, tu vois, que bon, au bout d'un moment, on abandonne. Et j'ai eu l'occasion, comme il est le président du festival de la correspondance à Grignan, j'ai vu sur Internet passer qu'il dédicacait son livre à Valence, à la FNAC. Me voilà fonçant avec mon livre. Donc là, je fais le truc rapide, mais on reviendra après de voir comment j'ai fait pour être publiée. Et je lui ai présenté mon livre, il m'a regardé, il se souvenait de moi. Mais il est hyper mnésique, il se souvient de tout, c'est pas seulement de moi, il m'existe en pcevaux. Et il m'a dit, bravo, bravo. Et en plus, vous êtes primée. Je dis, oui, mais enfin bon, c'est pas le prix Goncourt. Il est le président, tu sais, du prix Goncourt. C'est le prix Femme Actuelle. Il me dit, mais c'est formidable. Je suis tellement contente que vous ayez été jusqu'au bout. Et il m'a pris mon livre et il m'a dit, je vous promets, je le lirai. Voilà, j'ai pas encore de retour, mais voilà. Donc en fait, après ce stage, cette masterclass, je suis rentrée à la maison et je me suis mise à écrire. Et comme tu as vu ce qu'on fait sur Cheval d'Espoir, sur l'association, la matière, il y en a. Parce que de la souffrance d'enfants qui sont maltraités, qui ont perdu l'estime de soi, etc. Donc vraiment, la matière, je l'ai. Et je me suis mise à écrire comme ça pendant deux ans. Et je l'ai fait relire à mon amie romancière qui m'a dit, écoute, c'est très bien, mais il faut tout refaire. Si tu es capable d'entendre ce que je te dis là, il faut tout refaire. Parce que tu as deux choses sur les trois, il t'en manque une, c'est la construction du livre. Ton livre n'est pas construit, il faut que tu recommences tout. Tu mets tout à plat, tu veux mettre trop de choses, etc. Ton livre n'est pas construit, il faut recommencer. Donc j'ai lu des livres, j'ai désossé comme Pierre Lemaitre, notre auteur français formidable, qui raconte ça, qui désosse les livres qu'il a aimés pour voir et se plonger dedans et voir comment on construit un livre. Donc j'ai fait tout ce travail-là et j'ai trouvé à ce moment-là le personnage d'Augustine, le ballet d'Augustine. Et à partir du moment où j'avais ce personnage en main, j'ai tout recommencé, j'ai tout repris et j'ai foncé à toute allure. Là, on ne pouvait plus me parler, tout juste si je faisais la cuisine pour ma petite famille. Et j'ai écrit, écrit. Et puis je me suis inscrite à, quand j'ai posé le mot fin, je me suis inscrite à Édite et nous, cette plateforme qui est relativement récente, extraordinaire, qui met en relation les maisons d'édition avec les auteurs. Parce qu'aujourd'hui, les maisons d'édition reçoivent des milliers et des milliers de manuscrits, que ce soit sur papier ou par mail. Donc ils sont débordés. Et Édite, comme le prénom, Édite et nous, ils font ce travail-là. D'abord, ils te protègent ton manuscrit. Donc voilà, c'est un lieu où tu déposes ton manuscrit et il est protégé, on ne peut pas te le copier. Et ensuite, les maisons d'édition viennent faire leur shopping, en fait, tu vois, sur cette plateforme. Et au bout de plusieurs mois, j'ai vu que Prisma Presse avait retenu mon manuscrit et qu'il le regardait. Tu le vois ça sur la plateforme. Et j'ai vu passer un concours littéraire organisé par Femmes Actuelles pour un primo-romancier. Donc je cassais les codes, toutes les cases, je cochais toutes les cases. Et j'ai appuyé simplement sur le bouton en fermant les yeux. Ça a téléchargé la poupe. Il a téléchargé mon manuscrit. Puis je n'ai plus eu de nouvelles. Et en décembre de l'année dernière, 2024, j'ai reçu un appel de Prisma Presse qui me dit, « Vous avez été retenu, vous êtes dans les douze finalistes de ce concours Femmes Actuelles que Prisma Presse organise. » Et un mois après, ils m'ont appelée pour me dire que j'étais une des quatre lauréates. Donc c'est une aventure, mais extraordinaire, absolument extraordinaire. Je me suis battue, j'y ai cru. J'ai été jusqu'au bout de mon envie d'écrire et de témoigner. J'étais portée par les chevaux parce que quand on voit tout ce qui se passe avec les chevaux, tu as vraiment envie de le partager avec plein de gens. Et quand je vois maintenant le retour des lecteurs, c'est magnifique. Voilà.

« Après deux ans de travail : il faut tout refaire »

Le concours, les quatre lauréates

Ybelion — C'est magnifique comme partage, Florence. Merci beaucoup. Déjà, premièrement, félicitations pour cette aventure. Tu as évoqué plein de sujets vraiment très intéressants. Je me permets de faire un petit débrief parce que comme ça, après, je récupère le fil.

Florence Stevenson Tirard — Bien sûr.

Ybelion — Déjà, il y a quelque chose que je trouve assez passionnant dans ce que tu as amené. C'est le premier contact que tu as eu avec l'écriture via ce journaling finalement. De dire, parfois, il s'agit juste de poser des mots sur une feuille. Et puis, c'est de là aussi que naît cette connexion avec l'amour qu'on peut avoir d'écrire.

Florence Stevenson Tirard — Absolument.

Ybelion — Ça, c'est top. Et c'est quelque chose que, sincèrement, je conseille à tous ceux qui peuvent se poser la question, par quelle porte entrer. C'est une très bonne porte d'entrée.

Écrire comme une gymnastique du cerveau

Florence Stevenson Tirard — Parce que plus que tu écris, tu sais, c'est un peu comme la musculation, comme la gymnastique. Tu crées une gymnastique de ton cerveau. Et d'abord, tu fais marcher ta mémoire. Ensuite, tu écris. Et en mettant les mots sur du papier, moi, c'était sur l'ordinateur, tu incites le flux de l'écriture. Et finalement, dès la première semaine, je me suis rendu compte que c'était de plus en plus facile. C'était un plaisir. Parfois, ça peut être ardu, mais très vite, c'est devenu un plaisir extraordinaire. Tu as raison. Tu as raison.

Ybelion — Exactement. Et ça rejoint un autre point que tu as évoqué après, que tu partageais de Pierre-Emmanuel Schmitt. Attends, j'ai... Éric. Éric Emmanuel. Éric Emmanuel. Pardon. Qui est que, oui, l'aventure d'écrire un livre, c'est toujours long. Et moi-même... Alors, ce qui est bien, c'est qu'il y a de plus en plus de gens qui travaillent dans cet écosystème pour accompagner les gens à écrire. Oui. Moi, c'est ce que je fais au quotidien. Et justement, je me bats pour amener les gens jusqu'au bout. Et tu vois bien que, en fait, la motivation du début, elle est souvent là. Parce que c'est quand même un rêve qu'ont beaucoup de gens. C'est fou. Tu es juste dans l'émulsion de l'idée, ça te prend. Et puis après, il y a ça, streindre finalement. Ou en tout cas, réussir à développer sa discipline pour aller jusqu'au bout.

Florence Stevenson Tirard — Exactement.

Ybelion — Et ça, bravo du coup de l'avoir fait. Parce que ce n'est pas forcément évident. Non, non. Il faut beaucoup de ténacité. Il ne faut qu'avec des gens comme ça.

Ténacité, humilité, et lire pour écrire

Florence Stevenson Tirard — Il faut beaucoup de ténacité. Il faut être très humble. Parce que tu vois, quand mon ami romancière m'a dit, tu as un vrai sujet, tu as une belle plume, mais tu as vraiment envie que je te dise ce que je pense. Oui, il ne faut pas se décourager. Tu vois ? Parce que là, je me suis dit, mon Dieu. Mais il ne faut pas se décourager. Et l'envie de témoigner a été plus forte que tout. Et le plaisir d'écriture. Parce que je suis une grande lectrice. Ça, je dois dire que je pense honnêtement que pour écrire, il faut lire. Il faut s'inspirer. Il faut lire bien des grands auteurs. Ce soit les classiques ou ceux d'aujourd'hui. On a des auteurs merveilleux. Là, je vois... J'ai fini La maison vide de Laurent Mauvignier. Mais tu es... C'est spectaculaire. C'est un chef-d'œuvre. On a des auteurs formidables. Je ne sais pas si tu as eu le temps de le lire, mais j'espère qu'il aura le bon point.

Ybelion — Celui-là, je ne l'ai pas lu, non.

Florence Stevenson Tirard — C'est extraordinaire. Tel talent. C'est fabuleux. Et quand tu es inspiré par du beau, du vrai, du talent, forcément, tu en prends quelque chose. Tu vois ? Forcément, ça te... Oui.

Ybelion — Bien sûr. Et ce qui est... Alors, il y a encore une fois deux trucs essentiels que tu as dit qui sont géniaux, c'est... Il faut être connecté à son amour de l'écriture. Et il faut réussir à... Mince, ça ne me revient plus le deuxième point. Rester humble, voilà. Oui. Et puis, aller au contact de... À un moment, contact d'avis, forcément. Oser se confronter, tu vois, au regard. Et toujours découper... Parce qu'effectivement, ça paraît hyper monstrueux. Moi, l'analogie que j'aime bien, c'est toujours... C'est pas une montagne, c'est une suite de petites marches, quoi. Et quelque part, commençons par nous poser les questions du début. Et marche après marche, on arrive en haut, quoi.

Florence Stevenson Tirard — Oui. Parce que tu gravis la colline et quand tu arrives en haut, il y a une autre colline derrière.

Ybelion — Bien sûr. C'est pour ça, si tu regardes la montagne derrière la colline, ça fait peur et puis tu as envie d'abandonner.

Florence Stevenson Tirard — Oui.

Ybelion — Mais voilà. Et donc...

Florence Stevenson Tirard — Mais quand tu es véritablement habité par un sujet, tu ne lâches pas. Tu ne lâches pas. C'est ça.

Ybelion — Et donc, c'est ce que tu disais, c'est-à-dire, quand tu es habité par le rêve que tu as envie de transmettre, par le message que tu as envie de partager, en fait, tout ça devient plus fort que tout. Et il s'agit de se connecter à ce rêve de manière quotidienne, quoi. En se disant, ok, qu'est-ce que j'ai envie de faire aujourd'hui pour avancer vers ce rêve, quoi. Et c'est là qu'il se passe de belles choses. C'est là qu'il se passe de belles choses.

Florence Stevenson Tirard — Mais oui. Mais oui. Les deux mots-clés, c'est ce que tu disais. C'est ténacité et humilité.

Ybelion — Très bien résumé. Et dans ton... Alors, je suis assez passionné, moi, par le cheval, de manière générale. parce que j'ai rencontré plusieurs personnes déjà dans ma vie qui me parlaient justement de médiation équine, de coaching équine, enfin, de thérapie équine, etc., etc. Et je l'ai toujours regardé d'un œil très curieux sans oser vraiment aller m'y confronter. Et quelque part, je suis fasciné des retours que je peux avoir de gens qui ont été en contact avec ce genre de thérapie. Je veux bien que tu nous en dises deux mots peut-être. Avec plaisir.

Les trésors cachés du cheval

Florence Stevenson Tirard — On l'adore.

Ybelion — Pour expliquer aux gens et aussi leur... Enfin, je ne sais pas. Je te laisse le champ libre. Découvrir.

Florence Stevenson Tirard — Découvrir les trésors cachés des chevaux parce que ce qu'on en sait de loin, c'est qu'on voit des images à la télévision ou ailleurs de chevaux qui font des prouesses sportives, qui sautent des obstacles, qui font des reprises de dressage magnifiques. Donc, on peut être touché déjà par le côté spectaculaire de ce bel animal magnifique qui fait des prouesses. Mais moi, ce que j'ai voulu montrer, c'est qu'au-delà de ça, cet animal est doué d'une intelligence émotionnelle tout à fait exceptionnelle. Je crois qu'il n'y a que l'éléphant qui pourrait surpasser le cheval. Et qu'il est... j'ai essayé de livrer les trésors cachés des chevaux. Alors, pourquoi est-ce que, eux, le cheval n'est pas un autre animal ? Le chien est un très bon éducateur et au type pédagogique également, mais le chien est un prédateur. Comme nous, nous sommes des prédateurs. Avec le cheval, on touche à autre chose parce que le cheval est une proie. Et il est en bout de ligne de la chaîne animale du vivant. Il est proie plus, plus et nous, nous sommes des prédateurs plus, plus. Donc, a priori, on n'est pas fait du tout pour se rencontrer. Voilà. Et c'est pour ça qu'il y a cette obligation, cette nécessité de parler leur langage pour entrer véritablement dans le cœur du cheval parce que le cheval, il ne pourra jamais parler notre langage. Et c'est pour ça qu'il y a aujourd'hui, grâce à l'évolution de la science, qui vraiment se penche sur ce que c'est que l'animal cheval, comment fonctionne son cerveau et son métabolisme, etc. parce qu'il faut arriver à parler cheval. Et pour arriver à parler cheval, il faut se mettre cheval parmi les chevaux dans le troupeau. Observer. Toute science démarre par l'observation. Et nous, c'est ce que nous faisons avec les enfants que nous recevons à la maison. On ne commence pas du tout à aller prendre un cheval dans un box. D'abord, on n'a pas de box, mais on commence par l'observation. On étudie l'interaction qu'il y a entre eux, comment ils se parlent entre eux. Ensuite, on va essayer toujours avec beaucoup d'humilité de se positionner en tant que cheval parmi les troupeaux et rentrer en communication avec eux de la même manière qu'eux le font. Alors, comment le font-ils ? Ils se font bouger les uns les autres. Le référent, l'animal référent dans le troupeau, c'est souvent une jument d'expérience, une jument âgée d'expérience ou un mâle dominant. Il va faire bouger les hanches, bouger les épaules, il va coucher les oreilles, avancer l'envolure. Et tout ça, ce sont des outils de communication qu'ils ont entre eux pour parler ensemble et dans quel but ? De sauvegarder la survie du troupeau. Tout ça est géré et poussé par l'instinct animal de survivre. Au moment, et ça je l'explique, dans le ballet d'Augustine, dès sa naissance, à la seconde où il naît, le poulain a peur de mourir. L'humain se met debout au bout d'un an. Il vit dans un confort émotionnel extraordinaire. Le poulain, quand il naît, il est poussé par cet instinct de survie. Il faut se mettre debout. Or, il a des jambes démesurément grandes. Là, dans le ballet d'Augustine, Verdi, quand il naît, il est sous la tempête, sur une pente glissante et il se casse la figure. Mais malgré tout, son instinct lui dit « Lève-toi ou tu vas mourir ! » Parce que c'est ça qui est étonnant, je trouve, parce qu'ils ont beau être domestiqués depuis plus de 4000 ans, cet instinct de survie est tapis dans leur ventre, dans leur viscère et dans leur mental et ne les lâche pas. Ils ont traversé les temps. C'est un terme d'Eric et Emmanuel Schmitt, sa saga s'appelle « La traversée des temps ». Ils ont traversé les temps et ils ont survécu grâce à cet instinct de fuite, de se mettre debout tout de suite, de pouvoir fuir et de communiquer entre eux. C'est « Ensemble, on est plus fort ». Ils vont survivre à l'attaque du loup, du puma, dans la vie sauvage, parce qu'ils sont ensemble. Le poulain qui est désordonné, qui fait beaucoup de bruit, qui est agité, la jument référente, comme punition, qu'est-ce qu'elle va faire ? Elle va le repousser hors du troupeau. Et là, il va tout de suite montrer des signaux pour dire « Oh là là, mais là, je suis vraiment en danger de mort, je veux revenir » et il snappe. Il fait avec sa bouche des mouvements comme ça, il snappe et il dit « Surtout, laisse-moi revenir, je vais bien me comporter ». C'est étonnant parce que cette intense survie, même pour ceux qui vivent dans des boxes où il n'y a pas grand danger, qu'un puma, elle les attaque, ils l'ont en eux. Alors, les gens qui ne connaissent pas les chevaux, ils vont dire « Cet animal, il est bête, il a une feuille qui tombe et il part en fuyant ». Il n'est pas bête, il répond à l'appel de la vie. C'est-à-dire, cette feuille-là, je ne l'ai pas vue tomber hier, c'est un élément nouveau et c'est dangereux. Donc, je fuis. Mais alors, avec cet instinct grégaire, quand ils ont la chance de vivre en trop haute, ce qu'ils vont faire, c'est qu'ils vont observer la jument référente. Que fait la jument référente quand cette feuille tombe ? Est-ce qu'elle continue de brouter ou est-ce qu'elle détale et à ce moment-là, tout le monde détale ? Si elle continue de brouter, tout le monde broute. Si elle détale, c'est qu'il y a un danger et tout le monde détale. Et pas du tout, moi, je croyais que c'était par désir de faire ensemble d'imitation, mais pas du tout. C'est par nécessité de cohérence du groupe. Tu vois, un peu comme ça va loin et comme on a, comme c'est fin et comme c'est extraordinairement complexe et pourquoi on a besoin d'apprendre ce qu'est un cheval, quels sont leurs besoins fondamentaux, comment vit-il, comment son cerveau fonctionne. Parce que tu vois, ils ont un cortex préfrontal que nous avons, qui est très développé, qui nous permet de réfléchir, d'analyser, que les prédateurs ont, les loups, les pumas. Alors, les uns vont, pour se nourrir, attaquer en groupe, comme les loups. D'autres vont le faire. Le lion va attaquer à un système d'approche. Il analyse la situation, il est tapis dans les forêts et tout d'un coup, il va attaquer la gazelle quand il considère qu'il est assez près et qu'il a jugé que sa technique d'approche est valable. Et ça, c'est pour se nourrir, les prédateurs. Et les chevaux, c'est ça que j'ai appris aussi et que je trouve tellement incroyable parce que quand on sait ça, tout change dans ton approche du cheval. Ils n'ont eu, dans l'évolution, qu'à se baisser pour se nourrir, l'herbe est sous leurs pieds. Donc, ce cortex préfrontal, il ne s'est pas développé, il est tout petit. Donc, il n'a aucun, aucune capacité analytique. Il ne sait pas ce que c'est que le bien et le mal. C'est-à-dire que quand on punit son cheval, ce soir, tu n'auras pas de foin parce que tu as fait tomber une barre, c'est absurde. Il n'a pas de capacité d'analyser une situation. J'ai fait tomber une barre, donc je me prends un coup de cravache. Non. Pour lui, il va associer, il va dire, j'ai fait tomber une barre, je prends un coup de cravache. donc ça, c'est vraiment pas bon du tout. Donc, après, il ne va plus sauter la barre et il va s'en prendre encore plus. Donc, tout va devenir absolument aversif. On a augmenté l'aversion au lieu de… Voilà. Et ça, quand on a compris comment fonctionne le cerveau du cheval, qu'il est un animal profondément émotionnel et qu'il apprend par association, et bien là, on commence à faire un chemin grave, mais je recommande à tout le monde d'aller sur le site d'Andy Boos. Il fait maintenant beaucoup, beaucoup de choses gratuitement. Il est extrêmement généreux et magnanime. Et il a sur YouTube des quantités de vidéos qui permettent aux gens d'avoir une première approche de ce que c'est que l'éthologie. L'éthologie, c'est l'étude du comportement du cheval. Et là, c'est l'éthologie appliquée dans son milieu naturel. Appliqué, c'est dans son milieu domestiqué. Et j'invite tout le monde à avoir accès à cette connaissance-là. Il y a Andy, mais il y en a plein d'autres. Il y a des tas de gens qui font un travail extraordinaire, ce qu'on appelle des chuchoteurs. Voilà. Et j'ai voulu témoigner. Dans mon balai d'Augustine, je glisse des principes éthologiques dans le personnage d'Augustine pour le faire. Parce que quand on lit un ouvrage scientifique ou éthologique, parfois c'est ardu et tout. Et j'ai voulu le faire sous l'angle d'un roman. Que ça soit accessible. Et qu'à travers le personnage d'Augustine et du cheval Verdi, on se rende compte « Ah, mais c'est pour ça ! » quand on fait ça, il n'a pas compris. La douche, je douche ses membres, il bouge, j'arrête la douche. Donc, tu lui as appris à bouger, tu fais exactement l'inverse de ce qu'il faut. Tu vois, c'est très, très complexe parce que c'est à l'envers de notre système de raisonnement. Tu as même un chuchoteur australien qui dit, je trouve ça incroyable, qui dit « Quand vous êtes en contact avec un cheval, faites l'exact contraire de ce que vous avez envie de faire. Vous aurez plus de chances d'être dans le juste qu'autrement. » Tu te rends compte jusqu'où ça va ? Jusqu'où ces pauvres chevaux, ils ne comprennent rien à ce qu'on leur dit ? Alors après, ils se cabrent ou ils s'éteignent. Ils se résignent. Et ça, c'est affreux. Et en fait, je vais te dire, c'est exactement comme les enfants maltraités. Ou ils se cabrent, tu vois, ou ils rentrent dans la violence, ou ils s'éteignent. C'est la même chose. Voilà. Je suis bavarde.

Andy Booth et l'éthologie appliquée

Ybelion — Ah non, t'inquiète. Moi, france, sincèrement, je découvre aussi tout ça. C'est hyper intéressant. Je suis tellement passionnée. Ça se ressent, en tout cas. Et comment t'expliques que du coup, ça devienne de tels miroirs pour nous ? Oui.

Le cheval, miroir de nos émotions

Florence Stevenson Tirard — Ils sont le miroir de nos émotions.

Ybelion — Qui nous renvoie tellement à notre propre vérité, quelque part.

Florence Stevenson Tirard — Ils sont le miroir de nos émotions parce que quand ils sont en présence, on fait ça tous les jours, nous, en présence d'un enfant. Alors, prenons l'exemple d'un enfant qui joue le petit caïd, on va dire, un garçon de 12 ans qui a mis en vrac la famille d'accueil, en vrac le foyer, en vrac l'école. Il est déscolarisé. Il arrive et il fait le caïd. Il dit, moi, le cheval, j'en ai pas peur. Vous allez voir ce que vous allez voir. Et donc, il rentre dans le rond de longe, tu sais, c'est cet enclos circulaire. Et, bon, déjà, il commence à rabattre un peu son caquet parce que c'est quand même impressionnant, un cheval, surtout quand on n'a pas l'habitude. Et le cheval, immédiatement, te scanne. Il a cette capacité à lire en toi. Il va lire ce qu'il y a à l'intérieur de toi, tes émotions, ton cœur, ce que tu es véritablement. Le côté show-off, frimeur, etc., il s'en fiche complètement. Que tu aies la bouche de travers, que tu sois, je ne sais pas, avec un détail physique qui, toi, te paraît pas chouette, lui, il s'en fiche complètement. Ce qu'il voit, c'est ton intérieur, ton cœur. Il va direct à ton cœur. Et, c'est son cœur et ses émotions, si tu veux. Pourquoi ? Parce qu'il en a besoin pour survivre. C'est naturel chez lui. Encore une fois, il ne se force pas. C'est naturel. Donc, il va voir ce gamin qu'on va appeler, je ne sais pas, donne-moi une idée.

Johnny, le petit caïd face au cheval

Ybelion — John.

Florence Stevenson Tirard — Voilà, John, on va l'appeler Johnny. Voilà. Alors, il est en présence de Johnny et Johnny, il fait le caïd et lui, il voit à l'intérieur qu'il y a beaucoup d'agitation, qu'il n'est pas en paix du tout, qu'il est très perturbé. Donc, le cheval, il va se détourner, il va lui présenter ses fesses et il va se mettre le nez contre la barrière et il va essayer d'attraper un petit brin d'herbe qu'il y a de l'autre côté de la barrière. Et là, il est tout à fait surpris, Johnny. Il dit, ben, zut alors, qu'est-ce que c'est que celui-là et pourquoi ? Et là, Brigitte, qui est Jeanne dans mon personnage du roman, elle va l'aider, elle ne va pas le laisser en situation comme ça, un peu éprouvante, et elle va l'aider, elle va lui dire, Johnny, est-ce que tu as envie de rentrer en relation avec ce cheval ? Et il va dire, oui, parce que là, il est quand même un petit peu surpris. Et Brigitte va donc créer, elle va être l'élément qui va aider cet enfant à s'apaiser et à être dans l'être et non pas le paraître. Toujours ce fameux, on en revient, tu sais, quelles que soient les thérapies, on en revient toujours à l'instant présent. Essaye de respire profondément, rentre en toi, laisse tomber ce qui s'est passé la veille, ce qui s'est passé cinq minutes avant, ne cherche pas à savoir ce qui va se passer dans l'avenir, laisse tomber tout ça. Respire et essaye d'être présent et à l'instant, mais à la seconde même où il commence à lâcher, ce fameux lâcher prise, le cheval lève la tête, le regarde et il commence à se tourner vers lui. C'est incroyable, et ce n'est pas une baguette magique, c'est simplement que si tu veux, au moment où Johnny commence à devenir moins inconfortable, le cheval va s'intéresser à lui. Pourquoi ? Parce que le cheval, il est tout seul dans ce rond de l'ange et qu'il n'a qu'une envie, il ne demande que ça, c'est d'entrer en contact avec cet être humain et il va demander, il va frapper à la porte, est-ce qu'il y a quelqu'un là, est-ce qu'il y a quelqu'un de confortable ? Et là, c'est déjà gagné, c'est déjà gagné parce que le Johnny, tout caïd qu'il est, il voit que tout d'un coup, tu vois, déjà lui, il se sent mieux en essayant de trouver la paix en lui, il a ce cheval et puis qui va venir, qui va aller même plus loin que ça, il va se rapprocher de lui, il va venir, il va rentrer en contact, il va mettre son nez contre sa main, il va souffler. c'est extraordinaire. Et puis après, bon, il y a toute une technique que Brigitte a mise en place et qu'on voit dans le ballet d'Augustine avec Jeanne, je glisse pas mal d'exemples de profils différents parce que la petite Augustine, elle est là, elle est envoyée sur ce domaine, elle arrive de la Réunion où elle a vécu, elle a traversé un cyclone épouvantable qui a tout ravagé, sa qualité de vie, son père est porté disparu, sa maman est morte en couche, donc elle a tout perdu et du coup, elle ne parle plus, elle a perdu la parole et c'est donc toute l'histoire de la réparation de cet enfant, de cette petite fille qui a tout perdu et qui commence à s'intéresser au cheval qui voit des choses et qui va commencer à s'approcher petit à petit du cheval et qui va se prendre de passion pour un poulain qui a perdu sa maman qui est à l'âge de 10 jours, ça on l'a vécu nous malheureusement, ça s'appelle l'écolique du 10e jour, le poulain a créé un vide sidéral dans le ventre et au bout du... voilà, il paraît que c'est connu, moi je n'avais jamais entendu parler de ça et ce poulain verdi, il est orphelin donc la petite, elle va évidemment avoir envie de le materner, elle-même, elle se retrouve en lui, elle est orpheline et elle a envie de jouer à la maman avec lui et c'est là qu'intervient Phil mon personnage qu'on reconnaît tout à fait sous les traits d'Andy Boos qui va la mettre en garde, attention, un cheval est un cheval, ça n'est pas un humain, pas d'anthropomorphisme, ne lui prête pas des sentiments humains parce que tu vas créer chez lui un déséquilibre et il ne sera plus jamais heureux, il ne pourra pas être équilibré parce qu'il ne sera bien, pas bien avec les chevaux et pas bien et dangereux avec les humains parce que là, il pèse 100 kilos, c'est une peluche, c'est très mignon, on envoie des vidéos sur YouTube de gens qui sont là, qui maternent leur poulain, qui vient de naître, etc. mais si vous ne les respectez pas en tant que cheval, sa nature de cheval, il va grandir avec un déséquilibre et il va devenir dangereux et là, les conséquences sont gravissimes, gravissimes. Donc voilà, c'est l'objet du livre si tu veux, c'est de raconter les trésors cachés du cheval, toute cette partie intériorité, émotion, intelligence, émotionnelle, tout ce qu'ils sont capables de vous apporter dès lors qu'on s'intéresse à eux, à leur intérieur, à leur nature, et en même temps, je glisse les principes éthologiques qui permettent de comprendre pourquoi on a une véritable responsabilité, si tu veux, de connaître, de savoir comment fonctionne un cheval de manière à être juste quand on agit auprès d'eux et qu'on est à côté d'eux. Voilà.

Augustine, Verdi et le piège de l'anthropomorphisme

Ybelion — Et le personnage d'Augustine, du coup, que tu rajoutes après que ton amie romancière t'es conseillé de restructurer ton livre, elle t'a permis de... Elle t'a permis quoi dans la construction de l'histoire ?

Florence Stevenson Tirard — Elle est devenue le fil rouge, ce fameux fil rouge avec l'arc narratif, avec ce fameux climax, je ne comprenais rien de tout ça. Et surtout, je n'avais pas envie, je me dis, je ne veux pas rentrer dans la technique, moi j'ai envie de livrer mes émotions. Mais tu ne peux pas quand tu écris un livre, tu ne peux pas faire les choses en vrac comme ça désordonnées. La construction du livre est très, très importante. Et le personnage d'Augustine, dès lors que je l'ai tenue en main, elle a été mon fil rouge, tu vois, mon... Et voilà, on suit Augustine. Augustine arrive, elle a vécu ce cyclone, elle arrive sur ce domaine, elle rencontre les sœurs jumelles, Adrienne et Jeanne, elle rencontre d'autres enfants, elle vit tout ça, elle va à l'école, elle retourne à l'école et puis d'abord, avant d'aller à l'école, elle a retrouvé la parole, bon, je ne vais pas tout livrer, mais il y a une scène très forte où qui, finalement, bon, voilà, elle retrouve les mots, elle va à l'école, elle n'est pas intégrée du tout à l'école et Jeanne et Adrienne lui expliquent aussi ce rejet que tellement d'enfants vivent, dans leur scolarité, simplement parce qu'ils sont un petit peu timides, pas tout à fait comme les autres, qu'ils n'ont pas le succès expéré qu'ils voudraient avoir à l'intérieur de la communauté qui est une classe, c'est d'une violence inouïe ce qu'ils vivent les enfants à l'école, c'est incroyable, dès lors, c'est un tout petit peu différent, alors là, Augustine, c'est parce qu'elle a un petit accent réunionnais et qu'elle n'est pas comme les autres parce qu'elle a vécu ce traumatisme, donc elle est rejetée et rejetée, c'est aussi violent que d'être attaquée, tu vois, c'est d'une violence inouïe que d'être rejetée dans une cour d'école, donc tu vois, je raconte tout ça et Adrienne, elle lui explique, elle lui dit, mais Augustine, imagine qu'on mate un dromadaire, un dromadaire dans un troupeau de chevaux, qu'est-ce qui se passerait ? bien sûr qu'il serait rejeté, mais bien sûr qu'il faudrait qu'il montre des signes de bonne volonté pour s'adapter, etc. Donc, je donne un peu, enfin, Adrienne lui donne un peu les clés pour se faire accepter dans la cour d'école et voilà, moi je vois beaucoup de jeunes qui vivent, qui ont la foupie scolaire, qui ne veulent plus retourner à l'école parce que c'est trop dur ce qu'ils vivent. On vit un monde de violence, une violence, tu vois, qui n'est pas forcément physique, une violence psychologique qui est terrible, il faut être armé pour ça, il faut être vraiment bien dans sa peau pour arriver à supporter tout ça. Enfin, moi, tu vois, j'ai grandi à La Réunion, j'ai été tellement protégée, alors tu vois, blonde comme je suis, c'est dans des classes où je n'étais pas du tout physiquement copiée-collée à la, tu vois, il y avait des Indiens, des Malbars, des Africaines, des Créoles, enfin, tu vois, mais on n'a jamais connu le rejet, c'était tout le monde à partir du moment où on, tu vois, on jouait au ballon prisonnier, tout le monde était accepté, quoi, il n'y avait pas ce regard sur l'autre qui est tellement dur aujourd'hui, très dur. Voilà. C'est vrai. C'est moi, monsieur.

Le rejet dans la cour d'école

Ybelion — Non, mais c'est passionnant et tu vois, c'est aussi intéressant parce que du coup, on explore aussi un peu les thèmes que tu peux aborder dans le livre. On sent bien que le cheval a une place importante de par ce qu'il peut nous apprendre aussi sur nous, de par ce qu'il peut venir soigner. De manière générale, la nature, en fait, nous donne quand même beaucoup de réponses sur toutes les problématiques qu'on peut avoir. il n'y a pas plus instant présent que la nature qui est autour de nous et quelque part, parfois, se reconnecter à cette nature nous donne aussi

Florence Stevenson Tirard — des vraies clés

Ybelion — pour nous guérir de problématiques qu'on peut avoir ou pour sortir de nos peurs ou de nos doutes.

Florence Stevenson Tirard — C'est essentiel. C'est essentiel. Le retour à la nature est vraiment, c'est essentiel. Du reste, Augustine qui a grandi dans la nature, dans le cercle de Mafate, à La Réunion, qui est une nature absolument merveilleuse, elle retrouve dans la Drôme des Collines, chez Jeanne et Adrienne, elle retrouve cette nature, ce n'est pas la même, mais aussi foisonnante qu'elle a aimée. Il y a un énorme potager. Jeanne, quand elle reçoit les enfants, elle les met tout de suite au contact de la terre. Et ce petit Miguel qui arrive assez vite, qui est un deuxième enfant accueilli, il n'a connu que la dureté du béton et il n'a connu que la violence et il est bouleversé quand il travaille les mains dans la terre, qu'il voit la terre vivre avec les vers de terre et les plantes poussées et qu'il va chercher les pointes de terre et qu'on les ramasse, on les déterre, on les trouve. C'est une chasse au trésor, on les ramasse et puis on va les nettoyer, on va les cuire et on va les manger et on va se régaler. C'est magique. Et comme tu dis, la nature, la nature apaise parce qu'on est dans le vrai, on est dans la vérité. C'est un mot qui revient beaucoup dans mon livre. On est dans la vérité, on est en retour aux essentiels et on est dans notre monde d'aujourd'hui, on s'éloigne de l'essentiel, de ce qui fait de notre être, de ce qu'on est profondément, ce dont on a besoin. Alors, c'est très bien de vivre en ville. Moi, je ne critique pas ça du tout et c'est très bien. Mais il faut quand même porter une attention, un souci à nos enfants d'aujourd'hui. Bien expliquer que le lait, il n'arrive pas par hasard dans la bouteille de lait. Il faut essayer de comprendre comment... Il faut intégrer les phénomènes de la nature dans notre vie de tous les jours. Et je suis très, très frappée de voir combien... Parce que moi, tu vois, je me suis formée auprès d'Andybouz pour rééduquer des chevaux qui ont été maltraités et qui ne comprennent rien aux humains. Et voilà. Donc moi, je fais la rééducation des chevaux et ma sœur jumelle fait la rééducation des enfants, tous les deux maltraités. Et je suis très frappée de voir la similitude des comportements. Parce que... Le... L'enfant maltraité, il est... Il est soit violent, soit inhibé. Le cheval maltraité, il est soit violent, soit inhibé. Et c'est ce retour à la nature pour le cheval, le sortir du box, le remettre parmi ses congénères dans une vie normale, dans la nature, manger de l'herbe et non pas trois plats de granulés, servis, petit déjeuner, dîner. Ça, c'est véritablement de l'automarifisme. Enfin bon, c'est très difficile aussi pour les clubs hippiques. Ils n'ont pas tous des terrains, ils n'ont pas tous. Mais il faut quand même essayer d'y porter une attention et un souci. Il faut se soucier de ça. Je suis tout à fait consciente des conditions et des... Que pour les clubs hippiques, c'est pas à la portée de tout le monde, tu vois, tout d'un coup, de mettre tout le monde dehors dans les paddocks. mais on peut quand même améliorer les choses. Et pour revenir à l'éducation, mais éduquer un cheval, éduquer un enfant, c'est pour moi, tu verras, il y a des similitudes incroyables. C'est tout à fait étonnant. Et moi, dans le livre, dans le balai d'Augustine, j'utilise beaucoup, justement, des analogies, des similitudes, de situations. et je dis... Et Adrienne dit... Il ne faut pas que je dise je. Adrienne explique à Augustine en se servant des chevaux comme modèle. Et elle comprend tout de suite. Et voilà. Oui, non, mais la nature, c'est un élément clé. Mais il y a plein de mouvements, il y a plein de gens qui prennent conscience de ça.

Chevaux maltraités, enfants maltraités : mêmes réflexes

Ybelion — Bien sûr. C'est qu'il faut

Florence Stevenson Tirard — revenir à la nature.

Ybelion — C'est... C'est essentiel. Je fais un partage personnel parce que ça me touche du coup, ce sujet-là, vraiment beaucoup. Et tu vois, ça me donne d'autant plus envie de lire ton livre, pour le coup. C'est bien. Il y a quand même ce côté... Mère nature est quand même la première créatrice. Il y a tellement de choses uniques autour de nous. Il y a tellement de choses intrigantes. Il y a tellement de choses curieuses. Ça demande... Ça donne envie et ça demande de s'ouvrir, tu vois, à tout ce qui peut nous entourer. Ça, c'est la première chose. Et la deuxième chose, c'est que moi, j'ai eu la chance en étant petit de grandir au contact de la nature grâce à mes grands-parents et mes parents qui nous amenaient à droite, à gauche. J'ai perdu un peu ça en grandissant parce que les études, parce que le début du travail, parce que la vie d'adulte,

Florence Stevenson Tirard — parce que l'impression

Ybelion — de devoir rentrer dans cet engrenage. la vie a fait que l'année dernière, tu vois, j'ai réussi à m'extraire de ça. C'est pour ça que je suis devenu coach. C'est pour ça que j'accompagne les gens à écrire maintenant. Et je remarque maintenant que quand je suis en contact de cette nature, il y a quelque chose qui change par rapport à la ville. C'est quand même que j'ai l'impression que tout est plus facile quand je vois la nature. Il y a quelque chose qui me renvoie à... Tu vois, finalement, tous les problèmes que tu pensais avoir, toutes les urgences que tu pensais avoir, quelque part, est-ce que c'est si urgent maintenant, là, tout de suite ? Et je trouve que ça t'amène un cadre calme d'apaisement, de reconnexion à soi qui est... Et je me rends compte en le disant que ça paraît peut-être un peu spirituel, mais j'encourage vraiment les gens à prendre le temps de juste contempler quelque chose d'immense dans la nature.

Florence Stevenson Tirard — L'observation.

Ybelion — La mer, la montagne, la forêt, je ne sais pas. Et là, ça te renvoie à un truc de dire que je ne suis qu'un élément parmi tout le reste et tous les problèmes que je pensais avoir, qu'est-ce qu'ils sont face à cette immensité-là, quelque part ?

Florence Stevenson Tirard — Et tout est là sous tes yeux. Il suffit de regarder.

Ybelion — Exactement.

Florence Stevenson Tirard — Tout est là sous tes yeux.

Ybelion — Exactement.

Florence Stevenson Tirard — Bon, mais il faut toutefois comment dire, bien se rendre compte que c'est bien difficile pour beaucoup de gens qui vivent, qui vivent, tu vois, dans des HLM, les étages, les uns au-dessus des autres et qui ont juste le petit arbre qui est devant et qui n'ont pas la possibilité forcément de... C'est pour ça que j'ai monté, avec ma sœur, qu'on a monté l'association Cheval d'Espoir. Exactement. Parce que, avec les dons qu'on a, si tu veux, on participe justement au paiement, au financement de ces stages. On demande toujours aux familles de payer une partie, mais la plupart du temps, ils n'ont pas les moyens. Et nous, on est bien obligés de faire payer parce que les chevaux, il faut les nourrir, les clôtures, il faut les entretenir et tout ça ne se fait pas tout seul. Il faut bien qu'on vive, nous aussi. Et Cheval d'Espoir prend le relais, tu vois, de ces enfants dont les familles n'ont pas forcément les moyens de pouvoir payer un séjour de rupture et se retrouver dans la nature. Alors après, on peut se dire aussi qu'est-ce qu'il en reste. Bon, ils vont venir passer 15 jours à la maison et puis ils retournent de là où ils sont venus. Ils ont gardé une petite lumière dans leur tête. Et ça, c'est important. On leur a donné la possibilité de vivre autre chose, de savoir que ça existe et après, dans leur vie, ils pourront faire un choix. Tu vois ? Et ça, c'est vachement important.

Ybelion — Exactement. Et c'est un combat merveilleux et c'est exactement ça. Tu fais bien de le noter, c'est qu'il ne s'agit pas d'avoir une posture providentielle en disant aux gens « Mais connectez-vous à la nature ». Il faut simplement se dire « Déjà, est-ce que moi, j'ai envie de le faire ? Est-ce que je peux le faire ? » Et puis ensuite, d'essayer tout simplement de véhiculer ces messages-là et de, à son échelle, de faire ce qu'on estime pouvoir être fait. Et donc, c'est typiquement ce que tu fais au travers de ton association. C'est typiquement ce que plein d'auteurs font à travers leurs livres.

Florence Stevenson Tirard — Oui.

Ybelion — Et c'est ça qui est important dans le fond.

Florence Stevenson Tirard — Lisez, la lecture, la lecture, c'est une ouverture sur le monde, ça vous fait voyager, tu veux. Est-ce que je peux te raconter un truc qui m'est arrivé pour aller au salon du cheval ? Je vais faire...

Le pneu crevé et le dépanneur qui ne lisait pas

Ybelion — Bien sûr.

Florence Stevenson Tirard — Tu as le temps. Je t'en prie, vas-y. Tu as le temps. Oui, t'inquiète pas. C'est tellement drôle. T'inquiète pas. C'est tellement drôle et j'ai adoré cette histoire. En plus, il y aura un Johnny dans l'histoire. Je suis allée au salon du cheval à Equitalion et je crève. J'ai un pneu qui crève à 10 minutes de là, de Re-Expo. Et donc, j'appelle mon assurance, la dépanneuse, machin truc, et il me dit on vous envoie une dépanneuse dans 10 minutes et puis 10 minutes après, je vois passer une dépanneuse et je dis comme ça, qu'elle ne va pas sous le nez à toute allure. Et je rappelle l'assurance, je lui dis mais attendez, il y a une dépanneuse qui est passée, c'était bien celle pour moi mais il ne s'est pas arrêté. Il est passé devant moi comme il faisait. Alors bon, il le rappelle et tour il vient vers moi et je tombe sur un garçon absolument adorable de 23, 24 ans qui me dit je suis désolée mais je ne vous ai pas vu. Je lui dis oui, vous allez tellement vite aussi comment voulez-vous voir quoi que ce soit. On souffle et on fait... Et puis, il embarque la voiture, je rentre dans sa voiture, etc. Il me dit mais vous allez où ? Je lui dis je vais à Euro Expo. je suis un peu embêtée parce que je vais être en retard. Là, j'ai un journaliste qui va m'interviewer. Ah bon ? Mais qu'est-ce que vous faites pour être interviewée ? Il avait les yeux comme ça. Et je lui dis j'ai écrit un livre et il doit m'interviewer. Ah bon ? Vous avez écrit un livre ? Mais quoi ? Donc je lui sors, j'avais mon livre dans mon sac, je lui montre et il me dit mais moi je n'arrive pas à lire. Mais moi, j'ai eu une fois un livre dans les mains et la première page, j'ai fichu ça à la poubelle, c'est impossible. Je lui dis alors qu'est-ce que vous faites ? Vous êtes sur votre téléphone toute la journée ? Il me dit oui. Et je lui dis vous faites quoi ? Vous scrollez et vous passez d'une information à une autre et finalement au bout du compte est-ce que vous avez retenu quelque chose ? Il me dit non. Et je lui dis est-ce que vous avez la tête comme ça le soir avant de vous coucher parce que vous êtes débordé d'informations, d'images, de trucs et vous n'avez rien capté ? Il me dit oui. Je lui dis justement quand on lit, c'est une aventure personnelle où vous êtes en toute liberté avec votre livre. Personne ne peut interférer. C'est vous et votre livre. Et vous allez apprendre des choses, vous allez découvrir et surtout, vous allez voir que le soir en vous couchant, vous allez être apaisé, que vous allez penser au personnage, que vous allez repenser aux situations que vous a racontées le livre et que ça va vous faire du bien. Il était scotché. Il m'a dit donnez-moi votre livre, je prends une photo. Il a pris une photo du livre, il dit je vais l'acheter, je vais l'acheter. Je lui dis bon ben écoute. À la fin, j'ai mis mon adresse mail, tu me raconteras. Du coup, on se tutoyait et il m'a amenée chez un dépanneur, Johnny, qui fait dans l'urgence, qui m'a démonté, j'ai deux pneus, qui m'a démonté les pneus en dix minutes. Vingt minutes après, j'étais sur le stand à Equitalion. C'est magnifique. Je suis arrivée, j'ai vu le libraire sur Alain Culturel. Je lui ai dit tu sais pas quoi, j'ai vendu un livre au dépanneur dans mon aventure de pneus crevés. Mais c'est tellement ça, tellement ça. Et il faut commencer petit. Il faut leur donner le goût petit.

Chaque livre changera la vie de quelqu'un

Ybelion — C'est vrai, c'est vrai. Et ce qui est magnifique dans cette histoire, c'est que je dis toujours que chaque livre existe pour une raison qu'un jour, il changera la vie de quelqu'un. Mais on sait pas qui.

Florence Stevenson Tirard — Absolument.

Ybelion — Et il faut accepter, il faut se lâcher prise. Il faut accepter cet effet papillon qu'on connaîtra pas.

Florence Stevenson Tirard — Voilà.

Ybelion — Mais ce genre d'histoire prouve que, en fait, peut-être que ce jeune gars, il va lire ton livre et il va se passer un truc.

Florence Stevenson Tirard — Peut-être.

Ybelion — Et ça, pour moi, c'est le vrai et c'est pour ça que je me battrai toute ma vie pour que le plus de gens écrivent des livres. C'est que ça, pour moi, c'est ce qui fait l'évolution de notre humanité, tout simplement. C'est ça qui permet d'éveiller quelque chose chez les gens. C'est ça qui leur permet d'être créatifs. Super. Et voilà. Mais tu sais,

Florence Stevenson Tirard — à la halte culturelle d'Equitalion, j'étais très surprise. ils avaient un stand de 100 mètres carrés. Il y avait une quantité de livres, je ne vais pas te dire, mais énormément de livres, tout sur le cheval, que ce soit théorique, pratique ou des romans. Mais un monde fou, mais un monde fou devant les... Et à la caisse, la queue, quand tu penses que pour rentrer à Equitalion, il faut payer 25 euros, si tu viens en famille, allez, on va dire avec un enfant, ton mari, tu as déjà 75 euros que tu as laissés à l'entrée, tu te rends compte ? Ensuite, ils vont aller acheter une casquette, un tapis pour le cheval ou je ne sais pas quoi. Et ils s'arrêtent à la halte culturelle et ils achètent un livre à 18,95. Moi, je trouve ça formidable. Les Français sont des lecteurs. C'est formidable. Vraiment, il ne faut pas perdre espoir. Et il faut avoir des gens comme toi pour continuer à inspirer les gens à écrire, à lire. et c'est extra.

Ybelion — Il faut... Et tu vois, c'est pour ça que j'aime beaucoup recevoir les auteurs parce qu'en fait, on se rend compte au travers de l'unicité des parcours de vie qu'il y a toujours quelque chose de transmissible. Et tu vois, une passion que tu as qui est le cheval et tout ce qui peut être en tant que tel, tout ça va aussi connecter et résonner chez certaines autres personnes qui vont du coup être amenées à découvrir d'autres univers, etc. Et ça, ça fait un espèce de ricochet délirant.

Florence Stevenson Tirard — Mais oui.

Ybelion — Il y a une citation que j'aime beaucoup, je ne sais plus de qui elle est, mais qui dit la créativité est contagieuse, faites la tournée. Et c'est exactement ça. C'est le cercle vertueux.

Publiée à 70 ans : « osez, osez, osez »

Florence Stevenson Tirard — Oui, tout à fait. Tout à fait. Mais tu vois, j'ose dire mon âge, je vais avoir 70 ans l'année prochaine, en avril. Tu te rends compte que j'ai découvert cet amour de l'écriture. Je lisais beaucoup, mais j'ai découvert cet amour de l'écriture il y a trois ans et que je suis publiée et qu'à 70 ans, je vais faire des dédicaces. Mais c'est incroyable. Osez, osez. Et la lecture vous mène à tout. Mais il faut lire bien. Il ne faut pas lire n'importe quoi. Il faut lire bien. Et il y a énormément aujourd'hui de podcasts, d'endroits, de sites sur les réseaux, sur Internet qui vous permettent déjà de lire la quatrième de couverture, de voir si le sujet vous intéresse, si l'écriture est plaisante et fluide. Il ne faut pas s'imposer des trucs trop durs, se forcer. non, il faut aller vers le plaisir et la foi.

Ybelion — Et c'est ça qui est... C'est pour ça que c'est toujours super cool de votre part auteur au sens large de venir raconter un peu votre parcours, ce que vous voulez raconter parce que ça permet aux gens de... ça donne envie en fait de lire des histoires. Quand tu as l'auteur qui te raconte ce que ça peut... Comment il a construit toute son histoire de vie, tu te dis ah mais en fait j'ai envie de découvrir ce qu'il y a écrit. C'est pour ça que c'est trop cool de prendre ce temps-là.

Florence Stevenson Tirard — Oui, oui. Et ça devient vite une drogue. Une bonne drogue.

Ybelion — Oui, oui.

Florence Stevenson Tirard — C'est comme pour l'écriture. Plus tu écris, plus tu as envie d'écrire. Ça devient une drogue qui apaise, qui est... C'est une belle addiction la lecture. Exactement.

Le prochain roman et les bienfaits de la marche

Ybelion — Oui, oui. Et en parlant de ça justement, toi du coup le ballet d'Augustine, est-ce que tu as déjà des envies d'autres écritures ?

Florence Stevenson Tirard — Oui, oui. Oui ? Oui, oui. Je suis habité par un sujet déjà depuis plus d'un an. Ça se passera à La Réunion, dans l'autre cirque. Au départ, là, ça a démarré à Mafate. Ça se passera là. Tout le roman se déroulera à Sillaos. Et il y aura une intrigue, une énigme non résolue. Donc je me lance un petit peu dans l'intrigue. Non pas policière, parce que c'est non résolu et ça s'est passé il y a de nombreuses années. Et je vais parler des bienfaits de la marche. Les romanciers marchent. Tu sais, les grands poètes marchent. Victor Hugo marchait. Et pourquoi est-ce que la marche est si riche et te nourrit ? Voilà.

Ybelion — C'est un très beau sujet aussi. Un très beau sujet parce que tu vois, c'est quelque chose que je conseille beaucoup aux gens quand ils sont bloqués, quel que soit le blocage qu'ils peuvent rencontrer au moment de leur écriture à ce moment-là. Mais en fait, tu vas marcher justement dans la nature, là où tu es. Et surtout, tu ne te connectes pas. Tu ne mets pas de musique, tu ne mets pas quoi que ce soit. Juste, tu te mets en mouvement. et là, tu avances. Et alors là, à chaque fois, c'est fabuleux. Moi, ça m'a débloqué des intrigues entières. Ça te permet parfois, je me rappelle avoir été marqué par un moment touché, comme une épiphanie de dire, mais en fait, ce personnage, il faut qu'il s'appelle comme ça. Tu ne sais pas trop l'expliquer, mais d'un coup, ça tombe dessus. Et la marche, ça permet ça. C'est une sorte, pour certains, moi, ça marche très bien comme une méditation. Chacun médite un peu à sa manière, mais ce n'est pas vrai que la marche.

Florence Stevenson Tirard — Évidemment, le mot méditer est un peu galbaudé. Il y a des tas de gens qui vont dire, voilà, encore la méditation et tout. Mais en fait, c'est propre à vous et c'est votre histoire personnelle à vous et c'est ce que vous ressentez, vous, au fond de vous. Et la marche, comme tu dis, débloque. Et c'est le rythme. Tu sais, on revient à notre instinct archaïque, en fait. On était en mouvement et d'être assis devant un ordinateur toute la journée, ce n'est absolument pas naturel. Donc, dès lors que tu remets en mouvement ton corps, la marche, tu remets encore ton esprit. Mais alors, je vais te raconter un truc qui va te scotcher, c'est que comment fait-on pour apaiser un cheval quand tu arrives dans un endroit ? Je te raconte, par exemple, à la maison, on a eu des scouts qui ont débarqué, il y avait une trentaine d'enfants, tout habillé, ils m'ont déguisé. Mon cheval, il m'a reniflé, il a dit, oh là là, tu n'es pas habillé comme d'habitude, il y a une odeur bizarre, j'avais un casque, j'avais une épée et je devais déclamer quelque chose. Bon, voilà, il y avait des banderoles et il y avait dans son environnement connu des tas de choses nouvelles. Donc, il était un peu ce qu'on appelle sur l'œil, tu vois, il regardait, il sait qu'est-ce que c'est que ça, etc. Qu'est-ce qu'on fait pour apaiser un cheval qui est comme ça sur l'œil, qui a peur ? Eh bien, on bouge ses pieds et en bougeant ses pieds, tu t'empares de son esprit. Tu te rends compte comme c'est fort, ça ? Donc, je, à la handibouche, lever, glisser, je tourne sa tête, je pousse ses hanches, je fais croiser ses postérieurs et je recommande, et tu vois le cheval qui descend, son encolure, qui s'abaisse, ses oreilles connectées vers toi, il tourne la tête parce que ça, c'est un code entre nous, il tourne la tête, il vient te toucher, c'est bien toi, j'ai confiance en toi, tu es bien mon référent, tu es digne de crédibilité, tu me dis là que tout ce qui se passe autour, là, je n'ai pas besoin d'avoir peur. Il était prêt à partir plein pot, eh bien, j'ai senti le souffle, tu sais, de l'apaisement, merci Andy, quoi, il te sauve, la connaissance, la science, on a aujourd'hui la connaissance, c'est magique, et on s'empare de l'esprit en s'emparant, en faisant bouger les pieds du cheval, tu te rends compte, c'est magique, tout le monde devrait savoir ça, ça sauve des vies.

Bouger les pieds du cheval pour s'emparer de son esprit

Ybelion — le corps, le corps, le corps, l'esprit, tout est quand même beaucoup lié, et c'est vrai que c'est intéressant de, tu vois, encore une fois, c'est un beau miroir, même s'interroger sur nous, quand on commence à, je ne sais pas, sentir qu'on rumine, ou qu'on s'enferme dans un espèce de cercle, tu vois, s'interroger sur, ça fait combien de temps que je n'ai pas bougé de ma chaise, et pourquoi je me mets à ruminer, et ouais, c'est encore une fois, c'est, les parallèles sont vraiment extrêmement touchants, en fait. Alors, je vais te dire un truc incroyable,

Florence Stevenson Tirard — tu vois, avec Italien, on avait une grande table, et on était tous les auteurs, là, assis les uns à côté des autres, donc tu es assis, les gens défilent, il y en a qui s'arrêtent, il y en a qui ne s'arrêtent pas, il y en a qui s'arrêtent sur celui d'à côté, le livre d'à côté, le truc, tu écoutes, et en fait, sans t'en rendre compte, tu t'avachis, et moi, tu vois, et moi, j'ai fait trop attention de me lever, de marcher, et tu reprends, tu recaptes la lumière, et à chaque fois que j'étais debout, j'ai éprôné un acheteur, alors je me promenais avec mon livre, tu vois, puis après, j'allais me rasseoir, tu te revitalises, dans l'approche que les gens ont de toi, tu es différent, tout d'un coup, tu dégages quelque chose, et les gens, ils ont envie de venir vers toi, alors que si tu es comme ça, et que tu es avachi, parce que tu es resté assis longtemps, et que c'est très difficile, tu vois, d'avoir le dos droit, de rester dynamique, et tout, quand tu es assis, le fait de te lever, de marcher, tout de suite, tu réamorces l'énergie, et ça, ça se sent, ça se propage,

Ybelion — exactement, le mouvement crée l'émotion,

Florence Stevenson Tirard — c'est toujours comme ça, parce que la vitalité, est l'énergie, et que nous sommes des êtres d'énergie, tu reconnais que l'énergie, oui, non mais, je lis beaucoup, et j'écoute beaucoup de podcasts, là-dessus, c'est, oui,

Ybelion — c'est assez fascinant aussi, oui,

Florence Stevenson Tirard — oui,

Ybelion — je suis d'accord avec toi, c'est un domaine, qui m'intrigue de plus en plus, m'appelle beaucoup aussi, et c'est vrai que c'est, c'est assez fascinant, c'est assez fascinant, c'est assez fascinant, et, et pour revenir, sur le balai d'Augustine, quand même, donc, j'ai entendu que, les, deux des messages principaux, que tu avais eu envie de véhiculer, c'était, alors déjà, tout le rapport au cheval, qui avait aussi, cette notion de rejet, en étant, en étant, enfin, homme dans un groupe, homme avec un grand H, pardon, dans un groupe,

Florence Stevenson Tirard — humain, ouais,

Ybelion — humain plutôt du coup, voilà, et, qu'est-ce qui, qu'est-ce qu'il y a d'autre, qui était important pour toi, de transmettre à travers ce livre ?

Glisser l'éthologie dans le roman

Florence Stevenson Tirard — Ben, ce qui m'a beaucoup plu, si tu veux, et, tout de suite, dès le départ, parce qu'en fait, tu vois, la, mon amie romancière, Alexandra, à qui j'ai présenté mon livre, elle me dit, on sent que tu es complètement habité, par tout ce que tu as appris en éthologie, avec ton, ton prof, ton mentor, Andy Booth, mais, tu veux trop en mettre, tu, tu mets tout ça, hum, et, essaye justement, avec le personnage d'Augustine, il lui arrive des choses, et elle vit ce que je t'ai raconté là, avec mes, mes scouts, dans la propriété, hum, je, attends, redis-moi, qu'est-ce que tu voulais que je te dise là, c'est,

Ybelion — quel, quel message, oui,

Florence Stevenson Tirard — le message, très, très important pour moi, c'est glisser, sous forme de romans, des principes éthologiques, qui peuvent paraître rébarbatifs, quand on lit un livre technique, un livre, ou qu'on écoute des, une formation en éthologie, ou, tu vois, bon, l'association, la positive, le truc, le renforcement négatif, positif, tu ne comprends pas, tu vois, c'est compliqué, et quand tu le glisses sous forme de roman, et que tu es en situation avec cette petite fille qui fait, qui fonctionne par essai et erreur, tu vois, et bien, tout d'un coup, ça devient lumineux, les gens comprennent, et ça a été pour moi, si tu veux, apporter ma pierre à l'édifice, de ce nouveau monde, dans lequel on rentre, grâce à la connaissance, ce train qui est en marche, pour moins de maltraitance, attention, souvent involontaire, de la part des humains, et parce que justement, il n'y a rien, voilà, et plus de sécurité pour les humains, voilà, parce qu'on se met en danger, quand tu vois un cheval qui part, qui te prend la main, et qui a peur, et qui part, et qui fonce, tombe au verre, bon, ben, tu es en danger, tu frottes un arbre, tu te prends la branche dans la tête, et tu te retrouves à l'hôpital, et bon, on sait bien que le danger à cheval, il est réel, ils sont puissants, ils sont rapides, voilà, donc, voilà, c'est vraiment apporter ma pierre à l'édifice, pour ce nouveau, ce mouvement, qui est porté par la connaissance scientifique, ce n'est pas des idées, des autéries, qui arrivent de je ne sais où, un cheval qui m'aura soufflé, il ne faut pas faire ci, il ne faut pas ça, non, c'est basé sur des connaissances scientifiques, ça, on dit, il y tient énormément, il s'appuie sur la science, et tu sais qu'il y a des études, mais qui sortent toutes les semaines, des gens comme Hélène Roche, qui est une sommité en éthologie, pour l'éthologie équine, ils font, les Alansad, ils font des, ils sortent des études, tout le temps, comment on voit le cheval, comment il l'entend, comment il vous perçoit, quels sont leurs besoins fondamentaux, et dès lors que tu as la connaissance, tu es plus dans la vérité, tu es plus dans la justesse, c'est logique, voilà, c'est ma pierre à l'édifice, à ce nouveau mouvement, pour moins de maltraitance, pour les chevaux, parce que,

Ybelion — voilà,

Florence Stevenson Tirard — ça c'est vraiment mon cheval de bataille, si je puis dire,

Ybelion — c'est le cas de le dire,

Florence Stevenson Tirard — voilà,

Écrire avec une intention claire

Ybelion — c'est un très beau message, et ton amie romancière, elle t'avait fait un retour, qui est extrêmement pertinent, et que, et c'est marrant, parce que moi en ce moment, c'est un truc que je, que je partage beaucoup aussi, c'est, c'est extrêmement important, quand on écrit un livre, d'avoir une intention claire, du message qu'on a envie de raconter, ça ne veut pas dire que, et ça dès le début, enfin plus tu l'as tôt, mieux c'est évidemment, ça ne veut pas dire que ton histoire, ne changera pas, etc, mais l'intention, et le message que tu as envie de faire passer, au travers de ton livre, il est important, il y a plein d'angles différents,

Florence Stevenson Tirard — bien sûr,

Ybelion — et parce que, si tu ne sais pas ce que c'est cette intention, en fait, il y a plein de moments, où tu te mets juste à raconter, les trucs qui te passent par la tête, le jour où tu es en train d'écrire, ce que tu es en train d'écrire,

Florence Stevenson Tirard — et quand tu fais ça,

Ybelion — voilà, exactement,

Florence Stevenson Tirard — la construction est très importante,

Ybelion — voilà, il y a un livre, et donc,

Florence Stevenson Tirard — voilà, il y a un livre exceptionnel, quand on parle de construction, qui est sorti il y a peu de temps, qui s'appelle, Ta promesse ou la promesse, regarde, regarde sur internet, La promesse ou ta promesse, une construction, à la façon d'un jeu, d'un Rubik's Cube, qui est extraordinaire, et ça, je l'ai lu, relu, décortiqué, je me suis plongée dedans, mais tu sais, c'est beaucoup de travail d'écrire,

Ybelion — c'est beaucoup de travail, et c'est, mais, c'est ça que je répète beaucoup aux gens, alors, surtout ceux que j'accompagne, mais, c'est pas, c'est une suite de petites marches, et oui, ça paraît effrayant, oui, ça fait peur au début, mais avec le cadre, la structure, et bon, c'est là aussi que j'essaie de les rassurer, c'est-à-dire que moi, je leur apporte cette structure et ce cadre, je vais pas écrire à leur place, parce que, il n'y a personne d'autre que toi et ton unicité, pour raconter ton histoire de vie, ou ce que t'as vraiment envie de faire passer,

Florence Stevenson Tirard — oui, voilà,

Ybelion — exactement, mais, c'est faisable, en prenant les choses dans l'ordre, et sans être, voilà, en prenant la première colline, pour reprendre cette analogie du début,

Florence Stevenson Tirard — je viens de retrouver le nom de l'auteur, elle s'appelle Camille Lawrence, elle a eu REN, oui,

Ybelion — Camille Lawrence, ça me disait, c'est remarquable,

Florence Stevenson Tirard — mon livre est absolument remarquable, d'un, bon, il est génial en tout point, mais d'un point de vue de construction, j'ai trouvé ça formidable, et je vais te dire, j'ai tellement de livres qui m'ont inspirée, que je fais sur Instagram, des jeudis littéraires, où je raconte, je raconte, tel livre m'a inspirée, alors j'ai parlé de s'adapter, de s'adapter, ah là là, je l'adore, Clara Dupont-Mono, Clara Dupont-Mono, et des livres de poésie, j'ai beaucoup, beaucoup lu de poèmes, des œuvres poétiques, j'ai beaucoup lu Giono, La Nature, tu vois, et je raconte, tous les jeudis, je raconte un petit peu, l'ouvrage qui m'a inspirée, et il y en a beaucoup, il y en a beaucoup, il faut beaucoup lire, et puis je prends des notes, et puis quand tu as des idées, aussi pour tes, les personnes que tu accompagnes, quand on a des idées dans la nuit, qu'on se réveille à 3-4 heures du matin, noter, parce qu'on croit qu'on va se souvenir, le matin, mais on ne va pas s'en souvenir, et on a des fulgurances, on a des fulgurances la nuit.

Noter ses fulgurances de 3 heures du matin

Ybelion — C'est un très bon conseil, et il apporte deux choses, deux choses absolument essentielles, la première, c'est que du coup, ça permet de ne pas oublier les idées de 1, et la deuxième, c'est que ça permet aussi, de rester focus sur le rêve, qu'on a envie d'accomplir aujourd'hui, parce que les écrivains, les écrivaines, sont des gens extrêmement créatifs, qui ont toujours extrêmement, beaucoup, beaucoup d'idées, et c'est important de se connecter à une seule, de dire, ok, aujourd'hui, la plus importante pour moi, c'est laquelle, et ensuite de ranger dans des petites boîtes, que tu exploiteras plus tard, toutes les autres, et c'est pour ça que c'est important de les noter, parce que ça te libère l'espace mental, pour rester concentré sur ce qui est important pour toi,

Florence Stevenson Tirard — et en même temps,

Ybelion — de ne pas oublier tout le reste, et c'est pour ça que c'est un très bon conseil.

Florence Stevenson Tirard — Tu as bien raison, et je crois que tout écrivain, a quelque part, que ce soit sur le téléphone, ou un stylo, un bloc-notes, un petit carton, il marche dans la rue, il y a une idée qui lui arrive, et il note. Exactement. Oui, il faut, là, il ne faut pas croire que, non, ce n'est pas grave, ce soir, je le noterai. Non, on oublie, ça s'appelle des fulgurances, et ça vient nourrir et enrichir ton écrit, et c'est super. C'est vrai.

Ybelion — Et tu parlais d'inspiration, si tu avais, je vais te donner un exercice difficile du coup, mais si tu devais me donner, allez, un, deux, ou trois livres, qui t'ont vraiment marqué au sens, ok, ça, ça me, soit ça, ça me donne envie d'écrire, soit ça, j'ai envie vraiment, en fait, de réussir à véhiculer quelque chose comme ça, tu vois, un, deux, trois livres.

Florence Stevenson Tirard — Alors, le premier, c'est L'homme qui plantait des arbres, de Jean Junot, j'ai absolument adoré cette histoire, et j'en parle dans mon podcast, enfin, je ne sais pas, ça ne s'appelle pas un podcast, dans ma story, j'ai une jeune étudiante qui s'occupe de ça, parce que moi, je suis vraiment nulle, voilà, et j'en parle sur Instagram, Jean Junot, L'homme qui plantait des arbres, c'est une histoire extraordinaire, c'est remarquablement bien écrit, et c'est complètement appuyé sur la nature, et c'est poétique, et voilà, j'étais rentrée là, dans le style qui me plaisait, je ne peux pas te dire que j'ai réussi à recréer ce style-là, dans le ballet d'Augustine, j'en sais rien, ce n'est pas à moi de le dire, mais en tout cas, ça m'a vraiment plu, j'ai aimé. Moi, tu sais, ce qui me guide, c'est l'amour, c'est ce que j'aime, l'amour des autres, l'amour que tu peux transmettre, je ne suis pas intellectuelle du tout, je ne suis pas une intello, moi, c'est l'instinct et l'amour, ça te fait rire ?

« Moi, c'est l'instinct et l'amour »

Ybelion — J'adore, parce que ça a été, tu vois, je te fais une petite parenthèse, mais ça a été tout mon combat, en fait, de m'extraire du monde de l'ingénierie, c'est-à-dire de sortir de cette conception très tête qu'on a en France, et encore plus dans le monde de l'ingénierie, et de se reconnecter au cœur et au corps, donc à l'action et aux émotions, et en fait, c'est pour ça que je suis touché par ce que tu dis, parce que, en fait, oui, c'est, en tout cas, ça a été un moment pour moi, vital et salé aujourd'hui, de rester connecté à cet amour, et à, ok, qu'est-ce que j'ai envie, quelque part, qu'est-ce que j'ai envie d'aimer aujourd'hui, tu vois ?

Florence Stevenson Tirard — Il n'y a rien de plus beau,

Ybelion — c'est pour ça que ça m'a touché, ce que tu dis, donc c'était un rire de, ah oui, je comprends tout à fait ce qu'elle dit.

Florence Stevenson Tirard — Oui, non, mais c'est, c'est le nerf de la guerre, si on veut essayer de faire, genre, je suis l'intello, ou la, je ne sais pas quoi, mais bon, moi, c'est pas mon truc, et là, je ne sais pas si tu l'as lu, l'homme qui plantait des armes, mais c'est extraordinaire. Non,

Ybelion — et du coup, je prends des notes, moi, oui,

Florence Stevenson Tirard — oui, c'est extraordinaire, vraiment, ça m'a porté, c'est poétique, c'est profond, c'est tout ce que j'aime, quoi. Alors, le deuxième, je t'en ai parlé tout à l'heure, S'adapter, de Clara Dupont-Mono, qui a eu beaucoup de succès, le style de l'écriture, j'ai aimé la construction, j'ai aimé le fait qu'il n'y ait pas de prénom, elle parle de l'aîné, le cadet, le dernier, alors, il y a beaucoup d'amour dans ce livre, beaucoup d'amour, parce que c'est l'histoire d'un enfant qui naît différent, très différent, très diminué, il n'a qu'une oreille, et c'est, qui fonctionne, et il y a tellement d'amour dans ce livre, mais c'est extraordinaire, donc, évidemment, la différence, la difficulté du handicap, le regard des autres, comment le vivent, le vit la fratrie, le frère aîné, la petite sœur, et puis après, l'autre frère, et c'est absolument magnifique, j'ai été, mais, emportée, tout de suite, et puis alors, ce que j'ai adoré, c'est, elle fait parler, les pierres, du petit muret de la cour, où l'aîné vient poser l'enfant différent, et les pierres sont un témoignage du temps qui passe, c'est très beau, vraiment, j'ai adoré ce livre, et alors le dernier, le troisième, c'est la maison vide de Laurent Mauvignier, que je recommande à tout le monde, c'est un chef-d'oeuvre, je pense qu'il va, il va recevoir plein de prix, que j'espère qu'il aura le concours, mais bon, peu importe, j'ai beaucoup suivi Laurent Mauvignier, je le suis, je ne sais pas si je le suis depuis le départ ou pas, mais j'ai lu beaucoup, beaucoup de ses livres, j'ai à chaque fois été enthousiasmée, mais alors là, c'est, c'est grandiose, voilà, et puis je lis de la poésie, Paul-Éluard, Apollinaire, et puis nous avons un auteur contemporain que j'aime beaucoup, qui s'appelle Alain Duhault, il vient de sortir un livre qui s'appelle, un recueil qui s'appelle, on ne dort pas même quand on dort, j'aime beaucoup, beaucoup ses écrits, sa poésie, il écrit comme Apollinaire, des vers libres, c'est toujours très sensoriel, très, tu éprouves, voilà, et c'est ce que j'ai essayé de faire, moi, tu vois, dans mon livre, c'est de ne pas raconter, mais de faire éprouver, voilà, le lecteur éprouve, voilà, ouais,

Faire éprouver plutôt que raconter

Ybelion — j'aime beaucoup, je ne connaissais pas Alain Duhault, je vais aller voir du coup,

Florence Stevenson Tirard — DUAULT, il est publié chez Gallimard, depuis des années, et c'est très, très beau, alors, il faut lire à petite dose, je ne te dis pas que tu vas te plonger, dès la première page, et aller jusqu'à la dernière page, sans poser le livre, non, parce que ce sont des recueils de poésie, et que c'est tellement riche, tellement intense, et justement, tu éprouves tellement de choses, que, pfff, il faut respirer,

Ybelion — exactement, la poésie, ça s'apprécie comme ça aussi,

Florence Stevenson Tirard — oui,

Ybelion — par petites touches, quand on en ressent le besoin,

Florence Stevenson Tirard — d'ouvrir,

Ybelion — et puis de se laisser traverser, parce qu'il vient, parce que ça fait naître, en nous quelque part,

Florence Stevenson Tirard — voilà, voir

Épisode 64 avec Florence Stevenson Tirard

AU MICRO AVEC

Florence Stevenson Tirard