Elle a adoré ton manuscrit, et elle l'a refusé quand même.
CE QUE RACONTE CET ÉPISODE
Virginie a cofondé Maison Pop, et elle lit chaque texte d'abord en lectrice, avec ce qu'il réveille en elle à ce moment de sa vie. Ensuite, elle se demande si elle est la bonne personne pour le défendre. Un livre, c'est au moins neuf mois de travail à deux, avec des doutes et des creux à traverser ensemble. Quand elle sent qu'elle ne saura pas porter un texte qu'elle aime, elle préfère le dire.
Dans de grands groupes, elle a vu des chariots entiers de manuscrits repartir, et elle en garde une image triste : chacun contenait des mois de travail et une part très personnelle de quelqu'un. Recevoir un manuscrit, pour elle, c'est recevoir une mise à nu, et elle en parle comme d'un honneur. Au micro, elle le dit sans détour : « ce n'est pas parce qu'on ne va pas être publié que c'est mauvais ».
J'y entends la Clarté d'Intention. Savoir pourquoi tu écris et à qui tu veux parler t'aide à chercher la maison qui te ressemble, et à recevoir un refus comme une question de rencontre plutôt que comme un verdict sur toi.
Épisode complet à écouter là où tu écoutes tes podcasts.
#OseEcrire #auteur #bookstagram
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Face B — le transcript
L'ÉPISODE MOT À MOT · LES TIMECODES LANCENT L'ÉCOUTE
Évidemment, tu te doutes bien que ce n'est pas moi qui ai tapé tout ce transcript à la main… Alors oui, il y a parfois des incohérences et des erreurs. Et sur les discussions, il arrive même que les voix se mélangent. Comme quoi, rien de mieux que d'écouter l'épisode plutôt que de le lire !
Tu cherches un passage précis ? La table d'écoute passe les transcripts de tous les épisodes au peigne fin.
Introduction
Ybelion — Bienvenue dans cet épisode où j'accueille Virginie des éditions Maison Pop. On parle de sa vision de l'édition, de la sélection des textes, de la diversité des maisons d'édition, tout en mettant en avant l'importance des rencontres humaines et de l'intention créative. Bonne écoute ! Moi c'est Sam, Ibeléon de Mon Implume. Je suis écrivain, coach ICF et j'ai créé Ose Écrire, un accompagnement pour celles et ceux qui veulent enfin accomplir leur rêve d'écrire un livre. Ce podcast a la même intention. C'est ton rendez-vous inspiration, discipline et passage à l'action. Et si ça te parle, abonne-toi, mets 5 étoiles et partage autour de toi. Parce que plus il y a de gens qui osent, plus d'autres oseront à leur tour. Allez, c'est parti et bonne écoute ! Ah bah écoute, je suis trop content parce que c'est effectivement un... C'est assez fascinant le métier d'éditeur. Et je trouve, quel que soit l'endroit depuis lequel on le regarde, à la fois quand t'es lecteur, tu te dis comment on arrive à ce produit fini. Et à la fois quand t'es écrit aussi, tu te demandes comment ça se passe, quels sont les choix qui sont faits, comment on détecte des bons textes. Et puis tout ce qui va derrière après, on aimerait quelque part la... Tiens, j'ai presque envie de commencer par ça, tu vois. Mais on aimerait la recette miracle, tu vois, qui fait que notre texte est tout de suite accepté. Et on se rend compte évidemment, quand on est dans le processus d'écriture, que ça va bien au-delà de ça, que c'est aussi un processus très personnel qui prend du temps, sur lequel il faut être patient, etc. Mais voilà, j'ai presque envie de te lancer d'abord sur cette liste-là. Toi, quand t'es dans ton travail d'éditrice, comment tu choisis les textes ? Comment tu identifies qu'ils vont coller à ta ligne éditoriale ? Voilà, je te laisse un peu libre d'explorer ce sujet-là aussi.
Éditrice, un métier qu'on croit sorti des films
Les Éditions Maison Pop — Cette question qui ouvre, une ligne blanche énorme. Je crois qu'il y a quelque chose de l'ordre du magique dans les rencontres, dans ses choix et même dans ce métier en tant que tel. C'est-à-dire que pour parler justement de cette figure d'édition, moi j'ai plein d'amis qui ne font pas partie de mon métier et je trouve ça extrêmement réjouissant qu'on ne soit pas que entre nous et d'avoir ce regard justement. Et un jour, un ami qui en plus n'est pas français, donc voyait ses films français et me disait, je pensais quand je regardais ses films très dramatiques et que les gens étaient éditeurs ou éditrices, je pensais que c'était un métier qui n'existait pas moi. Tellement c'est incroyable, c'est une licorne, donc j'existe. Je trouvais ça hyper rigolo déjà d'avoir ce rapport parce que c'est un petit milieu. Et donc forcément, qui dit petit milieu, dit peu de gens qui travaillent et qu'il y a plein de personnes qui ne seront pas en contact, en tout cas avec des acteurs directs. Et donc forcément, ce côté un petit peu magique, c'est aussi ça, c'est notre intuition qui est quand même beaucoup mis en avant, notre subjectivité, c'est-à-dire qu'on sort tous de formation littéraire avec des appétences pour l'écrit, pour ses structures, pour les avoir justement travaillées, malaxées, déconstruites, pour les reconstruire. Donc ça a été pour tous, je pense, la base de nos études premières. Et en fait, quand on se retrouve face à un texte, quel que soit l'endroit d'où il arrive, que ce soit par une boîte à manuscrits, que ce soit par un contact aussi, ça nous arrive beaucoup. Ça vient par les auteurs, ça vient par des agents. Ça peut venir d'un peu partout. Donc moi, je suis assez ouverte des directions. Voilà, c'est plus les rencontres de vie. Et puis après, on se retrouve tout simplement en tant que lecteur. C'est-à-dire qu'on va aussi avoir un texte. C'est peut-être le bon moment pour le lire dans notre vie. En tout cas, ça va faire écho quelque chose en nous, quelque chose qu'on avait imaginé, un besoin. Mais en tout cas, on est avant tout des lecteurs à la base confrontés à un texte. Et ensuite, je crois qu'on se pose les questions, de se dire, OK, mais alors, est-ce que c'est moi la bonne personne pour le défendre ? Est-ce que c'est la bonne structure aussi ? Je trouve aussi tout l'intérêt d'avoir la diversité dans ce paysage éditorial de différentes maisons qui représentent des genres littéraires différents. Et comment on va justement porter un talent, surtout en fiction. Moi, j'aime bien quand même essayer de me projeter sur au moins un moyen terme.
Ybelion — Alors, c'est... En fait, j'adore ton partage parce que j'entends tout de suite que... En fait, ce qui est bien, c'est que je trouve que ça désacralise un peu le côté très rationnel et froid que parfois on peut percevoir de l'édition en mettant finalement en avant ce que c'est. C'est à la fin, en fait, une connexion humaine entre un éditeur, un auteur et puis le public qui est derrière forcément puisque c'est à lui qu'on a envie de parler. Et je trouve ça très rassurant aussi que quelque part, il y ait aussi ce côté des rencontres. Ouais, j'aime beaucoup ça. Et... Vas-y, pardon.
Les Éditions Maison Pop — Non, vas-y, fini, fini.
« J'ai adoré ton texte, mais… »
Un refus ne dit rien de ta qualité d'écrivain·e
Ybelion — Non, alors du coup, voilà, je trouve ça rassurant. Je trouve que ça désacralise un peu le côté robotique qu'on peut en percevoir parfois. Et j'ai deux choses qui viennent de me percuter dans la tête. Ça va me revenir. Tu parlais les rencontres, c'est le premier point. Le deuxième, oui, l'âme de lecteur. Voilà. Et c'est ça que je trouve très joli aussi. C'est le côté, finalement, chaque éditeur a sa couleur, donc sa sensibilité. Et donc, un refus, une acceptation ne témoigne quelque part pas de la qualité qu'on a en tant qu'écrivain personnel. Et ça, c'est aussi un très beau message. Merci pour ce démarrage, je trouve, rassurant. Voilà, je le dirais comme ça. Bon vote.
Les chariots de manuscrits des grandes maisons
Les Éditions Maison Pop — Mais effectivement, alors après, c'est vrai que moi, je vais parler, je pense, pendant tout notre échange de ma vision et de la manière dont je mène ce métier et encore plus cette maison où, forcément, il y a aussi cette possibilité et cette chance d'incarner à 100 %, où des fois, c'est moins évident dans les plus grosses structures. et effectivement, là où c'est moins évident dans d'autres structures, c'est ce service des manuscrits qui est nécessaire parce que, vraiment, pour avoir travaillé dans des groupes et voir des maisons de littérature où il y avait des chariots remplis de manuscrits qui repartaient, il y avait quelque chose d'oppressant et d'un peu triste à chaque fois, de me dire « waouh, c'est quand même impressionnant pour une petite équipe d'avoir autant de matière et que c'est autant de refus pour quelqu'un qui a mis tout son temps, son cœur, son âme et que ça peut paraître justement très froid. » Voilà, donc, dans ces grosses maisons, il y a aussi ces services de manuscrits qui sont… pas la rencontre directe qui crée un filtre avec l'éditeur final, on va dire, mais qui sont nécessaires. Mais en même temps, vraiment, je soutiens le fait que ça reste une histoire de rencontre. Ça va être la rencontre avec quelqu'un qui va être un lecteur mais qui va remonter le projet. Et in fine, ça sera quand même un match entre un éditeur et un auteur. Et je crois que c'est aussi ce que recherchent beaucoup d'auteurs, c'est cette collaboration parce qu'on fait des métiers où l'humain est le plus important finalement.
Ybelion — Tout à fait. Et c'est là qu'après, c'est pour ça que la rencontre aussi de vive voix, je trouve, est importante. Alors, c'est marrant parce que dans le partage que tu fais du métier, tu vois, je me permets un petit partage personnel, mais je ressens aussi un peu la même chose que moi, je vis avec le côté coach. C'est-à-sabre qu'avant tout, la rencontre est quelque part un match d'énergie à un moment donné qui se passe bien et qui fait qu'il y a l'espace de confiance et de sécurité pour avancer en bonne intelligence. Et effectivement, voir au-delà du court terme et comme tu l'as dit, moyen terme. Et donc, c'est hyper intéressant de voir ce parallèle-là. Et tu disais, vas-y, pardon, désolée.
Neuf mois d'aventure et un pacte de confiance
Les Éditions Maison Pop — Oui, non, juste pour ce point-là. Avant, moi, donc avant de basculer sur le côté vraiment fiction qui a été finalement, enfin, je ne suis pas si récent si maintenant, ça commence à faire quelques années. Mais au début de ma carrière et de manière assez longue, j'étais sur la partie non-fiction et souvent sur des documents ou des sujets d'actualité. On pouvait se retrouver en concurrence entre éditeurs, ce qui nous arrive aussi en partie fiction. Et c'est vrai que moi, j'avais un peu pris le parti, pardon, de dire aux gens, bon, écoute, il va y avoir des propositions financières qui vont être similaires avec des accompagnements certainement similaires aussi. Le document, ça demande une réactivité. C'est beaucoup plus planifié en termes de communication. On a moins le temps. Il faut quand même être assez réactif. Je disais, c'est une aventure qui, à minima, se passe sur neuf mois. C'est-à-dire qu'aussi bien de votre côté que du mien, en fait, il faut aller vers la personne dans qui la communication sera la plus fluide dès le début parce que forcément, il y a un moment donné, il y aura un petit bas. On ne sait pas d'où il vient. Bon, des fois, ça n'arrive pas. Ce n'est pas systématique. Mais en fait, quand il y a une angoisse et ce qui arrive du côté des auteurs, une perte de confiance qui peut aussi arriver pour x ou y raison qui ne sera pas forcément donnée par rapport au travail qu'on va mener ensemble, mais on a tous des vies, on a tous des challenges à mener. Et il y a des moments, ça peut être la surcharge. Et souvent, c'est nous, les éditeurs, qui prenons un peu... Ce n'est pas grave. Et donc là, il faut être capable d'accueillir, d'accueillir le petit bas et d'être justement, encore une fois, je crois que le mot confiance, pour moi, il est plus que nécessaire dans cette aventure. Donc voilà.
Martin Eden, entre l'art et le marketing
Ybelion — J'aime bien ça. C'est comme toi. Oui, non mais c'est ça. Et parfois, la question, elle est aussi bête qu'on vient d'échanger, comment tu t'es senti ? Parce qu'en fait, c'est comme ça que ça va se passer après. Donc tu vois, et il n'y a pas de mal parfois. Ça ne matche pas. Mais généralement, les deux personnes sont au courant. Donc après, c'est bien de mettre des mots dessus pour ne pas se quitter avec frustration. Mais parfois, c'est aussi bête que ça. Comment tu t'es senti dans notre échange ? Super. Écoute, trop bien. Parce que c'est exactement comme ça que ça va se passer. Voilà, exactement. Et ça, je trouve ça... C'est bien, tu vois, à mon sens, de placer l'humain au centre. C'est quand même ça qui est important aussi. Et du coup, dans la... Je ne sais pas pourquoi c'est ça qui me vient. Alors moi, j'ai toujours... J'ai été très fasciné par un livre, Martin Eden. Tu vois, je suis passionné, notamment par le sujet qu'il y a en fond, qui est la limite... Oui, c'est un auteur génial. Bref, je pourrais en parler des heures. Et dans Martin Eden, j'ai toujours été fasciné par cette limite, tu vois, entre l'art et le marketing. Tu vois, chose qu'on retrouve aussi aujourd'hui. Et oui, je voulais savoir, toi, ce que tu en pensais de cette limite qui n'est pas évidente, je trouve, à définir. Qui... Alors c'est bien parce que je vais avoir ton point de vue, tu vois, d'éditeur ou d'éditrice, pardon. Et qui est même parfois parasitante quand on est dans le processus d'écriture. Parce que parfois, on a tendance à confondre les deux étapes et donc à parasiter son processus d'écriture en se disant, ah ouais, mais est-ce que ça va plaire ? Sans savoir si ce qu'on a profondément envie de faire, c'est écrire pour nous ou écrire pour un public, quoi. Et donc, bon, voilà. Après, ça, c'est tout l'enjeu de ce que j'appelle, moi, la clarté d'intention et pourquoi on fait les choses. Et voilà, je suis curieux de savoir, toi, comment tu gères cette limite entre art, marketing ? Est-ce que parfois, tu as eu des textes où tu t'es dit, c'est génial, mais invendable, quelque part, volontairement, je pense, je force le curseur. Mais voilà, je suis curieux de savoir ce que tu en penses.
Le marketing met un talent en lumière
Les Éditions Maison Pop — Alors, ce que je trouve hyper intéressant, c'est justement de ne pas prendre cette notion déjà quand tu l'abordes de manière très actuelle. Parce que pour Martin Eden, on n'en était pas à utiliser le mot marketing.
Ybelion — Non, c'est clair.
Les Éditions Maison Pop — Mais je crois que c'était peut-être quelque chose d'autre qui se jouait dans son époque, mais qui est précurseur, peut-être, de ses actions de communication. À l'époque, j'ai l'impression que, quel que soit l'art mené, donc c'était souvent masculin, malheureusement, donc il y avait quand même des réunions, d'être là au bon moment, de rencontrer des bons interlocuteurs qui vont aussi pousser une attention. Donc, d'avoir, entre guillemets, le bon carnet d'adresse et les bonnes personnes, quelle que soit la matière première du talent. Je pense qu'il y a peut-être énormément d'artistes, que ce soit dans la littérature, dans la musique, dans les arts en général, qui ont certainement égalé certains maîtres et qu'on a érigés en génie. Mais on les a érigés en génie aussi parce que je pense qu'il y a eu un parcours de rencontres qui ont fait qu'il y a eu cette exposition et en tout cas, un accès à un public, à un lectorat, voilà, ou un spectateur et qu'on les a amenés vers une lumière là où d'autres n'ont pas eu cette chance dans leur parcours, en tout cas pas les bonnes rencontres. J'ai l'impression que nous, le marketing, c'est un petit peu ça aussi. C'est en tout cas le même chemin. Ça nous sert, nous, à aller dire dans cette production qui est quand même énorme, en tout cas en littérature, mais je le vois bien aussi, que ce soit quand on est urbain, sur les expositions, ou au cinéma, avec toutes ces sorties, plus maintenant des sorties qui se délocalisent dans notre salon, en audiovisuel, sur les plateformes de streaming. C'est où est-ce qu'on va prendre le temps aussi d'aller tout découvrir ? Et donc, il faut faire des choix. Et nous, le marketing, c'est de dire, voilà, on fait partie de ce choix-là. Voilà, donc c'est une mise en lumière d'une intention créative et en tout cas d'un talent auquel on croit. Et je crois que voilà, ça, il faut, c'est en ça où après l'intention de lecteur, il y a quand même, mais je pense que c'est le boulot de l'éditrice ou de l'éditeur, de savoir, est-ce que moi, je peux faire cette mise en lumière avec la structure qui est derrière moi, avec les équipes qui sont avec moi, donc qui forcément suivent la ligne éditoriale ou en tout cas un public ou un lectorat qu'on vise. Et auquel cas, ça n'empêche qu'on peut trouver un texte bon, mais je ne dirais pas qu'il est invendable, je dirais qu'on n'est pas la bonne personne pour le porter. Et ça, souvent, enfin souvent, ça fait partie de mes retours des fois de lecture, de dire, moi, j'ai adoré votre texte, mais je ne sais pas comment, avec la structure qui défend une idée de la littérature, donc en l'occurrence, Maison Pop, c'est de la littérature populaire, vous, votre texte, si par exemple, vous le pensez littéraire et que vous avez envie d'accéder à des circuits de prix, de salons qui justement portent aussi des prix, moi, je n'aurais pas, en tout cas, les forces pour le faire. Et donc, auquel cas, c'est effectivement un choix. mais, ça se met, par exemple, c'est plus grossier et ça paraît être une évidence, mais si, par exemple, j'ai des textes que je reçois et qui sont de l'ordre des textes de jeunesse ou de Young Adol, bon, clairement, moi, je n'en représente pas aujourd'hui dans ma maison, mais il y a plein de jolies structures qui le font et qui sont là pour pousser ces talents-là et qui sont un métier complètement différent. Et ça, si tu veux, on pourra y revenir, mais justement, c'est aussi toute la force de cette aventure des nouveaux éditeurs, c'est d'avoir tous les segments représentés et faire que mes consoeurs et mes confrères font le même métier et qu'en même temps, j'ai l'impression qu'on ne fait pas le même à plein d'égards et c'est fascinant.
« Pas la bonne personne pour le porter »
Ybelion — Évidemment, je voulais te questionner aussi sur ça et j'aime beaucoup parce que j'entends dans ton partage aussi, c'est quelque part ce marketing qui est un mot un peu fourre-tout qui veut dire plein de choses et surtout au service de l'intention créative et l'objectif est simplement de savoir si on est la bonne personne pour aider. Et je trouve que ça, encore une fois, c'est un peu bateau dit comme ça, mais j'aime bien qu'on replace quelque part l'auteur, là en l'occurrence, au centre de tout. Donc c'est cool, merci pour ton partage et Martin Eden aurait été content de tomber sur toi à l'époque probablement. C'est vrai que j'en fais quand tu l'as dit. Je ne sais pas si
Les Éditions Maison Pop — on aurait fait quelque chose pour le coup, je ne sais pas.
Ybelion — Mais c'est vrai que quand je t'entendais partager, c'est vrai que j'en fais une lecture aussi et je la transpose beaucoup à aujourd'hui. Et ça me questionne beaucoup comme quoi des textes même parfois vieux résonnent toujours aussi fort. C'est la magie des livres. Et alors là, l'aventure des nouveaux éditeurs dont tu parlais, c'est quoi exactement ? C'est une structure... J'avoue que j'ai aperçu ça sur votre site mais je n'ai pas creusé. Je n'ai pas creusé.
Les Nouveaux Éditeurs, des éditeurs associés à leur maison
Les Éditions Maison Pop — Tu as creusé. Les Nouveaux Éditeurs, ça a été fondé par Arnaud Nourry qui a dirigé Hachette pendant de nombreuses années et qui a fait un choix de s'en dissocier pour des questions comme tout le monde a pu le suivre dans la presse, de mouvements, d'actionnaires et ce qui n'est pas facile. et à titre... Voilà, quand on fait un métier aussi engageant humainement, on est aussi obligé d'y mettre un peu de soi. Donc, quand on n'est pas peut-être raccord avec certains choix et qu'on les exprime,
bon,
ça peut arriver à des séparations, en tout cas, des distanciations, ce qui a été un peu son cas. est souvent aussi le cas dans ce métier. C'est plus qu'un métier, finalement, c'est quelque chose qu'on porte aussi en nous. il n'y a pas des fois d'arrêt de se dire c'est la retraite. c'est au-delà, ça fait aussi partie de nos vies plus intimes. Et donc, il y a eu cette belle volonté de se dire OK, dans ce paysage éditorial avec ces groupes qui se réunissent, les anciennes peut-être maisons, Arnaud a voulu essayer de créer un nouveau modèle, un modèle où les éditeurs, donc mes compagnons d'aventure et moi-même, avons le choix d'être aussi partie prenante de l'aventure dans sa globalité. Donc, on est en partenariat, donc on a des parts dans nos maisons d'édition, ce qui fait qu'on est engagés pleinement, voilà, puisqu'on est aussi actionnaires de ce qu'on fait. Donc, c'est aussi avoir la logique complète de tout ce chemin, c'est-à-dire avoir la partie créative, bien entendu, puisque c'est ce qui définit tous nos parcours pleinement, mais aussi d'avoir la conscience de l'objet qui est aussi un objet qui va être vendu et économiquement, comment tout ça va pouvoir s'entremêler. donc, c'est une expérience vraiment intense mais extrêmement intéressante à plus d'un titre d'avoir aussi en main quasiment à 100% toute la vie de ce livre et même du métier en général. Et pour le moment, on est neuf maisons d'édition, ce qui est énorme puisque le groupe a été lancé en 2025, donc c'était il n'y a pas longtemps. et c'est fascinant de voir à quel point on est tous différents, à quel point on vit ce métier de manière identique mais que sur l'application, il est souvent différent. Je pense parce qu'on est en plein dedans aux très belles maisons de littérature qui sont en pleine rentrée littéraire. Donc voilà, les Léonides, la Tribu, les Intranquilles et c'est un processus qui est complètement, voilà, qui n'est pas du tout le même par exemple justement pour cette mise en avant sur les auteurs confirmés ou les primo-romanciers par rapport à l'implication que ça demande de sortir dans cette grande fête de rentrée qui est la rentrée littéraire et tous les prix qui vont avec et de voir aussi, voilà, de partager les grandes réussites puisqu'il y a plusieurs titres de chacune de ces maisons qui sont sélectionnés dans des grands prix donc c'est aussi de partager les fiertés. On va avoir une maison jeunesse aussi donc ça aussi la jeunesse c'est fascinant parce que c'est un segment qui est tellement large donc voilà, c'est les éditions La Doux, ça part de la petite enfance jusqu'au young adult et là, la production est complètement diverse et variée. On n'est plus sûr de l'illustrer, il y a du narret blanc aussi mais voilà, c'est un travail qui est si vaste et qui se rapproche un peu de notre maison pour l'illustration justement de BD et bientôt manga donc chez Morgen ça aussi c'est un métier quasiment des fois on est à l'inverse de logique de production donc oui parce que même au niveau des rétro-planning de ce qu'on pense mettre en avant dans nos quotidiens et voilà donc c'est super de vivre ça et puis de voir les beaux ouvrages et puis voilà après il y a notre maison d'essai les corps conducteurs alors l'essai pour le coup je comprends un petit peu mieux je trouve ça je trouve ça enthousiasmant moi ça m'excite un petit peu parce que la non-fiction je trouve ça toujours ça me rappelle mes autres années et puis on a notre maison de sciences humaines voilà avec Point Nemo donc ça aussi c'est un territoire extrêmement vaste donc qui peut aller avec différents formats avec différentes thématiques et la dernière de nos maisons c'est les aurores et là ça va être du beau livre et les premiers livres ont arrivé en octobre donc c'est pareil c'est des réjouissances communes on est tous toujours très impatients d'avoir arrivé les livres des autres c'est très joyeux
Ybelion — c'est cool parce que ça témoigne aussi de la réussite du lancement du projet des nouveaux éditeurs du coup et puis que vous partagez toutes les réussites ensemble aussi il n'y a rien de mieux quelque part qu'une réussite qu'on partage
Les Éditions Maison Pop — exactement
Ybelion — et alors tu vois là moi ça me touche aussi côté écrivain parce que quand j'entends tu vois tous ces domaines moi tout de suite créativement tu vois ça pétille et je me dis putain c'est fou tout ce que c'est infini tout ce qu'il y a à explorer quoi c'est vrai en tant que lecteur évidemment et c'est vrai en tant qu'écrivain et c'est passionnant c'est passionnant quand t'entends effectivement la jeunesse les essais bref t'as envie de tout faire quoi après
Les Éditions Maison Pop — c'est vrai t'as des idées c'est incroyable j'ai envie de faire ça en fait presque je sais pas dessiner mais j'ai envie de faire de la vie des arrières
Ybelion — trop bien en fait c'est ça que je trouve génial tu vois je pense que c'est aussi pour ça que ça me passionne autant à la fois d'accompagner et puis d'échanger tu vois avec des auteurs c'est que chacun réussit tu sais pas trop comment tu vois c'est probablement la magie des rencontres dont tu parlais réussit à transmettre tu vois un peu la passion qu'ils portent et récemment bon bah tu vois et alors tout de suite t'es pris d'un élan tu te dis putain mais qu'est-ce que tout ce que je pourrais faire en poésie avec les contraintes de forme etc et puis après tu parles avec des gens qui font de la BD tu te dis ouais mais alors si c'était illustré ça serait fantastique enfin bref voilà tu vois c'est le côté je trouve très contagieux de la créativité et du coup je trouve qu'on le ressent aussi dans le partage que t'as fait de la diversité de la pluralité des styles et des genres qu'adressent toutes les maisons dont t'as parlé je trouve ça cool c'est ça crée une émulsion aussi qui est très qui tire énormément vers le haut je trouve
Après le mot fin, le travail d'auteur·ice continue
Les Éditions Maison Pop — il y a ça et puis encore une fois de se dire pour un auteur je crois que c'est difficile parce que c'est très solitaire le travail d'auteur et qu'on a besoin de beaucoup de reconnaissance parce que pas spécialement je crois que c'est pas de temps la reconnaissance à un moment donné de ce qu'on a fait c'est tellement génial mais la reconnaissance du travail que ça a demandé et c'est difficile d'arriver à ce point où on va livrer une intention à un professionnel et d'avoir ce retour de dire non et bien oui mais en fait je veux juste qu'on me dise que j'ai fait du travail quand même et je trouve que c'est peut-être le point le plus difficile pour rebondir et se dire ok peut-être que je me suis adressée à la mauvaise personne et que peut-être je me suis pas renseignée aussi sur toutes les autres maisons d'édition qui sont présentes voilà il y en a quand même beaucoup à l'heure actuelle et de faire ce travail peut-être aussi de recherche ce qui est peut-être difficile aussi en arrivée de fin de parcours on se dit ok on a mis un point final et maintenant en gros c'est plus à moi c'est aux gens de se positionner mais je crois qu'il y a un petit effort encore à faire quand on est auteur de se dire ok finalement c'est pas quand je marque le mot fin à la fin de mon ouvrage que tout va s'arrêter il y a qu'est-ce que je mets aussi en lettre de présentation ça c'est souvent une question qui m'est revenue tout au long de mon parcours c'est ah mais j'écris quoi et je dis ah bah oui ça c'est très important parce que c'est au-delà du texte c'est le premier point où soit c'est la zone de facilité et je sais qu'il y a je sais pas une quinzaine d'années c'était moi je faisais pas de fiction donc c'était pour un contact d'une personne qui avait écrit un roman que j'avais trouvé très beau et elle me disait mais c'est pas mon travail et je dis ah oui ce n'est pas ton travail c'est-à-dire que toi ton travail d'auteur c'est d'écrire mais à un moment donné si tu veux passer des étapes c'est ce qui va te faciliter et en fait ça va être un facilitateur cette lettre de présentation dans ton mail dans ce que tu vas écrire dans ce que tu as envie de donner comme message principal qui va permettre aussi à l'éditeur de se projeter dans son intention de lecture et de passer les étapes une à une voilà et bien il y a aussi je crois ce travail à faire d'aller regarder sur tous les sites internet de tous les éditeurs et de voir aussi à quel moment notre texte il va peut-être rentrer en écho dans une ligne éditoriale ou non et d'être à sa bonne place déjà en tout cas se donner cette chance là
Ybelion — effectivement quand on choisit le chemin de la maison d'édition quelque part c'est comme quand on cherche un boulot on se renseigne quelque part sur là où on va postuler
Les Éditions Maison Pop — le monde ne fait pas ça
Ybelion — tu vois c'est ça le point commun à la fin c'est que justement prendre ce temps là et alors c'est vrai que quand tu poses le mot fin quand tu vas l'envoyer aux maisons généralement c'est vraiment t'as passé les phases aussi de réécriture tu l'as probablement fait bétalir tout ça t'as un côté où t'as envie c'est l'instantanéité et c'est vrai que c'est à ce moment là qu'il faut prendre un peu de recul en disant ok toi qu'est-ce que tu vas chercher avec l'écriture si t'as vraiment envie d'une instantanéité tourne-toi vers quelque part l'auto-édition parce que là ça sera instantané tu pourras faire tout de suite le truc vite par contre si t'es prêt à rentrer dans une phase effectivement de recherche de travail de ok est-ce que je matche avec cette ligne édito qu'est-ce que j'ai envie de raconter où est-ce que je vais aussi avec quelque part ma carrière d'auteur parce que c'est ça aussi la maison d'édition prend quand même un pari tu vois a envie de faire marcher un talent et donc c'est pour ça que c'est important que ça soit aussi clair en tant qu'auteur dans notre tête tu vois de où est-ce qu'on a envie d'aller et ouais alors attends j'ai pas oublié j'ai une question sur Maison Pop je la range dans mon temps juste je fais je finis la parenthèse sur cette lettre de présentation là dont tu parlais c'est quoi tu dirais allez peut-être les deux trois points qui te semblent essentiels de retrouver dans cette lettre de présentation quand on parle
Ce qu'elle cherche dans une lettre de présentation
Les Éditions Maison Pop — alors pour moi déjà il faut pas qu'elle soit trop longue parce qu'on en reçoit beaucoup et voilà il faut qu'elle soit le plus claire possible sur c'est quoi mon histoire un petit peu comme dans l'audiovisuel il a toujours un peu fonctionné comme ça il faut alors c'est de l'anglicisme en plus j'aime pas trop mais il faut cette punchline tu vois si tu résumes ton intention créative c'est quoi qu'on refait ressortir et c'est un petit peu justement là où le marketing intervient déjà mais je trouve que les auteurs ils devraient le prendre comme un marketing qu'eux dirigent là où ça sera moins dirigé après et de se dire ok j'ai la chance de dire c'est ça mon message c'est à dire qu'un livre qui a pas de message c'est un peu compliqué je trouve je pense qu'il faut en trouver un quand même on peut faire une jolie une jolie oeuvre mais comme tu disais tout à l'heure il y a à un moment donné une volonté artistique qu'on a posée mais si on fait la démarche à mon sens de l'envoyer à des éditeurs pour que ça soit un objet livre qui aille au lecteur c'est pas tant à l'éditeur qu'il faut penser c'est au lecteur moi je trouve que c'est souvent ce que je dis aux auteurs mais même à mes équipes je dis voilà notre but final c'est que ça rencontre un lectorat et que ça le divertisse que ça l'enthousiasme qu'elle fasse vive des sensations parce que c'est le propre même donc de cette en tout cas littérature populaire et de ces segments extrêmement marqués et donc finalement l'auteur c'est ça c'est pas tant finalement à l'éditeur qui va devoir trouver ce fil conducteur très fort je dis pas qu'il y en a pas d'autres ensuite mais en tout cas voilà de dire ça avec cette première idée très forte on va avoir envie de se dire ok c'est quoi l'histoire et là pour le coup sur le bloc le résumé qui pourrait déjà être une esquisse d'une quatrième de couverture mais je trouve qu'on peut se permettre un tout petit peu plus parce que si on a accroché avec cette première idée on peut voir aussi dans le détail toutes les autres couches ou en tout cas les autres arcs narratifs qui vont être un petit peu développés donc ça permet de s'étaler un petit peu plus mais pas une page parce que c'est trop long et moi j'aime bien aussi c'est pas une nécessité mais avoir quelques lignes sur l'auteur des fois c'est pas ce qui va ce qui va conditionner mon choix mais des fois selon les thématiques abordées finalement ça peut être un argument pour moi déjà en tant que lectrice on en revient toujours avec cette intention il faut qu'il y ait une envie de se plonger dans un ouvrage où je me dis ah ok bon bah la personne je sais qu'elle est en train de transposer tout un savoir qu'elle manie au quotidien et qu'elle va le mettre dans ce livre je donne un exemple concret parce que ça va être une prochaine production en 2027 on va avoir un ouvrage qui va mettre en scène une jeune femme avec une pathologie particulière bon bah mon autrice elle est psychologue donc en fait je sais qu'elle va avoir ce support qu'elle étudie ou en tout cas qu'elle a rencontré dans son quotidien professionnel et qu'elle va le transposer au mieux ou en tout cas au plus juste et que je vais avoir une découverte presque guidée par des gens professionnels donc ça peut aider comme des fois ça n'a pas de sens et c'est pas grave je trouve que voilà mais de temps en temps ça peut aussi avoir son impact et puis c'est aussi une première manière de se rencontrer de se dire qui on est quoi
Le trio d'intention
Ybelion — j'aime bien je prends note c'est très intéressant et ça tu vois moi c'est marrant le la première chose que je fais quand je travaille avec un auteur c'est je lui fais définir ce que j'appelle le trio d'intention l'intention pourquoi tu fais pourquoi tu as envie d'écrire pourquoi c'est important pour toi qu'est-ce que ça va changer dans ta vie d'arriver au bout de ce livre quel est le message de ton livre tu as l'intention du roman quelque part si tu devais le résumer en trois thèmes ça serait lesquels si tu devais y mettre une phrase forte comme un mantra ça serait quoi etc et puis après l'intention du lecteur à qui tu as envie de parler et en fait c'est ce trio se répond toujours assez bien et se nourrit aussi et c'est là que tu vois les grandes premières dissonances apparaître qui seront après les blocages dans le processus d'écriture parce que c'est surtout à ça moi que je m'adresse et c'est très impressionnant de voir à quel point quand tu mets de la clarté sur ces trois points là déjà le chemin de l'écriture te paraît moins difficile et j'aime bien parce que du coup je retrouve ça aussi dans la lettre de présentation dont tu parles tu retrouves cette volonté d'avoir quelque part une phrase forte qui résume peut-être parfois un peu catchy peut-être parfois un peu punchline comme tu disais aussi en lien évidemment avec qui tu es et c'est cool ça c'est
Le squelette et le message universel
Les Éditions Maison Pop — mais c'est effectivement ce que c'est exactement ça c'est que normalement ça devrait peut-être être presque comme une évidence dans la mesure où il y a toujours des fils conducteurs mais tu dois en avoir un qui va prédominer à un moment donné et je le vois aussi dans l'accompagnement de certains de mes auteurs où des fois ça fait plusieurs années qu'on travaille ensemble on part pas d'un manuscrit déjà tout écrit puisqu'on se connait déjà donc on part d'une idée puis d'un squelette qu'on travaille ensemble et des fois je ne sais pas quoi choisir je dis essaye les deux et puis tu verras à un moment donné il y a un mur qui va se poser à toi ou des difficultés où tu diras cette piste là je ne peux pas l'amener plus loin et je dis ça c'est parce que en fait quand tu vas faire ton squelette il ne faut pas que tu perdes ton message universel c'est à dire tu vas pouvoir en donner d'autres ce n'est pas le souci mais il y en a un et à un moment donné quand on se lance dans une écriture ou dans une histoire c'est qu'on a un point A un point B avec une ligne directrice tu peux rajouter du décorum d'autres personnages qui vont révéler d'autres choses et ça on en fera que la richesse supplémentaire mais en tout cas il y aura quand même cette ligne forte au milieu et donc normalement elle est assez prédéfinie effectivement
Ybelion — j'adore parce qu'effectivement c'est toujours cette ligne directrice qui te donne aussi beaucoup d'indications sur les murs que tu peux rencontrer et c'est au regard de cette ligne directrice que tu peux justement après c'est là c'est la solution chacun la trouve détruire ce mur passer par dessus le contourner faire demi-tour et prendre un autre chemin c'est ça qui est magnifique après trop cool et alors je reviens sur ma question maison pop tu partageais quelque part toute la pluralité des différentes maisons des nouveaux éditeurs qu'est-ce qui vous rend unique vous maison pop dans ce pays-là
Maison Pop et la littérature populaire
Les Éditions Maison Pop — dans cet écosystème bien maison pop c'est partie de cette volonté donc de littérature populaire parce que c'est aussi mon milieu de base que je trouve tu définis des choses bien entendu parce qu'on a tous des ADN personnels mais ils ont été enrichis de plein d'autres choses et dans mon parcours aussi bref tout ça pour dire que en fait c'est une distinction j'ai l'impression que font les médias pas tant nous les professionnels de l'édition mais voilà tout l'entourage de ce qui est porté on dit la littérature blanche versus la petite littérature mais ça a toujours été le cas en fait c'est vrai qu'à chaque fois je donne cet exemple de Flaubert qui a été extrêmement décrié ou en tout cas en tout cas pas valorisé du tout au contraire c'est un petit auteur pour ces petites jeunes femmes donc ça a toujours existé en tout cas cette distinction entre les deux et je trouve qu'aujourd'hui on est au 21ème siècle et que chaque intention a le droit d'être ce qu'elle est et que par contre c'est important de l'assumer et de se construire avec elle de se dire bon voilà moi j'ai envie de faire ça comme un peu dans l'art j'ai envie de faire du réalisme ah bah non j'ai envie de faire de l'abstrait c'est des voix différentes et là où la littérature dite populaire pourquoi je trouve qu'il y a quand même ce côté culture pop qui revient c'est à dire que c'est aussi ouvert au plus grand nombre j'aime ce côté tout le monde y est le bienvenu que ça aussi peut être ça peut être aussi des moments qui créent des vrais référentiels de connexion donc j'aime bien cette interconnectivité et surtout qui peut s'établir dans des genres qui sont très marqués résultat pour moi à penser une ligne éditoriale autour de ça c'était presque plus facile parce que ça permet de bien baliser déjà un parcours lecteur moi la première quand j'arrive dans un point de vente une librairie je me dis mais qu'est-ce que je vais bien choisir il y a tant de choses autour de moi et paradoxe du choix n'est-ce pas et là mon idée sur cette ligne éditoriale c'était de dire ok bah là vous serez là vous avez envie d'y être tant mieux vous avez pas envie d'y être tant pis prenez un autre choix donc c'est pour ça que la maison est organisée par la belle pour que ça soit clair aussi parce que je pense qu'un lecteur peut aussi avoir des envies différentes donc je ne dis pas toujours la même chose ça serait un petit peu triste et donc voilà il y a un label émotion qui se rend sur des roman contemporain plus feel good on va avoir un label anthracite pour le polar thriller on a même poussé les curseurs avec un label obscur en partenariat avec une plateforme de streaming dédiée aux gens qui s'appelle Shadowz donc là c'est vraiment plus thriller horrifique donc on passe un petit cap mais en tout cas on le dit c'est pas la même chose on va avoir un label pour les plus jeunes donc pas young adult mais 18-25 donc là c'est un peu les tendances du moment donc c'est un peu à la romance ces dernières années donc c'est aussi hyper intéressant d'aller vers ce plus jeune lectorat qui a des codes complètement différents c'est hyper frais en fait de voir comment on interagit aussi sur la communication avec les réseaux avec de mettre les livres dans des ambiances donc ça c'est encore un travail autre voilà on a une belle collection qui s'appelle Voyage donc là c'est plutôt une collection concept donc là tu dois avoir puisque tu as reçu Gabriel et Juliette une collection concept qui n'empêche que ce sont des histoires qui sont totalement différentes les unes les autres avec des couleurs d'écriture que je souhaite à chaque fois aussi différentes voilà et donc c'est assez vaste aussi finalement sur l'exploration et puis qu'est-ce qu'on a d'autre on a aussi le label Litté voilà à développer un peu plus ça c'est un de mes axes de travail 2027-2028 c'est d'aller chercher des auteurs qui sont dans d'autres univers justement et qui travaillent ce mot qu'ils le travaillent dans l'univers de la musique qu'ils le travaillent avec aussi de l'influence donc là c'était le premier auteurs c'était Paul Joubert grosso modo qui est notre petit poète des rues donc il travaillait déjà ces matières très écrites donc c'est comment on transpose ces univers sur une carte blanche qu'ils livrent ça peut être dans l'univers du cinéma voilà donc c'est un label extrêmement aussi ouvert mais on va chercher des gens qui ont déjà cette habitude du travail du mot et du rythme
Des labels pour baliser le parcours du lecteur
Ybelion — c'est il y a ça fait 6 labels c'est ça au total c'est ça
Les Éditions Maison Pop — 6 et un 7ème qui va se lancer en 2027 voilà
Ybelion — ok trop bien et comment tu parce que alors effectivement alors tu vois je les ai balayés moi un peu tous sur le site je trouve qu'ils ont tous une identité en tout cas où tu ressembles il y a l'IT je crois où il y en a vous n'en avez qu'un seul là pour le moment voilà mais sur les autres bon typiquement voyage je trouve que c'est peut-être la plus parlante de toutes parce que quelque part tu le vois dans ta périphérie tu sais déjà que c'est un voyage quoi je trouve qu'il y a une comment tu t'arrives à gérer je dirais c'est peut-être la direction artistique tu vois d'un label pour arriver à en faire une identité forte pour que ça se reconnaisse aussi quand tu le partages pour que ça se reconnaisse quand t'es en librairie ouais comment ça se passe alors
La charte de la collection Voyages Voyages
Les Éditions Maison Pop — voyage c'est vraiment très particulier parce que on l'a charté justement pour dire c'est une collection mais je crois que ça va être vraiment le cas unique sur par rapport aux autres labels donc moi je travaille depuis quelques années avec ma directrice artistique donc Camille Gautron et on y met beaucoup de temps et d'énergie après on aime beaucoup faire ça voilà pour la charte voyage en fait on s'est enfermé chez moi pendant 48 heures et on l'a travaillé retravaillé en fait c'est parti souvent ça part et ce qui est normal parce que c'est à la base j'ai les textes en moi là où elle n'a pas spécialement le temps de les lire en amont sur des V1 en plus où ça n'a pas vraiment de sens où même si la V1 n'est pas aboutie il y a eu tellement de discussions avec les auteurs en amont je suis un peu la seule à détenir en tout cas cette première intention donc ça part généralement de je dis voilà moi je vois ça comme ça mais des fois il peut y avoir d'autres pistes on essaye de se faire des boards des colorométries et donc je sais qu'on fait pas tout ça mais donc pour Voyage je savais que je voulais ce côté illustré et en même temps en photo parce qu'on parle de quelque chose de très réel on parle d'une ville qui existe donc on va parler de plein de choses qui sont complètement palpables ou qu'on peut retrouver en voyageant dans les villes et puis le côté plus voilà plus fiction avec donc cette illustration et puis on va partir aussi quand même généralement de faits réels qui se sont passés dans le passé donc c'était ça aussi qui était intéressant c'est d'avoir la possibilité de broder autour de quelque chose qui a vraiment existé mais en même temps de le sublimer avec la fiction donc on est parti de là voilà mais c'est pas une évidence de partir de ces deux points qui sont assez précis après c'est comment ça se match comment chaque livre va pouvoir s'inscrire dans cette charte donc la charte elle est juste voilà trois photos en haut un décor floral en tout cas végétal avec des fruits ou peu importe et un motif et voilà il fallait que ça rentre là-dedans et surtout que tous les livres puissent rentrer dans cette charte-là tout en se distinguant quand même parce que je crois qu'en fait quand on en prend des différents on voit quand même qu'il y a une espèce d'univers qui n'est pas le même et on ne va pas y trouver la même chose je crois qu'on y est un peu arrivé quand même on a l'univers même du pays ou de la ville qui transcende déjà un petit peu avec la couverture et pour les autres la belle c'est complètement différent là pour le coup on le pense on le pense centré autour de l'histoire par rapport à ce qu'elle va nous évoquer nous par rapport à aussi des codes que les lecteurs ont l'habitude de retrouver tout en bien sûr en lui donnant une identité propre mais en tout cas il y a toujours ce travail tout en délicatesse et de prendre en compte toutes les différentes toutes les différentes données pour en faire un objet unique ce qui n'est pas facile je préférerais avoir une charte et me dire qu'à chaque fois je mets une image différente c'est beaucoup plus simple
Ybelion — c'est marrant parce que c'est vrai tu vois là ça touche mon côté ancien ingénieur qui aime bien quand tout se trie facilement tu vois quelque part t'aimerais que ça soit toujours comme ça et effectivement après tu te rends compte à force de créer aussi qu'il y a une sorte de quelque part d'incohérence à vouloir toujours ranger les choses dans des cases et que les choses ont parfois besoin aussi de leur propre liberté pour être cohérente entre elles alors c'est très paradoxal mais je suis toujours assez fasciné par ce résultat là et ouais et alors pour le coup j'adore tu vois là c'est encore une fois peut-être mon côté collectionneur là plutôt tu touches plein de plein de côtés dis donc mais moi voyage ça me fait comme un effet tu sais collectionneur de cartes je trouve parce qu'effectivement tu reconnais tu reconnais la ville tout de suite quoi c'est ouais c'est vraiment cool est-ce que t'as tiens je sais pas pourquoi ça me vient comme ça est-ce que toi il y a une il y a une ville particulière où tu te dis t'as un jour j'aimerais qu'on vienne qu'on écrive sur cette ville là ou pas finalement
« Merci de nous faire sentir comme à la maison »
Les Éditions Maison Pop — je vais te dire ça aurait pu être le cas il y a deux ans quand ça a germé mais alors là ça a créé une team je crois que c'est peut-être la plus une de mes plus belles réussites c'est que c'est une famille d'auteurs je voulais qu'il y ait cette réunion ça s'appelle Maison Pop parce que ça se parle une maison j'aime bien qu'on soit à la maison parce que j'ai commencé dans ce milieu c'était une des phrases quand j'étais stagiaire elle m'a dit mais Virginie dans la maison d'édition il y a maison c'est normal que les auteurs aillent tous les jours prendre des cafés parce que des fois il y a quand même beaucoup de passages il y a des moments quand même dans la journée on s'arrête pour prendre un café avec un auteur qui débarquait pour nous raconter et voilà et c'est vrai quand j'ai perdu un peu cette notion de maison sur des plus grosses structures j'étais un peu triste quand même je me suis dit mince ça devient un travail c'est triste et en fait c'est très fortement marqué chez Voyage ils ont leur fil de discussion hors mois et je trouve ça génial ils s'entraident les uns les autres sur s'accueillir dans la maison de l'un parce qu'ils vont être en dédicace ensemble donc ils vont voilà mais c'est plus largement parce qu'il y a l'accueil aussi d'autres auteurs dans ces groupes là et puis il y a d'autres sous-groupes qui se créent selon les affinités et voilà et il n'y a pas longtemps j'ai eu la larme à l'oeil c'était cette semaine où justement ils m'ont écrit un gentil mot merci de nous faire sentir comme à la maison et je dis oh waouh c'est quand même joli non ? ouais la larme à l'oeil là j'ai pleuré bravo
Ybelion — en tout cas vraiment bravo pour ça parce que c'est en tout cas c'est la quelque part la preuve s'il en fallait que c'est une aventure humaine quoi ben voilà c'est quand même
Les Éditions Maison Pop — le plus beau des résultats de l'aventure humaine ouais
Ybelion — carrément
Les Éditions Maison Pop — c'est trop chouette
Ybelion — et du coup pas tellement de villes particulières en fait finalement
Une ville par roman, un défi créatif
Les Éditions Maison Pop — et alors oui c'est ça en fait au début ça a pu être le cas même là mais ils sont tellement c'est un projet qui a parlé au plus profond de chacun et de nouveaux auteurs qu'on accueille et qui ont très envie aussi d'y participer c'est pas une c'est pas parce que c'est charté avec on va dire des contraintes de base que ça en fait un exercice facile parce que justement il faut que l'histoire soit pas sur les mêmes schémas il faut qu'elle il faut que la ville transcende donc à chaque fois je leur dis si c'est une ville que vous connaissez ou en y allant c'est pas la difficulté elle va elle va transiter par vous à un moment donné de manière instinctive les gens vivent pas de la même manière en Italie que dans le nord de l'Europe que à l'Est il y a des énergies qui sont là et à vous de les capter mais je trouve que quand on est auteur on a aussi ce talent artistique d'être ouvert et d'absorber on va dire des choses qu'on matérialise peut-être un peu moins et ensuite je veux que les histoires et les allers-retours de passés présents se fassent pas de la même manière donc plus ça avance et plus il y a des nouvelles contraintes donc on ne peut pas reproduire les modèles mais en fait ils sont extrêmement créatifs parce que c'est pas le cas et en fait ça fait quelques mois je ne l'ai pas fait mais je avant la fin de l'année c'est fait je voudrais afficher au bureau une carte de l'Europe pour le moment on s'est cadré à l'Europe puisqu'ils ont réservé des destinations c'est ce que me disait
Ybelion — Gabriel
Les Éditions Maison Pop — ils disaient mais tu me mets ça de côté il faudrait que je tienne un tableau donc en fait à chaque fois il y a plein de villes qui me font envie où je ne suis pas allée il y a plein de villes où je suis allée où je me suis dit j'ai hâte de voir ce qu'ils vont faire comment ils vont qu'est-ce qu'ils vont sortir de la ville parce que c'est ça il y a des villes qui paraissent sur l'histoire des fois peut-être plus évidentes puisque à Tahiridjit et il y a des gros challenges de s'attaquer dernièrement à Londres c'est un gros challenge qu'est-ce qu'on en prend c'est quoi ces choix on va avoir aussi on va avoir Venise là aussi l'an prochain à Venise c'est un challenge les deux livres ont remporté à mon sens ont réussi à le remporter
Ybelion — c'est ça qui moi m'avait fasciné dans la discussion que j'avais eue avec Juliette et Gabriel de les questionner sur comment ils voyaient la ville qu'est-ce qu'elle incarnait je dirais presque humainement et je trouve que créativement c'est incroyable parce que à la fois les villes représentent quelque chose dans l'inconscient collectif si je prends l'exemple de Venise tout de suite on pense amour romantisme et en fait ce truc là est aussi ça veut dire qu'on a du contre-pied à aller chercher et donc c'est toute une manière quelle que soit la manière avec laquelle on l'exploite il y a vraiment c'est un terreau hyper fertile et tu vois à chaque fois c'est le genre d'idée je me dis j'aurais trop aimé la voir je trouve que c'est génial comme idée de collection c'est passionnant il y a des et puis ouais en fait c'est là que tu te rends compte aussi de la diversité tu parlais de la diversité du monde de l'édition en fait la diversité des villes ne serait-ce que d'Europe je sais pas instinctivement il y a Berlin qui m'est venu parce que ville tellement marquée par l'histoire et il y a plein de choses comme ça tu dis j'ai hâte de voir ce qui sera créé
Berlin, une destination difficile
Les Éditions Maison Pop — tu vois Berlin c'est aussi c'est aussi une destination à mon sens un peu difficile parce que de manière enfin en tout cas ton premier instinct va dire je vais faire quelque chose sur le mur de Berlin ok mais il y a plein de choses qui ont déjà été créées tu vois comment toi tu vas apporter ça et est-ce que finalement Berlin n'a pas une autre histoire qui n'aurait pas été balayée par cette seconde guerre mondiale qui serait allée aussi à chercher mais en quoi cette histoire tu vas la faire ressurgir parce qu'à un moment donné tu vas quand même parler de ce mur et je trouve que c'est une ville qui est vraiment pas facile pour le coup parce qu'il y a aussi le côté historique à définir donc pareil tu vas te retrouver devant l'histoire d'une vie et tu vas dire alors à quelle partie je prends à laquelle elle va pouvoir illustrer et il y a souvent des grosses histoires de choix
Ybelion — c'est très intéressant et tu vois c'est là moi que je ressens la règle donc le fait que tu vois tu cadres quelque part ce que toi t'attend dans cette collection au départ paraît contraignante et en fait tu te rends compte qu'avec la contrainte ça t'ouvre un champ des possibles créatifs qui va bien au-delà de ce que tu pensais de base et c'est justement là que ça c'est ce fourmillement créatif tout de suite que je trouve hyper excitant quoi
Les Éditions Maison Pop — tout de suite
Ybelion — ça touche c'est incroyable c'est incroyable et parmi les parmi les c'est une question c'est difficile je te pose une question volontairement difficile et tu choisis l'angle avec laquelle tu la prends mais parmi les différents labels est-ce que toi il y en a un qui te touche plus qu'un autre ou que ouais alors je la pose comme ça et puis je me dis bien que c'est comme si je te demandais de choisir entre tes enfants quelque part c'est un peu ça
Choisir un label comme on choisit un film
Les Éditions Maison Pop — et bien je vais faire une réponse de choisir entre ces enfants en fait moi je suis donc une enfant qui est née dans les années 80 et il y avait la télé tout le temps chez moi dans les milieux populaires on grandit ça avec la télé et c'est pas tant que j'aime la télé en tant que telle mais j'aime les films voilà c'est un support que j'aime énormément et je peux regarder je peux tout regarder je peux me passionner pour plein de choses c'est à dire que voilà hier j'ai regardé un film dramatique qui est l'histoire de Suleymane je pleure aussi mais je pleure beaucoup et je peux je peux aussi avoir des discussions avec ma fille qui découvre les univers Marvel où je tiens un peu la route quand même je peux regarder des comédies des comédies françaises je vais me faire bien entendu La Palme d'Or mais aussi des films d'auteurs beaucoup plus voilà beaucoup enfin beaucoup moins exposés médiatiquement en fait j'aime qu'on me raconte des histoires en général et quand justement j'ai fait dans ma tête cette histoire de la belle je me suis dit oh là mais c'est comme en fait j'anime ma plateforme de streaming et je me dis tiens là maintenant j'ai besoin de quoi et en fait tous ces labels ils répondent à un moment donné à quelque chose que je suis dans ma vie alors des fois ça tombe il faut les mener ensemble donc là moins de questions mais quand en tout cas je vais définir les auteurs donc il y a des auteurs assez évidents que je travaille et que j'accompagne j'ai de la chance depuis plusieurs années donc que notre relation de confiance soit toujours là c'est quand même super parce qu'on sait comment on fonctionne et où on va donc c'est agréable aussi de partir de quelque chose de stable et de aussi le pousser de dire comment on va autre part pousser ta créativité mais il y a aussi des nouveaux auteurs des nouvelles intentions il faut toujours être curieux et en fait les différents labels répondent à un moment donné à quelque chose de différent en moi et à moi de savoir les accueillir à ce moment là donc j'essaye de choisir mes moments je me dis tiens là j'ai lu trop de choses où je vais être de bonne humeur c'est pas normal je vais me faire un truc bien sanglant et hop on décompense où tu vois justement je suis un petit peu triste j'aurais besoin d'amour universel donc j'allais plus en côté romance voilà donc en fait non je prends c'est comme si j'avais le choix de me dire tiens j'ai plein d'enfants avec qui j'ai envie de passer ce moment aujourd'hui quoi
Ybelion — c'est très représentatif aussi de comment on est quand on est lecteur c'est quelque part ça rejoint ce que tu disais au début c'est ouais de quoi j'ai besoin aujourd'hui avec l'énergie que j'ai ce que j'ai envie de ressentir
Le divertissement, une expérience avant tout
Les Éditions Maison Pop — tu vois peut-être j'ai besoin de me dire tiens je suis bloquée dans une question est-ce que ça pourrait soit y répondre ou soit juste me défocaliser de ma question en me disant je vais passer un vrai moment je crois que c'est un mot que j'aime moi beaucoup surtout pour ce qu'on fait c'est le divertissement j'ai l'impression que des fois pour certaines personnes c'est comme un mot qui est pas très joli un peu trivial mais je trouve qu'aujourd'hui c'est peut-être de ça où on a besoin c'est de rêver quand même un petit peu ou en tout cas de sentir pour moi le divertissement c'est une expérience avant tout et j'aime bien vivre une expérience quand je lis un livre
Ybelion — c'est un beau message j'aime bien
Les Éditions Maison Pop — c'est trop bien trop bien
Ybelion — et là je sais pas pourquoi j'ai en écho la discussion qu'on avait eu avec Juliette où elle avait partagé le duo que vous aviez formé quand elle avait écrit sur Naples et quand tu te donc quand tu décides que tu vas travailler avec un auteur c'est quoi principalement ton rôle et je dirais peut-être les retours ou les aiguillages que tu donnes ouais alors c'est encore une fois pas une question facile non t'inquiète
Son rôle aux côtés des auteurs
Les Éditions Maison Pop — non c'est assez facile ça c'est assez facile en même temps assez complexe parce qu'il n'y a pas de réponse prédéfinie j'aimerais tant en donner comme ça serait subside et c'est ce que je leur dis à chaque fois en tout cas pour les auteurs à qui je travaille pour la première fois après ils comprennent bien le système je leur dis voilà moi je suis à votre disposition c'est à dire qu'il y a aussi votre à quel moment vous avez besoin de moi à quel moment tu te dites bah tiens si ça te rassure je peux lire les premiers chapitres au fur et à mesure donc ça c'est quand on n'a pas le manuscrit fini on est d'accord c'est quand on est vraiment plus il y a quelque chose je reviendrai sur le manuscrit fini après parce qu'il y a aussi différentes manières de faire mais en l'occurrence il y a une belle idée qui a été développée en synopsis très large je vais prendre le cas de Juliette avec chapitre par chapitre il va se passer ça voilà la finalité mon histoire je dis ok c'est quelqu'un en plus qui a déjà écrit donc je sais que le rapport à l'écriture sous un format assez important qu'est le livre elle va savoir le mener ou en tout cas elle en a déjà l'expérience et tout ce que j'en ai lu moi ça me va et donc là je leur dis ça dépend donc il y a des fois des auteurs qui pour se rassurer une fois qu'on a formalisé ce gros squelette ça me semble important quand même rendre dans l'écriture tu me dis voilà je te mets je te le rends à la moitié du texte ok bah ça je verrai mais il y a des fois il y a besoin d'aller au bout de toute l'intention du livre quitte à mettre des blancs de retravaille derrière des blocs de dire voilà là je vais mettre ça etc pour que moi après je puisse avoir aussi un retour sur la cohérence globale et sur le rythme à donner ou à revoir donc ça dépend de chaque livre voilà avec Juliette on a il y avait toute une chronologie qu'on a reprise tout au long du livre voilà donc on a fallu replacer toute la chrono c'est un truc ça pour le coup je suis la chronologie ils y passent tous je leur dis vous n'avez pas je vais refaire le parcours jour à jour si à un moment donné c'est pas crédible je vais pas être contente la cohérence
Chronologie, rythme, personnages : le travail sur le texte
Ybelion — la cohérence temporelle
Les Éditions Maison Pop — ah c'est l'enfer et ensuite et ensuite on a retravaillé des rythmes aussi on a donc raccourci certaines journées sur leur intensité pour les délocaliser aussi on a renforcé certains personnages plus dans l'émotion parce que des fois on perd aussi un peu ces personnages ça peut arriver en tant qu'auteur pas volontairement mais comme si peut-être je suis l'impression que c'est une évidence qui sont marquées dans l'imaginaire de l'auteur et qu'il a oublié de nous le retranscrire donc je dis ah voilà quand même j'aimerais bien être un petit peu plus avec lui ou avec elle donc on essaye de reprendre et voilà par exemple avec Magali là sur Venise c'est pareil j'avais refait sur la V1 tout le déroulé chapitre après chapitre je fais des propositions de déplacement de blocs pareil si j'ai un manuscrit qui est donc déjà complet et qu'on me donne moi je dis voilà je donne des indications générales au début avant de refaire des choses un peu plus formalisées et en suivi de commentaire etc et alors par contre ce qui est commun à toutes ces étapes et tous ces messages c'est que je leur dis moi c'est des suggestions que je vous fais c'est à dire que je vous impose pas de le faire ça vous permet de confronter c'est à dire qu'à un moment donné moi encore une fois c'est mon sentiment de lecteur je te donne une solution qui peut peut-être en amener une autre en plus c'est à dire qu'elle va juste te faire interagir te dire ah bah oui effectivement peut-être là à ce moment là je sais pas assez musclé on va dire le message que je voulais donner donc moi je te donne un exemple mais ça peut être aussi un autre mais si toi t'as l'impression que c'est pas le cas ça va te confronter tu vois ça va te dire pourquoi j'ai fait ce choix là et est-ce que justement il a son importance même dans l'ouvrage au global et je touche du bois comme on dit sous les pieds de ma table pour le moment on a toujours été raccord avec les auteurs et voilà et généralement une fierté personnelle ces derniers temps le message qui revient c'est tu es pertinente je crois que je vais me le faire graver sur un t-shirt parce que j'aime bien cette phrase je suis pertinente
Ybelion — c'est important c'est important de se le rappeler et on le retrouve tu vois aussi dans la suggestion que tu fais aux auteurs je trouve important à rappeler que quelque part l'auteur reste maître de son texte et évidemment tout ce qu'on lui dira est à prendre ou à laisser et alors c'est toujours parfois challengeant tu vois de se retrouver confronté à nos propres incohérences parce que parfois voilà mais c'est là que ça devient riche en fait d'accueillir ses commentaires et de dire ok au regard des intentions que j'avais avec ce roman de la volonté que j'avais comment ce commentaire s'intègre ou pas et quelque part parfois il y a des commentaires qu'on décide de ne pas intégrer mais qui nous permettent de renforcer notre intention de dire ok s'il y a eu ce commentaire c'est qu'à un moment il y a quelque chose que j'ai pas réussi totalement à faire passer comme j'en aurais eu envie et c'est pour ça qu'il y a toujours beaucoup de richesses à tirer de lecteurs enfin en tout cas de lecteurs je dirais test je sais pas comment on peut les appeler bêta lecteurs voilà mais surtout qui sont aussi bienveillants que la lecture que t'en fais avec cette volonté de faire des suggestions parce qu'il n'y a rien de pire qu'un lecteur qui te met un truc dans la marge du genre j'aime pas ou les trucs comme ça tu as l'inconditionnel négatif j'en parlais encore ce matin surtout sans argument ça n'apporte rien quoi
Les Éditions Maison Pop — donc
Ybelion — c'est d'accord et c'est en ça
Personne n'a la recette
Les Éditions Maison Pop — où aussi ça m'ouvre un point qui est une difficulté émise par les auteurs qui revient de temps en temps c'est de dire ah bah oui mais bon par exemple en fait je l'ai envoyé à un autre éditeur et lui il m'a dit que c'est ça que je devais faire et tout ça personne n'a la science en fuse en fait personne ne sait qu'est-ce qui sera mieux pour le livre parce que ça voudrait dire qu'en fait et ce qui serait un petit peu triste c'est de dire ok donc la fameuse recette il y a un cadre la recette c'est ça pour que tu plaises à ton lectorat puisque c'est ton but final mais en fait il n'y en a pas on ne sait pas les lecteurs sont tellement multiples et variés avec des attentes différentes justement je crois qu'il y a une réunion sur le sujet universel mais quand bien même il y aura un avis sur un livre qui sera différent à chaque lecteur ou en tout cas des choses qui sont mises en avant plus que d'autres et à l'inverse et donc c'est en ça où je trouve qu'en tant qu'auteur il faut prendre ce choix de se dire aussi avec qui j'ai envie de travailler et qui est plus en adéquation avec aussi ce que j'ai voulu transmettre et ça c'est assez intéressant je trouve c'est pas facile mais en tout cas en tout cas il faut pas je crois se laisser guider par des avis extérieurs et je sais que c'est très difficile pour les auteurs de se dire c'est à peu près ça que j'ai voulu en tout cas il y a des choses je peux m'adapter et être ouvert pour un retravaille parce que ça sera certainement pour le mieux d'enrichir quelque chose en tout cas de pousser une intention mais il faut être assez stable sur pourquoi j'ai fait ça au début et qu'est-ce que j'ai voulu transmettre
Ybelion — c'est pas facile c'est là que ça devient c'est pas facile et je pense parce que c'est là que l'écriture devient vraiment personnelle elle nous renvoie à notre propre à nous en fait à ce qu'on peut penser de nous nos croyances nos valeurs nos forces nos faiblesses tout ça et en fait je sais pas pourquoi l'écriture est aussi parfois confrontante tu vois je dirais comme ça et elle oblige à se poser toutes ces questions là et ce qui est top parce qu'en fait c'est comme ça qu'on va vers ce qu'on a envie de devenir et ça rejoint ce que tu disais tu disais dans le partenariat il y a toujours des moments bah oui il y a des moments où c'est moins bien où c'est plus challengeant etc mais en fait c'est parce qu'il y a ça qu'à la fin il y a un truc qui se passe il y a un truc qui change et l'écriture c'est tellement ça c'est fascinant j'adore
L'honneur de recevoir une mise à nu
Les Éditions Maison Pop — et c'est vraiment très dur je trouve que je trouve je trouve ça hyper triste je reviens au tout début où tu disais ah on voit ce métier de manière très froide et alors que et ça je parle juste pour moi encore une fois je sais pas comment les autres vivent un peu ça mais c'est vrai qu'il y a quand même une histoire un petit peu d'honneur de recevoir cette mise à nu de quelqu'un moi je trouve que c'est toujours un peu ça des fois entre les lignes on voit on voit les gens se dessiner pas entièrement parce que ça serait trop triste de se faire définir par juste une chose ou une autre mais quelque chose de très personnel qui se dégage forcément d'un manuscrit quelque chose qui a traversé l'auteur et c'est des mois et des mois et des mois et des mois de travail et quand nous on l'a en fait je trouve que c'est déjà une espèce de confiance accordée en disant c'est ça que je suis et je suis complètement consciente de ce qu'un manuscrit aussi condense de c'est pas facile de se mettre à nu sur certains aspects et je pense que c'est difficile émotionnellement aussi pour les auteurs c'est en ça ou peut-être par ce côté où nous on est obligé de faire des choix et donc des fois ne pas accepter de publier pour x ou y raison que ça soit une des places dans notre catalogue ou justement ce qu'on disait pas la bonne personne pour le soutenir sur différents aspects mais que je crois qu'on est tous conscients de cet exercice engageant
Ybelion — peut-être
Les Éditions Maison Pop — on le dit pas assez
Ybelion — ouais et tu vois j'ai beaucoup été touché par la phrase que tu partageais de dire l'honneur de recevoir cette mise à nu je trouve que tu vois là vraiment ça me fait l'effet d'une prise de conscience sur ok on est très loin justement de ce côté froid que robotique et je pense que c'est le côté tu vois on entend tellement les quelque part tout ce que moi j'aime pas trop parce que c'est un côté très binaire c'est qu'est-ce qu'il faut absolument faire pour être hésité qu'est-ce que enfin voilà bref moi c'est un peu mon cheval de bataille aussi je suis très anti méthode miracle truc secret que tu connaissais pas avant et qui va révolutionner ta vie en deux semaines mais si on les avait
Les Éditions Maison Pop — on ferait tous des best-sellers
Ybelion — c'est exactement on saurait exactement
Moins vendu ne veut pas dire moins bon
Les Éditions Maison Pop — la clé et quand je dis best-sellers c'est on aurait la garde garantie de trouver le lectorat à chacun pour faire que ça soit ce qu'on appelle une réussite mais ça n'engagerait pas la qualité de base en fait c'est ça je trouve que souvent c'est un petit peu mixé j'ai l'impression que ce message on a essayé un peu quand même de le désamorcer et qu'il commence à rentrer fort heureusement dans le coeur des talents mais c'est pas parce que on va pas être publié que c'est mauvais ou que c'est pas plus une qualité c'est pas parce que ça se vend moins que c'est moins bon que quelque chose qui va beaucoup se vendre c'est là une donnée qu'on maîtrise pas
Ybelion — j'aime beaucoup que tu partages ça parce que moi je le répète à qui veut l'entendre ce côté parce que pour moi c'est important en fait c'est très bête mais entendre ce message ne fait que renforcer les dissonances qui empêchent d'écrire à la fin parce que du coup on se perd entre la raison pour laquelle on le faisait et le résultat qu'on pense qu'on devrait en attendre parce que c'est ce qu'on nous dit et en fait quand on remet de la vraiment de la clarté sur cette dissonance là en fait tout devient plus simple quelque part parce qu'en fait tu te connectes au résultat que toi t'as envie d'atteindre et ce qui est à ton contrôle et la vie est plus belle en fait quand on quand on fait des choses sur lesquelles on a la main quelque part et c'est ça c'est cool c'est cool j'ai une dernière question Virginie sur le sur le site de Maison Pop tu écris enfin vous écrivez toi et ton équipe pour nous lire c'est vivre plus fort alors j'adore cette phrase j'aimerais que tu m'en parles un peu
Les Éditions Maison Pop — elle est bien ouais
Ybelion — elle est très bien elle est très bien
Lire, c'est vivre plus fort
Les Éditions Maison Pop — vivre plus fort c'est plus dans le sens où on a tous nos quotidiens et que ça soit on va parler de la lecture mais je trouve qu'encore une fois l'art en général on fait partie quand même des arts premiers en fait c'est un catalyseur de quelque chose c'est un espace où on s'autorise finalement à vivre les choses entièrement à se dédier à justement cette émotion qui est quelque part donc quoi elles sont diverses selon les lectures c'est ce qu'on disait tout à l'heure mais en tout cas voilà quand on va lire une histoire un peu dramatique ça va appuyer sur l'émotion de l'empathie enfin en tout cas donc de l'empathie plutôt et l'émotion de la tristesse ou de la joie justement qui vont être un petit peu un petit peu titillées et donc forcément on va vivre plus fort que une histoire qu'on va nous raconter parce que là on va la vivre pleinement c'est comme si on vivait une autre vie que la nôtre en fait tu vois pareil quand on va aller dans des lectures un peu plus noires on va frissonner donc le sentiment de cette peur mais qui va être maîtrisé de l'angoisse et donc c'est ça vivre plus fort c'est plus ce côté encore une fois émotionnel
Ybelion — j'aime bien
Les Éditions Maison Pop — vous l'avez compris comme ça
Ybelion — ouais alors moi tu vois j'aime bien il y a à la fois je trouve que c'est un excitateur d'émotions c'est le mot qui me vient tu vois ça décuple ça décuple les émotions quelque part c'est très bête mais je trouve que ça les place dans un cadre dans lequel on s'autorise à les vivre tu vois une peur on a tous on est plus tous ou moins à l'aise avec nos émotions il y en a certaines qu'on s'autorise d'autres pas et je trouve que le cadre de la lecture ou de l'écriture d'ailleurs aussi permet de s'autoriser dans un cadre sécurisé quelque part ces émotions là et donc tu vois ça permet de les vivre et il y a ensuite une deuxième lecture que moi je peux en faire aussi c'est ce côté en fait c'est presque vivre deux fois tu vois c'est plus que ça d'ailleurs
La lecture, un acte de résistance
Les Éditions Maison Pop — ce que je te disais c'est vivre d'autres vie que la tienne mais tu vas quand même rentrer en écho avec toi et je trouve que c'est quand même la magie de la lecture c'est aussi et je le raccorde pas à son histoire mais restons sur notre temps présent tout va très vite depuis des années et des années on est dans l'immédiateté et la lecture c'est aussi presque un acte de résistance sur le temps long et sur s'autoriser à vivre sur un temps plus long voilà on nous demande toujours de faire les choses très rapidement d'interagir d'être là sur plein de points et là c'est juste par rapport à nous-mêmes de nous dire ok je trouve que c'est un acte de bienveillance envers soi-même en fait
Ybelion — je suis fan je rajouterais rien à ça c'est une super conclusion
Conclusion
Les Éditions Maison Pop — super
Ybelion — merci beaucoup Virginie ah non vraiment merci beaucoup d'être venu parler de Maison Pop de tes auteurs de ta manière de travailler et puis tous les gens qui nous écoutent retrouveront les différents liens en dessous donc super échange merci beaucoup
Les Éditions Maison Pop — trop chouette merci beaucoup
Ybelion — merci d'être là épisode après épisode si ce podcast t'inspire t'aide ou te mets du baume au coeur t'abonner mettre 5 étoiles et le partager c'est le meilleur moyen de m'aider à toucher le plus de gens qui ont un livre en eux parce qu'après tout plus il y a de livres écrits et mieux le monde se porte à très vite Ose Écrire
AU MICRO AVEC
Les Éditions Maison Pop
Virginie Fuertes a cofondé Maison Pop avec Damien Naddeo, au sein du groupe Les Nouveaux Éditeurs, après être passée par Larousse comme directrice éditoriale puis par L'Archipel. Sa maison défend la littérature populaire et range son catalogue en labels, du polar d'Anthracite à l'horreur d'Obscur. Elle porte aussi la collection Voyages Voyages, où chaque roman explore une ville d'Europe entre présent et passé.
Ancien ingénieur en sûreté nucléaire, j'ai tout quitté pour l'écriture. J'anime Ose Écrire et j'accompagne les auteurs autour de trois clartés : le rythme, l'identité, l'intention. Toi aussi, tu as un livre qui attend ?