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Pochette de l'épisode 145 du podcast Ose Écrire

ÉPISODE 145AVEC INVITÉ23 SEPTEMBRE 202680 MIN

J'ai écrit mon premier livre pour me venger - Discussion avec Emma Colins

ClartéIdentitéLe qui : l'auteur que tu es, l'authenticité, les peurs, les croyances, la transformation, le lâcher-prise.
SujetsPublier & en vivreAuto-édition, maisons, agents, ventes, argent, IA, promotion : écrire pour soi ou pour être lu, et à quel prix.
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FACE A — LES 27 CHAPITRES · CLIQUE POUR ÉCOUTER

Emma a été jalouse de la fille qui a gagné le concours à sa place. Elle le dit au micro.

CE QUE RACONTE CET ÉPISODE

Elle est en seconde. Elle envoie son manuscrit à un concours d'édition et elle arrive en finale. Elle a mis sa vie en pause pour ce texte, elle y croit vraiment. Une autre gagne.

Pendant des mois, elle en veut à la gagnante. Ça aurait dû être moi. On entend rarement une autrice le dire aussi franchement, la jalousie est mal vue et chacun la garde pour soi.

Elle est pourtant un indicateur fiable, puisqu'elle pointe l'endroit où on voulait aller et qu'on a manqué.

Emma s'en est servie. L'éditrice du concours lui avait laissé des retours sur la structure de son roman. Elle a trié, gardé ce qui poussait le texte vers le haut, laissé le reste. Puis elle a repris toute la structure, jeté vingt-cinq chapitres et réécrit.

Le roman est sorti chez un autre éditeur. Il est en librairie aujourd'hui. Et elle suit l'autrice qui avait gagné, contente pour elle.

Souvent, quand on ne gagne pas, c'est que ce n'était pas ça. C'est ce qu'elle se dit, en ajoutant que c'est peut-être pour se réconforter, et que ça marche très bien.

L'épisode 145 est en ligne, à écouter là où tu écoutes tes podcasts.

#OseEcrire #auteur #bookstagram

LE CAROUSEL DE L'ÉPISODE — CLIQUE UN SLIDE POUR L'AGRANDIR

Face B — le transcript

L'ÉPISODE MOT À MOT · LES TIMECODES LANCENT L'ÉCOUTE

Évidemment, tu te doutes bien que ce n'est pas moi qui ai tapé tout ce transcript à la main… Alors oui, il y a parfois des incohérences et des erreurs. Et sur les discussions, il arrive même que les voix se mélangent. Comme quoi, rien de mieux que d'écouter l'épisode plutôt que de le lire !

Tu cherches un passage précis ? La table d'écoute passe les transcripts de tous les épisodes au peigne fin.

Introduction

Ybelion — Bienvenue dans cet épisode avec Emma, dans lequel on parle notamment de son dernier roman, Nos âmes ensoleillées. Alors on parle d'écriture, on parle d'échec et donc de réussite, on parle de porter une triple casquette de créatrice de contenu, d'étudiante et d'écrivaine, et donc de rythme d'écriture qui s'ancre dans sa vie. Je vous souhaite une très bonne écoute. Moi c'est Sam, Ibeléon de Mon Implume. Je suis écrivain, coach ICF et j'ai créé Ose Écrire, un accompagnement pour celles et ceux qui veulent enfin accomplir leur rêve d'écrire un livre. Ce podcast a la même intention. C'est ton rendez-vous inspiration, discipline et passage à l'action. Et si ça te parle, abonne-toi, mets 5 étoiles et partage autour de toi. Parce que plus il y a de gens qui osent, plus d'autres oseront à leur tour. Allez, c'est parti et bonne écoute. Mais en vrai, ça me fait plaisir de t'accueillir parce que, en fait déjà je suis hyper impressionné parce que t'arrives à faire tes études, les réseaux et l'écriture en même temps.

Étudiante, autrice, créatrice de contenu : les trois casquettes

Emma Colins — Plus ou moins.

Ybelion — Ouais, plus ou moins, j'imagine, tu vas me raconter, mais franchement d'un oeil extérieur, tu vois, après j'imagine que c'est pas facile, mais c'est hyper impressionnant.

Emma Colins — C'est gentil, merci beaucoup.

Ybelion — Bravo. Et t'as commencé par Whatpad, c'est ça toi ?

De Wattpad à deux romans en librairie

Emma Colins — Oui, en soi, oui. Enfin, au début j'ai vraiment écrit pour moi et le premier truc que j'ai publié c'était sur Whatpad.

Ybelion — Ouais. Et alors du coup, ça fait quoi d'avoir deux livres publiés maintenant ?

Emma Colins — Enfin, je pense que je réalise pas.

Ybelion — Ouais.

Emma Colins — Enfin, des fois je me rends compte, j'ai des grosses bouffées de réalisation, je sais pas si on peut publier ça comme ça. Ou des fois juste, en fait, je pense que depuis deux ans, c'est très vite. En fait, tout est allé très vite et comme j'ai beaucoup de choses aussi à côté, c'est très vite. Et je pense que c'est vraiment dans les moments plus calmes où il se passe moins de choses, qui sont très rares. Ou là, je réalise. Mais en fait, souvent comme je suis énormément dans le rush et limite dans le après, j'ai pas trop le temps de réaliser. Mais parfois, juste quand je vois en libri, je suis en mode waouh. C'est juste que j'ai rêvé genre tout mon collège, tout mon lycée ou même en salon, en dédicace. Là, c'est vraiment là où je réalise. Mais sinon, je pense que les trois quarts du temps, en fait, je me rends juste pas compte à quel point c'est fou et de tout ce qui se passe. Donc ça, c'est drôle.

Ybelion — Parce qu'en plus, t'as au taquet de lectrices et de lecteurs et beaucoup de retours aussi.

Les dédicaces, la Belgique, et le livre croisé au Canada

Emma Colins — Ouais, ça c'est trop bien. Surtout là, le deuxième a encore plus pris. Donc c'est plutôt cool. Mais du coup, c'est chouette. Il y a tout le temps des gens même qui étaient là sur mes tout premiers livres. Il y a des gens qui étaient là à ma première dédicace en 2022, 2021 même. Et il y en a qui sont toujours là aujourd'hui. Du coup, c'est super chouette. Et puis, il y en a qui rentrent en route. Du coup, c'est des nouveaux visages. C'est vraiment chouette. J'ai été en Belgique ce week-end. Donc, j'avais jamais fait de dédicace à l'étranger. C'était vraiment cool de découvrir des toutes nouvelles têtes, en fait.

Ybelion — Ça change quoi de le faire en Belgique ? Un truc particulier ?

Emma Colins — En vrai, c'est un peu... La France, la Belgique, c'est un peu pareil.

Ybelion — Ouais, c'est un peu pareil.

Emma Colins — Mais c'est quand même ce truc de se dire, ok, je suis allée faire une dédicace en dehors de la France quand même. Ça veut dire que j'ai un lectorat qui n'est pas que vraiment autour de moi. C'est vraiment... J'arrive à toucher. Ça, je m'en dérange, je vous compte, parce que j'ai une copine qui fait des études au Canada. Et du coup, j'étais allée la voir, parce qu'elles sont un peu seules. Et puis, j'étais l'occasion de découvrir le Canada. Donc, j'allais la voir. Et en fait, le livre est au Canada. Et il était quasiment dans... Il y a genre une ou deux librairies où il n'y était pas. Mais sinon, il était dans toutes les librairies. Et je discute avec les libraires. Et en fait, même là-bas, sa vie se passait très bien. Donc, de se dire que jusqu'à l'autre côté de l'Atlantique, j'ai des lecteuristes. C'est fou, clairement.

Ybelion — En vrai, c'est ça, tu vois, je trouve ça hyper inspirant. Et puis, c'est impressionnant aussi. Parce que du coup, tu peux dire... Je suis une autrice internationale, en fait.

Emma Colins — Bah oui. Mais pour le coup, en fait, ce qui était fou, c'est que c'était dans le rayon genre auteurs internationaux. J'en ai... Comment ça ?

Ybelion — C'était incroyable.

Emma Colins — Et puis, ouais. En plus, quand j'étais au Canada, j'étais vraiment surprise. Après, je pense que c'était du coup pour nos amenergés. Et ça correspondait forcément bien. Parce que là-bas, c'est...

Ybelion — Ouais.

Emma Colins — C'est tout l'hiver pendant très longtemps. Donc forcément, ça collait bien. Mais il était tout le temps sur les tables, hyper bien mis en avant. Enfin voilà. Donc, très cool. Clairement. C'était assez cool.

Ybelion — Et donc, peut-être Nos Hommes Sans Solier, qui lui, se passe en Australie, c'est ça ?

Emma Colins — C'est ça. Ouais.

Ybelion — Peut-être un jour en Australie.

Emma Colins — Peut-être une traduction en anglais.

Ybelion — Putain, ce serait incroyable.

Emma Colins — Ce serait fou. En vrai, ce serait fou. Bon, pour l'instant, je ne pense pas. Mais on ne sait pas.

Ybelion — Et tu disais... Depuis le collège, tu avais déjà des idées. Tu disais... Ouais. C'était quoi ? Comment tu t'es mis, toi, à l'écriture ?

Une trahison au collège devient un premier roman

Emma Colins — Alors, je pense que c'est assez marrant comment j'ai commencé. J'ai toujours un peu écrit des histoires, etc. Mais on va dire sérieusement comment je m'y suis mis. C'est assez rigolo comme anecdote. Enfin, voilà. En fait, j'étais super énervée. Quand j'étais en début de troisième au collège. Parce que j'avais vraiment vécu une grosse, grosse trahison amicale. Et c'était assez douloureux. Et même, je pense... Pour une fille de cet âge-là, c'est même traumatisant sur certains points. Mais en fait, ça m'a tellement mise en colère que je me suis dit... J'ai envie d'en faire quelque chose de ça. Et du coup, j'ai commencé à écrire. Parce que l'année d'avant, j'avais voulu faire un court métrage. Mais c'était au final trop compliqué. J'avais écrit tout le script, etc. Mais en fait, à filmer, etc. C'était une dystopie. Donc, il faut du budget. Donc, juste, c'est une idée qui avait été mise de côté. Je ne sais jamais tout mon court métrage. Et au final, je me suis dit... En vrai, pourquoi pas en faire un livre ? Et à la fin de l'année, je sais, il sera dans le CD de mon collège. Au final, ça s'est passé comme ça. Et c'était un peu ma vengeance envers toutes ces personnes qui m'ont fait chier au collège.

Ybelion — C'est trop classe. Tu portes la vengeance de beaucoup de gens. Parce qu'on s'est tous à un moment dit ça. Il y a toujours des gens de qui on veut, entre guillemets, se venger. Évidemment, sans méchanceté.

Emma Colins — Oui, c'était ça. C'était en mode, bon, ok, vous m'avez fait chier. En vrai, je vais vous faire chier par le fait que je réussis. Et au final, c'est ce qui s'est fait. Et c'était assez marrant. Parce que maintenant, je crois à ces gens-là. Et il y en a même certains qui me suivent un peu en mode... Anne, quoi.

Ybelion — Avec un compte secret.

Emma Colins — Ah non, même toi.

Ybelion — Même pas.

Emma Colins — Mais du coup, bon, genre, je sais qui ils sont. Je vois. Mais voilà, quoi. En vrai, ça me fait doucement rire. Ça fait cinq ans maintenant, je m'en fiche. Enfin, c'est... Voilà. Mais c'est quand même un peu drôle. Et je sais que certains ont toujours un peu, au fond, jalousie ou je sais pas.

Rebels, écrit à 14 ans et déposé au CDI

Ybelion — Et du coup, le livre qui s'est retrouvé là au CDI, il s'appelle comment ?

Emma Colins — C'était Rebels.

Ybelion — Ah oui, c'est ça.

Emma Colins — Tu fais le mot passe.

Ybelion — Ouais, ouais. Tu peux le montrer. Et puis de toute façon, je mettrai tous les liens.

Emma Colins — Là, j'ai la version... T'es pas oubliée, je suis sûre.

Ybelion — Ok.

Emma Colins — Non, mais j'ai écrit à 14 ans. Bon, bref, ça, c'était la version puisque j'avais reprise sur Amazon. Mais voilà.

Ybelion — Ah oui, t'as la version avec le petit bandeau gris.

Emma Colins — Bon, j'en ai, mais c'est de l'autre côté. Donc, je vais pas pouvoir faire comme ça. Mais voilà.

Ybelion — Mais... Et... Vas-y, ouais. Pardon.

Emma Colins — Oui. Non, franchement, je le critique très souvent. Mais les lecteuristes savent que c'est un peu mon projet. Bon, voilà. C'est le premier. J'en suis pas la plus fière du monde. Alors qu'énormément de gens ont adoré. On m'en parle toujours. Je le signe toujours en dédicace. Ça fait cinq ans.

Ybelion — C'était incroyable.

Emma Colins — Laissez-moi. Sans rubel. Mais non, je rigole. Mais c'était... Hormis les fautes d'orthographe. Il y avait beaucoup de fautes d'orthographe dans le livre. Puisqu'il y a eu des corrections. Mais en fait, c'était pas professionnel. Voilà. C'est... C'est... J'ai eu une couverture faite par une pro pour le coup. Maquette, pareil. C'est une copine qui travaillait dans l'édition qui l'avait faite. Donc vraiment, l'objet livre est très carré pour... Pour ce que ça aurait pu être. Mais par contre, bon. Niveau orthographe, tout ça. On peut repasser.

Ybelion — Comment... Comment tu t'es tapée la déterre d'écrire à 14 ans un livre entier ? Parce que tu vois, c'est... Pour le coup, je trouve que c'est... Forcément, écrire un livre, c'est quand même pas évident, tu vois. Et le faire, entre guillemets, aussi jeune, sacrée force de caractère, je dirais.

Emma Colins — Je suis très têtu.

Ybelion — Quand j'ai une idée... Ceci explique cela.

Cinq à six vidéos par jour : les débuts sur les réseaux

Emma Colins — Quand j'ai une idée en tête, c'est pas possible. Je peux pas la lâcher. Si j'ai un truc... Ou alors, à moins qu'il y ait un gros truc. Quelque chose qui m'empêche de le faire. Mais si j'ai une idée, quelque part, personne va me la retirer. C'est vraiment... Je suis très têtu pour ça. J'avais mon ambition. Et j'ai eu la chance, en fait, que... En plus, ça rencontre son public. Et que ça marche vraiment. Ce qui, malheureusement, est pas le cas de tout le monde, en fait. J'ai plutôt été chanceuse sur ce coup-là. Que ça ait pris vite. En fait, dès que j'ai commencé à écrire, j'en ai parlé sur les réseaux. Mais vraiment, mes premières vidéos, c'était... Au début, je montrais pas ma tête. Et du coup, je juge de suivre les trends en adaptant à mon roman. Et carrément, là, j'ai en tête une vidéo, mais honteuse. C'est un bébé qui dansait dans une piscine. Je sais pas si tu vois. Ça date de... Très longtemps. Et bref, en fait, c'est pour dire à quel point j'ai adapté mes tout. Parce que je m'étais dit, bah, juste... Je vais suivre les petits trucs pour faire connaître... Connaître ce que je fais. Et vraiment, en fait, j'ai eu la chance que ça prenne. Et c'est vraiment fou. Enfin, même... Je sais, ma première vidéo qui a apparté, c'était... La présentation un peu de mes personnages. Et je me rappelle, j'étais chez mes grands-parents. Et je voyais, genre, les stats qui montaient, qui montaient, qui montaient. Et j'étais au tel avec mon copain de l'époque. Et j'étais en mode, mais qu'est-ce qu'il se passe ? Enfin, c'est fou. Et pareil, ma mère amie... Quelque jour, ma mère amie... Qui était là en mode, mais... Genre, il se passe une folie sur ton compte, là. Et puis, c'est monté assez vite au début. Après, ça s'est calmé. Et puis après, quand j'ai montré mon visage, vraiment... Bah là, c'est vraiment parti, en fait, de plus belle. Mais je pense que les gens sont aussi attachés au fait que... Bah, je faisais ça aussi jeune. Et j'avais envie de voir où est-ce que ça allait me mener, en fait.

Ybelion — Bah ouais, ouais. Franchement, c'est ça qui est impressionnant. Tu vois, il y en a... Parfois, on hésite à se dire... Est-ce que je partage ? Est-ce que je partage pas ? Et en fait, t'es la preuve vivante qu'en fait, il faut simplement...

« J'ai des choses à apprendre de la moi de 14 ans »

Emma Colins — Mais en fait, ça peut faire super peur. Mais moi, je sais pas, à ce moment-là... Mais aujourd'hui, que aujourd'hui, je me prends beaucoup plus à la tête. Et j'ai beaucoup plus de mal à me lancer dans tout le truc. qu'à cette période, juste, j'avais un truc, j'y allais. Je me posais pas de questions. Et je pense que c'est vraiment la meilleure chose à avoir. Et limite, j'ai des choses à apprendre de la moi de 14 ans.

Ybelion — Bah tiens, c'est marrant ça. Tu dirais... C'est quoi la leçon, tu vois, que tu dirais là ? Que t'as appris la Emma de 14 ans ?

Emma Colins — Bah, faut juste pas se poser de questions, il faut y aller. Et je pense qu'il faut que je le prenne actuellement.

Ybelion — Bah, tu vois, c'est pas pour rien qu'on enregistre aujourd'hui. C'est peut-être que t'avais besoin d'entendre spécifiquement ce conseil que tu t'es laissé, tu vois. Mais c'est marrant parce que c'est souvent... En fait, quand on est enfant, on est tellement plus créatif, tellement plus libre. Alors, ça se retrouve évidemment quand on devient adulte. Mais parfois, on a tendance à le perdre, ouais. C'est assez...

Emma Colins — Bah, moi je pense que le principal truc que j'ai perdu, c'est quand même le temps. Parce que forcément, là maintenant, je suis en double diplôme. Donc c'est pas du tout pareil que quand j'étais en 3ème, et où j'avais quand même des facilités scolaires, et donc globalement, je faisais pas grand-chose. Voilà. J'ai eu mon brevet en faisant pas grand-chose, en étant parfaitement honnête. Donc... Donc voilà, enfin... C'est... Moi en tout cas, c'est vrai que le fait d'avoir du temps, ça m'aide beaucoup à créer aussi, parce que ça permet de s'enfermer vraiment dans sa petite bulle. Et aujourd'hui, c'est quelque chose que malheureusement, j'ai beaucoup moins le temps entre mes différentes obligations.

Tenir les concours Sciences Po, le bac et un contrat d'édition

Ybelion — Je reviendrai, parce que j'ai d'autres questions sur ton évolution, mais là du coup, vu que tu partages le sujet, aujourd'hui, comment tu gères toi tout ? Enfin, je veux dire, du coup un peu tes triple vies entre étudiante, écrivaine. Et puis, il y a le métier aussi de partager sur le réseau. On a l'impression que c'est facile de faire de la com', entre guillemets, mais...

Emma Colins — C'est un enfer.

Ybelion — C'est un vrai métier.

Emma Colins — Mais pour le coup, ça, vraiment, pareil, quand j'étais au collège, en fait, j'avais du temps. Donc c'était... En fait, je postais, pour le coup, et je pense aussi que ça qui a aidé, quand j'étais au collège, et même tout mon début de lycée, en fait, je postais 5-6 vidéos par jour.

Ybelion — Ah ouais.

Emma Colins — Mais pendant deux ans, je pense, j'ai posté 5-6 vidéos par jour. Donc forcément, l'algorithme, il t'aime bien.

Ybelion — Effectivement.

Emma Colins — Quand tu arrêtes de le nourrir de la sorte, il t'aime un peu moins. Sauf qu'aujourd'hui, juste si je devais poster 5-6 vidéos par jour, c'est irréaliste. C'est juste pas possible. Donc comment je m'organise, ça dépend. Enfin, en fait, c'est... On va dire que depuis deux ans, je suis quand même dans un truc particulier, parce que j'ai tout le temps énormément de deadlines. Mon année terminale, déjà, ça a été assez particulier parce que du coup, je passais les concours de Sciences Po. Et c'est des concours qui sont quand même exigeants, qui demandent beaucoup de préparation, etc. Et en parallèle, du coup, j'avais signé mes contrats d'édition sur cette année-là. Donc j'ai vraiment eu tout en même temps. Et donc, ce qui fait que j'ai vraiment, en fait, bah, juste... Du coup, mon année terminale est là, ma première année où j'avais mis ton dédicace, mon organisation, c'était vraiment de faire un truc après l'autre. Mais du coup, c'est un peu particulier parce que, bah, si t'as pas déjà énormément de deadlines, ça s'adapte pas. Mais moi, c'était limite un peu de la survie, entre guillemets. C'est qu'il fallait traiter les trucs un à un et après, on n'en parle plus. Enfin, et je pense, c'est aussi ça qui participe à que je me rends pas nécessairement compte de tout ce qui s'est passé parce que c'était plus... Il faut... Un peu militaire, il faut que ça se soit fait, ça se soit fait, ça se soit fait et après, je peux plus m'attarder dessus parce que, bah, juste, il y a une montagne d'autres choses qui m'attendent. Au quotidien, après, en vrai, comment je m'organise ? J'essaye de me faire des plannings pour mon contenu. Ça, ouais. C'est pas toujours respecté parce que d'autres choses viennent s'intercaler et du coup, malheureusement, des fois, j'ai des vidéos qui sont tournées et qui sont jamais montées, donc jamais postées. J'ai des trucs qui dorment pendant très longtemps dans mon téléphone et puis, d'autres fois, ça finit quand même par émerger. Pour ce qui est de l'écriture, j'ai quand même écrit, là, un livre quasiment en moins... Enfin, j'ai écrit un livre en genre neuf mois, un truc comme ça. Donc, ce qui est plutôt rapide. Et pour ça, en fait, c'était soit j'écrivait tard le soir, soit tôt le matin, avant ou après mes cours, en gros. C'est essayer d'aménager pour trouver de la place dès que je peux entre deux deadlines. J'ai la chance de réussir à endosser une grosse charge de travail en très peu de temps et de le faire efficacement et sans trop avoir de problèmes, entre guillemets. je dis ça parce que, ben là, ça a fini par moins marcher. J'ai eu un... En fait, on a décalé ma deadline pour le tome 2 de plusieurs semaines, ce qui n'était pas prévu. Enfin, moi, je m'étais vraiment organisée en me disant ce sera à tel moment et au final, pour plusieurs raisons, on a dû avancer. Et donc, j'ai un peu été prise au dépourvu. Mais je suis détu, encore une fois. Donc, je me suis dit, c'est bon, je peux le faire. J'ai déjà fait pire... Enfin, en moins de temps au temps de travail, donc je vais pouvoir gérer. Sauf qu'en parallèle, j'avais des examens. Donc, ça ne l'a pas fait. Mon corps a juste dit, stop, ça fait deux ans que je travaille limite tous les jours, plusieurs heures par jour comme une folle. Limite, en vrai, à part le Canada, je n'étais pas partie en vacances. Enfin, vraiment... Et encore, le Canada, ce n'était pas des vacances reposantes. Enfin, vraiment, pendant deux ans, c'était tout le temps... Soit je préparais mes concours, donc mes vacances, c'était faire des cours d'anglais. Soit c'était finir manger ou faire de l'édito. Enfin, voilà. Donc, je n'ai eu pas, en fait, de période où j'ai vraiment pris le temps de me reposer, reposer mon corps, ce qui n'est pas bien, ce qu'il ne faut pas faire, ce que tout le monde m'avait dit, mais que, factuellement, c'était difficilement évitable, à moins de... Après, c'est des choix aussi, je pense, pour beaucoup de choses, mais c'est... Est-ce qu'on choisit de sacrificer sa vie sociale ? Moi, je n'avais pas envie, j'avais quand même envie de profiter de ma première année d'étudiante, et c'est pour ça que j'ai... Tout le premier semestre, en tout cas, je ne me suis pas refusée de sortir, j'ai fait quasiment toutes les choses comme n'importe quel autre étudiant, en fait. Est-ce que c'était la meilleure chose à faire ? Je ne sais pas. En tout cas, j'ai bien profité, mais du coup, c'était... OK, je faisais ça, mais derrière, je me levais plus tôt et je taffais, ou au final, quand je rentrais, parfois, je ne dormais pas parce que je devais finir ce que j'avais à faire. Donc voilà, mon organisation, c'était vraiment... Dès que j'ai une seconde, limite dans le train ou peu importe, je fais. Ce n'était pas très structuré. De base, c'est plus structuré parce que je suis quand même plutôt organisée dans ce que j'avais à faire, mais là, en fait, c'était juste tellement le rush sur tout que c'était compliqué d'être très, très organisée.

Ybelion — C'est trop cool, ton partage. Et il y a plusieurs choses hyper intéressantes dans ce que tu as partagé, justement. Le premier, déjà, c'est effectivement, alors, tu dis que tu n'es pas organisée, mais en même temps, tu as des deadlines qui te... En fait, c'est que tu t'organises, c'est OK. Là, en fait, avec les deadlines, il y a ça à faire et j'ai envie, moi, parce que c'est ça que j'ai envie de faire, donc je le fais. Ouais. En fait,

Emma Colins — je n'ai pas eu le loisir de m'organiser en étant libre, entre guillemets. c'est mes deadlines de soit mes cours, soit j'avais, je ne sais pas, un exposé tel jour. Du coup, c'est de l'exposé qui passait en priorité et puis après, hop, c'était la priorité d'autre chose. Enfin voilà, c'était vraiment dès que j'ai une deadline immédiate, c'est elle qui régit un peu tout et je suis guidée par ça et c'est ça qui va faire, en fait, ma journée. Et en plus, dans ça, j'essaie de caler quand même la promo tout le temps. donc ça prend aussi du temps.

Ne pas sacrifier sa vie pour écrire un livre

Ybelion — Ouais, c'est clair. Et t'as dit aussi un autre point, c'est que ne pas sacrifier sa vie sociale. Moi, je suis assez d'accord avec toi, c'est ce que je répète à qui veut l'entendre d'ailleurs, mais que le rêve d'écrire ou le rêve de devenir écrivain, il ne peut pas se faire au prix de sa vie, tu vois, parce que sinon, après, le rêve, il a un goût un peu de cendre, quoi. Oui, c'est ça. Et c'est pour ça, je pense, tu te dis, est-ce que j'ai fait le bon choix ? Moi, je pense que oui, tu vois. Sur le long terme, je pense que tu ne regretteras pas ce choix-là.

Emma Colins — Non, là, honnêtement, je ne regrette pas, mais c'est vrai que certaines fois, c'était un peu déraisonnable d'aller faire certaines choses alors que j'avais autre chose à assumer derrière. Et je l'ai fait et ça m'a menée dans une situation plus difficile où ça a été plus compliqué au final de me remettre bien. Et tu vois, aujourd'hui, j'ai du mal à écrire. pour l'instant, depuis mon tome 2, après, je l'ai bouclé complètement terminé en avril. Mais du coup, depuis avril, je ne fais rien. Enfin, je ne fais pas rien, mais j'ai quand même un blocage et je sais que c'est aussi dû à tout ce petit bazar qui fait que je n'ai pas pris le temps de respecter aussi d'autres aspects de ma vie et c'est important de le faire. Aussi, pour être bien. Mais je pense que tu as complètement raison sur le fait que oui, il ne faut pas sacrifier sa vie pour écrire un livre. C'est dommage et puis même, ce n'est pas nécessairement bon pour le texte si on ne reste qu'enfermé dans une chose.

Neuf mois d'écriture, trois ans de maturation

Ybelion — Et puis, en fait, tu l'as dit, là par exemple, toi, tu l'as écrit en neuf mois c'est bien Nos âmes ensoleillées. C'est celui-là.

Emma Colins — Après, j'avais en fait l'idée, je l'avais depuis le lycée. J'avais vraiment une idée très claire dans ma tête depuis plus de deux ans en fait. Même depuis la seconde. Quand je l'ai signé, ça faisait deux ans que je l'avais vraiment très clairement dans ma tête. Mais quand je l'écris, ça faisait trois ans. Et donc, dans les neuf mois, c'est vraiment de l'écriture en comptant l'édito, etc. Mais, il y a eu quand même un gros travail avant qui était celui de la réflexion, du chapitrage, etc. qui était déjà fait. Donc, c'est comme... Neuf mois d'écriture, certes, mais il y a plus derrière le livre en soi. Et c'est ce qui fait aussi que ça a été aussi rapide et facile pour moi de l'écrire. C'est que l'idée était déjà très, très mûre dans mon esprit.

Ybelion — Et c'est comment... Comment tu t'organises, toi, quand t'écris, du coup ? T'es plutôt du genre à essayer de... Est-ce qu'on retrouve ton organisation, tu vois ? Ou alors, tu y vas vraiment un peu plus au feeling ?

De jardinière à architecte : la méthode qu'elle a trouvée

Emma Colins — Alors, de base, j'étais une autrice très, très jardinière. C'est-à-dire que... Parce qu'en vrai, je ne connaissais pas.

Ybelion — Ouais. Généralement, ça devient compliqué quand on essaie de se branger dans une case.

Emma Colins — Donc, j'étais juste... J'avais une idée. J'écrivais, ça venait... Hop, hop. Et puis, petit à petit, forcément, ça s'est devenu plus sérieux. Et en fait, je pense que la première fois que j'ai vraiment commencé à faire des plans de chapitres, et encore, c'était vraiment des petits plans de chapitres. C'était avec Nos Âmes enneigées. Parce qu'en fait, j'ai fait six ou sept réécritures du roman.

Ybelion — Ah oui, effectivement.

Emma Colins — Et il a énormément changé entre la première idée et le texte qu'il est actuellement en librairie. Mais, vraiment, je me suis dit plus jamais ça. Ce n'est pas possible. Parce que, justement, au début, j'étais un peu partie juste avec une idée, tête baissée. Voilà. Et je me suis dit non, mais je ne peux plus jamais me remettre dans un bourbier comme ça. Je ne veux plus jamais avoir à réécrir un texte six, sept fois et changer sa structure. Changer. Carrément, il y avait, par exemple, dans le tout premier texte un gros antagoniste qui, finalement, est un personnage lambda dans la version actuelle. Donc, c'est pour dire à quel point le roman a, en fait, évolué. Et donc, je me suis dit bon, on va s'éviter de passer quatre ans sur un texte alors qu'en vrai, on pourrait passer beaucoup moins de temps. Et là, au final, sur Nos Amants Soleillés, ça a très bien fait l'organisation que j'ai pu trouver. Ce que j'ai fait, c'est qu'en gros, j'ai vraiment ouvert mon Google Doc qui est mon meilleur ami. et je me suis vraiment d'abord écrit un peu l'histoire en très grande ligne, dire ce qui se passe, etc. Et puis après, je le divise vraiment en chapitres. Et une fois que ça s'est fait, je vais encore détailler, donc faire une sorte de G0. Il y a pas mal d'auteurs, en vrai, qui font ça. Souvent, moi, ce que j'avais fait, c'était de mettre un peu les dialogues ou certains... certaines choses que j'avais déjà en tête, qui étaient très claires et que je savais qui resteraient comme ça. Et puis après, une fois que j'ai commencé l'écriture de mon G1, j'ai repris ça et puis j'ai déroulé. Et du coup, c'était très facile parce que je savais parfaitement où j'allais. Et donc, quand j'écrivais un chapitre, je pouvais le boucler parfois en juste une demi-heure parce que je savais parfaitement où est-ce que j'allais. Donc, bien sûr, après le chapitre, je le retravaillais plus longuement. Mais sur mon G1, j'ai vraiment mis très peu de temps parce que tout était très clair.

Ybelion — C'est cool, la manière de fonctionner. Tu vois, c'est ça, moi, qui me fascine, c'est qu'en fait, à la fin, chacun trouve sa propre méthode. Et c'est pour ça que c'est trop cool que tu partages la tienne parce que ça te donne encore d'autres idées. Mais j'aime bien, du coup, en fait, tu as vraiment... D'abord, tu poses les gros blocs et après les petits et puis après, tu fais tout un... Ouais, ok. Et après, évidemment,

Emma Colins — tu...

Ybelion — Ouais. Ah, mais c'est intéressant parce que c'est vrai que parfois, ça... Tu vois, c'est là qu'on est tous un peu différents mais parfois, ça aide d'avoir, par exemple, trois, quatre dialogues posés sur... Pour avoir un peu une idée et que ça soit tout de suite bien calé. Et ouais, c'est cool. Après,

Emma Colins — je pense que ça dépend aussi des univers, des projets parce que là, par exemple, je travaille sur une dystopie et donc, du coup, ça demande un world building beaucoup plus important. Donc là, limite, je passe encore plus de temps à construire tout l'univers que... Après, je m'attaquerai à l'histoire. c'est encore plus... En tout cas, pour l'instant, ça demande encore plus d'organisation et je pense que c'est aussi pour ça que je mets autant de temps depuis avril à retaper vraiment sur mon clavier des mots et pas juste un plan ou un monde mais parce que là, les projets sur lesquels je bosse, c'est beaucoup plus... Il me semble actuellement beaucoup plus compliqué déjà mais aussi, ils sont plus complexes par leur univers. C'est... Enfin, aujourd'hui, si je devais réécrire une romance, si je devais faire un plan, je sais que ce serait très rapide que là, les deux projets sur lesquels je suis, je me dis, là, ma planification, limite, j'en ai encore pour 2-3 mois et ça fait 3-4 mois déjà que je suis dessus. Donc, voilà, c'est un peu... un peu compliqué.

Vingt-cinq chapitres à la poubelle

Ybelion — C'est le... Forcément, c'est vrai que chacun a son style de prédilection, entre guillemets, ou le genre, et après, c'est là, effectivement, tu déploies ta méthode de manière différente en fonction de tout ça. et ouais, c'est toujours... Moi, je suis toujours impressionné, tu vois, par voir à la fin ce à quoi les auteurs arrivent dans leur rythme idéal et t'en as tellement varié, en fait, pour chacun et c'est bien. c'est intéressant parce que tu l'as partagé, c'est-à-dire que dans Nos Hommes enneigées, t'as quelque part fait l'erreur de pas te cadrer au début. Du coup, t'es arrivé dans la zone des marécageuses qui est horrible pour sortir c'est pas possible. Mais j'étais quand même

Emma Colins — têtu dessus, encore une fois.

Ybelion — Ouais, parce qu'en vrai, tu vois, moi, les auteurs que je vois arriver un peu dans ton cas comme ça où ils ont déjà réécrit trois, quatre fois et tu sens quand ils en parlent que c'est toujours pas clair dans leur tête, moi, avec eux, tu vois, à force de discuter et la conclusion à laquelle on arrive, c'est en fait, je vais reprendre depuis le début, tu vois. Et donc, tu fais, tu reclarifies tout et puis après, tu repars de zéro ou alors tu reprends ce que t'as écrit et puis t'es lag, quoi. T'es lag, t'es lag.

Emma Colins — En soi, c'est un peu ce que j'avais fait sur mes dernières écrites.

Ybelion — En vrai, ça m'étonne pas parce qu'il y a un moment en fait où c'est trop. C'est comme si tu portais un énorme rocher, tu te fais écraser par ce truc-là, quoi. Non, mais carrément. Par contre, c'est pas évident. Je suis curieux de savoir comment tu l'as vécu, mais ce moment où tu dis, ah ouais, là en fait, c'est obligatoire pour arriver à faire ce que j'ai envie de faire. Allez, je dois repartir de zéro presque. Et ça, souvent, c'est le plus dur. C'est ce qui fait... Oui,

Emma Colins — c'est compliqué mentalement.

Ybelion — Ouais, c'est clair.

Emma Colins — Je sais quand... Moi, j'avais changé beaucoup le début du texte, notamment. Les 25 premiers chapitres, c'était poubelle en gros. Ça, c'est courageux,

Ybelion — parce que c'est pas évident de jeter tout ça.

Finaliste du concours Fictia et les retours de l'éditrice

Emma Colins — Ouais, et donc j'étais en mode, bon, ça me fait chier, ça fait déjà deux ans que le truc est écrit. Mais je me suis dit, c'est pour le mieux, c'est pour le mieux de ce texte, j'y crois, etc. Je pense qu'il a vraiment un potentiel, les gens le soutiennent, y croient, etc. Mais, en l'état des choses, ça marche pas. Donc, j'avais participé au concours Fictia, qui est en partenariat avec la maison Hugonio Romance, et j'avais été finaliste. Donc, j'avais eu les retours, j'avais pas gagné, mais j'avais eu des retours de l'éditrice, en fait, de la collection, que j'avais trouvé très intéressant, en fait. Elle remettait pas du tout en question comment était écrit le texte, mais, elle, c'était plutôt un bout de la structure qui lui semblait pas correspondre, en fait, à l'univers, en fait, de romances hivernales, romances de Noël. Et au final, j'étais très d'accord avec elle, pas sur tout ce qu'elle m'avait relevé, il y a des choses que j'ai pas gardées en tête, mais, quand j'ai repris vraiment tout le roman, toute la structure, etc., j'avais en tête certains de ses conseils et qui m'ont été, au final, très utiles.

Ybelion — Comment t'as réussi, toi, parce que, tu vois, c'est pas forcément évident de recevoir des commentaires, surtout, en plus, quand t'es dans une démarche, entre guillemets, tu gagnes pas, même si là où t'es arrivé, c'est incroyable. Comment t'as réussi à faire le tri, tu vois, dans, ok, là, elle a raison, et quelque part, tu vois, c'est toujours mettre l'ego de côté, tu vois.

La jalousie envers celle qui a gagné

Emma Colins — Ouais, en vrai, c'était surtout la question de qu'est-ce qui fait sens pour mon ex, qu'est-ce qui va potentiellement le dénaturer ou que vraiment, je sens que je suis pas d'accord, que ça, c'est, enfin, c'est pas, je suis pas d'accord en mode, on touche à mon bébé, mais c'est de la mauvaise foi, c'est juste, je suis pas d'accord parce que c'est pas la vision que j'ai pour ce roman, et donc, c'est pas ce que je veux, et peut-être que ça correspondra pas à l'ego, tant pis, il trouvera sa place ailleurs, et au final, bah, ça l'a fait ailleurs, donc, voilà, mais, mais ouais, faut réussir à faire un tri un peu intelligent, entre guillemets, de qu'est-ce qui va être bon pour vraiment relever mon texte, le pousser vers le haut, et qu'est-ce qui correspondrait moins, mais c'est vrai que, moi, quand j'avais vu, en fait, enfin, j'avais vraiment placé énormément d'espoir en second cours, surtout que, bah, j'étais encore, j'étais en seconde à ce moment-là, donc j'étais quand même encore jeune, j'étais finaliste, je m'étais dit, purée, ça va être, enfin, limite, j'y croyais déjà un petit peu, quoi, je me faisais pas trop d'espoir non plus, mais il y avait une petite part de moi qui disait, ça va le faire, donc j'avoue que ça a été quand même un choc, quand, bah, j'ai découvert que non, ce ne serait pas moi qui serais publié, pendant longtemps, en plus, j'ai le livre de la gagnante, pendant longtemps, j'étais, j'étais là en mode, genre, je suis un peu, j'ai une petite jalousie envers cette personne de, ça aurait dû être moi, quoi, alors qu'en vrai, limite, tant mieux si le texte n'a pas été publié à cette période-là, parce que, je pense que même, juste du fait de mon âge, ça aurait été, peut-être, compliqué à vivre, autant de, autant de choses, à, genre, 16 ans, donc, c'est que ça devait, ça devait être comme ça, enfin, voilà, aujourd'hui, tu vois, je me prends pas la tête, et je suis très, très contente pour Lucille qui, en plus, vient de sortir un nouveau roman, enfin, voilà, maintenant, je suis cette autrice, j'ai pas de problème et tout, mais sûrement, c'était drôle, et je pense que c'est un truc humain de se dire, ah, ça aurait dû être moi, quoi, mais, c'est pas toi, et c'est pas grave, et c'est comme, pareil, le premier concours auquel j'avais participé, c'était le concours, avec Rebels, j'avais pas gagné, je peux comprendre pourquoi, on se comprend, achetez-moi sur ce coup-là, voilà, mais c'était Clara Hero qui avait remporté, et cette fille est juste tellement talentueuse, et juste, mais, heureusement que c'est elle qui a gagné, parce qu'on avait besoin de son texte, qui est juste exceptionnel, je me suis empressée d'aller le lire le jour de sa sortie, parce qu'en plus, il raisonnait, mais tellement, avec, c'était vraiment ce dont j'avais besoin de lire, et je me suis dit, mais en fait, c'est tant mieux qu'elle ait gagné, quoi, donc, je me dis, enfin, souvent, c'est pas toujours le cas, mais souvent, quand on gagne pas, quand on a pas un truc, c'est que, c'était pas ça, enfin, moi j'essaye de me dire ça, et peut-être que c'est juste pour me réconforter, mais, souvent, ça marche très bien,

Ybelion — je suis 100% d'accord avec toi, et, et effectivement, c'est tout à fait humain, et tu vois, je trouve, t'as eu vraiment la bonne démarche, c'est-à-dire, évidemment, quand tu perds quelque chose, il y a l'ego derrière de dire, comment ça, c'est pas moi le meilleur, tu vois, c'est normal, et par contre, après, d'avoir, tu vois, l'honnêteté intellectuelle, de se remettre en question avec les retours qu'on t'a fait, au contraire, c'est, c'est là que tu vois, la jalousie, en fait, elle est très indicative de ce que nous, on a pu rater, et sur ce, ce sur quoi on doit travailler, entre guillemets, et, finalement, c'était le parfait exemple, c'est exactement ce que t'as fait, et puis, le texte t'as trouvé preneur après, tu vois, donc, au contraire, tu vois, c'est cool de t'entendre parler de ça, parce que, on parle assez rarement, tu vois, la jalousie c'est un peu mal vue,

Emma Colins — c'est tabou,

Ybelion — ouais, voilà, alors qu'en vrai, c'est, quand tu sens la jalousie, c'est hyper indicateur, tu vois, parce que ça veut dire qu'il y a un truc qui est vraiment touché, quoi, et donc là, ça donne envie d'aller creuser, tu vois, c'est quoi exactement ?

Emma Colins — J'étais tellement, j'étais tellement déçue, parce que, bah, j'avais limite, pour le coup, là, mis toute ma vie en pause pour ça, et je disais en mode, bah, qu'est-ce qu'il a pas fait ? Comment c'est possible ? Et donc là, on m'offrait une part de réponse, après, dans tous les cas, un concours, ça reste un concours, parfois, c'est juste pas ce qu'a attendu, mais ça veut pas dire que ton texte est mauvais, ça veut pas dire que, c'est juste, on a demandé ceci, et bah, c'était lui qui répondait le mieux, et ça, ça marche pour tous les concours, et, bah, pareil, tu vois, j'ai pas eu Sciences Po Paris, qui était une grosse déception, après tous mes efforts, et c'est pareil, je me suis dit, bah, en fait, c'est que c'était pas ça, c'est que, voilà, enfin, j'élargi, mais c'est vrai que ça marche, pour l'écriture, ça marche un peu pour tout, c'est, des fois, bah, juste, on était pas ce qui était attendu, mais ça veut pas dire qu'on sera jamais attendu, quoi.

Ybelion — Tu sais, je te fais un compliment, du coup, mais, t'as beaucoup de recul sur la notion d'échec, je trouve, et c'est cool.

Emma Colins — en vrai, j'essaye, mais c'est pas ça.

Ybelion — Ouais, je me doute que c'est pas évident, mais... Non,

Emma Colins — mais je pense, pour personne, sur le moment, c'est jamais facile, quand t'as mis tout dans un truc, dans ton bébé, que c'est ton texte, et que t'es là en mode, t'y croyais tellement, et au final, non, alors que t'étais pas si loin, t'étais à ça, c'est ça, c'est limite ça qui est le plus frustrant, puisque, bah, si t'es 800ème, bon, bah, voilà.

Ybelion — C'est vrai.

Emma Colins — Enfin, tu te fais pas trop d'espoir, c'est triste aussi, c'est horrible comme situation aussi, mais... T'y crois moins. Quand tu sais que t'es dans les 10 derniers, t'y crois, fermement. Tu te dis, ah putain, en fait, ouais, c'est possible, et après on dit, non, en fait, non. Et du coup, t'es en mode, ah bah, j'y ai cru pour rien.

Ybelion — Ouais, c'est clair que c'est encore plus frustrant d'être au bout de la ligne, presque.

Emma Colins — Ouais, bah, limite, si t'es derrière, tu te dis, bon, bah, juste, c'était vraiment que ce texte-là, tu peux laisser tomber, tu vois. Mais même pas forcément, parce qu'encore une fois, bah, ça reste un concours. C'était peut-être juste qu'en fait, j'étais hors sujet, mais que ça se trouve, le texte est excellent. Donc, faut réussir à prendre du recul, ouais.

L'échec comme redirection

Ybelion — Et tu le... Tu donnerais quoi, toi, peut-être la plus grande leçon que t'as apprise avec les échecs que t'as pu connaître à la fin ?

Emma Colins — À la fin ? Bah, je pense, c'est quand même ça, c'est de se dire, souvent, bah, il y a un peu la phrase, genre, échec is... Non, c'est... is a redirection, ou un truc comme ça. Je sais plus. Et en vrai, moi, je le vois souvent comme ça. parce que j'ai plein de trucs dans ma vie où c'était tellement mon objectif que je vivais, je me levais, je me couchais, je rêvais, je truquais de ça jusqu'à... Enfin, c'est un autre exemple, mais vraiment, pour le coup, Sciences Po, pendant un an, j'ai mis tout en pause. Je rêvais de ça, mais toutes les nuits, mais que ce soit en cauchemar ou en rêve, premier degré. Enfin, vraiment, c'était... Après, je suis peut-être folle aussi. Dès que j'ai un truc, c'est vraiment, ça devient une obsession, mais à un niveau pas possible. Et j'ai eu ça, mais pour plein de choses, en fait, dans ma vie où c'était mon obsession. Au final, ça l'a pas fait. Et souvent, après, c'est parce qu'il y avait autre chose, que c'était peut-être juste pas pour moi, que c'était pas le bon moment, que c'était... J'ai toujours réussi à retrouver un truc derrière qui m'a finalement rendue heureuse aussi. sur le moment, ça fait mal, oui, mais ça veut pas dire que tout est fini, en tout cas. Même si, sur le moment, on se dit que si, mais c'est pas nécessairement le gars. Je pense que, vraiment, la plus grande leçon, c'est un peu la résilience, de se dire que c'est OK, que de toute façon, ça peut pas toujours marcher du premier coup. Ça marche rarement du premier coup, dans tous les cas. Et même si ça marchait, en fait, du premier coup, limite, ce serait nul. Enfin, ça voudrait dire que c'est trop facile et on perdrait presque la petite notion de j'ai ramé pour en arriver jusqu'ici.

Ybelion — Pour le coup, t'as utilisé le mot de résilience, pardon, et c'est très, très ça. Parce qu'il y a aussi l'effet, tu vas me dire ce que toi, t'en penses, mais quand t'as un échec et que tu vois, c'était vraiment un rêve de dire, d'avoir, entre guillemets, le courage de redémarrer un autre rêve, tu vois. Et ça, c'est pas forcément évident de le faire.

Emma Colins — Ouais, faut réussir à se dire bon, bah, c'est un rêve, mais en vrai, j'en ai déjà eu 12 autres et j'en ai encore 200 autres, donc tout va bien.

Ybelion — Ouais, c'est presque la première remise en selle, en fait, qui est compliquée. Parce que c'est la première fois que tu vis le truc et puis après, tu dis, ah mais en fait, attends, en fait, il s'est rien passé de grave ou de dangereux.

Emma Colins — Oui, voilà, c'est ça, je suis toujours en vie, tout va toujours. Tout va bien, factuellement encore, c'est chiant, oui, mais en soi, c'est pas le plus grave. Enfin, en fait, moi, c'est vraiment ça. Souvent, quand j'ai un truc comme ça, je me dis, bah, en vrai, il m'est arrivé pire dans la vie, il m'arrivera sûrement pire que ça et c'est pas grave. Voilà, j'ai fait, aussi de se dire, bah, j'ai fait mon maximum, je, dans tous les cas, j'aurais pas pu faire plus. C'est aussi ça, quand il y a un concours et tout, qui me motive, je me dis, ok, je donne mon maximum, je me donne à fond et comme ça, bah, vraiment, même si j'ai pas, j'aurai aucun regret et au pire, tout ce que je fais, ce sera des choses que j'aurai appris, ce sera des choses, enfin, ce sera que du bénéfice, dans tous les cas.

Ybelion — C'est une très belle leçon, très belle leçon de vie, ça.

Emma Colins — Mais si t'as peu touché, inspiré d'autres personnes.

Ybelion — Ouais, mais tu vois, c'est hyper important parce que, bon, moi, c'est des messages que je répète tous les jours, tu vois, mais c'est bien que quelqu'un d'autre les dise, comme ça, ils résonnent différemment et c'est cool parce qu'en plus, toi, maintenant, tes livres fonctionnent très bien donc, comme quoi, l'échec conduit aussi à la réussite et c'est ça qui est hyper cool, quoi. Et... Bah,

Emma Colins — de toute façon, oui, pardon, vas-y.

Ybelion — Non, je t'en prie, je t'en prie, vas-y, finis sur le sujet.

Emma Colins — Non, j'allais juste dire, il y a un peu la phrase de, un gagnant, c'est juste quelqu'un qui ne sait pas arrêter un échec, en fait. C'est quelqu'un qui a échoué une fois de plus et au final, qui a réussi à rebondir. et puis, c'est pas parce que là, aujourd'hui, tout fonctionne très bien que demain, j'aurai pas non plus de nouveaux murs, en fait, sur d'autres choses ou peu importe. Enfin, j'en aurai très certainement et c'est normal, en vrai, et ça arrivera très certainement.

Ybelion — C'est marrant, tu sais, les phrases un peu bateau comme ça, entre guillemets, on les regarde toujours avec un oeil, tu sais, genre en mode, et puis, en fait, elles sont toujours très, très vraies.

Emma Colins — C'est trop drôle. Non, mais carrément.

Un recueil de poèmes et une romance jamais publiée

Ybelion — Dans la chronologie, du coup, quand Rebelle sort, donc ça, c'est vraiment le livre, le premier, parce qu'en fait, au début, j'ai dit les deux, mais en fait, il y en a plus de deux et après, tu continues à écrire puis il y a le concours, le concours Fixia, c'est ça ?

Emma Colins — En fait, j'ai sorti Rebels le 14 mai 2021, et j'ai encore la date et quelques temps après, j'ai sorti aussi un recueil de poèmes parce que j'ai toujours écrit un peu de la poésie, même quand j'étais plus jeune au collège et donc, en fait, j'avais tout rassemblé dans un petit carnet, j'avais refait ça bien, j'avais fait une petite édition collector. Incroyable. J'étais assez fière de moi, franchement, et que ça avait été illustré et tout, enfin, vraiment, c'était... Ah oui,

Ybelion — beau livre, quoi.

Emma Colins — Très sympa. Ouais, non, franchement, surtout pour 2022, il n'y avait pas encore de trop beaux livres. C'était encore assez rare, les très jolies éditions, donc j'étais assez contente. J'avais fait même une petite édition collector avec genre des petits biscuits accordés aux livres. Enfin, vraiment, c'était sympa. Et donc, voilà. Mais après ça, j'ai écrit une romance qui est là, mais en vrai, qui n'a jamais été publiée nulle part. les gens m'en parlent toujours et à chaque fois que j'en parle, les gens sont là en mode qu'est-ce que t'en fais ? Même là, j'en parlais avec Eva Kim il y a deux jours et elle me fait mes meufs, le livre est gravisant. Mais bon, c'est un peu écrit... Ça date. C'était ma première romance. Voilà. Donc, bon, je pense que si ça devait être publié quelque part, il y aurait... il faudrait passer un peu au bulles d'air dessus. avant. Mais voilà. Et ensuite, là, c'est comme... Il y a eu le concours FICTIA, j'ai écrit Nos âmes enneigées. Puis, ça a duré longtemps, Nos âmes enneigées. Je l'ai écrit pendant trois ans, donc c'était assez long.

Ybelion — Ah oui, effectivement.

Emma Colins — Et après, du coup, Nos âmes enneigées.

Ybelion — Et là, si je comprends du coup mieux pourquoi tu disais neuf mois, c'est plutôt rapide, parce que forcément, quand tu le compares aux trois ans qu'elle avait passé avant... Il y avait raison

Emma Colins — à son frère jumeau.

Retour à la dystopie et roman choral féministe

Ybelion — Et donc là, maintenant, j'ai entendu la volonté d'aller tester d'autres genres, c'est ça ? Donc plutôt dystopie.

Emma Colins — Rebell, c'était déjà une dystopie. Ah oui, pardon. En ce moment, j'ai construit mon lectorat de base sur la dystopie. Mais là, retour dans la dystopie, mais quelque chose de beaucoup plus construit, plus mature, enfin voilà, forcément, j'ai bientôt 19 ans, si quelques jours. Donc je n'ai plus 14 ans. Enfin même 13 ans quand j'ai commencé Rebells, en fait. Putain, c'est fou. Donc voilà, je n'ai pas le même recul aussi. Je fais des études de sciences politiques, donc forcément, la dystopie, etc., c'est malheureusement un genre que je ne connais que trop bien. et forcément, j'ai aussi envie de mettre tout ça. J'ai toujours été quand même très engagée sur plein de choses dans mes textes, à plein d'échelles, en vrai. Voilà. Et là, j'ai envie d'aller encore plus vers cette direction sur les deux projets que je pose. C'est vraiment des textes... De toute façon, la dystopie ne peut qu'être engagée. On ne fait pas de la dystopie. Enfin, quand on crée un univers parallèle, c'est rarement juste pour décorer. Donc, voilà. Et sinon, je suis sur un roman choral féministe, donc là, c'est carrément... C'est très explicite.

Ybelion — Et c'est quoi que tu préfères écrire ? Euh...

Emma Colins — J'ai pas... Enfin, j'aime juste écrire. C'est bon. J'ai... J'aime autant quand je vais écrire de la poésie ou je vais parfois juste m'amuser avec des mots pendant 5 heures sur 3 lignes pour que, bah, tout soit bien, que ça soit... Parfois, juste même joli, esthétiquement parlant, que ce soit, tu sais, jouer avec les longueurs, des trucs, etc. ou même juste... Enfin, musicalement parlant, autant que... Bah, de faire une scène pleine d'action ou alors une scène très romantique. Enfin, voilà, vraiment, juste j'aime donner vie en fait à des histoires avec mes mots, quoi.

Ybelion — Et tu parlais de ta première idée de réaliser ta dystopie plus tôt. Est-ce que c'est toujours un truc auquel tu penses de te dire, peut-être un jour, nos âmes enneigées...

Emma Colins — J'aimerais bien, en vrai, faire un court ou long métrage un jour.

Ybelion — Ouais.

Emma Colins — Parce que ça me sortirait de ma zone de confort, j'aime bien. Mais après, sur un de mes romans, je sais pas. Peut-être, justement, aller au bout et carrément créer genre, un projet propice à ça. J'avais écrit une série quand j'étais... Ouais. En plus, c'était un peu un... J'avais parlé sur TikTok aussi et tout, mais après, au final, ça n'avait pas pris. Mais j'avais écrit quand même une bonne grosse partie du manuscrit, en fait. Et en plus, c'était sympa, c'était un petit truc un peu adolescent avec des meurtres et des trucs comme ça. voilà. Petite série, un peu à la Netflix, tout ça. Mais ouais, peut-être un jour.

Ybelion — En vrai, c'est intéressant parce que le processus créatif est à la fois similaire mais aussi différent, forcément.

Emma Colins — oui, c'est pas pareil. C'est pas à apprendre de la même manière, c'est pas à raconter de la même manière parce qu'il faut penser que ça va être des gens qui vont incarner et pas juste des gens qui vont lire, donc c'est différent. mais ouais, mais c'est intéressant.

Tenir son livre pour la première fois

Ybelion — J'ai mon petit chien qui nous interrompt. Un petit coucou. Ouais, voilà. C'est bientôt l'heure de la balade, c'est pour ça qu'il se réveille. et il y avait... Alors, il y a plusieurs passages, donc il y a le moment où tu reçois Rebels pour la première fois. Donc ça, si j'ai bien compris, tu le fais toi en auto-édition de ton côté.

Emma Colins — Ouais.

Ybelion — Ouais. Et ça fait quoi la première fois que tu...

Emma Colins — Alors, la toute première fois que j'ai eu un de mes textes dans mes mains, c'était parce que j'avais voulu en fait l'offrir à Noël à mes grands-mères.

Ybelion — Un grand-mère.

Emma Colins — Donc en mode petite surprise, voilà, votre petite fille a écrit un livre. Putain. Et donc, la première fois, littéralement, j'étais tremblante. J'avais posté la vidéo sur TikTok. C'est la deuxième fois. Enfin, ça avait percé. Genre, ça avait fait 100 000 likes, un truc comme ça. Ça avait vraiment...

Ybelion — Ah ouais. Ça avait bien percé.

Emma Colins — Ouais, ça avait bien percé. Et les gens étaient émus en fait de voir une petite fille. enfin, à l'époque, quand t'as 14 ans, désolé, oui, t'es une petite fille. Donc, découvrir en fait son texte. Donc, c'était vraiment chouette.

Auto-édition et maison d'édition : ce qui change

Ybelion — Alors, il y a la première belle émotion et comment elle était différente ? Parce que Nos âmes ennégées, du coup, c'est processus de maison d'édition. Donc, t'es plus la seule entre guillemets à avoir la main sur l'objet. Comment ça se passe ? Comment c'est différent pour toi ?

Emma Colins — C'est vrai que parfois, j'ai un peu ce truc de... C'était bien l'auto-édition, je pouvais faire tout ce que je voulais, comme je voulais. Mais c'est aussi... Enfin, je ne me plains absolument pas, c'est très chouette. Mais c'est vrai qu'il y a quand même des aspects de... Tu contrôles tout à la virgule près ou limite au flocon près, si je puis dire, sur nos amensolés. Mais non, franchement, j'ai quand même été... Par exemple, sur la couverture, j'ai été super écoutée. On avait fait une première version que je n'aimais pas du tout. Et où j'ai dit je suis désolée, ça ne va pas être possible. Je ne peux pas. Et mon électrice, elle a dit non mais oui, genre, il n'y a pas de problème. Voilà, on a refait tout de zéro. Et ça s'est très bien passé. Au final, j'étais super contente. C'est vraiment ce que j'imaginais et qui était même mieux parce que j'avais déjà une couverture en fait. Celle-ci.

Ybelion — Ah oui, ok.

Emma Colins — Et donc, qui était déjà très jolie. Enfin, je la trouvais très jolie. J'avais fait moi-même, etc. Bon, forcément, comparé à la version d'aujourd'hui, ça ne fait pas les figures. Mais, c'était quand même pas un mosh livre. Tu vois, c'était... Enfin, j'avais déjà un certain standing entre guillemets. Et donc, j'avais envie de pouvoir retrouver... Enfin, d'avoir ça, mais encore en mieux. J'avais fait une deuxième version. Yop, je suis en train de dessous un mur de nos amoureux. C'est pas grave. Voilà, comme ça. Donc, en relier. Donc, il était très joli aussi.

Ybelion — Beaucoup plus épais.

Emma Colins — Donc, j'avais vraiment envie qu'il soit très, très beau. J'avais des grandes attentes. J'avoue. Quand j'ai signé, j'ai dit vraiment... Limite, mon critère pour signer, c'était est-ce que j'aurais un droit de regard sur la couverture ? Parce que je sais que toutes les maisons d'édition, ce n'est pas le cas. Et donc, j'avais demandé est-ce que j'aurais vraiment un poids dans la création de la couverture ? Et on m'a assuré que oui. Et du coup, ça s'est très bien passé de ce point de vue-là. Et après, pour nos amants soleillés, ça a été très rapide en soi. Il y a juste deux, trois trucs qu'on a rechangés parce que ça ne convenait pas. Mais sinon, ça a été très rapide parce qu'on avait la base de l'autre. Mais du coup, franchement, au niveau des covers, c'était quand même chouette sur ce point de vue-là d'être autant entendu. Après, les grosses différences et puis les points où tu as un peu moins le contrôle, il y en a pas mal aussi. Mais c'est pour être plus libre sur d'autres points. Donc, c'est un... C'est différent.

Le jour de sortie et son livre repéré à Châtelet

Ybelion — Oui, c'est différent. Et quand à la fin, quand tu reçois... Parce que là, du coup, ton livre, la différence, c'est qu'il n'est plus dispo que sur Amazon si tu passes par Amazon, mais il est disponible partout. Et comment tu l'as vécu ce jour de sortie de nos âmes enneigées, c'est quoi ? C'est octobre de l'année dernière ? C'est ça,

Emma Colins — 23 octobre.

Ybelion — 23 octobre.

Emma Colins — Je me souviens de toutes les... Quand même. Mais ouais, c'était... En plus, déjà, j'avais une soirée de lancement la veille. Donc ça, c'était juste fou. C'était un peu un... Ouais. Mais en fait, quand j'écrivais Nos Ames enneigées, j'avais un petit groupe de copines avec moi qui croyaient beaucoup aussi. et en fait, des fois, on se prenait à rêver et on se disait il y aura une soirée de lancement, il y aura ce truc. Et en fait, c'est vraiment arrivé. Donc juste ça, c'était dingue de voir ça prendre vie pendant une soirée. Et à préparer mon lancement, je l'ai vu pour la première fois en librairie. J'ai vu pour la première fois à la fenêtre de Châtelet en grand sur le truc et j'étais en mode OK. Ah putain. C'est moi. donc c'était assez fou. J'avais déjà vu en fait le livre parce qu'on te livre tes exemplaires auteurs chez toi. Mais en librairie, c'était la première fois que je voyais un de mes romans. Donc j'ai vraiment fait le tour des librairies de Paris avec l'envie de le voir partout. Et non, c'était juste une journée de fou. Enfin vraiment, c'était génial. Et puis pareil, Nos Amants soleillés, j'ai fait la même chose, le tour des librairies pour pouvoir le voir partout. Donc c'était chouette.

Ybelion — Le coup à Châtelet, ça doit être impressionnant parce que pour le coup, il y a un max de monde là-bas et au plus la FNAC, elle est grande aussi.

Emma Colins — En plus, la fois où je suis revenue juste après, il y a une dame qui était en train de le prendre vous genre de mode OK.

Ybelion — Et est-ce que t'es passée incognito ? Non,

Emma Colins — je ne suis pas allée la voir. Je ne suis pas allée la voir. Mais avec ma copine, on était en mode

Ybelion — putain, c'est fou quand même.

Emma Colins — Oui, c'est assez dingue. Mais pareil, mon père, une fois, il m'a dit que moi, ça ne m'est jamais arrivé de croiser quelqu'un dans les transports ou quoi avec. Mais mon père m'a dit qu'il avait croisé une fille qui était en train de le lire dans le RER.

Ybelion — Et donc,

Emma Colins — ça fait drôle aussi, je pense, pour mon papa de voir quelqu'un lire le livre de sa fille. Mais j'avoue, j'aimerais bien un jour croiser quelqu'un avec un de mes romans. Et il est en mode ah ! En fait, si ça m'est arrivé, mais c'est même pas moi qui m'en suis aperçue. Mais quand je suis allée signer les services presse de Nos Amants Solillés, il y avait quelqu'un dans les locaux d'Oéditis qui était en train de lire Nos Amants Neigés. Du coup, je suis allée la voir et puis je lui ai donné, c'était la toute première lectrice du coup de Nos Amants Solillés aussi.

Ybelion — C'est incroyable.

Emma Colins — Donc voilà.

Ybelion — Tu vois, j'allais te demander si demain dans le bus ou dans le métro, tu croisais quelqu'un qui avait le livre, est-ce que tu irais le voir ? Tu vois ?

Emma Colins — Ça dépend peut-être du contexte en vrai.

Ybelion — Ouais, je comprends.

Emma Colins — Je suis assez simide quand même. Donc, c'est possible que je n'ose pas. Mais je pense que je crierai partout. Après, je serai là. j'enverrai des messages à tous mes amis genre en mode oh là là, qu'est-ce qui se passe-t-il ?

Ybelion — C'est trop cool. Et tu disais, c'était une idée que tu avais depuis deux ans. Tu parlais de Nos Ames Ensolillées mais Nos Ames Enneigées, c'était pareil parce que tu l'avais pensé tout de suite comme un double volume, c'est ça ?

Emma Colins — En fait, à l'origine, c'était un tome par continent.

Ybelion — Ah ! Ok, ok.

Emma Colins — Je ne sais pas si je l'ai rapporté demain ou pas. Bref, j'ai gardé en plus. Non, c'est peut-être là. Non. Je ne sais plus où j'ai les fiches juste papier. Mais en gros, j'ai vraiment le dossier avec genre tout l'autre clip, toutes les histoires et j'ai vraiment tout. Comme je l'ai déjà dit, pas caché, il n'y aura pas les trois autres histoires.

Ybelion — Ok, j'allais te poser la question mais du coup...

Emma Colins — je... Devance. Mais non, en vrai, c'est des projets que j'avais au lycée. C'est très chouette en vrai. Mais voilà, si je les avais écrits tous au lycée et qu'aujourd'hui, c'était sous spray, oui, j'aurais pu les publier, etc. Mais là, ça voudrait dire pendant peut-être encore quelque chose comme deux, trois ans, rester que sur ces projets-là et ce n'est pas nécessairement ce que j'ai envie. J'ai envie de pouvoir aller vers d'autres choses aussi peut-être que ces histoires verront le jour plus tard mais en tout cas, ce n'est pas mes projets actuels et peut-être que si ils vont un jour, ce sera sous un autre nom, sous une autre forme. Je ne sais pas.

Ybelion — C'était en plus, tu avais déjà les noms nos âmes enneigées en s'élayer et tu les avais aussi pour les...

Emma Colins — Oui, mais ça avait été publié sur mon Instagram, vraiment.

Ybelion — Ah oui, d'accord, ça marche.

Emma Colins — Il y avait tout et les personnages, les gens savaient qui serait concernés par ces Tom Compagnon aussi, quelle destination ça serait, enfin voilà, mais ça en restera là.

Quoi partager quand on est autrice

Ybelion — Et ça, c'est intéressant parce que ce n'est pas forcément évident de faire de la com quand on est autrice. Tu sais même dans le processus au-delà de quand le livre est sorti et comment toi, tu gérais, tu vois, comment tu gérais le choix de ce que tu partageais, de ce que tu partageais pas, est-ce que tu n'en avais rien à faire, tu disais de toute façon, je partage.

Emma Colins — Ouais, en vrai, limite, c'est pas que je saurais pas te répondre mais un peu et que je suis fort dépourvue maintenant parce que je ne sais pas. Mais ouais, c'est vrai que c'est super compliqué de savoir quoi partager ou fixer la barre pour l'intérêt et en fait, je pense que juste le fait que je n'y connaissais rien et que juste j'ai des faux feelings et que peut-être j'avais un peu de chance mais mon feeling était le bon, ça s'est très bien passé en fait. Mais juste, partager ce que j'avais envie de partager et limite, c'est devenu plus compliqué maintenant parce qu'il y a des choses que je ne peux pas partager officiellement. enfin, je ne me fixe plus mes trucs donc c'est plus compliqué même là, tu vois, en soi, j'ai partagé le fait que j'étais sur de nouveaux projets et tout mais comme ça fait quasiment deux ans que je cache un peu les projets que j'ai puisque avant qu'on annonce déjà la publication, il s'est passé un an, même plus d'un an, il s'est passé presque un an et demi entre la publication, enfin, la signature du contrat et l'annonce de publication de nos amants ensoleillés et pour nos amants enneigés, c'est pareil cinq, six mois. Donc en fait, pendant tous ces laps de temps, tu te chutes et du coup, là, c'est plus compliqué de devoir se dire ah ouais, ok, maintenant, je peux dire les choses mais j'ai oublié comment on dit les choses parce que ça fait deux ans que je ne dis plus rien ou je dis les choses mais après, il faut réapprendre mais en soi, je pense qu'il ne faut pas trop se prendre la tête, il faut essayer de, je pense, plus tu es spontané, plus tu es honnête, plus tu partages vraiment qui t'es, qu'est-ce qui te lie à ton texte, mieux c'est et je pense que c'est ça qui plaisait aux gens aussi dans ce que je partageais.

Ybelion — Moi, c'est vrai, tu vois, à la période où je t'ai découvert, ce que je trouvais pour le coup touchant, c'était vraiment l'authenticité avec laquelle tu partageais les choses, tu vois, alors que fondamentalement, je ne suis pas tellement un lecteur de romances mais en fait, entendre des auteurs parler de leurs textes, en fait, c'est ça qui marche, en tout cas, moi, c'est ça qui me touche.

Emma Colins — Ouais, non, mais je suis d'accord avec toi. Il y a plein de gens que je suis parce que, en fait, c'est leur parcours qui m'intéresse donc carrément. Même des fois, il y a des projets qui, ils ne sont rien à voir mais je vais être là en mode, ah putain, c'est chouette, il a un truc à raconter en fait et tu as envie de savoir ce que la personne elle a dit.

Sciences Po, école de commerce et écriture engagée

Ybelion — Ouais, c'est exactement ça. C'est exactement ça. Et tu as évoqué tout à l'heure un sujet, tu disais, du coup, tu fais des études de sciences politiques et alors du coup, tu vois, à quel point tu vois que ça change ton écriture et la manière dont tu abordes aussi les thèmes que tu veux t'aborder.

Emma Colins — C'est intéressant comme question. Moi, en gros, je fais des études, du coup, je suis à Sciences Post-Saint-Germain-Lé et en même temps, je suis dans une école de commerce. Je fais un double cursus et c'est deux visions très différentes. En étant parfaitement net, c'est deux visions assez différentes. C'est des cours qui sont très différents, très variés et en fait, c'est hyper enrichissant parce que ça te confronte à plein de choses en soi. Et quand j'ai commencé à écrire Rebels, j'étais en vrai, j'étais jeune. j'ai de la chance. Je viens d'un milieu aisé. Je ne vais pas mentir sur ça. Je suis favorisée. J'ai beaucoup de chance de ce point de vue-là. Mais c'est juste, tu vois, je n'avais pas nécessairement conscience quand j'écrivais. Mais en fait, rien que le fait d'avoir pu écrire, rien que le fait, en fait, par exemple, sur ma terminale et depuis que j'ai 16 ans, le fait que je puisse passer mes après-midi à écrire plutôt que d'aller taffer, c'est une chance et c'est quelque chose que j'ai pris conscience petit à petit et voilà. Et forcément, je n'ai pas, avec tout ce que je lis aussi pour mes études, pour plein de choses, en fait, ça m'éveille à tellement de choses qu'aujourd'hui, c'est aussi pour ça que j'ai envie de faire des textes beaucoup plus engagés parce que je me dis que je ne peux pas avoir une telle influence entre guillemets sans que ça ait du sens. Enfin, ça a toujours été le cas dans mes textes, j'ai toujours été très féministe, voilà, etc. Mais j'ai envie d'aller aussi plus loin et c'est aussi en partie parce que, bah, j'étudie beaucoup de choses qui me font ouvrir les yeux sur des réalités dont tout le monde n'a pas forcément connaissance ou pas au même degré et j'ai envie aussi de pouvoir un peu partager ça.

Ybelion — C'est... Je trouve ça trop cool, en vrai, que... de se rendre compte, tu vois, quelque part du monde dans lequel on vit et puis de s'en inspirer aussi beaucoup et sans dire qu'on a forcément toutes les réponses mais aussi c'est comme ça qu'on les trouve, tu vois. L'écriture sert beaucoup à ça aussi. Oui,

Emma Colins — non, mais vraiment.

Ybelion — Tu dirais que toi, c'est quoi les... peut-être les deux ou trois thèmes qui te passionnent le plus...

Emma Colins — Pardon.

Ybelion — T'inquiète. Les deux ou trois thèmes qui te passionnent le plus en ce moment.

L'Iran, le féminisme, l'éducation

Emma Colins — Pardon, les deux quoi ?

Ybelion — Les... Pardon, ouais. Les deux ou trois thèmes, je dirais, qui te passionnent le plus, tu vois, où tu te dis ah, j'ai vraiment envie d'explorer ça dans mon écriture.

Emma Colins — Euh... Ça fait... En fait, depuis... Depuis Massa Mini, perso, je suis vraiment très en colère.

Ybelion — Hum.

Emma Colins — Par rapport à tout ce qui se passe en Iran, et enfin, vraiment, ça me... Voilà. j'avais avant... Avant, les événements de... de 2022, euh... J'étais un peu jeune aussi, donc forcément, j'avais pas beaucoup de connaissances sur ces sujets-là. Mais... Mais voilà, c'est des choses qui m'ont beaucoup marquée. Et enfin, aujourd'hui, quand on voit la situation des Iraniens encore plus, c'est... Enfin, voilà, c'est très compliqué. Donc, c'est un sujet que... je... travaille depuis... longtemps, sur lequel je me documente beaucoup, beaucoup. euh... Et voilà, je pense que c'est un truc... Ça fait deux, trois ans que vraiment, ça... Enfin, c'est... Enfin, pour moi, c'est... Enfin, ça reste ma vision du féminisme et voilà, mais... Enfin, on peut pas faire du féminisme en regardant les droits de certaines femmes, en fait. Le féminisme, c'est les droits des femmes, point. Et... Et ça se lie à beaucoup de choses et c'est aussi ça que j'ai envie de montrer à travers... à travers de futurs textes. Sinon, là, j'ai... Rien à voir. Mais j'ai lu un livre, en fait, La sage-femme de Berlin qui m'a beaucoup, beaucoup retournée. Et... Et en fait, je me suis rendue compte que, bah... Pour moi qui suis née en 2007, donc presque 20 ans après la chute d'humeur, bah en fait, on connaît que très mal... Que très mal ça. Alors que... Bah c'est quand même un... un truc fou et surréaliste et enfin... Voilà. Et donc, c'est vrai que... Écrire dessus, je sais pas, mais c'est vrai que ça m'a donné un peu envie de creuser ce truc-là. Et bah encore une fois, bah c'est les mots de quelqu'un d'autre là qui pour le coup m'ont un peu amené à réfléchir. Et je pense qu'un dernier truc qui m'obsèderait beaucoup en ce moment, il y en a beaucoup.

Ybelion — C'est pas une question facile que je t'ai posée, ouais.

Emma Colins — Ouais. En vrai, il y a plein de choses, mais je pense aussi seulement l'éducation.

Ybelion — Ouais.

Emma Colins — C'est... un sujet, ouais, qui... Bah pareil, ça fait... Ça fait... C'était mon sujet en vrai de... de grand oral. Un peu.

Ybelion — Ok.

Emma Colins — En partie. C'est un truc qui me... Bah en fait, ça je m'en suis vraiment... enfin, tout ce qui est... On va dire que tout mon éveil un peu par rapport à ça. Ça vient aussi de quand j'ai voulu commencer à faire les concours pour Sciences Po. Parce que moi, j'ai... Alors que... Enfin, je mets des pincettes encore une fois, j'ai de la chance. Je suis dans un lycée qui avait une préparation pour les concours des IEP, etc. Et malgré ça, bah en fait, j'ai découvert ce qu'est un IEP en terminale. Alors que... Bah des gens que je fréquente aujourd'hui ou que j'ai pu fréquenter quand je préparais ces concours-là, bah en fait, ils savent qu'ils veulent faire Sciences Po depuis qu'ils sont en 6M. Et donc... Et donc... Tout ce qui est autour du... du monde scolaire, de... bah... L'éducation en tant que telle, c'est-à-dire qu'on apprend aujourd'hui, comment on l'apprend, quelle chance on donne aux élèves, et tous ces sujets-là, c'est vraiment un truc qui m'intéresse beaucoup et sur lesquels je me pose beaucoup de questions, même potentiellement pour mon futur, sur... qu'est-ce que j'aimerais faire, quoi. Voilà. Je t'entends pas. Je sais pas si tu m'as entendue, du coup.

Ybelion — Si, je t'ai entendu sur la fin de ta conclusion et au moment où j'ai commencé à parler, j'ai vu que tu t'étais figé. Mais je voulais te partager... Tu vois, j'adore que tu boucles par l'éducation parce que, finalement, les deux premiers sujets sont aussi des sujets d'éducation. Tu vois ce que t'as pu partager sur les femmes, que ce soit en Iran ou d'ailleurs dans plein d'autres pays du monde. Ah oui, mais c'est clairement pas qu'en Iran. Parfois même le nôtre. Et ça rejoint vraiment cette notion d'éducation. Et ça, je pense que là, avec les trois thèmes que t'as pu évoquer, t'as de quoi t'éclater en écriture pendant des années. Et puis, au contraire, je pense que, tu vois, tu l'as dit, ce que t'as pu lire, toi aussi, te confronte à des sujets où tu te dis putain, c'est trop bien à explorer. Et bien, en fait, tout ce que t'écriras sur ces sujets-là, ça sera pareil pour d'autres après qui te liront. Et moi, j'adore cette... C'est quelque part d'être ce passeur d'histoire, tu vois, et de quelque part éduquer aussi au travers de l'art, quoi. Donc, c'est trop cool.

Le mur de Berlin, ou comment un roman humanise l'Histoire

Emma Colins — Après, je pense que, tu vois, par exemple, je... À part si je me prends vraiment d'une passion pour l'histoire autour de la guerre froide, de Berlin, Est et Ouest, je ne pense pas écrire ouvertement sur ce sujet, mais c'est vrai que rien qu'au niveau de la dystopie que je compte écrire, c'est con, mais en fait, c'est une bonne source d'inspiration, quoi.

Ybelion — Tristement. C'est clair, ouais. C'est clair. Tristement. Et pour... Ouais. Et pour le coup, tu vois, moi, j'ai de la famille allemande, donc j'ai... j'ai beaucoup baigné dans tout ça. Ça dépend de l'éducation.

Emma Colins — Parce que, moi, du coup, j'ai fait espagnol, par exemple, donc en fait...

Ybelion — Ouais, on voit deux choses différentes déjà à ce moment-là.

Emma Colins — Ouais, c'est ça. Donc au final, j'ai vu tout ce qui est... Enfin, du coup, dans le programme d'Espagnol, tu as la conquête des Amériques, etc. Mais je pense que vous, du coup, en allemand, vous devez voir ça potentiellement que... du coup, enfin, en cours, on apprend qu'il y a un mur. Mais... je pense qu'on ne comprend pas tout ce que ça implique humainement, ce que ça impliquait pour des gens. Enfin, là, dans le livre que j'ai lu, en fait, c'était très, très concret. On voit le passage de... Il n'y a rien à... Putain, il y a un truc de barbelé à... Putain, il y a des briques. Et ça, du jour au lendemain, quoi. Et de voir que, limite, tu as la maison de la tante, en fait, qui se fait emmurer. Donc, la maison, elle est coupée en deux. Et donc, la tante, elle arrive à fuir à l'ouest parce que, bah, elle a de la chance, sa porte, elle était à l'ouest. Mais, en fait, ses voisins, qui avaient la porte à l'est, bah, ils restent à l'est. Et, enfin, voilà, donc, tout ça, c'est... En fait, ça donne une réalité... du réel, en fait, à une histoire qu'on nous a racontée, mais qui semblait un peu abstraite. Et c'est aussi ça qui est intéressant avec les livres. C'est de, ouais, de humaniser l'histoire. Enfin, en tout cas, moi, je trouve ça intéressant sur plein de romans historiques que j'ai pu lire. C'est, bah, on va creuser un sujet et on va lui donner un visage et parfois même, on est désensibilisé face à certains sujets et l'écriture va rapporter, en fait, de la sensibilité et rapporter un peu d'humanité sur ces sujets-là. quoi.

Ybelion — J'adore, j'adore ce que t'as partagé, là, sur le fait de ramener, que ça ramène à la fois de l'humanité et de la sensibilité. Je trouve que c'est, c'est une super belle définition de ce à quoi servent les livres.

Emma Colins — Ouais. Parce que tu vois, quand on m'a parlé du mur de Berlin, on m'a dit, bah, il y a un mur qui a été construit. Voilà. Mais est-ce qu'on m'a dit, ouais, on m'a dit, oui, il y a des familles qui ont été séparées. OK. Mais c'est très abstrait, en fait. On m'a pas dit que, du jour au lendemain, bah, t'as une tante qui s'était retrouvée toute seule. Parce que, bah, en fait, toute sa famille, elle était à l'est ou toute sa famille, elle était à l'ouest. que t'as des gens qu'on... Enfin, on a parlé d'une certaine tentative d'évasion, mais voilà, enfin, tu vois, c'est très, très vague. Et après, je pense que c'est aussi du fait de ma génération, entre guillemets, où c'est des sujets qui sont... Bah, il y a d'autres sujets qui sont venus remplacer, entre guillemets. Enfin, il y a eu des nouvelles choses après. Parce que je sais que, justement, j'en parlais avec, encore une fois, Eva Kim, avec qui j'étais en salon. Mais du coup, qui, elle, est plus âgée et qui, elle, était en mode, ah bon, tu connaissais pas ça ? Bah, oui ! Bah ouais,

Ybelion — mais c'est clair, après, chacun aussi... Et puis là, c'est quelque part, c'est, tu vois, tu parlais d'éducation, l'éducation a aussi... C'est aussi ça, tu vois, ça évolue. Et donc, forcément, on n'est pas tous tout à fait touchés par les mêmes choses. Et puis après, il y a aussi, tu vois, c'est tout bête, mais les professeurs aussi. Tu vois, certains profs te fileront... Ils vont accentuer, ouais,

Emma Colins — carrément.

Dix jours à quinze heures par jour

Ybelion — Voilà, c'est ça. Donc, c'est... Ouais, ouais. Ah, c'est trop cool. Et j'aime bien clôturer avec une question. Alors, t'en as déjà parlé, parce qu'en plus, t'as commencé en racontant une anecdote, mais est-ce que t'as quelque chose d'un petit peu, je sais pas, loufoque ou rigolo à raconter sur tes livres, ta manière de faire ? Bref, je te laisse un peu le champ libre pour conclure.

Emma Colins — Je réfléchis. Là, j'ai un trou noir. Un truc un peu loufoque.

Ybelion — C'est la question piège de la fin.

Emma Colins — Ah là, mon cerveau, il décide. Il ne trouve rien. un truc loufoque. Je n'ai pas de truc loufoque en ce moment. Ou alors, c'est loufoque à tel point que je ne me rends pas compte. En fait, j'ai des trucs loufoques, mais c'est des trucs loufoques de tous les auteurs.

Ybelion — Écoute, franchement, tu es la seule à pouvoir raconter ton histoire loufoque.

Emma Colins — Non, si, j'ai quand même ce que j'ai raconté avec me. Ce n'est pas bien, ne faites pas ça. du coup, ça rejoint un peu ce que j'ai dit, que je traitais une ligne après une ligne après une ligne de mes tâches, que je faisais ça, ça. Et puis, quand c'est fini, c'est ciao. Du coup, il s'avère que pour mon travail, ma réécriture, avant mon travail éditorial, on m'avait donné limite genre 4-5 mois. Sauf que c'était pendant les concours et le bac. Donc, je n'ai pas du tout eu le temps. Et donc, il me restait 10 jours. Et je venais, donc, je terminais le bac, il me restait 10 jours. Et donc, globalement, j'ai fait ce que j'aurais dû faire en 4-5 mois en 10 jours, jour et nuit. Ne faites pas ça, c'est pas bien. j'ai travaillé genre 15 heures par jour pendant 10 jours. Donc, ça fait un bon paquet d'heures. Mais, j'ai réussi à finir ma réécriture. Mais donc, voilà peut-être quelques raisons qui expliquent le pourquoi du comment mon corps m'a lâchée l'année dernière après maintes journées de 15 heures de travail parce que Emma se retrouvait avec des deadlines absolument infernales. donc, voilà. Mais je pense que je ne suis pas la seule à faire ça.

Ybelion — C'est marrant parce qu'on a commencé où tu racontais que tu étais têtu et en fait, on boucle à la fin sur le dernier acte têtu de tout boucler en 10 jours.

Emma Colins — Oui, un petit peu. Quand il n'y a plus le choix, il n'y a plus le choix. Mais dans tous les cas, c'est pas que je n'aurais pas pu faire autrement, mais c'est que je n'aurais pas pu faire beaucoup plus autrement. J'avais dû réécrire genre 3-4 chapitres par-ci, par-là, mais juste, je révisais mes concours et mon bac et ça reste quand même prioritaire par rapport à l'écriture de mes cours quand même. Donc, il ne me restait plus qu'à me bouger les fesses quand j'ai eu le temps de le faire. Et puis au final, après, de toute façon, il y a eu de l'édito, etc. Et ça, ça a été très bien vu que j'étais en vacances d'été. Mais du coup, ça a été assez cardio, comme on dit.

Ybelion — Ouais, putain, tu m'étonnes. D'où le ne refaites pas ça chez vous parce qu'effectivement, c'est totalement différent de ce qu'on disait tout à l'heure en disant c'est bien de trouver un rythme qui s'ancre dans notre vie.

Emma Colins — Non, ne pas faire ça. Non, parce que là, pour le coup, c'était 10 jours, je ne voyais personne. Je me rappelle. En plus, je taffe surtout de nuit. Mon pic de productivité arrive à partir de 20h environ. Donc, en fait, j'étais complètement décalée parce que je bossais de genre 20h à 8h du matin.

Ybelion — Ah ouais ? Oh putain, ouais. Donc, effectivement. Donc, en fait,

Emma Colins — ma nuit était en... Et après, je refaisais quelques heures dans la journée. Mais en fait, j'allais me coucher quand tout le monde se levait, limite. Enfin bref, j'étais décalée, quoi.

Ybelion — Ah ouais,

Emma Colins — un bel oiseau de nuit,

Ybelion — comme on dit.

Emma Colins — quand il a fallu me remettre dans le rythme, ce fut un peu compliqué. Mais ça s'est fait. Heureusement que je ne reprenais pas les cours.

Ybelion — Ouais, tu m'étonnes. Tu m'étonnes. C'était les vacances,

Emma Colins — c'était bien. Voilà.

Conclusion

Ybelion — Merci, merci. Merci beaucoup, Emma, pour tous tes partages. Et je te réitère... C'est un plaisir d'échanger. Je te réitère les félicitations parce que je trouve que tu as beaucoup de recul sur ce que c'est d'écrire. Et c'était hyper inspirant de t'entendre partager.

Emma Colins — Merci, ça m'a fait super plaisir. C'était très intéressant comme discussion. Donc, merci de m'avoir proposé ça.

Ybelion — Avec grand plaisir. Merci. Merci d'être là, épisode après épisode. Si ce podcast t'inspire, t'aide ou te met du baume au cœur, t'abonner, mettre 5 étoiles et le partager, c'est le meilleur moyen de m'aider à toucher le plus de gens qui ont un livre en eux. Parce qu'après tout, plus il y a de livres écrits et mieux le monde se porte. A très vite. Aux écrire.

Épisode 145 avec Emma Colins

AU MICRO AVEC

Emma Colins

Emma Colins écrit depuis le collège et auto-édite Rebels, une dystopie, à quatorze ans. Elle publie ensuite chez Slalom, dans la collection Slalom Romance : Nos âmes enneigées, puis Nos âmes ensoleillées, qui emmène ses personnages en Australie. Elle raconte son écriture sur les réseaux depuis ses débuts, et poursuit ses études en sciences politiques en parallèle.