SÉANCE 07 · 1 H DE COACHING EN 5 MIN · CLARTÉ D'IDENTITÉ
Tu expliques trop dans ton roman.
LA FICHE DE SÉANCE
1 H DE SÉANCE 5 MIN DE VIDÉO
- À L'ARRIVÉE
- Un mot occupe son carnet, « vraisemblance », et une question avec : faut-il tout expliquer pour que chaque détail tienne debout ?
- À LA SORTIE
- Elle fait confiance au lecteur, se donne trois repères par chapitre, et elle a commencé à dire autour d'elle qu'elle écrivait.
L'EXERCICE À EMPORTER
Relis un chapitre et, devant chaque explication, demande-toi si elle sert ton intention ou si elle sert à ne pas passer pour un con. Coupe la deuxième.
LES CHAPITRES · LES TIMECODES LANCENT LA VIDÉO
- « Faut-il tout expliquer dans son roman ? »
- Le mot dans son carnet
- Le complice qui disparaît
- Le chapitre resté sans réponse
- Dans quel état on ouvre ton livre
- Harry Potter est bourré d'incohérences
- La joyeuse arrogance
- Un exercice, trois repères
- Oser dire qu'on écrit
LA SÉANCE MOT À MOT
C'est le texte de la vidéo, tel que je l'ai écrit après la séance. Le mécanisme de la séance est intact. J'ai retiré tout ce qui pouvait faire reconnaître la personne.
Une autrice que j'accompagne voulait savoir si elle devait tout expliquer dans son roman, pour que chaque détail tienne debout. Au bout d'une heure, elle avait trouvé elle-même qui ces explications protégeaient, et son histoire n'avait rien demandé. La loupe à côté de ma tête, c'est celle qu'elle imaginait dans les mains de chaque lecteur.
Quand elle arrive, elle est en pleine réécriture, et un projet avance enfin. Deux récits fusionnés se répondent : un héros et son bourreau marchent vers la même fin par des chemins différents. Elle traverse aussi la phase où on relit l'ensemble et où on trouve tout mauvais, et elle la prend sans se démonter, en sachant que c'est temporaire. Une liste l'attend dans son carnet pour notre séance, et la dernière ligne, elle l'a écrite en un mot : vraisemblance.
Elle me donne tout de suite un exemple. Dans une scène mineure, deux complices partent ensemble en repérage. À l'arrivée, il n'en reste qu'un (et je précise que ce détail n'a aucune incidence sur l'histoire), et l'autrice ne s'en est rendu compte qu'à la relecture. Elle pourrait régler ça en deux phrases, elle a d'ailleurs essayé, avec et sans. Sa question va plus loin : « est-ce que je dois faire ça partout ? » Elle me parle des films de série B qu'on regarde en traquant les incohérences, et elle me dit qu'elle n'a pas envie d'alourdir son texte à vouloir tout justifier. Je lui demande pourquoi elle aurait besoin de tout expliquer. Elle me répond aussitôt : pour éviter que le lecteur la prenne pour une conne.
La clé, elle me l'avait donnée vingt minutes plus tôt sans le savoir. Elle n'a jamais rien fait lire à personne, sauf un premier chapitre, confié à une amie l'an dernier. Pendant des mois, elle n'a rien reçu, même pas un bravo. Elle ignore si son amie l'a seulement ouvert. Elle en parle avec un sourire, et elle conclut que ça ne l'a pas confortée dans l'idée qu'elle pouvait écrire quelque chose de bien. Toi aussi, tu as peut-être quelque part quelqu'un qui n'a jamais répondu à un texte que tu lui as envoyé. Garde ça en tête pour la suite.
Je lui demande alors ce qui se passerait si un lecteur venait lui dire qu'il n'a pas compris, qu'il y a un trou dans l'histoire. Elle réfléchit, et elle répond que ce serait comme ça, et puis c'est tout. Sans que je relance, elle reconnaît qu'elle rajoute des infos en trop, dont le récit se passerait très bien, juste au cas où quelqu'un se dirait que l'autrice n'a pas vu la faille.
Je lui annonce une grande nouvelle : un lecteur, c'est très con. Elle rit, et je précise. Ce qui est con, c'est l'état dans lequel il ouvre ton livre, et ça, tu ne le contrôleras jamais. Il l'ouvre fatigué, distrait, entre deux stations de métro. Il trouvera des sens auxquels tu n'as jamais pensé, et il ratera des détails que tu as mis des heures à placer. Pendant qu'on parle, je tape le titre de son roman préféré avec le mot incohérence, et je tombe sur des reproches qui ne tiennent pas debout. Harry Potter est bourré d'incohérences, le Seigneur des Anneaux aussi, Tolkien a changé d'avis en cours de route, et ça n'empêche personne de les relire. Alors je lui dis de faire confiance au lecteur. Elle écrit un roman, et un roman se lit autrement qu'un bulletin d'information. La cohérence compte pour l'univers, pour ses règles, pour nos intentions et nos thématiques. La couleur du slip d'un figurant, elle s'en fiche un peu. Et si un jour le plus grand spécialiste du sujet repère une petite incohérence dans son livre, grand bien lui fasse.
Elle encaisse. Son livre doit servir son histoire, il ne fera jamais office de documentaire, et cette phrase-là est d'elle.
Je le comprends d'autant mieux que j'ai la même fabrique en moi. J'ai écrit un jour, en public, que je me trouvais génial, et j'ai ajouté que ce n'était pas de l'arrogance puisque c'était vrai. Je faisais le malin, et la phrase d'après disait la vérité : cette joyeuse arrogance me ramène au clavier tous les jours, mais ne m'empêche pas l'honnêteté de me remettre en question pour me faire progresser. Elle, quand elle rembourre ses chapitres pour ne pas passer pour une conne, elle a gardé l'honnêteté. La joyeuse arrogance, elle est encore en train de l'apprendre.
Ce qu'elle repart faire, tu peux le tester ce soir sur un seul chapitre. Tu relis, et devant chaque explication tu te demandes si elle sert ton intention ou si elle sert à ne pas passer pour un con. Tu gardes la première, tu coupes la deuxième, et tu regardes si l'histoire tient encore. Je parie qu'elle tient.
Je la fais aussi repartir avec trois repères à noter pour chaque chapitre pendant sa réécriture, et je te les laisse aussi, ils sont importants : qui est là, quand ça se passe, et ce qui s'y joue. Elle y ajoute un quatrième, et c'est son idée : le dosage. Sentir si c'est bien le héros ou le bourreau qui parle. Ça ! Ça joue sur la cohérence que le lecteur va sentir.
Cela étant dit. Une version qu'elle estime présentable doit m'arriver avant la fin du mois. Et pour la première fois, elle a commencé à dire autour d'elle qu'elle écrivait. Dire qu'on écrit, c'est le premier pas de la Clarté d'Identité : ça nous permet d'oser notre statut d'auteur, et de lâcher le lecteur imaginaire qui nous prendrait pour un con.
À ton tour
Tu as reconnu ton blocage dans cette séance ? J'ai des séances comme celle-là chaque semaine, avec des auteur·ices dont le livre attend depuis longtemps, et l'accompagnement Ose Écrire commence par un atelier offert.
Découvrir l'accompagnementCe blocage a sa page : « Et si les gens que j'aime se reconnaissaient ? »
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03SÉANCE 03Pourquoi tu n'arrives pas à écrire le livre dont tu rêves
DERRIÈRE LES SÉANCES
Ybelion
Samuel Le Parc · écrivain et coach ICF
Ancien ingénieur en sûreté nucléaire, j'ai tout quitté pour l'écriture. J'anime Ose Écrire et j'accompagne les auteurs autour de trois clartés : le rythme, l'identité, l'intention. Toi aussi, tu as un livre qui attend ?