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Ecriture· 9 min

Blocage d'écriture : les vraies causes (et quoi faire)

Tu bloques sur ton livre depuis des mois ? Les astuces ne marchent pas parce qu'elles ne traitent pas la vraie cause. Voici ce que ton blocage essaie de te dire.

Blocage d'écriture : les vraies causes (et quoi faire)

Blocage d'écriture : les vraies causes que personne n'ose nommer

Dimanche soir. Tu t'étais dit que tu écrirais. Peut-être même que tu avais calé le créneau dans ta tête depuis vendredi. « Ce week-end, je m'y remets. »

Et puis le week-end est passé. Le document est resté fermé. Tu n'as pas écrit une ligne.

Du temps, t'en avais. Des idées, t'en as plein. Juste... tu ne l'as pas fait. Encore. Et lundi matin, cette petite boule dans le ventre revient. Ce mélange de frustration et de culpabilité que tu connais par cœur maintenant.

Ça fait combien de dimanches que ça dure ?

Si tu lis cet article, il y a de grandes chances que tu aies déjà tapé « blocage d'écriture » dans Google. Tu es probablement tombé sur des listes de conseils : change d'environnement, écris dans le désordre, fais une pause, écoute de la musique. Dix astuces, sept armes, treize techniques.

Et ça n'a rien changé.

Parce que le problème n'est pas là.


Ce que ton blocage d'écriture essaie vraiment de te dire

J'ai accompagné des dizaines d'auteurs et d'autrices. Des gens brillants, sensibles, avec des histoires magnifiques à raconter. Et quasiment tous sont arrivés en me disant une version de la même phrase : « Je bloque, et je ne comprends pas pourquoi. »

Sauf que si on creuse (et crois-moi, on creuse), le blocage a toujours quelque chose d'autre à raconter. Quelque chose en dessous. Un symptôme, en fait.

C'est un signal. Un signal que tu ignores depuis un moment déjà.

J'en parlais dans l'épisode 38 du podcast : la vie t'envoie des signaux faibles. Au début, c'est discret. Un dimanche où tu n'écris pas. Puis deux. Puis un mois entier. Puis tu te retrouves à ne même plus vouloir ouvrir ton manuscrit.

C'est comme cet ami chez qui tu dors la veille de prendre un train important... sauf que le matin, tu ne te réveilles pas !

Au début, il te secoue doucement. « Hé, réveille-toi, t'as ton train. » Tu ne bouges pas. Alors il secoue plus fort. Puis il te jette de ton lit. Puis il te met des claques pour que tu ne rates pas ce train.

Le blocage d'écriture, c'est la claque. C'est le signal qui est devenu si fort que tu ne peux plus l'ignorer.

Sauf que,

Oublie le « comment débloquer ». Demande-toi plutôt : qu'est-ce que ce signal essaie de me dire depuis tout ce temps ?


Les trois confusions qui nourrissent le blocage

Derrière chaque blocage d'écriture que j'ai vu en coaching, il y a toujours, toujours, une confusion. Parfois une seule, souvent deux ou trois emmêlées.

La confusion d'intention. Tu ne sais pas (ou plus) pourquoi tu écris ce livre. Oh, tu as une idée, bien sûr. Peut-être même plusieurs. Mais l'intention profonde, celle qui répond à pourquoi CE livre, pour QUI, et qu'est-ce que ça changera quand il existera... c'est flou. Et quand l'intention est floue, chaque direction se vaut. Aucune n'avance. C'est comme vouloir aller à Toulouse et à Paris en même temps en partant de Bordeaux. Tu finis par rester sur le parking.

Et c'est là que la confusion fait le plus de dégâts. Parce que quand tu portes cinquante idées sans en choisir une, aucune n'avance.

Les idées meurent. Pas les livres qu'on écrit.

C'est un peu cash, mais c'est vrai. Tant qu'on ne choisit pas celle qui brûle le plus, aucune n'existera. Et choisir, c'est préférer celle qui compte. C'est pour ça que le tout premier travail qu'on fait avec les auteurs que j'accompagne, c'est le RÉVÉLATEUR, un processus qui permet de poser les fondations de ton livre en clarifiant tes intentions. Parce que tant que cette fondation n'est pas là, tu construis sur du sable.

La confusion de rythme. Tu n'as pas trouvé TON rythme. Tu as essayé celui d'un autre. Le sprint de 5 000 mots par jour. Le NaNoWriMo. L'objectif « une heure chaque matin ». Sauf que ta vie, tes impératifs, ton énergie, tout ça est unique. Et un rythme qui ne s'intègre pas à ta vie, c'est une punition que tu t'infliges avant de craquer. J'en sais quelque chose. J'ai fait exactement cette erreur avec mon premier roman, et je raconte toute l'histoire ici.

La confusion d'identité. Et celle-là, c'est la plus discrète. La plus profonde. Tu ne te sens pas auteur. Pas vraiment. Tu te sens comme quelqu'un qui « essaie d'écrire un livre ». Il y a cette petite voix (parfois pas si petite) qui te dit : « Qui es-tu pour vouloir écrire, au fait ? » Et tant que cette question reste sans réponse, chaque mot que tu poses te semble illégitime.

Ces trois confusions (intention, rythme, identité) forment un cercle vicieux. La confusion empêche d'agir. L'inaction nourrit la culpabilité. La culpabilité renforce la confusion. Et le blocage s'installe comme si c'était ta nouvelle normalité.

Sauf que ça ne l'est pas.


Pourquoi les « 10 astuces pour débloquer » ne marchent pas

Ces techniques marchent quand le blocage est ponctuel. Mauvaise journée, scène qui résiste, fatigue passagère. Là, oui, va prendre l'air, ça ira mieux.

Mais quand le blocage dure ? Quand ça fait des mois, des années ? Aucune astuce du monde ne remplacera le fait de s'asseoir, de se regarder en face, et de se demander : sur quoi je suis confus ?

C'est une leçon que j'ai apprise dans ma propre chair.

Quand j'ai quitté l'ingénierie nucléaire après huit ans pour devenir écrivain et coach, j'ai traversé un blocage d'écriture monumental. Écrire, je savais faire. Mais savoir QUI j'étais en train de devenir, ça, c'était une autre histoire.

L'ancien Sam, l'ingénieur, n'avait plus de raison d'être. Et le nouveau, l'auteur, le coach, n'existait pas encore. J'étais suspendu entre deux versions de moi-même. Et dans cet entre-deux, écrire revenait à choisir une identité. Poser des mots sur une page, c'était dire : voilà qui je suis maintenant. Et ça, c'est autrement plus effrayant qu'une page blanche.

Pendant des mois, j'ai fait ce qu'on fait tous : j'ai ignoré les signaux. J'ai essayé des « techniques ». J'ai rajouté des trucs au lieu d'en enlever. Les stats me renvoyaient que quelque chose clochait. Les interactions aussi. Mon propre ressenti aussi. Mais j'avançais quand même, tête baissée.

Jusqu'au jour où quelqu'un m'a posé les mots devant les yeux et m'a dit : « Sam, tout ce que tu viens de me raconter, là... ce sont des signaux faibles. Et si on ne travaille pas dessus maintenant, dans six mois tu vas te prendre le mur. »

Ce jour-là, j'ai esquivé le mur. Ce qui m'a sauvé, ça n'avait rien d'une astuce. C'était simplement de la clarté. Enfin.


Le mot de maintenant

Le seul mot qui compte, c'est celui que tu dois écrire maintenant.

Pas le dernier mot de ton manuscrit. Pas le mot « fin ». Pas la phrase parfaite du chapitre 12 que tu fantasmes depuis six mois. Juste le prochain mot. Celui-là.

En relisant un passage de mon deuxième roman, je suis tombé sur cette idée qu'un personnage formule mieux que moi : le pas qui est important, c'est celui que tu dois faire maintenant. Celui d'avant n'a aucun sens dans l'action que tu mènes, et celui d'après n'a aucun sens si tu ne fais pas celui-ci d'abord.

C'est exactement comme ça que fonctionne l'écriture. On pose un mot. On se demande quel sera le suivant. On continue. S'interroger sur la fin quand tu n'as pas encore écrit le début, c'est le plus sûr moyen de ne jamais commencer.

Alors au lieu de te demander « est-ce que je vais finir ce livre ? », demande-toi : quel est le prochain mot ?


Et si le blocage était ton meilleur allié ?

Je sais que ça sonne contre-intuitif. Mais écoute.

Ton blocage d'écriture porte un message. Sur toi, sur ton rapport à ton livre, sur l'endroit où tu en es dans ta vie. Et plus tu le combats, moins tu l'entends.

Les blocages qui paraissent stupides sont souvent les gardiens de sujets qu'on n'ose pas affronter. J'ai mis deux ans à quitter un endroit où je ne voulais plus être. Deux ans. Parce que « j'aimais pas faire mes cartons ». Sauf que derrière les cartons, il y avait huit ans de travail d'ingénieur. Des relations. Des amitiés. Toute une page de vie à tourner.

Ton blocage en écriture, celui qui te semble complètement con ? Ne le juge pas. Écoute-le. Il a probablement quelque chose d'important à te dire (c'est même sûr).

Et quand tu l'écoutes, quand tu acceptes de regarder ce qui se cache derrière, quelque chose se déplace. La confusion commence à se lever. Le chemin se clarifie. Et l'écriture revient. Doucement, à son rythme. Comme un retour à toi-même, en fait.

C'est tout le principe du travail qu'on fait avec Ose Écrire. La clarté qui dissout le blocage, celle qu'aucune liste de tips ne pourra te donner. Clarté d'intention, clarté de rythme, clarté d'identité. Les trois ensemble forment un trépied. Enlève un pied et tout s'effondre. Pose les trois et ton livre avance.

Je ne dis pas que c'est facile. Je dis que c'est simple. Et que la différence entre les deux, c'est souvent ce qui sépare les gens qui portent un livre en eux depuis dix ans de ceux qui tiennent leur manuscrit terminé entre les mains.


J'explore ces sujets en profondeur dans l'épisode 38 du podcast, sur les signaux faibles et le mot de maintenant.

Et si tu sens que la clarté ne viendra pas toute seule, que t'as besoin de quelqu'un pour démêler ce qui se passe vraiment, c'est exactement ce que je fais.

Le meilleur moment pour écouter ton blocage, c'est maintenant. Pas dimanche prochain.

Ybe

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Ecrit par Ybe

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