
OSE LIRE #7 · 17 OCTOBRE 2026 · 62 MIN
Jusqu'au bord de son ravin. Les verbes de l'écriture
de Wajdi Mouawad
LES PÉPITES DE LA LECTURE · LES TIMECODES LANCENT LA VIDÉO
Je les ai réécrites au calme après le direct, pour livrer l'idée intacte sans les hésitations de l'oral.
J'ai protesté avant de comprendre
« J'ai senti mes poils se dresser en lisant chez Wajdi Mouawad qu'on écrit par obéissance : la liberté occupe le sommet de mes valeurs. Il m'a fallu plusieurs relectures pour l'entendre comme l'injonction de vie la plus forte pour qu'on assume qui on est. L'écriture contient plus que nous, voilà ce que ce mot d'obéissance me dit aujourd'hui. »
Baltem n'a pas mes yeux
« Dès que je nomme Baltem au lieu de dire « mon personnage », je quitte mon prisme pour le sien. Le héros de ma trilogie Karnoa gagne alors la place d'apporter sa propre vision. Essaie avec le tien : que dirait-il de ton histoire, de son parcours, de ta façon d'écrire ? Ce genre de petit décalage inconscient débloque parfois de grandes choses. »
Je me suis raconté une histoire
« J'ai quitté l'ingénierie en me définissant beaucoup en opposition à l'ingénieur. Ceux qui restaient avaient tort, j'avais osé autre chose : voilà ce que je me répétais pour me convaincre. Sous cette posture couvait une colère envers moi-même qu'il me fallait apaiser. J'ai reconnu ce mouvement dans le passage où Wajdi Mouawad décrit le mépris de ceux qui sont sortis de la pauvreté pour ceux qui y sont restés. »
Quelle route n'as-tu pas prise ?
« En tant qu'écrivain, je reste hanté par ce que j'ai vécu et je me questionne sans cesse sur les liens de cause à effet, les points de bascule, les chemins alternatifs. Ces vies possibles, Wajdi Mouawad les nomme uchronies : des histoires réécrites à partir d'un seul événement. J'y lis surtout du courage et de l'espoir : assumer un choix manqué, ou l'envie de choisir autrement aujourd'hui. »
Le flou se voit en une question
« On m'assure souvent que le projet est très clair. J'accueille, puis je creuse : que veux-tu raconter, au juste ? La réponse se met alors à flotter, l'idée ayant vécu dans la tête de l'auteur·ice sans jamais avoir été dite à voix haute. Le dire, puis l'écrire : la Clarté d'Intention commence par ce geste. »
Mes pires claques m'ont relancé
« Ma première rupture m'a remis sérieusement à l'écriture, et presque chaque épreuve douloureuse a joué chez moi le rôle de catalyseur. Ce vécu explique pourquoi un passage de Wajdi Mouawad m'a suivi jusque dans une conversation avec ma mère : un traumatisme nous projette en un instant loin de nous-mêmes, alors que le moindre changement choisi réclame un effort de titan. »
Réponds sans te mentir
« « Je me dois de rester à la hauteur de la puissance de ce rêve fait une nuit d'enfance. » Cette phrase de Wajdi Mouawad, je la trouve magnifique. Je pourrais la poser à toutes les personnes qui portent le rêve d'écrire un livre depuis des années, en leur demandant si elles se sentent au niveau de ce rêve. Devoir répondre non peut alors provoquer quelques prises de conscience. »
La lecture mot à mot
LE DIRECT INTÉGRAL · LES TIMECODES LANCENT LA VIDÉO
La machine a transcrit toute seule, et un direct de lecture la met à rude épreuve : des coquilles traînent forcément. Au moindre doute, la vidéo fait foi.
Intro : Wajdi Mouawad plutôt que Philomag
Coucou les amis, je suis ravi de vous retrouver aujourd'hui. Nouvel épisode d'Ose Lire. J'allais partir sur l'épisode de Philomag d'octobre, mais j'ai décidé de faire différemment. Et je vais commencer par un livre qui m'a profondément marqué récemment. Un livre de Wajdim Ouahad, qui est peut-être un de mes auteurs préférés de ma vie d'adulte. Jusqu'au bord de son ravin, Les Verbes de l'Écriture. C'est un livre... Si j'étais journaliste, je dirais livre massue ou un truc comme ça. Mais non, c'est un livre qui m'a marqué de fou. Il est incroyable. Bienvenue dans Ose Lire. Moi, c'est Sam, Ybelion de mon nom de plume. Je suis écrivain, coach ICF et créateur d'Ose Écrire. Dans cette série, je lis en direct des livres et des magazines sur l'écriture, la créativité et finalement ce qui nous rend vivants. Je m'arrête dès que quelque chose me touche et je partage ce qui monte. C'est brut, c'est spontané, c'est une rencontre avec un texte.
Installe-toi, on lit ensemble et bonne lecture ! Petite particularité, évidemment, il est très long. Donc le lire en direct, ça n'aurait pas eu trop de sens. Et en tout cas, ça m'aurait obligé à dérush des heures et des heures de vidéo. Et ça me déconnecte un peu trop de mon instantanéité de lecture aussi. Donc là, je l'ai lu dans mon coin, mais j'ai annoté pas mal de trucs. Et donc, je vais vous lire. Je vais m'arrêter sur les annotations et je vais partager un petit peu ce qu'elles m'ont raconté. Et j'introduirais quand même en disant que là, je vais vous partager ma lecture de ce bouquin. Il m'a profondément touché, mais je pense que n'importe qui qui lirait serait touché différemment. Il y a un truc de très universel, je trouve, dans tout ce qui est véhiculé jusqu'au bord de son ravin. En tout cas, c'est la manière avec laquelle je l'ai perçu. Il parle d'écriture, évidemment, mais pour moi, ça va au-delà de ça.
Après, c'est ma vision de l'écriture. Elle est aussi évidemment inspirée par les auteurs que j'apprécie et que je lis. Ou je dis, on fait partie. Donc voilà. Écoutez, on va partir. Je vous fais un petit préambule. Je suis avec ma petite verveine. C'est fantastique. Je suis. Je vous fais une petite intro comme ça. En ce moment, je suis trop heureux. Je suis content. Et je dis trop heureux parce que les choses bougent. J'élargis ma zone de confort. Je me challenge moi-même, on va dire. Et ce n'est pas forcément confortable. Ce n'est pas forcément facile. Mais ce mouvement me met en jour. Donc la vie n'est pas des plus faciles peut-être. Mais elle est extrêmement apprenante. Et franchement, je kiffe. C'est incroyable, non ? Bref, vous voyez là en plus, je suis en espèce de layering chelou. Genre, j'ai une surchemise qui était à mon arrière-grand-père en plus. Donc grosse dédicace personnelle. C'est un vrai symbole.
Plein d'histoires, encore une fois. On va parler d'écriture, on va parler d'histoires. Les objets comme ça, aussi insignifiants paraissent-ils, portent des histoires. Et vous voyez, vieux t-shirt un peu lourd. Et puis un t-shirt de sport en dessous. Parce que j'étais censé aller courir. Mais voilà, pris dans le début du week-end. Je me suis laissé emporter. Après, il était l'heure de manger. Puis il y a eu la petite sieste. Puis il y a là maintenant où j'ai envie de faire ce oselire avec Wajdi. Donc j'irai courir après tout simplement. Mais je suis encore en tenue. Voilà. Écoutez, sur ce, on va démarrer. Je vous fais une petite introduction juste en vous lisant le titre des leçons. Parce qu'il y en a huit du coup. Alors, épiphanie du verbe être. Politique du verbe voir. Éthique du verbe trembler. Puzzle sans image du verbe choisir. Singularité du verbe rencontrer. Violence et cruauté du verbe consoler. Quatre dimensions du verbe aimer.
Et canicule du verbe mourir. On va évidemment commencer avec la première leçon. Épiphanie du verbe être. Et première page, page 13. J'ai surligné deux trucs. Je vais vous les lire là en direct. Je ne me rappelle plus du tout ce que j'ai surligné. Ça va être marrant. Je ne sais pas si vous vous rendez compte. C'est la première page. La première page, je prends déjà une maxiclaque. Et je pourrais déjà m'arrêter et fermer le livre et vous parler pendant une heure de l'importance de ces deux phrases. Mais si je devais les ancrer réellement, la pratique ne ressent pas toujours le besoin que les choses soient éclairées. Il suffit de les vivre. C'est une ode à l'action, une ode à la vie. On est dans l'épiphanie du verbe être. Tout ce qui est l'incarnation, tout ce qui est nous, tout ce qui est nous ancrés dans le sol. Les yeux dans le ciel, les deux pieds dans le sol, toujours.
Et il y a ce truc. Il suffit de les vivre. Ça ne sert à rien d'essayer de comprendre, d'expliquer. Non, il suffit de vivre. C'est incroyable. Et tu vois, c'est renforcé par ce sensation éprouvée plus important que le sens exprimé. Et ouais, par exemple, je ne sais pas, quand vous dites je t'aime à quelqu'un, c'est ces mots-là. C'est la sensation qui font naître et important. Ce n'est pas l'explication qu'on pourrait trouver. Oui, ça fait X mois qu'on est ensemble et puis voilà, on a passé de bons moments et donc. Mais non, tout ça, on s'en fout. Ce sens, quelque part, ce sens qu'on pourrait vouloir lui donner, cette explication, justement, n'a aucun sens. Et encore une fois, c'est ce... Là, on est dans la pleine connexion. On est dans plutôt le plein lâcher-prise de la tête et la pleine connexion au cœur et au corps. C'est exceptionnel. Je vais vous lire un passage. Juste pour...
Être : à ne rien exiger, on obtient tout
Parce qu'en fait, je pense que je ne pourrais pas vous résumer mieux. Donc, je vais vous le lire. Là, il est en train d'expliquer. Je vous donne le contexte. Il est en train d'expliquer... Oui, il doit commencer, sa leçon. Alors, si pour une raison ou une autre, on veut que je prononce le verbe commencer, si on insiste, si on tient à ce que je le conjugue, alors je l'utiliserai pour dire... Commençons par faire confiance. Décrétons-le. On commence par faire confiance à ceux qui se trament. Ce n'est donc pas de l'haltérophilie où il s'agit de lever musculairement une charge impossible. Je vais, par ma seule volonté, inventer une histoire. Là, ça commencerait très mal. Au contraire, il faut laisser faire. Que ça se tisse, que ça se trame. Et avoir confiance en l'écriture, comme en l'aurore. Le jour se lèvera. L'écriture surviendra. À n'en pas douter, il y aura sacrifice, mais l'écriture arrivera. Elle arrive toujours.
Lui offrir notre confiance. N'entretenir aucun lien de méfiance, ni envers l'écriture, ni envers la lumière. Au contraire, à ne rien exiger, on obtient tout. Clac ! C'est incroyable. Je ne sais pas si vous avez ce même sentiment que moi, mais en fait, quand je le lis, je sens un rythme. Je sens comme un emballement. Tu vois un truc. Et comme j'ai eu cette chance de lui parler, j'ai eu cette chance de le voir partager ses idées. Je crois que d'ailleurs, sur YouTube, il y en a des... Peut-être même ces leçons au Collège de France qui sont disponibles. Ou en tout cas, à un moment, elles étaient dispo, je ne sais plus où. Bref. Et je le vois quelque part s'emballer, s'emballer, s'emballer. Et à la fin, t'as la phrase qui cloue le truc. Et celle-là, elle te saisit au tri. Et je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire, mais pour moi, l'écriture, c'est ça, en fait.
Et là, on retrouve... Alors évidemment, c'est retravaillé, etc. Mais tu sens qu'il y a un truc des tripes qui t'attrapent. Tu sens qu'il y a un vrai déroulé qui vient du fin fond de ses émotions, du fin fond de ses sensations, du fin fond de son histoire. Et c'est posé, c'est posé, c'est posé. Et puis, paf, t'as la phrase... La phrase massue, à la fin. Je réutilise. Et c'est celle-là qui tape. Et elle tape aussi juste chez moi. Elle me fait ce frisson-là. Justement parce que derrière, il y a toutes les tripes, tu vois. Et donc, il y a ce côté très instinctif de l'écriture qu'on y retrouve. Même si, évidemment, il est peaufiné autour. Mais parce que c'est ça aussi, l'écriture. C'est comment je systématise mon instinct. Comment je fais... Comment j'utilise mon instinct pour l'emmener dans une seule direction. C'est là que la tête devient intéressante. C'est là que l'émotion nous indique aussi.
Et c'est là qu'on se met en action. En fait, c'est le lien entre les trois qui touche juste à ne rien exiger. On obtient tout. Si ça, c'est pas une putain d'ode à la liberté, tu vois. C'est une vraie ode à être, justement. On est dans la leçon, ça tombe bien, tu vois. À ne rien exiger, on obtient tout. C'est hyper paradoxal. C'est toujours ce truc de... Parallèle, voilà. Je parle toujours d'écriture. Le moment où on lâche prise sur le résultat qu'on attendrait et qu'on se connecte aux besoins profonds de la raison pour laquelle on fait tout ça, paf, on se libère, ça lance la machine. Et c'est comme ça qu'on obtient ce qu'on pensait vouloir obtenir. Je donne un exemple plus concret. Quelqu'un qui voudrait absolument être publié, mais qui a profondément besoin d'écrire pour lui. Au moment où il dit, non, c'est bon, je laisse tomber la publication. En fait, c'est pour moi que j'ai besoin d'écrire ce livre.
Vous pouvez être sûr qu'une fois que profondément il a lâché prise, là, l'opportunité va arriver. Il y a quelque chose de... C'est inexplicable, très intime, très paradoxal. Et c'est magnifique. À ne rien exiger, on obtient tout. C'est incroyable. Il y a aussi de belles phrases qui m'ont rappelé mon propre travail avec mes clartés. Là, j'en avais une... Notez une pour la clarté d'intention. Vous savez, OK, où je veux aller avec ce fameux trio d'intentions ? Pourquoi c'est important pour moi ? L'intention personnelle. Qu'est-ce que j'ai envie de raconter dans mon livre ? L'intention du roman. Et à qui j'ai envie de parler ? L'intention du lectorat. C'est d'ailleurs la certitude qu'on n'est pas véritablement perdu, et on regarde toujours. Et au lieu de faire marche arrière, on continue, convaincu que le sentier est tout prêt. Juste là, en haut de cette butte, derrière ce monticule, entre ces fouets. Et ce n'est que lorsqu'il est trop tard qu'on finit par avouer, non sans une certaine honte, qu'on ne sait plus où on est, qu'on est déboussolé, égaré.
Et vous voyez, ça c'est vraiment quand la clarté d'intention n'est pas posée. En fait, et ça c'est assez fascinant, je le repère... Alors je suis toujours très taquin avec les auteurs chez qui je le repère, et je vous rassure, si vous reconnaissez dans ce que je vais dire, vous n'êtes pas tout seul, on est tous passés par là, l'important c'est de t'en prendre conscience, et en tout cas ensuite de travailler autour. Et c'est ce côté... Les gens me disent, ah oui, oui, non, moi c'est très clair ce que je veux écrire. Ok, je l'accueille. Et ensuite tu commences à creuser. Ok, mais alors qu'est-ce que tu veux raconter ? Comment tu résumerais ce que ton livre porte ? Et là, erreur 404, ça commence à bégayer, tu vois. Et tu te rends compte qu'en fait, ça te paraît clair dans ta tête, mais ça n'a jamais été verbalisé. Et la première étape de dire, et puis l'étape ensuite d'écrire, tout ça sont des étapes importantes dans le fait de verbaliser une intention.
Et ça paraît tout con, mais une des grandes puissances de la première séance que je fais avec les auteurs que j'accompagne quand je les embarque dans Ose Écrire, c'est ça. En fait, je les fais verbaliser des choses qui pensent c'est clair. Et c'est ça qui est hyper insidieux dans un processus. C'est que tu crois que c'est clair, mais ça ne l'est pas. Et c'est ça, c'est exactement la phrase qu'il écrit. Tu finis par te paumer, et puis il y a un moment, en fait, c'est insupportable de marcher dans les broussailles. Je ne sais pas si vous l'avez déjà fait, si vous êtes déjà allé en Corse, le maquis corse, c'est des espèces de trucs ras des genoux qui t'arrachent la peau des mollets. Eh bien, perds-toi dans les broussailles et sors des sentiers battus en Corse dans le maquis. Ça peut dire que tu vas vite faire demi-tour, tellement ça va t'arracher les mollets. Voilà, c'est ça la clarté d'intention.
Et ensuite, j'avais noté, j'avais écrit en petite ligne, tellement belle définition de l'alignement, de l'action et de la congruence. Et ça, je crois que je l'avais parlé, oui, je l'avais dit dans un des réels de mes bilans de semaine, mais du coup, je vais vous le relire. Bref, il parle de l'exactitude de notre carte, il dit d'où l'importance de l'exactitude de notre carte. Plus cet écart est petit, plus la possibilité de retrouver son chemin est grande. Plus le réel et le virtuel se rapprochent l'un de l'autre, plus on voit où l'on va. Et quand enfin le réel s'accouple au virtuel, un chemin insoupçonné naît, se révèle à nous, nous offre une épiphanie de l'endroit où on se trouve qui nous permet la poursuite du voyage. C'est toujours ce à quoi nous donnons naissance qui nous guide, jamais l'inverse. Et ce que j'avais adoré dans cette phrase-là, c'est vraiment toute l'incarnation de la clarté d'intention, c'est que la clarté d'intention, ce n'est pas avoir des étapes précises de A à Z à suivre.
La clarté d'intention, c'est savoir où aller et se faire confiance pour savoir qu'on va trouver le chemin parfait pour aller là où on veut. Et derrière, il y a la confiance qu'on s'accorde à nous et la confiance qu'on accorde à nos personnages. Récemment, je travaillais avec un coaché et je lui ai dit, fais confiance à ton personnage principal. T'inquiète, il sait très bien où il va. Fais-lui confiance. Et derrière, il y a aussi le message que je fais passer, c'est fais-toi confiance. Mais souvent, au début, c'est presque plus facile de faire confiance à un personnage que de se faire confiance à soi-même, quand on a des enjeux de confiance. Et donc, c'est pour ça que c'est très aidant aussi, d'avoir des personnages sur qui compter. Et nos personnages principaux, même tous nos personnages, même nos antagonistes, on peut leur faire confiance. Ils savent très bien ce qu'ils ont envie de vivre, ce qu'ils ont besoin de vivre.
Je vais jamais m'arrêter, je suis désolé, mais il y a des phrases exceptionnelles. Accepter comme une prémisse que non seulement certaines choses ont pour vocation de demeurer cachées, mais aussi que, dès lors qu'on tente de poser une méthodologie qui chercherait à les manufacturer pour tirer avantage d'elles, le langage s'effondre comme un pont au-dessus d'un ravin. Putain, j'adore, j'adore. Tu vois, c'est ça, ça, ça t'explique pourquoi, en fait, on peut te vendre toutes les méthodes, toutes les formations que tu veux. Il n'y a qu'une seule vérité, c'est la tienne. Et oui, tu ne comprendras jamais toutes les ramifications de ton fonctionnement, mais c'est pour ça qu'il marche. Et tous ceux qui essaieront, et attention, ce n'est pas du tout une critique des personnes, c'est une critique de la promesse marketing. Encore une fois, c'est très important pour moi de faire cette différence-là. Jamais je n'oserais attaquer à dominem des gens que je ne connais pas plus que ça, ou que je ne connais pas du tout.
Dès lors qu'on tente de poser une méthodologie qui chercherait à les manufacturer pour en tirer avantage, le langage s'effondre comme un pont au-dessus d'un ravin. Putain, c'est magnifique. Si ça, ce n'est pas la preuve, il faut se focaliser sur, OK, comment j'ancre l'écriture dans ma vie ? Comment, moi, j'ai envie de fonctionner ? Et donc, s'autoriser, ce caractère très itératif de l'écriture, qui est, oui, évidemment que le rythme, le rythme avec lequel on est le plus efficace, déjà, va changer au cours de notre vie, mais surtout, on ne peut pas le trouver en claquant des doigts. C'est itératif, c'est incroyable. Et ensuite, j'avais surligné quoi ? Tu es un héros, n'écoute personne, fais comme tu veux. Plus le chemin que tu as envie de suivre semble impraticable aux yeux des autres, plus il y a de chances que tu sois sur le tien. À ceux qui te disent avec raison, tu vois bien que là, c'est une impasse, que ce n'est pas possible de s'engager là, tu répondras que c'est ce que l'écriture exige de toi.
Contrairement à ce que la raison nous enjoint, en termes d'écriture, nous sommes tenus à l'impossible. Putain, je suis désolé, mais je suis trop excité, moi, quand je dis ça, j'ai envie de... C'est exceptionnel. Plus le chemin que tu as envie de suivre semble impraticable aux yeux des autres, plus il y a de chances que tu sois sur le tien. Et note cette phrase quelque part, et je te jure, les jours où tu doutes, relis-la et accueille-la. Et laisse faire le reste. Et qu'est-ce que j'avais noté d'autre sur cette page-là ? Putain, mais elle est beaucoup trop intéressante, cette page. On ne fait rien surgir de son propre néant. Ce n'est pas un onanisme. Ça vient toujours de l'extérieur. C'est une rencontre, ça vient vers nous. Ça nous regarde depuis l'ombre. Ça ne nous appartient pas. Nous n'en sommes ni les inventeurs, ni les propriétaires. Il y a cette idée qui induit que l'artiste est une courroie de transmission entre l'art et le spectateur.
Et ça, c'est pareil. C'est exceptionnel parce que ça dédouane aussi beaucoup le côté, je ne sais pas, « Ah, mais mon histoire ressemble à… » ou « Ah, mais est-ce qu'on va dire qu'on est dépasseur d'histoire ? » « On capte plein de choses. » « Les autres nous renvoient plein de choses. » « On renvoie plein de choses aux autres. » Et c'est toute cette émulsion qui fait que l'art existe, qui fait que l'art est beau, qui fait que l'art touche. Et si on essaie de se désolidariser des autres, se décorréler des autres, se déconnecter des autres, on se retire quelque part notre capacité à raconter des histoires. Parce qu'on réfute la raison même pour laquelle les histoires existent. Si je suis là aujourd'hui à vous parler de tout ça, c'est parce qu'un jour, j'ai rencontré Weshdi. Et c'est parce que je connaissais quelqu'un qui le connaissait. Et c'est parce que… Et en fait, tu peux tirer le fil très loin.
Comment j'ai rencontré Wajdi
Et à chaque coin de rue, il y a des rencontres. Il y a quelqu'un. Voilà, c'est les autres. Tout, tout part des autres. Et ce qui est hyper important dans ce que je vous dis, c'est qu'à aucun moment, je dis que ce n'est pas de votre responsabilité. Vous portez la responsabilité de renvoyer tout ça aux autres aussi. Je ne sais pas si vous voyez à quel point c'est un cercle vertueux. Les autres ne sont qu'une force motrice pour soi et pour eux. Je ne sais pas pourquoi, mais pour moi, ça, c'est vraiment extrêmement important. Allez, je vous en droppe une petite là. On n'invente jamais ce qui va donner un sens à notre vie. C'est incroyable. Alors là, il y avait un truc. Et ça, je pense que c'est un exercice que je vais creuser de mon côté pour en faire quelque chose de plus précis. Mais que je vous invite aussi à faire de votre côté.
En fait, là, il partage le fait qu'il dit, oui, s'écrire des lettres, c'est intéressant. Mais en fait, ce qu'il dit surtout, c'est si on ajoute à cela les personnages du spectacle. Et là, en l'occurrence, il parle d'une pièce de théâtre. Et qu'au lieu de dire mais, on dit eux. Alors, tout à coup, il y a une foule autour de la table de travail. Une profondeur différente apparaît dès lors qu'on ne dit plus mon, ma, mais. Mais qu'on s'emploie à déployer le langage pour offrir à l'écriture une autonomie. Et en fait, c'est très con. Mais c'est toujours des petits tricks inconscients qui te permettent de débloquer des grandes choses. Quand tu dis mon personnage, tu restes connecté à toi. Par exemple, je vous prends l'exemple trilogie de Carnoah, Baltem, mon personnage principal. Tant que je dis mon personnage, je reste avec mon prisme à moi. Et quand je dis Baltem, je passe sur le sien. Et donc, en lui offrant cet espace, et c'est très tricky, et ça paraît peut-être un petit peu absurde, mais en lui offrant cet espace, en lui offrant la liberté d'être décorrélé de moi, là encore une fois, quelque part, il y a le rapport à l'autre, et bien je lui laisse la possibilité d'apporter une vision différente sur l'histoire.
Donc, très bon exercice, c'est par exemple, qu'est-ce que dirait ton personnage en tant qu'individu ? Donc, qu'est-ce que dirait Baltem sur ton histoire ? Qu'est-ce qu'il dirait sur son propre parcours ? Qu'est-ce qu'il dirait sur ton écriture ? Et cette invitation à replacer les choses en dehors de nous est extrêmement intéressante, et c'est un procédé de recadrage de coaching, finalement, qui est extrêmement puissant, et très sous-coté, et pas assez utilisé à mon sens. Là, je vous le partage, mais vraiment, ça, ça ne m'étonnerait pas que ça se démocratise dans les années à venir, quelque part, parce qu'en fait, c'est comment faire du coaching sans dire que tu fais du coaching. Là, ça, c'est vraiment magnifique, parce que je pense qu'il y a plein de parallèles à faire avec tous les combats qu'on peut chacun mener, qui nous sont importants. Dans le combat pour empêcher la honte de dévorer l'esprit, les images et les mots agissent comme le fil d'Ariane.
Ils agissent comme possibilité de sortir l'esprit de l'opacité du silence. Ils nous tiennent à la lumière, quelque part. Et j'aime beaucoup cette image des mots qui nous protègent, et qui nous sauvent, en fait. C'est tout à fait... En fait, c'est ça, à la fin. Là, j'ai écrit tout à fait mon avis sur l'unicité que chacun porte. Tout ce qui est trouvé devient donc écriture. Tout est écriture, parce que tout ce qui est rencontré n'est qu'une illusion, une apparence, et que les choses cachées, sous-achantes, sont reliées par l'esprit de celui qui rêve. Celui qui rêve n'a qu'à imbriquer ensemble toutes les sensations, perceptions, compréhensions, émotions, intellections, qu'il rencontre comme autant de pièces appartenant à la même composition. Vous voyez, on peut être tous soumis aux mêmes images, mais on aura tous des sensations, perceptions, compréhensions, émotions, intellections différents, qui fait qu'on en sortira des histoires différentes. Donc, croyez fort en votre unicité. Ok, on passe à la deuxième leçon politique du verbe voir.
Écoutez, j'enregistre cet épisode le samedi 17 octobre. Vous savez que c'est une journée de mobilisation, et j'inviterai toujours tout le monde à lire ce passage politique du verbe voir en entier, parce qu'il est très parlant sur ce qui se passe aujourd'hui. Et là, notamment, il dit Je crois que j'ai pas besoin de vous faire un dessin sur l'importance de cette phrase. Je vous en lis d'autres, mais je pars pas dans le délire politique. Je vous laisserai faire votre propre avis. Mais on aura beau se dire qu'en Occident, les institutions sont indépendantes du pouvoir. Dans la psyché humaine, la soif de reconnaissance et le prestige fonctionnent comme de jolies chaînes passées au cou des chiens. Le pouvoir le sait et n'éprouve aucun scrupule à s'en servir pour pousser à la trahison des clercs, pour reprendre l'impitoyable titre de Julien Binda. Bref. Ouais, non mais... En fait, ce livre, vraiment, mais lisez-le, il est exceptionnel. Alors, il y a aussi beaucoup, je trouve, chez OHD de comment on accueille ce qu'on a vécu pour en faire une force, quelque part.
Voir : la technique au second rideau
Et il le résume très bien là. On ne se console pas de certaines choses pénétrées trop profondément dans l'intimité de l'enfance. On apprend à vivre avec elles en les déployant autrement. Et encore une fois, je trouve ça très rassurant. Par exemple, sur le fait de se dire, mais j'ai un truc qui ne part pas de ma tête, qui est toujours là. Mais en fait, c'est ça. Il y a certaines choses, quelque part, tu ne peux pas les oublier. Et peut-être que même vouloir les oublier, c'est y penser tout le temps. Et par contre, je trouve ça plein d'espoir de dire qu'on peut apprendre à vivre avec elles en les déployant autrement. Comment tout ça, qu'est-ce que ça m'apprend sur ce que j'ai envie de conduire aujourd'hui ? Qu'est-ce que ça m'apprend sur la manière avec laquelle j'ai envie de vivre ? Et quelque part, ça permet de reprendre le pouvoir sur ce qui nous est arrivé.
Et je le trouve très rassurant sur ce point-là aussi. Et d'ailleurs, c'est là que vous voyez que ça va bien au-delà de l'écriture. Tout ce que je vous dis tout à l'heure, oui, ça parle d'écriture, mais ça va bien au-delà. Ça parle d'écriture comme étant la pleine incarnation de la vie, en fait. Pas d'autre mot. Il y a des passages où je commence à les lire, je me dis que je ne pourrais lire que ça. Et puis je continue de lire et je me dis qu'en fait, il faut que je lise tout. Donc je vais vous lire un passage. Connais-toi toi-même n'est pas une invitation à l'introspection psychanalytique. Non, ces mots sont un avertissement brutal. Toi, n'oublie pas ta condition de mortelle et ne tente pas de t'élever au-dessus d'elle. Tu n'es pas un dieu et tâche de t'en souvenir à chaque instant. Ne présume pas de toi car tu ignores de quoi demain est fait.
Connais ta mesure, ne pas juger celle des autres. Ne condamne pas celui qui a commis une faute car tu risques de te confronter aux condamnations que tu as de prononcer contre lui le jour où tu commettras à ton tour le même crime. Ne dis jamais que tu n'en commettras pas de pire. Ne t'engage pas dans ce que tu ne connais pas de toi-même. Sois prudent. Ne te sous-estime pas par fausse humilité ni ne te surestime pas par orgueil. Sois toujours au cœur de ta propre cible et n'oublie pas que la cible est mouvante. Ne confonds pas ton identité avec ton origine. Ton origine est fixe. Ton identité jour après jour change. A ton insu. Ajuste à elle. A chaque instant ta mesure. Connais le rythme de ta marche. Et connais la distance à parcourir pour arriver exact à l'heure entendue avec le Dieu sans avoir à l'attendre ni à le faire attendre. Là je ne sais pas s'il y a besoin d'explication.
En fait je me rends compte que vous voyez l'écriture à ce pouvoir là. Là tu as l'impression que bordel cette phrase ne va pas juger celle des autres. Ne condamne pas celui qui a commis une faute car tu risques de te confronter aux condamnations que tu as prononcées contre lui le jour où tu commettras à ton tour le même crime. Il y a un truc tu vois dans cette phrase. Tu as l'impression que bordel si plus de gens lisaient cette phrase le monde irait mieux. Ça me paraît tellement évident. Et ça c'est une phrase. Vous voyez le pouvoir des mots ? Il n'y a pas besoin de beaucoup de mots pour avoir un poids infini sur le monde. C'est dingue. C'est dingue comme quelques mots ont un pouvoir absolument infini. Ça me fascine parce que je trouve que là ça se ressent dans les mots. Quand tu lis ça tu fais « Ah putain ! »
T'es presque estomaqué sur ta chaise. Tu fais « Waouh ! » C'est une dingue. C'est incroyable. Ouais. Alors là pareil. Il y a un truc. Genre c'est pour ça que je dis toujours. Et en vrai j'avoue je suis un peu peu chier et tac avec ça. Mais j'ai toujours que la technique en écriture n'est qu'un second rideau. Et j'avoue que je capte aussi beaucoup les phrases qui vont dans ce sens là. Je plaide coupable. Mais écoutez cette phrase. En un lieu donné, dans un temps donné, quelqu'un, lui est arrivé un événement. Le talent, le style, l'imagination, la verve, l'inventivité en découlent. Mais pour qu'il puisse avoir un visage, un récit est nécessairement porté par ces quatre dimensions. En un lieu donné, dans un temps donné, quelqu'un, lui est arrivé un événement. C'est aussi simple que ça une histoire. Et tout le reste vient après. Et quelque part, tant que t'auras pas... Je vais le dire peut-être de manière provocante, mais en fait la technique d'écriture pourrait s'arrêter à ça.
Et après c'est ok, j'ai besoin de quoi pour écrire. Et se poser sincèrement la question. Et là tout de suite mettre le doigt sur le truc premier qui nous coince. Et évidemment on va retrouver les prérequis. A savoir ok, la clarté d'intention. Mais tout de suite après, on bascule sur ok, qu'est-ce qui m'empêche d'écrire ? Bah je sais pas, la confiance en moi, la peur de réussir, la peur de l'échec, la peur du jugement des autres, la page blanche, le syndrome de l'imposteur. Ça peut être tout et n'importe quoi. Mais c'est rarement, très rarement, je ne sais pas construire un arc narratif. Parce que quelque part, il n'y a pas de technique autre que ça. En un lieu donné, dans un temps donné, quelqu'un lui est arrivé un événement. Là je vois bien, tu vois, tu drop the mic en partant en ayant dit ça. C'est ciao, bonsoir. Je vous lis cette phrase parce que je la trouve juste belle.
La solidarité appuyée sur l'humanité de nos ébranlements, qui veut que nous pleurons tous pour nos morts, et que, qui que nous soyons, nous sommes un chagrin potentiel pour ceux qui nous aiment. On se rend compte que je vais parler beaucoup moins, ça fait déjà 35 minutes que j'enregistre, je suis à la page 67, il y en a 302. Je vous laisse faire le produit en croix. Je suis désolé, mais c'est passionnant. Que voulez-vous ? Alors là j'ai écrit dans la marge, génie. Nous ne sommes pas propriétaires des récits, nous buvons à leur fontaine et nous racontons ce que nous éprouvons à boire cette eau magique. On n'invente pas l'eau, mais nos sensations sont à nous. L'inventivité est ailleurs. C'est magnifique. Ça vous voyez, c'est très rassurant aussi. Il y en a encore, là il est dans le passage où il permet de rassurer beaucoup sur, ok, comment j'écris finalement. Voilà, vous voulez écrire un roman ?
Rien de plus simple. Courez-y. Un jour, quelqu'un, quelque part, lui est arrivé quelque chose. Si vous n'avez pas d'imagination, prenez le RER, asseyez-vous, choisissez un passager au hasard, faites-en un meurtrier. Il rentre chez lui et assassine sa femme. Pourquoi ? Fouillez dans votre tréfonds, vous trouverez. Oui, mais je ne sais pas écrire. On s'en fiche. Écrit, ça sera de l'écriture. C'est simple, il ne reste plus qu'à faire. Il ne faut pas grand-chose. Longtemps, je me suis couché de bonheur. Et voilà, on peut tenir 2000 pages. C'est incroyable. Et ça c'est vrai, hein. Comment fait ? Longtemps, je me suis couché de bonheur. Complétez ça. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça peut vouloir tout et rien dire, tu vois. Il se couche de bonheur parce que c'est un vampire. Il se couche de bonheur parce que le lendemain il travaille. Il se couche de bonheur parce qu'il a envie d'éviter tel ou tel truc. Il se couche de bonheur parce qu'il a envie de se lever tôt pour faire un truc bizarre.
Ça peut être tout et n'importe quoi. Et c'est ça qui est exceptionnel. C'est vraiment... Je le trouve tellement rassurant sur l'écriture. Bon, alors là, j'ai surligné deux pages. Ça ne va pas nous aider, tout ça. Bon, j'ai quand même surligné quelques morceaux dans ces deux pages. Je vais vous lire juste ces morceaux-là. Relève-toi et que chaque fragment de tes ruines soit une étincelle de récits et de beauté. Le temps viendra, sois patient. Ouais, c'est magnifique. Je trouve que, voilà, ça retombe sur ce que je disais tout à l'heure. Mais dans l'écriture, il y a la réappropriation de ces ruines. Il y a comment je capte ce qui a fait mes épreuves et comment j'en fais une force. Et les autres formes d'art sont ça aussi, quelque part. La musique, le théâtre, bref, tout ça. Mais dans l'écriture, il y a quelque chose. Je veux dire, on a inventé ça il y a des milliers d'années maintenant.
Et ça n'a jamais changé, en fait. Il s'agit toujours de prendre un moyen d'écrire et un truc pour écrire. Avant, c'était un stylo, un papier. Maintenant, c'est un clavier, un ordinateur. Mais ça s'arrête là. Et en fait, il n'y a jamais eu. Et d'ailleurs, tiens, parenthèse, c'est probablement pour ça que l'IA est si challengeante, et si peut-être mal vue, et si peut-être questionnante dans l'écriture. Parce qu'en fait, c'est peut-être le premier très grand bouleversement autour de l'écriture. Bon, et puis, moi je suis toujours convaincu que si tu n'écris pas toi-même ce que tu as besoin de traverser, ça n'aura pas de poids. Mais ça, c'est mon avis. Bref, on ne transmet que ce qu'on éprouve dans le temps de l'écriture. Écrire, c'est donc rester rivé au présent de ce qui surgit, et qui ne surgirait pas sans le silence dans lequel est plongé l'écrivain à l'instant de l'écriture. Tu vois, c'est en fait, c'est ça qui me fascine, c'est qu'il y a des phrases, j'aurais rêvé de les écrire.
Et en même temps, elles sont tellement poétiques, mais suffisamment un peu obscures, mais tu les ressens tout de suite. Vous voyez très bien, quand t'entends, écrire, c'est donc rester rivé au présent de ce qui surgit, et qui ne surgirait pas sans le silence dans lequel est plongé l'écrivain à l'instant de l'écriture. Vous voyez très bien de quoi je parle. C'est le moment où t'es possédé par un état de flot, et ce moment où il n'y a plus rien d'autre qui compte. Tu peux avoir de la musique dans les oreilles, tu peux avoir du bruit autour, tu peux avoir des gens qui te parlent, il n'y a plus rien qui compte. Il n'y a que le flot de l'écriture et les mots qui défilent. Et ce sentiment-là, je le souhaite à tout le monde, premier degré, c'est exceptionnel. Et d'ailleurs, on passe à la troisième leçon, éthique du verbe trembler. 40 minutes pour deux leçons, 20 minutes par leçon.
Ça va faire quasiment deux heures et demie tout ça. Non, en vrai, je me rappelle qu'en ayant lu le livre, j'ai été beaucoup marqué par les premières leçons, un peu moins par celles de la fin, même s'il y a de très belles choses. Évidemment, vous en doutez bien. Ça, je l'avais dit dans un bilan aussi. Des actes d'une si complète audace que même ceux qui les ont réprimés ont été forcés d'admettre qu'un pas de délivrance a été gagné pour tous. J'avais écrit « Tatouez-la, moi ». Et vous voyez, elle est assez exceptionnelle face-face parce qu'en plus, elle est de Claude Gauvreau, donc elle n'est pas de Ouachdi. Mais vous voyez, les autres, toujours les autres, toujours les autres. Et là, en vous partageant, vous voyez Claude Ouachdi, Ouachdi, son livre, son livre, Sam. Sam vous parle. Et ben voilà, faites preuve de tant d'audace que certains autres avanceront aussi avec vous. C'est incroyablement beau, incroyablement beau.
Alors là, c'est le passage où j'ai peut-être été le moins d'accord avec lui. Et en fait, j'ai commencé à comprendre, il me semble, ce que ça pouvait vouloir dire. Comment vous faire l'introduction de ce partage ? Il parle de sacrifice. Et donc, il parle du sacrifice que fait Agamemnon. Il parle du sacrifice que fait, par exemple, Thanos. Il parle, par exemple, du sacrifice de Natasha devant Hawkeye. Il passe du sacrifice de... Tant de quel film ? De Harry Stamper. Tony Stark. Enfin bref, il parle de plein de sacrifices. Et à la fin, en fait, il dit On écrit pas pour sauver le monde, ni en raison d'un astéroïde, ni à cause d'un Thanos. On écrit simplement par obéissance à quelque chose, une ombre qui dicte ses injonctions. Simplement par amour pour l'écriture, un amour qui dicte ses injonctions auxquelles il faut juste obéir. Combien de fois faut-il tuer son fils ? Combien de fois, pour entrer dans le récit, faut-il égorger sa fille ?
Trembler : oser traverser ses zones d'ombre
Combien de fois, à l'orée de l'écriture, lorsque surgit la révélation de ce par quoi le récit doit passer, l'écrivain se dit-il Non, pas ça, pas ça ! Mais scellant notre âne, on s'emploie dans le silence à aller voir comment notre âme se noircit pour que les mots se trouvent dans la fange de nous-mêmes, la monstruosité de ce que nous pouvons être, nous pourrions être, nous avons failli être. Comment cette écriture peut jaillir ? Et alors, ceux qui me connaissent auront évidemment compris pourquoi, tout de suite, j'ai comme des poils qui s'érissent en lisant ça, parce que ça parle d'injonction, ça parle d'obéir, et moi qui place peut-être la valeur liberté le plus haut sur mon échelle des valeurs, tout de suite, je me dis Mais non, pas du tout ! L'écriture, c'était pas obéissance ! Et en fait, en le réalisant plusieurs fois, parce que du coup, je me disais Il y a un truc que j'ai pas compris, tu vois.
Et en le réalisant plusieurs fois, en fait, le mot qui m'a... Finalement, c'est ce qui m'a le plus marqué. C'est ce moment où, en tant qu'écrivain, tu peux te dire Non, pas ça, pas ça ! Et ce côté, Allez voir comment notre âme se noircit ! Et en fait, j'interprète ça aujourd'hui comme l'écriture est l'injonction de vie la plus forte pour qu'on assume qui on est. Dans le sens où, dans l'écriture, il y a plus que nous. Et c'est parce qu'il y a plus que nous, et c'est parce qu'on ose plus que nous qu'il se passe ce qui se passe. Et quelque part, c'est ça qui touche le plus le lecteur. Et quelque part, évidemment, on est dans un monde où il y a les autres, etc. Et donc, on ne peut pas ne plus être que nous. Et l'écriture est le seul endroit où, quelque part, on doit répondre à cette obéissance, à cette fameuse injonction de l'écriture dont il parle.
Et c'est pour ça que je comprends maintenant pourquoi il écrit Écrire relève du tremblement d'Abraham. Parce que du coup, Abraham, si je... Voilà, il mène Isaac sur le lieu de son sacrifice qui est son propre fils. Sans le dire à sa femme, je crois, rien de tout comme ça. Donc, il y a un truc absolument horrible. Il dit l'écriture, c'est ça. Et donc, quand tu le lis la première fois, tu fais Sorry, what, bro? I think I don't get it. You tell me to do horrible things. Mais non, pas du tout. En fait, je crois qu'il dit en écriture d'oser se laisser porter par pleinement qui on est. Et ça, ça se capte dans le comment notre âme se noircit. Parce que je pense qu'en écriture, il y a cette, quelque part, obligation, obligation, obéissance, d'aller traverser les zones d'ombre, nos zones d'ombre. C'est pour ça que l'écriture est si challengeante. C'est pour ça qu'il y a tant de gens qui sont bloqués en écriture.
C'est pas parce qu'ils n'ont pas de méthode miracle ou parce qu'ils ne savent pas comment écrire un arc narratif. Non, non, non. C'est parce qu'il y a un moment où tu dois avoir l'envie de traverser tes zones d'ombre. Paradoxal, ce que je dis, mais tu dois te dire OK, là, j'ai envie d'aller voir ce qui se cache au plus profond de moi. L'écriture permet ça. L'écriture aide pour ça. Et après, je vous lis un autre passage sur ça, qui est exceptionnel. Aller jusqu'au pays du tremblement, ne saura saisir l'idée de ce que peut être ce tremblement, d'où surgissent les mots dans une imperfection qui traduit le tremblement. Ce n'est pas la perfection qui est précieuse, mais la sincérité de nos imprécisions. C'est d'elle que naissent nos visions. Jamais un tremblement ne saura tracer une ligne droite et c'est cette impossibilité qui rend l'écriture si nécessaire. Qu'est-ce que c'est un tremblement ? C'est la répétition incontrôlée d'un geste qui va et vient et passe sans cesse outre un sang de part et d'autre et recommence.
On pourrait dire que c'est le signe d'une faiblesse, mais on peut le voir aussi comme une puissance qui consiste à rejeter la fixeté, une obstination à danser sans cesse autour du sang sans s'y arrêter. Bon, outre la phrase sur l'intelligence artificielle qui est magnifique et ce n'est pas la perfection qui est précieuse, mais la sincérité de nos imprécisions et ça je le pense vraiment. C'est pour ça que le perfectionnisme est un ennemi à abattre ou en tout cas c'est important de communiquer avec lui pour l'emmener dans la direction dans laquelle on a envie d'aller. Il y a aussi cette vision très coaching de quelque chose. On pourrait se dire que trembler, trembler, c'est un problème. Et en coaching, on a toujours cette phrase de recadrage qui est extrêmement puissante et très simple, c'est Et si c'était autre chose ? Et bien là, oui. Et si le tremblement était autre change ? Et si en fait, c'était la puissance qui consiste à rejeter la fixeté ?
Et là, tout de suite, hop, tu reprends la maîtrise de ce qui t'arrive. Tu te dis, en fait, c'est une puissance. C'est incroyablement beau. Incroyablement beau. Hop, c'est de nouveau moi. Toujours sur trembler, mais celui-là est magnifique. Et c'est pour enfoncer le clou de ce que je vous ai partagé juste avant. Or, les héros des films de divertissement ont fait du tremblement le symptôme de la peur, de la faiblesse, de la couardise et de son absence, le symptôme de la force. C'est tout le contraire. Le héros est celui qui, par le tremblement, ose se rapprocher du gouffre de sa propre folie. Celui qui, à travers le tremblement, joue à regarder son passé et connecter ce passé à l'avenir et de l'avenir se relier au passé et recommencer ce mouvement sans cesse. Pour être dans le présent, là vous voyez l'importance d'avoir la vision du futur et l'ancrage du passé. Qui ne sait pas trembler, ne sait pas voir.
Trembler, c'est alterner. Et pour un écrivain, c'est entrer plus particulièrement dans la clairvoyance des chauves-souris. Là, il explique comment les chauves-souris fonctionnent. Je vous la fais courte, je vais à la fin. Pour voir, donc, une chauve-souris crie. Mais si le cri est perpétuel, plus rien n'est visible. Chaque cri doit donc être suivi par un silence pour faire entendre son écho. Celui qui n'est fait que hurler, sa douleur n'enverra jamais le visage, tout comme celui qui s'obstine à la terre. C'est la leçon des chauves-souris. Pour voir le visage de ce qui fait souffrir, il faut faire de sa douleur un tremblement qui enchaîne les hurlements et les silences. Bon, déjà, mère nature, toujours éternelle conseillère, et c'est fou, comme je vous jure, elle a toutes les clés. Les animaux portent toutes les réponses. J'en suis persuadé, c'est pour ça que mes 10 archétypes de créativité et d'écrivain sont basés sur des animaux. Et là, les chauves-souris sont un très bon exemple et c'est vraiment le tu ne peux pas ignorer ce qui t'arrive émotionnellement et tu ne peux pas te laisser dominer et exploser perpétuellement avec ces émotions.
La justesse se trouve entre les deux, se trouve dans, finalement, oser traverser nos émotions. Et donc, il y a cet alternement de hurlements et de silences pour les comprendre, pour les traverser, pour avancer, pour écrire. Et c'est ça qui est magnifique. Et il conclut cette leçon-là par écrire, c'est entrer dans ce champ et plonger dans le rapport au passé, à l'histoire à la fois intime et collective. Mais comme il s'agit de le faire en tremblant, cela nous connecte directement à l'oracle et à l'avenir. Voilà pourquoi écrire donne accès à la clairvoyance. Écrire, c'est assumer ce rôle oraculaire. Et j'aime beaucoup ça parce que ça, c'est vraiment quelque chose dont je suis convaincu. En fait, il ne s'agit jamais de vouloir totalement oublier son passé ou de ne jamais penser au futur pour éviter le stress ou l'anxiété ou la nostalgie ou ce genre de choses. Non, il s'agit d'avoir l'ancrage du passé, d'avoir la vision du futur et de tout condenser dans aujourd'hui.
Et donc, avec ce que je sais, avec ce que j'ai envie de devenir, qu'est-ce que je fais aujourd'hui ? Et vous voyez encore une fois une triptyque. Moi qui, j'adore les triptyques, mais là encore une fois, passé, futur, présent, c'est incroyable. Quatrième leçon. On pourrait formuler la chose de la manière suivante. Vivre consiste à choisir parmi la panoplie des verbes que nous offre la langue, lequel nous souhaitons conjuguier et lequel nous souhaitons garder dans la boîte de leur infinitif. Ça, c'est merveilleux ça. Alors sur choisir, il y a beaucoup de choses encore aussi. C'est exceptionnel. Décider, c'est faire acte de volonté. Choisir, c'est faire acte d'amour. Nous décidons d'une chose, mais nous choisissons entre plusieurs. J'adore, j'adore. Choisir, c'est préférer. Oui, on choisit entre plusieurs, mais choisir n'est pas renoncer. Choisir, c'est préférer. C'est pour ça que c'est faire acte d'amour. Quand vous avez plusieurs projets et que vous en choisissez un, c'est la plus grande preuve d'amour à ce projet-là.
C'est parce que c'est lui qui compte le plus pour vous et que vous le choisissez. C'est incroyable vu comme ça. J'adore, je vous lis juste ce passage. Expliciter une histoire, c'est en égorger l'intuition, c'est dominer le récit, c'est se mettre en surplomb de ce que l'on raconte. Maîtriser la narration, c'est la martyriser. C'est tuer toute possibilité d'être surpris soi-même par ce qui se raconte. C'est se priver à la fois de la puissance du récit et de la puissance de l'écriture. Cela dit, intuition ne signifie pas free for all. Ce n'est pas synonyme de bordel, de bazar. Au contraire, pour raconter, il faut une méthodologie. Ça ne se fait pas en criant ciseaux. Or, quelle que soit la méthodologie employée par l'écrivain, toutes, sans exception, s'articulent principalement autour du verbe choisir. On pourrait même dire que ces méthodologies n'existent que pour permettre de choisir, d'échapper au labyrinthe de ce que choisir peut devenir et mettre en place un microclimat qui va offrir, chaque fois qu'un carrefour se présente au cours de la narration, la possibilité de choisir.
Et au centre de ce choix, nous, et l'acte d'amour qu'on choisit. Et j'aimais beaucoup, en fait, j'aimais beaucoup ce morceau parce qu'il coupait un peu les pattes aussi aux arguments qu'on aurait pu donner à OHD en disant oui, bon, ok, en gros, il nous dit d'être jardinier. Ce n'est pas du tout ça qu'il dit. D'ailleurs, je pense que si on lui posait la question, jardinier architecte, il n'en ferait probablement pas la critique. Il dirait, écoutez, chacun se colle les étiquettes qu'il veut quelque part. Et je lui prête des propos qu'il n'a pas dit, évidemment, j'interprète. Mais du coup, je vais parler pour moi. Quelque part, là, il ne dit pas jardinier architecte, il ne dit pas ok, que l'intuition, que l'intuition. Non, il a parlé tout à l'heure, il y a une direction passé, futur, dans le présent, il y a une direction, on avance vers quelque part. Mais ensuite, vouloir noter toutes les étapes sans se laisser la possibilité d'être surpris par soi-même, par nos personnages, en leur faisant confiance et en nous faisant confiance, quelque part, on se prive de la nature même de ce que doit nous apporter l'écriture.
Choisir, c'est préférer
Et c'est pour ça que c'est important, tu vois, de rester connecté à cette intuition. ne dit pas bordel. C'est pour ça que la clarté d'intention, elle est importante. C'est pour ça que c'est ce que je disais tout à l'heure, comment on fait pour envoyer toute notre intuition dans la bonne direction. Et ça, c'est incroyable. Si le verbe écrire se trouve d'un côté d'un ravin et si le verbe changer lui fait face sur le côté opposé, ils sont alors tous deux reliés par un pont et ce bon, c'est le verbe choisir. Et ça, c'est toujours ce que je dis aux gens que je commence à accompagner. Je leur dis, écoute, oui, je vais t'emmener un manuscrit terminé. Mais ça, c'est la partie visible de l'iceberg. Très bien. Par contre, tu vas vivre une transformation, il va y avoir changement, il va y avoir évolution. Et ce qui est magnifique, c'est que je suis incapable de te dire laquelle ça va être pour toi.
Elles sont toutes uniques et c'est ça qui est magnifique. Tu vas le découvrir en chemin et c'est en se concentrant. Tu vois, mon métier est toujours de permettre aux gens de se recentrer sur leur propre choix, leur propre acte d'amour, en fait, envers eux-mêmes déjà. Et quelque part, quand ils choisissent de travailler avec moi, ils se font un choix personnel de preuve d'amour. Ils se choisissent eux-mêmes. Et ensuite, ce n'est qu'une succession de, OK, comment moi, Sam, je leur permets de choisir, de choisir. Et donc, avec leur amour, leur acte d'amour. Et ce choix les pousse ou plutôt leur permet l'évolution, la transformation, le changement. Vive l'écriture. OK, là, il y a un des moments les plus marquants. J'en ai même parlé à ma mère tellement ça m'avait marqué. Donc, il parle du changement, justement, et il dit pourquoi une seconde de traumatisme nous jetait à des milliards d'années-lumière de celui que nous étions, alors qu'essayer de changer d'un iota par soi-même se révèle d'une tâche titanesque.
Et après, pardon, avant de basculer sur le et après. Déjà, vous voyez, il y a ce constat. Pour quelle raison c'est quelque part si difficile d'oser changer ? Alors qu'en fait, oui, vous voyez, toutes les grandes claques qu'on prend dans la vie sont des odes au changement quelque part. Ma première rupture m'a remis sérieusement à l'écriture. C'est tout bête. Un changement de poste m'a reconnecté de la créativité. Et quasiment toutes les épreuves très douloureuses dans ma vie ont été des très très grands catalyseurs de changement. Donc il y a cette première question. Et puis ensuite, je ne peux pas tout vous lire comme ça, mais en gros, il creuse ce truc-là. Ok, qu'est-ce qu'il fait que ? Comment je réponds à cette question ? Et donc, je vais vous lire un paragraphe et j'ai presque envie de... Ok, en vrai, ce paragraphe mérite qu'on le lise en entier, je pense. C'est parti, attendez, je prends une gorgée parce que là, j'aurais papoté là, de fond, mais bon, c'est incroyable.
Comment réconcilier ces deux choses ? Donc, la question d'avant, je vous la répète. Et surtout, comment faire le lien entre les événements qui nous ont changés et notre incapacité à nous changer nous-mêmes ? Comment réconcilier ces deux choses ? Combien de fils et de filles d'exilés dans cette salle ? Combien de fils et de filles de rescapés ? Combien ici à devoir faire avec des chemins inattendus et se construire dans des langues nouvelles ? Combien d'adultes ici parlent-ils leur langue maternelle à la manière d'un enfant parce qu'à celle-ci, enfants, ils ont été arrachés ? Combien, s'ils croisaient leur grand-père ou leur grand-mère, auraient besoin d'un traducteur parce qu'en une génération, personne ne parle plus la même langue ? Combien ont refusé ou se sont vus refuser l'apprentissage de la langue de leur ancêtre parce que la honte de reparler une langue meurtrie les en empêchait ? Et quand ce n'est pas la honte, le réjet de parler une langue maternelle qui se trouverait aussi la langue d'un ennemi ?
Aux anges que nous pourrions être, nous n'avons de cesse de couper les ailes. Là, vous avez le premier truc, je ne sais pas, mais moi, ça me donne des frissons, cette phrase. Parce que cette phrase, aux anges que nous pourrions être, nous n'avons de cesse de couper les ailes. Là, je ne sais pas s'il y a un mot qui me vient à moi tout de suite, mais je vous le dirai à la fin. Je continue. Et pourtant, de ceux et celles-ci qui lèveraient la main pour se signaler comme faisant partie de la horde des exilés et des arrachés que la vie a balottés à droite et à gauche, les obligeant aux changements perpétuels de géographie et d'histoire, combien sont en mesure de changer un iota de leur caractère ou de leur tempérament pour cesser, dans le quotidien de leur silence, de faire souffrir et rendre malheureux leurs proches. Je ne sais pas vous, mais c'est piquant, je trouve, la transition entre parler d'exil et de rescaper et d'arriver sur quelque chose qui est aussi responsabilisant.
C'est le mot qui me vient quand je lis ça. Aux anges que nous pourrions être, nous n'avons de cesse de couper les ailes. Et toute cette série de questions qui t'amènent à te dire qu'il y a un côté extrêmement responsabilisant dans ce qu'il dit. Je continue. C'est exceptionnel, vraiment. Ça, pour moi, c'est peut-être la plus belle chose que j'ai lu cette année. Quand on prendra la mesure de ces questions, on comprendra pourquoi on choisit de plonger dans la narration tout en étant parfaitement conscient qu'il n'existe jamais la moindre narration dans la brutalité de la réalité et qu'il était une fois, c'est toujours n'importe quoi. Pourquoi, donc, est-ce si difficile de choisir de changer par soi-même quand il est si simple de changer sans qu'on l'ait choisi ? Je n'ai pas choisi de quitter mon pays, j'étais enfant. Ce sont mes parents qui ont décidé de partir. Je n'ai pas choisi la France. Ce sont mes parents qui ont choisi.
Je n'ai pas choisi, je n'ai pas pu choisir, je n'avais pas le choix, je n'ai pas eu le choix. C'est comme ça, on n'a pas le choix. Combien de fois les expressions reviennent dans le langage comme pour se disculper. Mais si on avait pu choisir, qu'aurait-on choisi ? Et si ? Et si ? Et si ? Et si ? Écrire, c'est raconter la honte de nos uchronies. Là, vous voyez, on est dans exactement ce que je décrivais avant. Il t'assène, tu vois ? Il t'assène, il t'assène, il t'assène. Et il finit par écrire, c'est raconter la honte de ses uchronies. Là, t'es estomaqué par une maîtrise du karaté. Pareil, exceptionnel. Je voulais juste vous lire la définition exacte de l'ukronie. Un genre littéraire et concept historique qui consiste à réécrire l'histoire en modifiant un événement du passé pour imaginer un déroulement et un monde différent. Je voulais vous lire la définition exacte. Écrire, c'est raconter la honte de ses uchronies.
Et là, je vous laisse, quelque part, pour moi, il y a tellement tout qui fait sens. Tu vois, en étant écrivain, on est perpétuellement quelque part hanté par tout ce qu'on a vécu. On se questionne sur les liens de cause à effet, les éléments de bascule, les points d'inflexion. Et écrire, c'est vraiment raconter tous ces chemins alternatifs possibles. C'est pour ça qu'il y a cette sensation d'infinité dans l'écriture. Il y a cette sensation de passer, on peut, on pourrait, et en fait, c'est peut-être ça qu'on fait. On passe notre temps à écrire sur notre vie en en changeant quelques petits morceaux. Et c'est ça, en fait. On se raconte nos uchronies. Et derrière, voilà, il est presque piquant un peu sur cette notion de responsabilité vis-à-vis du choix. Mais c'est pour ça que je le trouve si beau, ce passage, en fait. Et vous voyez, j'ai même du mal à trouver mes mots. C'est comme si on choisissait l'écriture, se guérir de la honte de ce qu'on n'a pas eu le courage de choisir.
Et tu vois, là, en parlant comme ça, en direct, j'ai comme une voix dans ma tête qui dit, mais tu te rends compte, Sam, de la dureté de ce qu'il écrit quand il dit j'ai pas choisi de quitter mon pays et qu'il cite ça comme à la fin, combien de fois ces expressions reviennent dans le langage comme pour se disculper. Et tu vois, dans ma tête, j'ai une petite voix qui dit, mais tu te rends compte à quel point c'est dur ce qu'il dit, ce qu'il dit. Et en fait, c'est peut-être justement parce que c'est si dur que ça touche autant. Et là, quand je le dis, quelque part, écrire, c'est avoir le courage d'assumer qu'on n'a pas su choisir ou d'assumer que désormais, on a envie de choisir différemment. Il y a un truc très courageux, plein d'espoir, plein de... Ok, je reprends le contrôle de ma propre vie. Écrire, c'est raconter la honte de ses uchronies.
Les vies qu'on n'a pas choisies
Ça pareil, tatouez le moi. Et il fait le lien tout de suite après, tu vois, mais écrire, c'est gérer sans cesse les carrefours avant de s'enfoncer dans des terres qui mènent vers d'autres carrefours. A chaque carrefour, il faut choisir car il file au personnage. Pour emprunter la bonne direction, il s'agit d'écouter le grondement de ce qui n'est pas apaisé d'en suivre la trace. C'est là qu'on rencontre notre zone d'ombre, c'est là qu'on rencontre nos blocages, c'est là qu'on raconte et qu'on rencontre la honte de nos uchronies. Tu vois, il y a ce côté putain, fais confiance à tes tripes, tu vois. Va là où tu pensais pas devoir aller, mais alors que t'as profondément besoin d'y aller. Et je le vois, c'est marrant parce que récemment, je l'ai vu dans deux cas de coachers différents et qui pourtant se retrouvent confrontés à je suis obligé de faire confiance à mon personnage, il m'emmène exactement là où ça fait mal, là où je pensais pas devoir aller.
Et les gens se mettent à écrire quand ils osent traverser ça et qu'ils déposent et après voilà, c'est tout le travail de coaching, de leur permettre de le déposer et de savoir ce qu'ils ont envie d'en faire comme action et donc comme acte d'écrire. Mais c'est indescriptible la puissance de ces séances-là et ce qui se débloque après. À partir du moment où ils acceptent de se laisser emporter par cette zone d'ombre, par ce flot quelque part noir et crasseux comme il le décrit avant, et bah là, ils touchent la lumière. C'est très paradoxal, mais c'est magnifique. Et donc faire ce choix de se laisser porter là où on sent qu'on a besoin d'aller, c'est... Vous ne vous en remercierez jamais assez. Ça j'en suis convaincu. Petite parenthèse politique encore une fois. Si le principe de la démocratie consiste à permettre à chaque citoyen de choisir et d'accorder sa voix à la parole qui lui convient et en laquelle il se reconnaît, alors l'impératif d'avoir des voix discordantes, des voix opposées est une condition de son existence.
Accepter la victoire de l'ennemi et se ranger sous sa bannière tout en lui offrant la plus férance opposition. Nier l'adversaire, c'est nier la démocratie. La caractéristique poétique de la démocratie, c'est d'avoir mis sur le même pied l'ami et l'ennemi et d'avoir accordé une égalité en droit aux deux. C'est ceux-là qui rend fous de colère ceux qui la haïssent et la rejettent. Voilà, voilà. Je vous laisserai tirer vos conclusions tout seul. Mais le parallèle me paraît absolument évident. Leçon 5. Singularité du verbe rencontrer. Alors de mémoire, celui-là, elle m'a un peu moins marqué, quoique la rencontre, mine de rien, est quand même pleine de... Nous naissons tous une seconde fois et bien souvent en sortant du ventre d'une rencontre effroyable. J'adore. Putain, là, ça m'avait touché de fou parce que... Je vais vous faire le partage en vrai. Donc là, il parle de lui. Et donc, nous ne sommes pas des Arabes, mes parents regardaient d'un mauvais oeil les parents d'Antoine, sans doute parce qu'une fois sortis de la pauvreté, ceux qui ont en souffert ne méprisent rien de plus que ceux qui y sont restés, les traitants d'incapables et d'ignorants, manière de se convaincre que, contrairement aux autres, on suit échappé à la misère et à leur origine.
Rencontrer : naître une seconde fois
Et donc là, il parle de lui, mais moi, ça a fait écho sur autre chose et je vous le partage parce qu'il me semble que ça peut être intéressant pour vous que vous vous rendiez compte de ce qu'on peut traverser quand on ose casser quelques lignes quelque part. Quand j'ai quitté l'ingénierie et que je suis basculé dans autre chose, la créativité, le coaching, etc., je me suis beaucoup construit en opposition à l'ingénieur. Alors, Dieu merci, inconsciemment, l'ingénieur ne m'a jamais quitté. Et puis, à un moment, je l'ai réaccueilli travailler avec moi, toute la cohérence, toute la structure que je leur amène, que ce soit dans les synthèses de mes séances, dans la structure de l'accompagnement, bref, à peu près à toutes les étapes parce que c'est quelque chose que j'aime beaucoup trop. Et bien avant ça, je m'étais construit énormément en opposition et presque aussi en... Tu sais, comme pour te... Comme si... Comme il dit.
Comme si pour te convaincre, tu avais besoin de dire « Ah mais en fait, ceux qui sont restés dans l'ingénierie, voilà, eux, ils ont tort, tu vois. Moi, j'ai osé faire quelque chose de différent.
Et quelque part, il fallait que j'apaise cette colère que j'avais envers moi-même. En fait, c'était la colère d'avoir si longtemps refusé d'écouter qui j'étais, tout simplement, par exemple. Et peut-être aussi la colère qui est venue après en disant « Refuser ce qui pouvait me manquer dans le monde de l'ingénierie. » Il y a des choses qui me manquent dans le monde de l'ingénierie. Je dirais un truc très con, mais les petits potins un peu, je dirais, politiques, tu vois, tout ça, ça me manque pas mal dans le monde de l'ingénierie. Le contact avec le client, ça me manque aussi beaucoup.
Voir un travail de groupe qui réussit, ça me manque aussi beaucoup. Et donc, je pense que j'avais aussi de la colère contre moi-même de ne pas accepter qu'il y avait des choses qui me manquaient. Comme si, du coup, ça revenait à dire « T'as fait une erreur de partir. » Et vous voyez comme quoi le mépris qu'on peut avoir d'autres, la jalousie qu'on peut avoir d'autres, c'est toujours très révélateur de nos propres limites et de notre propre colère. Et il n'y a que quand on s'autorise à aller vraiment crever l'abcès et creuser autour de quelque part ces phrases de mépris qu'on dit un peu comme ça, comme si on était supérieur. Et qu'on se rend compte qu'en fait, on est bien plus fragile que ce qu'on pensait. Petit partage personnel. J'espère que ça vous aidera aussi, vous de votre côté. Alors, quoi d'offre ? Ah oui, c'est là qu'il raconte le moment où il a tiré la kalachnikov.
Ça, c'est touchant aussi, putain. Ok, je vous lis un des passages qui, encore une fois, un de ceux qui m'a le plus touché. Quand on voit quelqu'un pour la dernière fois, on ne sait pas toujours qu'on le voit pour la dernière fois. Plus tard, on se dit, c'était la dernière fois. Alors, telle une odyssée intérieure, on désemboîte les poupées russes de la mémoire qui nous font repasser les moments forts de cette relation. De poupée en poupée, on remonte le temps jusqu'à la toute première, la toute petite poupée de bois, celle qui ne s'ouvre pas puisqu'avant elle, il n'y avait rien. Elle qui porte, vibrant, l'instant de la rencontre. On remonte jusqu'à elle et on revoit, dans le silence de l'absence, on ne le sait pas. On ne savait pas qu'on était sur le point de passer le seuil de ce qui déterminerait tout le reste. On ne le sait pas et c'est cette ignorance, pardon, ça m'a tellement touché que j'ai du mal à le dire.
On ne savait pas qu'on était sur le point de passer le seuil de ce qui déterminerait tout le reste. On ne le sait pas et cette ignorance est précisément ce qui permet tout. Si on savait, tout serait gâché car il faut bien être aveugle pour marcher sur le fil qui nous conduit à l'autre. Quand on rencontre quelqu'un pour la première fois, on ne sait pas que ce sera pour le reste de la vie. Aimer, c'est investir dans le chagrin que ce soit pour l'un ou pour l'autre puisque arrivera le jour où l'un ou l'autre s'en ira et laissera l'autre inconsolable. Aimer, c'est dire à l'autre je t'aime plus que le chagrin que ta perte me causera. Ainsi en fut-il de ma rencontre avec François. J'ai... Ça me sert à la gorge. C'est tellement beau. Je t'aime plus que le chagrin que ta perte me causera. On ne le sait pas et cette ignorance est précisément ce qui permet tout.
Vous voyez, je dis souvent avec du fini on fait de l'infini. C'est vrai. Avec les chiffres on fait pi. Dans pi, il y a tout l'infini. Mais on ne le sait pas et cette ignorance et c'est cette ignorance et cette ignorance est précisément ce qui permet le tout. C'est encore pire. Il n'y a rien et c'est précisément pour ça qu'il y a l'infinité des possibles. C'est encore plus beau. J'avais dit quoi au début ? Ouais, le verbe rencontrer. Le verbe rencontrer, il n'y a pas de dinguerie. Attendez, encore. Nouvelle dinguerie. Nouvelle dinguerie. Le plus difficile dans la vie, m'a-t-il dit un jour, c'est assumer. Si tu es prêt à assumer, alors tu es libre. Tu n'auras plus envie de perdre le temps avec ce qui t'ennuie. Assumons qui on est. C'est peut-être ça la vraie liberté. C'est exceptionnel. Je vous jure, ce livre est putain, c'est une pépite. C'est incroyable. C'est incroyable. Sixième leçon. Violence et cruauté du verbe consoler.
Consoler : éprouver pour basculer
J'ai presque eu l'outrecuidance. Putain, je me suis mangé le doigt. C'est pas bien ça. Vieux réflexe. Parce que ça m'a trop touché, du coup, je retombe dans mes travers de contrôler les émotions en se rongeant les doigts. C'est pas bien. Hop, tu vois, je mets de la conscience sur ce qui arrive. Everything's fine, bro. Fonctionnement d'une prise de conscience. Savoir n'est pas éprouver. Or, il nous faut éprouver pour basculer. Ça, c'est extrêmement simple. C'est-à-dire que je peux te dire, toi qui m'écoutes, oui, tu as tel blocage, il faudrait que tu fasses ça. Tant que je ne t'ai pas eu en face de moi et que tu m'as tendu un fil que j'ai attrapé et qu'ensuite, j'ai tiré dessus sans te lâcher, presque en te coinçant dans le coin. Pas faf pour te mettre quelques droites. Évidemment, sans violence, on fait ça avec des questions. En challenge, mais en toute bienveillance, c'est important de le rappeler.
Et bien, quelque part, tu n'arrives pas à verbaliser et donc, tu n'éprouves pas et donc, tu ne bascules pas. La prise de conscience devient exceptionnelle quand elle est éprouvée. C'est incroyable. Là, il y a encore une fois une ode à la vie, quelque part. Mais pour nous, par le sang que l'on verse, nous placer entre ce que nous souhaitons et ce que nous craignons est la seule manière de rester éveillé au massacre permanent auquel nous prenons part que nous le voulions ou nous. L'inconfort, en ce sens, entrebaille la possibilité de la consolation, celle de savoir qu'au moins, on ne trahit pas celui qui meurt. Le salut est dans les miettes de notre humanité. Et en fait, là, il y a tout un passage où il parle du rapport aux animaux, il parle de, quelque part, la déresponsabilisation qu'on porte et la délégation du fait de tuer vis-à-vis des animaux où il disait, voilà, avant, il y avait toute une symbolique, tu vois, au sacrifice, au fait de consommer la viande, etc., parce qu'on avait obligatoirement, on devait faire l'acte nous-mêmes.
Et il parle de toute cette décorrélation qu'il y a aujourd'hui où, en fait, on consomme des êtres qu'on ne voit pas mourir et donc, comme si on se mettait des œillères. Et donc, il reconfronte, il reconfronte à ça, c'est pour ça que le chapitre s'appelle « Violence et cruauté » du verbe consoler. Et donc, il y a cette phrase très belle que je trouve belle parce qu'en fait, on peut la sortir du contexte de ce chapitre-là, mais quand on se place entre ce que nous souhaitons et ce que nous craignons, c'est la seule manière de rester éveillé. Et j'ai l'impression, j'ai cette sensation que c'est cet indre-là qui nous connecte au passé, au futur et donc au présent et qui nous permet d'avancer et d'évoluer. Il y a quelque chose de très juste dans aller là où on souhaite et savoir ce qu'on craint. Ouais, j'aime bien cette image. En fait, c'est aussi savoir qu'à de l'ombre et vouloir aller la traverser.
Hop. Septième leçon, quatre dimensions du verbe aimer. Là, il y a des passages, là, je vous jure. Je vous en lis quelques-uns. Et j'ai écrit dans la marche, et s'il suffisait de croire ? Et oui, je pense qu'il s'agit de croire en nous, en notre histoire, en les gens qui nous entourent, en tellement de choses. Et parfois, ça ne va pas plus loin que ça. Il s'agit de croire. Il s'agit de croire. Et il y a cette phrase magnifique après qui rejoint aussi ça. C'est Je me dois de rester à la hauteur de la puissance de ce rêve fait une nuit d'enfance. Et elle est magnifique, cette phrase. Je me dois de rester à la hauteur de la puissance de ce rêve fait une nuit d'enfance. Je pourrais la mettre pour permettre de prendre conscience aux gens qu'ils ont ce rêve d'écrire un livre depuis tellement longtemps. Estimes-tu que tu es à la hauteur de la puissance du rêve que tu as fait cette nuit d'enfance ?
Et là, question fermée en plus. Et là, devoir dire non, ça peut provoquer quelques prises de conscience. Est-ce que ça vous aide ? Une question aussi challengeante. Écrire, c'est plus fort que l'amour. Il y a des phrases comme ça, voilà, c'est magnifique. Ah bah tiens, d'ailleurs, justement, il parle de pi aussi. Nul n'est jamais allé au confin du nombre pi où se déroule à l'infini. En ce moment même, le chant des décimales s'écrivant. Ça, c'est tellement vrai. Il y a tout dans pi en fait. Ça, je le partagerai avec qui veut l'entendre. Il y a cette très belle image aussi où il dit qu'on est quelque part en étant écrivain, auteur d'histoire qu'on se doit de raconter parce que c'est ça aussi qui fait le fil de l'humanité et le fil du verbe aimer. Et donc, il dit que c'est pour que les traces contre les murs des grottes restent le témoin des humains entre eux le long du fil du temps.
Et il y a ce l'écrivain est semblable à l'arbre. Il est le paratonnerre de l'écriture. Comme la fourdre sur l'arbre, l'écriture tombe sur l'écrivain qui voit aussitôt surgir entre ses mains le poids d'une vie à raconter. En cela, l'écriture est toujours une annonciation. C'est très très beau en fait. En fait, j'ai cette sensation quand je lis ce livre qu'il nous renvoie à ce qu'est intrinsèquement l'écriture dans sa forme la plus pure. Et en plus, là, on parle d'un écrivain qui quelque part vide sa plume. Et donc, c'est ça qui est encore plus beau. C'est que parfois, on a l'impression qu'on se fait prendre au jeu de « Ok, je dois écrire pour telle ou telle raison. » Vivre, bref, ça peut être tout et n'importe quoi. Mais en fait, j'ai l'impression que la plus... Enfin, non, pas la plus belle parce qu'il ne s'agit pas de faire une hiérarchie de valeur mais en tout cas, l'écriture qui me touche le plus, c'est cette écriture connectée au plus profond de notre être.
Aimer : et s'il suffisait de croire ?
Mais vous voyez, c'est en filigrane depuis le début. Et puis être est le premier verbe qu'on a vu. Donc ça ne m'étonne pas qu'il ouvre la leçon. Parce qu'en fait, il porte le reste, c'est ça qui est magnifique. Là, j'ai écrit l'amour comme congruence avec ce qui compte et ce qui est important. Je vous lis le dernier paragraphe de la leçon du verbe aimer. Il faut aimer les gens coûte que coûte, les sortir du néant coûte que coûte, redonner de l'espoir coûte que coûte. Ce n'est pas l'écriture qu'il faut aimer, c'est l'humanité. C'est vers elle qu'il faut tourner notre regard, pour elle qu'il faut jeter toute notre force dans la bataille. Et que ce soit par la création, par la procréation, par le deuil des morts ou la transmission des récits, déployer sans faiblir, ni s'arrêter, ni abandonner, ni désespérer, les quatre dimensions du verbe aimer. Magnifique. Et la dernière leçon, canicule du verbe mourir.
Je me rappelais que j'avais quand même moins noté. En fait, parce que j'ai pris les grandes claques au début et après, quelque part, c'est que des claques qui reviennent et qui réancrent ce qu'ils disent. C'est magnifique. Là, j'ai écrit « Alors osons que ces oppositions qui nous constituent au cours de notre existence s'effondrent à l'instant de la mort. » Quelque part, il y a quand tout s'éteint qu'on voit avec clairvoyance tout ce qui nous a manqué peut-être. Est-ce que ça donne pas juste une raison de plus d'oser faire des trucs ? Moi qui ai osé beaucoup de choses récemment et qui, du coup, l'a fait en paniquant beaucoup, en fait, je me rends compte que ça me rassure. Je me dis « Putain, mais j'ai bien fait d'oser là. Je vais faire des trucs différents, ça va être cool. » Je vous lis pas tout parce qu'à la fin, il y a beaucoup de choses que j'ai déjà dites.
Et puis, il faut que je vous en laisse quand même. J'ai presque envie de danser, ça m'a mis en énergie tout ça. J'adore. « Il faut laisser l'écriture nous fracasser la poitrine. Tout écrivain en ce sens est habité par la figure paradoxale du démon pas Zouzou. » Je vous laisserai lire ce que c'est pas Zouzou après. Mais j'avais bien aimé cette comparaison. Mais il y a beaucoup d'images, il utilise beaucoup d'images et puis des images aussi récentes. C'est ça qui est marrant. « Putain, alors ça, il y avait... Ok. Vous voulez avoir une preuve par A plus B qu'il faut que vous osiez vivre votre vie ? Personne ne peut dire à l'être qui l'aime le plus au monde. Pousse-toi que je meurs ta mort. Personne ne peut dire pousse-toi que je naisse ta naissance. C'est toi qui naîtra, mais je vais t'épargner la douleur de la naissance en sortant de la matrice de ta mère à ta place.
Mourir : une raison de plus d'oser
Alors, si personne ne peut naître ma naissance et si personne ne peut mourir ma mort, pourquoi tant d'entre nous acceptent de ne pas vivre leur vie et de se laisser la vie vivre par d'autres ? Par les dogmes, par les ordres, les obligations, les coutumes, les traditions, la publicité. Pourquoi accepter de laisser les autres penser nos pensées à notre place ? C'est magnifique. C'est magnifique. J'ai presque envie de m'arrêter là, mais je sais qu'il y a encore des phrases exceptionnelles. Ok. Bah écoutez, c'est la fin et je vais vous lire juste le... Je vais vous lire la fin parce qu'elle est magnifique. Écrire, ce n'est que cela. Utiliser les ruines pour construire des chemins, se servir des deuils pour bâtir des récits, se souvenir des morts pour s'adresser aux vivants. Il faut juste travailler tout le temps, sans répit ni repos et à ceux qui vous disent te reposer. Répondre ceci. Demander à un écrivain d'arrêter d'écrire pour se reposer et prendre des vacances, c'est comme demander à un amoureux d'arrêter d'aimer.
Insinuant par là qu'il ne serait pas bon d'aimer toujours, c'est lui dire arrête d'aimer, prends une pause, c'est les vacances, il n'y a pas que l'amour, merde. Si, il n'y a que ça. Et dans toutes les déclinaisons possibles, du plus intime au plus politique, de la plus violente colère au plus sociale, au plus métaphysique, de l'infiniment petit infiniment grand, il n'y a que ça. Amour, passion, poésie à inscrire au fronton de toute vie. Je crois qu'on peut dire merci Wajdi pour cette conclusion. Que vous dire de plus ? C'était Ybelion, j'ai été ravi de faire cet épisode de ce livre qui je pense va rentrer au panthéon de ce que j'ai préféré lire de ma vie. Je vous fais des bisous et à très vite pour un nouvel épisode. Voilà pour cette lecture. Si tu as relevé une pépite, partage-la en commentaire. C'est comme ça qu'un texte continue de vivre. Et si cette série te plaît, abonne-toi, like la vidéo et partage-la à quelqu'un qui porte un livre en lui.
Parce qu'après tout, plus on lit, plus on Ose Écrire. A très vite pour une prochaine lecture. Ose Lire.
Et ton livre à toi
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OSE LIRE #2
Philosophie Magazine n°198

DERRIÈRE OSE LIRE
Ybelion
Samuel Le Parc · écrivain et coach ICF
Ancien ingénieur en sûreté nucléaire, j'ai tout quitté pour l'écriture. J'anime Ose Écrire et j'accompagne les auteurs autour de trois clartés : le rythme, l'identité, l'intention. Toi aussi, tu as un livre qui attend ?