SÉANCE 02 · 1 H DE COACHING EN 5 MIN · CLARTÉ DE RYTHME
Ton premier jet doit être mauvais
LA FICHE DE SÉANCE
1 H DE SÉANCE6 MIN 27 DE VIDÉO
- À L'ARRIVÉE
- La peur de rouvrir son manuscrit et de mal écrire la tient, alors qu'une trentaine de chapitres l'attendent encore.
- À LA SORTIE
- Elle a envie d'écrire mal, et elle s'y met l'après-midi même.
L'EXERCICE À EMPORTER
Rouvre un chapitre et écris-le comme un enfant de cinq ans raconte une histoire. Quand le mot juste manque, pose un astérisque et passe à la suite.
LES CHAPITRES · LES TIMECODES LANCENT LA VIDÉO
- « J'ai envie d'écrire mal »
- Les portes qu'elle laisse fermées
- La bonne élève et la rebelle
- Le 19 sur 20 qui vaut zéro
- Les deux gaspilleuses
- Ce que je lui ai dit sans ma casquette
- L'exercice à tester ce soir
LA SÉANCE MOT À MOT
C'est le texte de la vidéo, tel que je l'ai écrit après la séance. Le mécanisme de la séance est intact. J'ai retiré tout ce qui pouvait faire reconnaître la personne.
Au bout d'une heure de séance, une autrice que j'accompagne m'a annoncé qu'elle avait envie d'écrire mal. Elle était arrivée avec l'inverse : la peur de rouvrir son manuscrit et de mal écrire. Je te raconte l'heure qui sépare les deux, et tu vas comprendre au passage ce que cette copie vient faire à côté de ma tête.
Elle arrive avec un manuscrit déjà bien avancé et une trentaine de chapitres qui l'attendent encore. Depuis deux semaines, elle travaille tous les jours dessus : elle prend des notes, elle écrit ce qu'elle appelle du brut, les ressentis d'un personnage, l'intention d'une scène, la dernière phrase d'un chapitre. Le chapitre lui-même, elle ne l'écrit pas. L'image, c'est elle qui me l'a donnée : elle a les clés, elle les met dans les serrures, elle entend le déclic, et elle laisse les portes fermées.
Le premier indice arrive quand je lui demande ce qu'il y a derrière ces portes. Elle nomme sa peur en une phrase : elle a peur qu'en poussant, on la lui claque au nez. Chez elle, cette porte a un visage, celui de la bonne élève. Elle se décrit comme deux personnes depuis toujours, une bonne élève qui veut que ce soit bien écrit, et une rebelle qui veut juste écrire. En ce moment, la rebelle a les clés, et elle avance en regardant par-dessus son épaule.
Le deuxième indice, c'est elle qui l'a posé, et il tient dans une nuance. Celle qui bloque les portes de son roman, c'est le défaut de la bonne élève. Une bonne élève, ça travaille bien et ça rend un devoir propre. Son défaut à elle, c'est de vouloir être la meilleure, de rester mécontente d'un 19 sur 20 quand la moyenne de la classe est à 12. Elle m'a raconté un souvenir de collège pour l'illustrer : elle ramène un 16, deuxième meilleure note de la classe, et personne ne lui dit bravo, on lui demande où sont passés les quatre points. Vingt ans plus tard, c'est cette voix-là qui garde les portes de son manuscrit.
Si tu penses que la coupable est toute trouvée, attends la suite, l'autre côté souffre du même défaut. La rebelle, sa qualité, c'est la liberté, faire ce dont elle a envie quand elle en a envie. Son piège, elle l'a nommé elle-même : la cocheuse. Celle qui fait du parapente une fois, coche la case et n'y retourne jamais. Le plus beau, c'est ce qu'elles pensent l'une de l'autre. La bonne élève trouve que la rebelle gaspille son temps à écrire du brut, et la rebelle trouve que la bonne élève gaspille le sien à ne rien produire du tout. Elles se traitent mutuellement de gaspilleuses, chacune nourrit le défaut d'en face, et ça tourne en boucle depuis des années.
Ce mécanisme porte un nom, tiens, cadeau. On appelle ça le cadran d'Ofman : une qualité, le piège dans lequel elle tombe quand on la pousse trop loin, le défi qui permet d'en sortir, et l'allergie qu'on développe aux gens d'en face. Tape ça un soir où tu as dix minutes devant toi, tu vas te reconnaître, et tu reconnaîtras surtout ta belle-famille. Bref, on revient à nos portes.
À ce moment de la séance, j'ai retiré ma casquette de coach et je lui ai dit les choses assez crûment. Si écrire chapitre après chapitre de manière parfaite était la méthode qui lui permettait d'écrire son livre, elle l'aurait déjà fait. Cette méthode-là, elle l'a testée pendant des années. Ce qu'elle appelait écrire mal, c'était le seul premier jet qui avait besoin d'exister. Et sa bonne élève, elle en aurait besoin plus tard, à la réécriture, avec du travail par-dessus la tête.
Je dis ça avec mon propre compteur de points dans la tête, hein. En prépa, mon prof de philo enlevait un point toutes les trois fautes d'orthographe. On dépassait rarement le 11. Je me souviens d'un 8, neuf fautes sur trois copies doubles, ça marque un homme. Aujourd'hui je fais encore un paquet de fautes, et quand j'écris un premier jet, la petite voix compte toujours. J'ai simplement appris à la laisser compter dans le vide.
C'est ça, la Clarté de Rythme : le fonctionnement qui te fait avancer toi, celui qu'on cherche ensemble en séance au lieu de te coller une méthode par-dessus.
Ce qu'elle a emporté, tu peux le tester ce soir sur un chapitre, n'importe lequel. Tu le rouvres et tu l'écris comme un enfant de cinq ans raconte une histoire. Les fautes restent, la syntaxe part en vrille, tant pis. Et quand le mot juste refuse de venir, tu poses une astérisque et tu passes à la suite. Si le personnage fait une crise d'angoisse et que rien ne vient, tu écris « elle faisait une crise d'angoisse », astérisque, chapitre suivant. Le chapitre existe, c'est tout ce qu'on lui demande.
Elle s'y est mise l'après-midi même, sans attendre le lendemain. Et elle m'a laissé une image que je garde. En surf, elle dit qu'on peut se lever sur la planche comme un singe, n'importe comment, très moche vu de la plage. Ce qui compte, c'est d'être debout, après on glisse. Son premier jet, elle a décidé de le prendre comme ça.
À ton tour
Tu as reconnu ton blocage dans cette séance ? J'ai des séances comme celle-là chaque semaine, avec des auteur·ices dont le livre attend depuis longtemps, et l'accompagnement Ose Écrire commence par un atelier offert.
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Ybelion
Samuel Le Parc · écrivain et coach ICF
Ancien ingénieur en sûreté nucléaire, j'ai tout quitté pour l'écriture. J'anime Ose Écrire et j'accompagne les auteurs autour de trois clartés : le rythme, l'identité, l'intention. Toi aussi, tu as un livre qui attend ?