SÉANCE 04 · 1 H DE COACHING EN 5 MIN · CLARTÉ D'INTENTION
Ton roman part dans tous les sens
LA FICHE DE SÉANCE
1 H DE SÉANCE5 MIN DE VIDÉO
- À L'ARRIVÉE
- « Je ne suis peut-être pas capable » : la phrase tombe après deux semaines d'un doux bordel d'écriture qu'elle adore.
- À LA SORTIE
- Elle s'autorise à écrire dans le désordre, puisque l'imbrication se fait à la fin, une fois tout le texte posé.
L'EXERCICE À EMPORTER
Note au propre les deux, trois ou quatre questions que ton lecteur voudra résoudre en te lisant. Chaque texte que tu produis apporte alors un indice sur l'une d'elles.
LES CHAPITRES · LES TIMECODES LANCENT LA VIDÉO
- « Mon roman part dans tous les sens »
- Son doux bordel
- Son intention n'a pas bougé
- Il y a deux chronologies
- Réglé pour qui ?
- Le brouillard déplacé
- Le fusil de Tchekhov
- L'exercice à faire ce soir
- On surestime toujours le lecteur
LA SÉANCE MOT À MOT
C'est le texte de la vidéo, tel que je l'ai écrit après la séance. Le mécanisme de la séance est intact. J'ai retiré tout ce qui pouvait faire reconnaître la personne.
Une autrice que j'accompagne est arrivée en séance en me disant qu'elle n'était peut-être pas capable d'écrire son roman parce que ça partait dans tous les sens. Une heure plus tard, elle repartait avec l'autorisation de continuer à aller dans tous les sens. Je te raconte comment on est passés de l'une à l'autre, et tu sauras au passage ce que ces pièces de puzzle font à côté de ma tête.
Elle arrive après deux semaines d'écriture très libre, et elle en est ravie. Les textes sortent tout seuls. Elle écrit un chapitre sur ceci, un épisode sur cela, et une scène lui tombe dessus un matin. Elle appelle ça son doux bordel, et l'adjectif compte autant que le nom.
Mais, quand elle regarde l'ensemble, sa phrase tombe : chaque morceau fait sens, mais mis bout à bout, ça n'a pas de gueule. Et derrière cette phrase, il y en a une autre, plus dure, qu'elle me dit sans prévenir. Je ne suis peut-être pas capable.
Alors je lui demande si son fil rouge (son trio d'intention : intention personnelle, intention du roman et intention du lectorat cible) tient toujours. La réponse arrive sans une seconde d'hésitation. Elle sait ce que raconte son livre, elle sait pourquoi elle l'écrit, on a clarifié ce message ensemble et il n'a pas bougé. Ce qui lui manque se joue ailleurs, entre ses blocs. Ses récits se referment chacun sur eux-mêmes, et elle voudrait qu'ils s'accrochent les uns aux autres, avec un peu de tension pour que le lecteur reste.
Elle emploie un mot pour décrire son problème, et c'est ce mot qui l'envoie dans la mauvaise direction depuis des semaines. Le mot, c'est chronologie. Elle a raison, sauf qu'il y en a deux, et on les confond tout le temps. La chronologie du temps range les scènes dans l'ordre où elles se produisent. La chronologie de compréhension range les scènes dans l'ordre où le lecteur découvre ce qui se passe.
Elle me dit que Pour son livre, la deuxième décide de presque tout.
Puis que c'est bien ça le problème. Que chaque texte qu'elle écrit est réglé, que tout y est, qu'il y a pas de tension et que tout est prévisible.
Je la laisse finir et.... je lui demande réglé pour qui.
Réglé dans sa tête, évidemment, puisqu'elle connaît la fin : « c'est tellement clair dans ma tête que j'oublie de poser les détails qui font exister la tension »
Haaaa voilà, l'aveu, le fil que je ne vais plus lâcher !
Alors je lui rends son brouillard, déplacé. Son intention tient, et le rattachement de ses textes à cette intention tient aussi. Ce brouillard porte uniquement sur la marche où chaque bout se pose dans la compréhension du lecteur. Et ce travail d'imbrication se fait après, une fois le texte entier posé devant soi.
Prends le fusil de Tchekhov. Un fusil est accroché au mur au premier chapitre, et c'est ce fusil qui tue le méchant à la dernière page. Le lecteur qui a repéré le détail referme le livre en se disant que c'était annoncé depuis le début. Aucun auteur n'a posé cet indice consciemment le jour où il écrivait son chapitre un. Il l'a mis à la fin, quand tout le texte était devant lui, en repérant ce qu'il avait déjà et en le distillant. Elle a donc le droit de continuer sa vibe et d'écrire dans le désordre. Ce qu'elle prenait pour une incapacité était une tâche programmée beaucoup trop tôt.
Je lui ai avoué au passage que pour des profils comme les nôtres, un peu ingénieurs et un peu joueurs, assembler les pièces à la fin est le moment le plus jouissif de toute l'écriture. Moi, je garde ça pour le dessert.
On appelle ça la Clarté d'Intention, et elle ne s'arrête pas à savoir ce que ton livre raconte. Elle descend jusqu'à ce que chaque scène fait comprendre, et à quel moment.
Elle repart avec un exercice qui tient sur une feuille, et tu peux le faire ce soir. Tu écris au propre les deux, trois ou quatre questions que ton lecteur va vouloir résoudre en te lisant. Ça peut être qui est vraiment mort, ou ce que cache cet objet posé là au chapitre deux. Tant qu'elles restent dans ta tête, ce sont des intentions qui volettent et qui changent de forme chaque semaine. Une fois écrites, chaque texte que tu produis a un travail à faire : apporter un indice sur l'une d'elles.
Ce qu'elle a retenu tenait en deux points, et elle les a énoncés elle-même en fin de séance. Elle n'a besoin d'aucun ordre précis pour continuer d'écrire. Et quand le moment viendra de tout mettre à plat, elle pourra replacer un indice ici, un autre là. L'espace pour le faire, il sera encore là.
Ha.. et aussi : on sait où on va avec notre histoire, on connaît la fin, les twist et les rebondissements. Alors tous les indices qu'on laisse on pense qu'ils sont énormes.... Bien souvent on surestime le lecteur. Ce qui est énorme pour nous est parfois invisible pour le lecteur. C'est pour cela que dans le processus on va confronter son texte au regard des autres à la fin (et pas au début pour procrastiner). Avec ose écrire c'est l'étape finale par laquelle je fais passer les auteurs que j'accompagne. Juste avant qu'ils crient "j'ai finiiiiiiiiiii mon livre"
À ton tour
Tu as reconnu ton blocage dans cette séance ? J'ai des séances comme celle-là chaque semaine, avec des auteur·ices dont le livre attend depuis longtemps, et l'accompagnement Ose Écrire commence par un atelier offert.
Découvrir l'accompagnementCe blocage a sa page : « Par où je commence ? »
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DERRIÈRE LES SÉANCES
Ybelion
Samuel Le Parc · écrivain et coach ICF
Ancien ingénieur en sûreté nucléaire, j'ai tout quitté pour l'écriture. J'anime Ose Écrire et j'accompagne les auteurs autour de trois clartés : le rythme, l'identité, l'intention. Toi aussi, tu as un livre qui attend ?